jeudi 30 avril 2020

Le garçon sauvage, Paolo Cognetti

Quatrième de couv' : C'est un hiver particulier : Paolo Cognetti, 30 ans, étouffe dans sa vie milanaise et ne parvient plus à écrire. Pour retrouver de l'air, il part vivre un été dans le Val d'Aoste. Il parcourt les sommets, suspendu entre l'enfance et l'âge adulte, et renoue avec la liberté et l'inspiration. Il plonge au coeur de la vie sauvage qui peuple encore la montagne, découvre l'isolement des sommets, avant d'entamer sa désalpe, réconcilié avec l'existence.


Mon avis : J'avais acheté ce livre en Novembre 2018, parce que la couverture de cette édition limitée pour Noël 2018 était canon. Je suis d'une trop grande faiblesse face aux jolies couvertures.
J'appréhendais et je repoussais la lecture de ce livre parce que contrairement à tout le monde, je n'avais pas aimé Les huit montagnes, du même auteur. Je suis souvent à contre-courant et je suis la première à en être déçue.

🐄🌲🦌

Dans ce livre, l'auteur décide de partir dans les montagnes du Val d'Aoste pour faire une pause dans sa vie. Il ne supporte plus la vie à la ville, qui ne lui offre plus rien et il ressent le besoin de renouer avec l'enfant qu'il était, qui passait ses étés dans les montagnes italiennes. Il loue une baita à 2000 mètres d'altitude, dans laquelle il va s'installer et vivre au rythme du jour et de la nuit, durant 6 mois.

🐄🌲🦌

Je crois que si je compare les deux livres, j'ai beaucoup plus apprécié celui-ci, sans toutefois que ce soit une excellente lecture. C'était un bon moment, dépaysant, même si l'univers de la montagne n'est pas du tout un milieu dans lequel je me sens bien. Je suis quelqu'un qui apprécie de pouvoir regarder au loin sans que rien ne vienne couper l'horizon.
La montagne c'est beau, mais c'est très âpre, très rude, c'est un environnement incroyablement soumis aux évolutions des changements de temps, de climat.
Dans son roman Les huit montagnes, j'avais détesté le style qui était à l'image de la montagne : âpre, froid, rugueux. Ce livre me semble plus humain, parce qu'il y raconte son expérience, il met plus de lui, c'est moins factice que l'autre (l'histoire d'amitié entre 2 hommes qui ne se parlaient pas m'avait paru fausse). Là, il partage des moments avec deux autres hommes qui vivent à la montagne, et ces quelques moments de partage occasionnels me paraissent plus crédibles et réels que dans son autre roman.

🐄🌲🦌

L'auteur raconte les quelques mois qu'il a passés dans la montagne, par petits morceaux. Chaque chapitre développe un sujet : l'hiver, la neige, les voisins, les chèvres, le refuge, les larmes, etc. Il décrit ce qu'il a fait et parfois il y raconte ses émotions.
Le chapitre "Larmes" était intéressant et très beau dans ce que ça raconte de l'homme face à la nature. J'aime beaucoup l'humilité que l'auteur retire de certaines expériences, par exemple quand il décide de créer un potager dans un coin de prairie et se rend compte que finalement cette action empêche la nature de se déployer sous ses yeux, qu'il n'a pas envie que la main de l'homme créé quelque chose à cet endroit.
Il découvre la nature qui l'entoure : les mélèzes, les conifères, les lacs, mais aussi le cycle des saisons, les animaux qui sortent la nuit.

Lui qui recherchait la solitude, se trouve tout heureux de nourrir les chiens du berger d'à côté. Ou de passer un mois dans un refuge avec un taiseux et un homme plein d'idées qui ne les met pourtant jamais en marche. Ou avec le propriétaire de la baita qui vient le voir de temps en temps et avec qui il peut parler de grands auteurs. Dans ce monde très masculin, l'auteur rencontre ses pairs à petites doses et se sent heureux ainsi.

Cela dit, je trouve que ça manque de réflexion, notamment sur sa démarche. Il en parle rapidement au tout début, mais j'aurais apprécié qu'il en fasse une réflexion sur la vie active que l'on vit au XXIe siècle, qui nous contraint à vivre à 100 à l'heure, alors que parfois on a juste besoin d'un pause pour renouer avec la personne qu'on est, avec le corps qu'on habite.
J'aurais aimé plus de réflexion dans sa relation à la nature ou aux autres humains.

🐄🌲🦌

Il faut tout de même que je me rende à l'évidence : je n'aime pas particulièrement les récits contemplatifs. En ces temps de confinement, où il est bon de déconnecter et de vivre de ce que l'on aime, j'ai apprécié ma lecture, même si je sais que je n'en garderais pas un grand souvenir.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

lundi 27 avril 2020

Tout est brisé, William Boyle

Quatrième de couv' : Tout semble brisé dans la vie d’Erica. Seule dans sa maison de Brooklyn, elle prend soin de son père tyrannique et malade, sans autre soutien qu’une amie fidèle. Elle espère des nouvelles de son fils Jimmy, jeune homme fragile parti errer à travers le pays sans avoir terminé ses études. Mais voilà que Jimmy revient à l’improviste, en piteux état. Dans leur quartier peuplé de souvenirs, il s’efforce de soigner son mal de vivre dans l’alcool et les rencontres nocturnes. Erica, elle, ne veut pas baisser les bras et fera tout pour renouer avec son fils.



Mon avis : Je commence à avoir beaucoup de livres de la collection Totem, et pourtant ce ne sont pas ceux vers lesquels je me tourne pour faire baisser ma PAL, c'est un peu idiot, n'est-ce pas ? Hier soir, j'en ai sorti 3 en me disant que j'allais lire les premiers chapitres de chaque pour me décider. Sauf que j'ai été complètement embarquée dans celui-ci.

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Ce roman raconte une famille brisée, dans une société américaine qui laisse de côté ceux qui n'ont pas l'argent, qui est si glorifié aux USA.

Erica a la cinquantaine, elle doit s'occuper de son vieux père, qui suite à une pneumonie, est contraint de rester alité. Sa soeur ne peut pas l'aider, car elle doit s'occuper de son compagnon qui a une sclérose en plaques. Leur mère est décédée à l'hôpital, faute de moyen pour soigner sa hanche cassée. Le mari d'Erica est décédé d'une tumeur au cerveau quelques années plus tôt.

Et puis il y a Jimmy, 23 ans, le fils d'Erica, qui ne lui adresse plus la parole. Mais suite à une énième rupture avec un mec, le compte en banque à sec, il se voit obligé de reprendre contact avec sa mère, qui lui envoie généreusement un billet d'avion afin qu'il rentre à Brooklyn. Mais son retour contraint ne lui convient pas franchement...

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Ce roman parle des relations familiales, des difficultés de communication entre un fils et sa mère.
Il décrit l'homophobie d'un père, suscitant chez le fils une haine immense et une volonté de fuir.
Ce roman montre comment on finit par s'occuper de ses vieux parents, inversant le rapport.
J'ai rarement lu un livre traitant de la dépendance des personnes âgées...

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Alors oui, au début j'ai trouvé que ça faisait beaucoup de drames pour une seule personne : Erica a approché de près la mort et la maladie. Et il y a dans ce début de roman, une forme de pathos. L'auteur veut qu'on s'apitoie sur le sort d'Erica, dont la vie est d'une grande monotonie mais qui la soumet aussi à un épuisement intense, tant physique qu'émotionnel. Erica aime la compassion qu'on peut avoir pour elle, elle fait tant d'efforts pour affronter les épreuves et les endure, alors qu'on la sent si fragile.

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De son côté, Jimmy n'est pas un enfant facile. Il a grandi avec un père qui détestait ce qu'il est. Il a entendu son père dire des horreurs à propos des homosexuels. Et si il voue une haine immense à l'égard du défunt, il ne porte pas sa mère dans son coeur non plus. Plus à l'aise avec l'homosexualité de son fils, Erica n'a pourtant pas pris la mesure des paroles de son mari à l'égard de leur fils et n'a jamais tenté de raisonner son mari ou de défendre son fils, restant à l'écart. 
Fuyant ses parents et l'ambiance morose, Jimmy est parti à la fac, a un peu travaillé, a vécu chez des amis, s'enfonçant dans l'alcool et le tabac. Dépressif, il ne voit aucun avenir professionnel à sa portée. Il se cherche, mais ne trouve que la noirceur dans les profondeurs de son âme.

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William Boyle décrit avec une grande justesse la misère de certains foyers américains. Les maisons où l'on rogne sur le chauffage et l'eau pour ne pas crever le budget alloué aux factures. Les allées enneigées qu'il faut saler pour que personne ne vienne y tomber et faire un procès par la suite.
Le système de santé qui ne permet pas de prendre en charge des personnes dont les maladies demandent des soins poussés ou très longs, car trop coûteux.
Boyle nous montre comment ces Américains s'accommodent de ces contraintes financières en survivant, et comment celles-ci influent sur leurs relations familiales.

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Le personnage de Frank qui apparaît aux côtés de Jimmy, peut faire penser à un ami imaginaire, mais si il est réel, eh bien, c'est intéressant de voir comment une personne extérieure peut apporter un nouveau regard aux personnes d'une même famille. Frank détourne leur attention. En occupant leurs silences, il les oblige à partager un moment. Ce personnage sorti de nulle part, mythomane ou pas, m'a d'abord surprise, par son aptitude à être à l'aise avec tous, en toutes circonstances. J'ai apprécié qu'il fasse tampon l'air de rien entre Erica et Jimmy. Mais je n'ai pas compris son départ si soudain, sans laisser à Jimmy l'opportunité d'expliquer ce qu'il attendait de lui.

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J'ai bien aimé ce roman, qui pourtant ne présente rien d'original, mais l'auteur rend le tout très crédible, que ce soit à travers les dialogues, que les relations entre les personnages.
J'ai éprouvé une certaine compassion, peut-être aussi de la pitié, pour ces personnages qui sont très humains et qui vivent des choses difficiles, mais très réalistes.
Ce n'est pas un "grand roman", mais c'est une histoire qui peut tous nous toucher.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 26 avril 2020

Dix-sept ans, Ava Dellaira

Quatrième de couv' : Nous poursuivons tous quelque chose…

Dans les années 1990, pour Marilyn, 17 ans, c’est la liberté. Enfermée dans les rêves de célébrité de sa mère qui l’entraîne d’auditions en castings, elle ne revit que lorsqu’elle retrouve le beau et insaisissable James. Mais les regards que certains portent sur la couleur de peau de James ne risquent-ils pas de détruire leur amour naissant ?

De nos jours, pour Angie, 17 ans, c’est la vérité. Alors que le monde semble s’être arrêté de tourner pour sa mère, Marilyn, la jeune métisse est prête à tout pour retrouver James, ce père qu’on lui a toujours caché. Embarquée par son ex-petit ami Sam, Angie fuit sa ville de province et plonge dans les rues bruyantes et colorées de Los Angeles, à la recherche d’un passé trop longtemps maintenu dans l’ombre.



Mon avis : J'ai acheté ce livre l'an dernier, parce que j'étais censée le retourner, mais la couverture et le résumé me plaisaient beaucoup trop donc je l'ai pris pour moi. J'ai attendu presque un an avant d'en commencer la lecture.
Je crois que le confinement a vraiment un sale effet sur ma motivation à lire, parce que je sais que j'aurais pu lire ce roman bien plus vite et l'apprécier vraiment plus, si je n'avais pas été distraite par des angoisses liées à la vie qui arrivera post-confinement.
En Janvier j'ai lu le premier roman de l'autrice, que j'avais bien aimé.

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Dix-sept ans est une histoire à deux voix : il y a celle de Marilyn, 17 ans en 1998 à Los Angeles, et il y a celle d'Angie, 17 ans en 2016 (ou dans ces eaux-là).

Marilyn vit avec sa mère qui compte sur elle pour décrocher des contrats de mannequin. Elles ont emménagé à L.A., chez l'oncle de Marilyn, un pauvre type alcoolique. En dessous de leur appartement, vivent les Bell, une famille de noirs, composée de Rose et Alan, les grands-parents et leurs deux petits-fils, James et Justin, respectivement 17 et 12 ans. Marilyn va se rapprocher de James et leur rencontre aura des répercussions sur leurs vies à chacun.

Angie est la fille de Marilyn. Elles ne vivent que toutes les deux à Albuquerque au Nouveau-Mexique. Angie a eu un copain, Sam, mais elle ne s'est jamais sentie suffisamment "complète" pour arriver à lui dire qu'elle l'aime. Elle a toujours ressenti le manque d'un père, et chaque fois qu'elle aborde le sujet avec sa mère, celle-ci se met à pleurer. Angie se lance en quête de son passé.

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J'ai largement préféré la partie sur Marilyn, peut-être parce que l'histoire nous était contée de façon linéaire. Tandis que la partie sur Angie mêlait son passé récent avec des flashbacks et le présent avec sa relation faite de hauts et de bas avec Sam.

J'ai aussi eu une préférence pour le personnage de Marilyn, qui constitue l'espoir pour sa mère d'avoir un jour une vie meilleure. Sylvie mise tout sur sa fille : elle croule sous les dettes laissées par son défunt mari et ne peut se permettre aucun plaisir. Alors elle compte sur la beauté de sa fille, pour que celle-ci obtienne des contrats de publicité avec des marques, afin de les sortir de la misère. Mais cette attente immense pèse sur les épaules de Marilyn, qui elle préfère être derrière l'appareil photo que devant. Intelligente, elle a envie que ses capacités intellectuelles soient remarquées, plutôt que son physique. Grâce à sa relation avec James, elle va apprendre à s'affirmer et à faire ses choix. Cependant son parcours se fera dans la douleur et les épreuves.

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J'ai moins aimé les parties sur Angie, qui m'ont paru plus brouillonnes. Il y a cette intrigue autour du père d'Angie, qui doit maintenir le suspense (ça n'a pas vraiment pris avec moi). Elle découvre que son oncle est toujours en vie et va se mettre en quête de cet homme, qui pourra sûrement lui apporter des réponses concernant son père.
Mais il y a aussi plusieurs sujets soulevés : le fait d'être métisse et d'avoir grandi avec une mère blanche mais aucune figure paternelle noire, qui aurait pu lui permettre de comprendre son héritage.
Son histoire d'amour avec Sam est aussi complexe : elle fuit quand il lui dit qu'il l'aime, le laissant sans nouvelles pendant un an ! Puis elle reprend contact avec lui, quand elle a besoin d'aller à L.A. où il doit se rendre durant ses vacances. Le pauvre garçon a de quoi se sentir utilisé... Bien qu'ils se rapprochent, à nouveau Angie est perdue, confuse. Elle est persuadée que tant qu'elle n'aura pas eu les éclairages sur la vie de son père et de cette famille qu'elle n'a pas connue, elle sera incapable de témoigner de son amour à Sam. J'ai trouvé que c'était une raison franchement bancale, je ne vois pas le rapport entre les deux.

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J'ai trouvé que par rapport à son premier livre, l'autrice se dispersait moins dans tous les sujets qu'elle voulait aborder (sauf dans les parties concernant Angie).
Cependant, elle n'approfondit pas ceux qui sont intéressants : toute la culture afro-américaine est mentionnée en passant, le malaise que ressent Angie d'être métisse sans connaître ses origines est finalement un sujet dont elle ne s'ouvre même pas avec sa mère et c'est dommage.

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J'ai beaucoup aimé la passion pour la photographie qu'a Marilyn et le fait qu'elle ait transmis cette passion au petit-frère de James, Justin, au point qu'après de nombreuses épreuves, il en ait fait son métier.
J'ai aussi bien aimé la façon dont se développe la relation entre James et Marilyn, c'était doux, lent et réaliste. Ça n'allait pas à toute vitesse, ça n'était pas une évidence. Et les deux personnages avaient pour des jeunes gens de 17 ans, un bagage émotionnel déjà considérable. J'ai été assez touchée par leur histoire d'amour ainsi que par leur passé.

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Malgré un manque de concentration évident, j'ai bien aimé ce roman, et plus particulièrement les parties sur Marilyn, qui étaient bien mieux écrites et plus fluides que celles sur Angie.
Les sujets abordés sont nombreux : la recherche de son identité, l'amour, la fraternité, l'espoir, les attentes parentales et les relations mère/fille, mais aussi l'alcoolisme, la misère sociale, le racisme, le deuil. Il y a de très beaux moments dans ce livre, qui vaut la peine d'être lu.
Pour moi, Ava Dellaira est une autrice à suivre.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

samedi 25 avril 2020

L'homme idéal existe. Il est québecois, Diane Ducret

Quatrième de couv' : Une jeune femme quitte Paris pour rejoindre son nouveau compagnon qui vit au Canada.
Surmontant sa peur de l'engagement et sa phobie des avions, elle fait le voyage mais se retrouve rapidement confrontée à une série d'épreuves : l'arrivée du fils de 5 ans, une promenade avec des chiens de traîneau qui vire au cauchemar, une ancienne compagne trop présente...



Mon avis : Hier soir, comme souvent le vendredi soir, je suis prise d'ennui et de mélancolie. Souvent pour faire passer cet état, j'ai besoin d'une série ou d'un film drôle, mais il était déjà trop tard pour commencer un film ou une série sur Netflix, alors je me suis tournée vers un livre léger.
Par chance, j'avais ce livre dans ma PAL, un livre gratuit que j'avais pris au boulot il y a plus d'un an, qui m'avait amusée par son titre.
Je n'en attendais pas grand chose et je n'en ai retiré... eh bien pas grand chose.

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Une jeune femme tombe par hasard sur un Québécois qui expose ses toiles dans une galerie parisienne. Trempée par la pluie, elle entre et ils décident de passer la soirée ensemble à discuter. Malheureusement, il doit repartir dès le lendemain au Québec. Tous les deux électrisés par cette rencontre, elle se laisse convaincre par cet homme de le rejoindre pour passer une semaine chez lui. Sautant (presque) dans un avion, elle le retrouve quelques heures plus tard de l'autre côté de l'Atlantique. S'ensuit alors une semaine où elle partage son quotidien.

🇨🇦🖤🇨🇦

Le roman repose uniquement sur les différences et les incompréhensions liées à la langue. Si au début c'est marrant, au bout de quelques pages, ça devient lassant, agaçant et j'ai levé les yeux au ciel plusieurs fois quand j'ai compris que la narratrice s'évertuait à ne pas comprendre exprès ou à exagérer le sens des expressions québécoises, passant pour plus bête qu'elle ne l'est.

L'autrice déroule tout un tas d'expressions plus ou moins compréhensibles pour nous, Français, sans jamais en faire la traduction (donc les situations restent incompréhensibles pour le lecteur).
Pour être déjà sortie avec un Québécois, je n'ai que très rarement eu du mal à le comprendre. Il utilisait peut-être assez peu d'expressions de son pays. Mais du coup, mon expérience m'amène à être surprise que Gabriel, le Québécois de ce roman utilise autant d'expressions et ne cherche pas à mieux se faire comprendre par la jeune Française.

Par ailleurs, l'autrice utilise elle aussi énormément d'expressions françaises et d'images, rendant le texte encore moins fluide. Personnellement je déteste quand les auteurs ont recours aux images ou aux métaphores, c'est un style auquel je n'adhère pas du tout.

🇨🇦🖤🇨🇦

Je suis dérangée par certains points, okay c'est de la chick lit' mais pour une autrice qui a une maîtrise d'histoire de la philosophie, je suis atterrée par certains passages.
Par exemple, selon elle, la longueur d'une robe suffit à montrer son désir pour un homme : "J'ai dû laisser mon arme de séduction à Paris, mon alliée magique pour ce genre de situation : une robe. Peu importe la matière ou la couleur, avec elle on peut immédiatement basculer vers moins de mots et plus de sexe. A vrai dire, plus elle est courte, moins de mots il faut pour se comprendre."
(Comment peut-on encore écrire ça en 2015 ???)

Ah oui et puis le meilleur ami gay, bonjour le cliché éculé ! Vraiment, combien de femmes dans le vrai monde de la vraie vie, ont un meilleur ami gay, qui visiblement détient la bonne parole et se trouve être un expert en relation amoureuse ?

Tous les clichés sont réunis dans ce roman : la femme qui s'interroge non-stop sur son désir, et sur celui du mec. Elle veut constamment qu'il lui dise ce qu'il voudrait, alors qu'elle est incapable de savoir ce que elle, veut. Ses exigences envers lui sont énormes, alors que de son côté, elle n'offre rien. (à part beaucoup de jugement)

Dans du plus léger, il y a le cliché : des règles, du caca qui ne part pas dans les wc parce que les tuyaux sont gelés et l'eau de la chasse d'eau n'arrive pas, le fait qu'elle se perde dans le village d'à côté et soit obligée de demander son chemin aux autochtones qu'elle ne comprend pas, de la machine à laver qu'elle ne sait pas faire fonctionner.
Et bien sûr, elle oppose systématiquement le Québécois aux Parisiens à qui elle a eu affaire au cours de sa vie.
Tout comme elle développe les 3 types de Basques avec qui elle est sortie plus jeune : le surfeur, le rugbyman et le berger, qui ne sont que 3 clichés sur pattes.

🇨🇦🖤🇨🇦

(Spoiler)
La fin déçoit dans les grandes largeurs. A quoi bon nous montrer à quel point le Québécois est bon, gentil et attentionné, si ... il n'est "pas prêt" ? Ce n'est pas très crédible, durant tout le roman, il se montre intéressé, investi, et à la fin, il dit ne pas être prêt ? Sans autre explication !
Si il avait parlé de la distance ou du fait qu'il ne la sentait pas prête à s'investir, j'aurais pu comprendre cette décision de ne pas aller plus loin. Mais là, c'était étonnant. Bon au moins il s'épargne une relation avec une fille immature, égocentrique et qui passe son temps à le juger.

Et puis à quoi bon un tel voyage si en plus, elle n'en retire rien ? Intellectuellement, spirituellement, elle est toujours la même à la fin du livre ! Elle n'a pas du tout grandi au cours de cette semaine, ne s'est pas remise en question quant à ses attentes. Au fond, cette fin montre surtout qu'on a suivi sur 160 pages une fille instable, qui ne sait pas du tout ce qu'elle veut et préfère sauter sur toutes les occasions qui se présentent pour échapper à son quotidien de fille célibataire.

🇨🇦🖤🇨🇦

Si l'histoire est légère, concrètement il s'agit juste des débuts d'une histoire d'amour, le style faisant appel à beaucoup d'images m'a déplu. Le propos est très mince (tout comme le livre), mais si vous voulez vous détendre, ne penser à rien, ce livre sera parfait.
Mais vraiment, attention à ne pas trop réfléchir, vous pourriez remarquer que les clichés aux relents sexistes sont toujours à l'oeuvre dans les comédies romantiques (même quand celle-ci est rédigée par une diplômée en philosophie...)

3/10

(Heureusement que ce livre était un gratuit... Il va partir en boîte à livres une fois que le confinement sera levé) 

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 22 avril 2020

Une dernière danse, Victoria Hislop

Quatrième de couv' : Quand elle arrive à Grenade pour y prendre des cours de danse, Sonia, jeune Londonienne, ne sait rien du passé de la ville. Une conversation avec le patron du café El Barril la plonge dans la tragique destinée de la famille Ramírez : dans les années 1930 vivaient dans ces lieux trois frères aux idéaux opposés, veillant jalousement sur leur jeune sœur, Mercedes, passionnée de flamenco. Tandis que celle-ci tombe amoureuse du guitariste gitan qui l'accompagne, l'Espagne sombre dans la guerre civile. Quel camp chacun va-t-il choisir ? Quels secrets et trahisons vont déchirer la fratrie à jamais ? Happée par ce récit de feu et de sang, Sonia est loin d'imaginer que sa propre existence en sera bouleversée...



Mon avis : Il y a quelques années, j'avais lu L'île des oubliés de Victoria Hislop, et j'avais été surprise d'aimer cette histoire. En me plongeant dans une histoire vraie, que l'autrice avait romancée, j'avais pu apprendre des faits historiques.
Dès lors, ses romans que je croyais s'apparenter à de la chick-lit ont revêtu à mes yeux un autre aspect. Je me suis renseignée et j'en ai ajouté à ma wishlist.
Début janvier, j'en ai acheté un, que j'ai décidé de commencer en ce mois d'avril. Malheureusement cette lecture arrive au moment du confinement, où il faut bien l'avouer, je ne suis pas toujours très concentrée. Cependant, mon avis mi-figue mi-raisin trouve ses raisons non pas uniquement dans mon manque de concentration, mais aussi dans certains aspects que je vais expliquer plus bas.

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L'histoire met en scène une trentenaire anglaise, Sonia, mariée à James. Plutôt bien dans son travail mais pas du tout dans son mariage, elle s'autorise une soirée par semaine pour se consacrer à l'apprentissage de la danse. Elle part quelques jours avec sa meilleure amie, Maggie, son antithèse, à Grenade, où Sonia va apprendre la salsa et les bases du flamenco et surtout faire la connaissance de Miguel, le cafetier du bar El Barril. Dans ce café, des photos ornent les murs : ce sont les enfants de la famille Ramirez, qui tenaient le bar dans les années 1930.
Interrogeant le vieil homme, Sonia va découvrir l'histoire de cette famille quand leur quotidien se voit bouleverser par la montée au pouvoir des nationalistes.
De nombreux secrets sur cette famille vont lui être révélés au fur et à mesure.

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Pourquoi je n'ai pas tellement aimé ce roman ?

- Le simplisme, le manque d'inattendu et de crédibilité :
Sonia se sent mal dans son mariage, donc elle se rend avec une amie en Espagne. Elle fait tout pour énerver son mari, plutôt que de parler avec lui de ce qui ne va pas dans leur couple. L'autrice nous dépeint un mari égocentrique, imbu de lui-même, etc. comme si il le devenait soudainement alors que les personnages sont mariés depuis un moment... Elle en fait un personnage sans aucune nuance, pour bien nous montrer que Sonia a tout intérêt à partir plutôt que d'essayer de communiquer. (pas très mature tout ça...)

Une fois à Grenade, Sonia se rend dans le café qui a appartenu à la famille Ramirez et va découvrir qu'elle a un lien avec. Miguel va lui apprendre des faits sur la guerre civile espagnole, qui sont relatifs à son histoire à elle (comme par hasard !). Il n'y a que dans les livres qu'on peut trouver de telles coïncidences.
Par ailleurs, sachant que ce procédé est une spécialité de l'autrice, je n'étais pas particulièrement surprise par les révélations sur Miguel. Ou sur Mercedes. C'était même assez évident. Le dénouement est cousu de fil blanc et c'est vraiment dommage.


- Le manque d'émotions et de psychologie des personnages :
Si on se focalise sur la période racontée par Miguel, à savoir la guerre civile espagnole, le récit manque d'émotions. Au début, il raconte qui sont les Ramirez, les traits de caractères se dessinent pour nous faire imaginer ces 6 personnages. Cependant ce ne sont QUE des traits de caractères. On n'aborde jamais le ressenti profond ou une remise en question des personnages.

La partie qui entoure la vie d'Antonio pendant la guerre civile était un assemblage de faits historiques, avec quelques mentions d'Antonio et de son quotidien de combattant, mais c'était très succinct et j'ai eu l'impression de lire un récit de guerre privé d'émotions.
L'intrigue passe au second plan et l'autrice montre à quel point elle a bien fait son travail de documentation (bien que ce soit une version très simplifiée de la guerre civile) mais elle ne construit pas une trame narrative à laquelle on a envie de s'accrocher.

Pareil quand on découvre le passé de Mercedes, ce sont essentiellement des faits, des actions. Mais jamais on ne nous parle du sentiment de déracinement, ou de mal-être durant cette guerre.

Pour moi ça manquait de fiction, j'aurais aimé lire une histoire plus romancée. J'aurais aimé m'attacher à des personnages qui semblaient en vie plutôt qu'à des êtres de papier. Les personnages manquent cruellement d'épaisseur dans ce livre et sont souvent des caricatures (Ignacio, Emilio...)


- L'histoire d'amour entre Mercedes et Javier :
Là on est sur de l'idéalisation, de la cristallisation d'un moment. Mercedes rencontre Javier pour la première fois dans une fête. Il joue de la guitare et elle se met à danser le flamenco pour lui. Ils vont travailler ensemble quelques fois, et tomber amoureux, alors qu'ils ne se parlent JAMAIS.
En fait leur attirance n'est que physique et ça m'ennuie qu'on parle de "grande histoire d'amour impossible" alors qu'il ne s'agit que d'idéalisation, ce n'est pas sain et ce n'est pas ça l'amour.
Selon moi, l'autrice n'a pas su en faire un véritable drame sentimental. Pendant toute la guerre, on voit Mercedes s'accrocher à son désir de revoir Javier, mais pourquoi ? Ils ont passé si peu de temps ensemble, ils n'ont quasiment rien développé ensemble !

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Qu'est-ce que j'ai aimé ? 

- J'aime assez le procédé des histoires de l'autrice : il y a deux temps dans ses romans, le présent avec un personnage qui pose des questions, et le passé qu'on lui conte.

- J'ai aimé en apprendre plus sur la guerre civile espagnole et comment elle avait eu lieu. Je n'ai jamais eu de cours sur cette guerre et je ne savais vraiment pas grand chose sur Franco et son accès au pouvoir.

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Je ne sais pas trop quoi en penser : 

- Le flamenco était censé être un élément important du roman, or il est occulté pendant toute la partie sur la guerre civile. Au tout début, on apprend que Mercedes est passionnée par cette danse. Mais avec la guerre, elle est obligée d'arrêter. Elle reprend un peu dans les années 40 pour la faire découvrir aux Anglais. Mais plus rien ensuite.
On nous vend ce livre comme un livre sur la passion de la danse. Je trouve qu'on ne l'évoque pas assez.

- On nous vend ce livre comme une grande histoire d'amour impossible. Je tique sur la grande histoire d'amour. (Selon moi, la véritable histoire d'amour, ce serait celle des parents : Pablo et Concha).

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Ce roman n'était pas à la hauteur de mes attentes, à plein de niveaux. J'ai appris des choses sur la guerre civile en Espagne, le travail de recherches fournit par l'autrice était nécessaire (bien que la mise en scène de l'intrigue rende tout ça très simplifié, on n'entre pas dans les détails de l'Histoire). Mais les qualités narratives que j'attendais ne sont pas là. Et c'était bien trop long.

4/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 21 avril 2020

L'envers du décor et autres nouvelles, Tatiana de Rosnay

Quatrième de couv' : Le vrai, le faux. Le décor, son envers. La vie comme un théâtre. Il y a celles qui cachent, sous leurs grands airs d’actrices, d’horribles et noirs secrets. D’autres dont la mémoire en friche court après un regret, un remords, une minute adorée – abhorrée.
Alors on joue. La même scène, encore et encore. Jusqu’à la rupture. Un grain de sel et tout chancelle. Un nom à la radio, le roman d’une inconnue, un mot d’amour, une rue d’avant, un basculement, et la comédie s’arrête.

Avec son sens aigu de la chute, son écriture romanesque et son talent pour créer des atmosphères uniques, Tatiana de Rosnay, à travers ces nouvelles, nous plonge dans son univers, alliant fiction et souvenirs personnels, anecdotes enfantines et pulsions adultes. Un régal.



Mon avis : Je crois que Tatiana de Rosnay est l'autrice dont j'ai lu le plus de livres. Je l'ai découverte vers 2013 et j'ai dévoré bon nombre de ses romans.
C'est en allant en librairie début mars, que je suis tombée sur ce recueil de nouvelles.
Attention, spoilers.

✬★✬

L'envers du décor : Une nouvelle sur une comédienne d'une cinquantaine d'années, qui joue au théâtre Lucrèce Borgia depuis 20 ans. L'espace d'une journée nous la suivons. Dans son courrier, elle trouve un service presse. Elle qui n'a pas l'habitude de lire, se voit intriguée par ce texte qui parle... d'elle ! Dans ses plus infimes détails, de ses secrets, de tout ce que la presse et les fans ne sont pas au courant. Qui lui a envoyé ce roman ?
J'ai apprécié cette nouvelle, qui m'a néanmoins fait penser au livre de Catherine Cusset, Le problème avec Jane. Avec une montée en puissance, nous sentons que cette femme, pourtant très sûre d'elle, détendue, commence à perdre pied à l'idée que son image soit éraflée. Finalement dans un finale tragique, elle s'effondre d'elle-même. Nous voyons comment tout ce qu'on cache, finit toujours par être révélé.

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L'étagère du haut : Une nouvelle dans laquelle une femme se souvient de ses premiers émois de lectrice. Dans la bibliothèque de ses grands-parents, il ne fallait surtout pas toucher l'étagère du haut, qui contenait des livres pour adultes. La petite fille, trop curieuse, prise en flagrant délit par son grand-père, se voit proposer l'ouvrage de Daphné Du Maurier, Rebecca.
Quand on connaît la passion de Tatiana de Rosnay pour Daphné Du Maurier, on se doute à quel point cette nouvelle est inspirée de sa vie. Beaucoup pourront s'identifier : on est nombreux à avoir éplucher les bibliothèques familiales étant enfant. Souvent ça nous a permis de développer un attrait pour la littérature.

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Le Parfait : Une nouvelle publiée dans un des livres 13 à table ! Dans cette nouvelle, Monique s'apprête à marier sa fille Mathilde. Mais plane continuellement dans son sillage sa belle-mère, "Mamie", sacrée teigne de 90 ans qui n'en fait qu'à sa tête, et exige un "parfait" comme dessert au mariage de sa petite-fille.
Révélant des liens qu'on n'a pas choisis (on choisit rarement de se coltiner la famille de son conjoint), l'autrice s'amuse à nous décrire une vieille femme acariâtre et égocentrique. Monique, trop gentille, n'a jamais su s'opposer à elle.
Je crois avoir déjà lu cette nouvelle dans le recueil 13 à table. Si la nouvelle possède un ton humoristique, sa chute prend un tournant dramatique, et à vrai dire, c'est tout-à-fait ce que j'attendais et ce que je voulais lire.

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Conversation impossible : Dans cette nouvelle, l'autrice invente une interview qu'elle aurait menée avec son autrice favorite, Daphné Du Maurier.
Un exercice d'écriture pour l'autrice. Vous savez, c'est un peu comme quand on répond à la question "Avec quelle célébrité aimeriez-vous dîner ?" et qu'on s'imagine avoir la chance de rencontrer notre idole pour pouvoir lui poser toutes les questions qu'on souhaite. Et bien, l'autrice s'amuse à écrire une interview qui finit... mal ?

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Lady Landifer : Cette nouvelle est la plus longue du recueil. Elle met en scène Nelly, une trentenaire qui vient de perdre son emploi de libraire et son compagnon. Une petite annonce dans le journal l'intrigue et elle y répond. Le mystère s'épaissit tandis que Nelly est invitée à jouer un rôle...
J'ai bien aimé le sujet de la nouvelle, j'ai aimé la façon dont l'autrice la construite.
MAIS ! je n'ai pas apprécié que l'autrice reprenne exactement mot pour mot, des passages de sa nouvelle L'étagère du haut. Ça aurait pu passer inaperçu si les deux nouvelles ne se tenaient pas dans le même recueil, mais là, c'est vraiment manquer d'imagination. Ce n'est quand même pas difficile d'imaginer à un personnage un passé en rapport avec la lecture ! C'est décevant et c'est se moquer de ses lecteurs. C'est dommage parce que le reste de l'histoire était génial.

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Mon Zouave : Cette nouvelle raconte comment Paris a changé. Je crois que l'autrice s'adresse à celle qu'elle était dans le passé : lors d'une balade dans la ville, elle lui montre ce qui a changé, ce qui existait avant : les magasins, les rues, comment les gens vivaient et même la crue de 1910 !
Je n'ai pas trop aimé cette nouvelle, parce que Paris, ça me parle pas. Même si j'y ai vécu quelques mois, je n'ai pas du tout vu ce Paris idéalisé auquel l'autrice est attachée.

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Trouble-Fête : Cette nouvelle présente Margaux, une femme qui aime tout contrôler, tout régenter dans sa vie ainsi que celles de son mari et de ses enfants. Elle donne une fête pour les 60 ans de son mari, après qu'on lui ait dit qu'elle était un "tyran". Ces paroles vont lui rester en tête. Lors de la fête, un élément hors de contrôle va se révéler à elle, faisant remonter de vieux souvenirs.
L'autrice sait rendre ce personnage tout à fait détestable ! Du début à la fin, elle est insupportable. C'est une manipulatrice qui se justifie en parlant de perfection. Les dernières lignes, tout en subtilité, nous en apprennent encore sur cette femme, pour qui on ne peut avoir de pitié ni de compassion.

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La lettre de Miss Sebold : A nouveau, l'autrice se met en scène enfant, pour raconter la curiosité qui l'a habitée, quand sa maîtresse lui a donné une lettre à remettre à sa mère. Elle plonge dans ses souvenirs, nous racontant l'effet que ça fait d'être une petite fille franco-britannique dans une école américaine, au moment où se développe sa passion pour l'écriture.
J'ai plutôt bien aimé cette nouvelle, mais j'apprécierais des récits un peu moins autobiographiques. Je ne serais pas surprise d'apprendre que cette nouvelle était une commande, puisqu'elle a été publiée dans un recueil se nommant Enfant, je me souviens.

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Madame : Quelqu'un écrit une lettre à une femme, remarquée par la fenêtre de son immeuble. Elle vient tous les mercredis accompagner son fils à un cours de guitare. La personne rédigeant la lettre s'adresse à elle, lui révélant qu'elle l'a observée, a découvert son nom et son compte Instagram et qu'elle l'attend désormais pour lui faire l'amour.
C'est la nouvelle la plus creepy que j'ai pu lire. N'importe qui recevant une telle lettre, ne peut pas intelligemment se dire "wouah trop bien, quelqu'un me désire, je veux à tout prix rencontrer cette personne". C'est juste flippant. La chute est pas mal, mais elle est très attendue. D'ailleurs ça ne devrait même pas constituer un sujet d'étonnement. Selon moi, en 2020, ce n'est pas une chute très pertinente.

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"Tête en long" : Cette nouvelle raconte comment on peut mettre du temps à comprendre le sens d'un surnom que l'on nous donne. Depuis qu'elle est petite, la narratrice entend qu'on dit d'elle "tête en long", puis un autre mot qu'elle ne saisit pas. Des années plus tard, après la découverte de tableaux d'un célèbre artiste dans le bureau de son père, elle comprend ce surnom que sa tante s'amusait à lui donner.
Encore une fois, je pense que nous sommes dans un texte autobiographique.
Encore une fois, l'autrice utilise les mêmes mots pour décrire une scène qui se passe : le moment où elle lit un roman dans son lit avec une torche étant enfant, qu'elle éteint dès qu'elle entend le pas de sa grand-mère. Dans une autre des nouvelles de ce recueil, elle a écrit précisément la même chose avec"mère" au lieu de "grand-mère".

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Les mots qui sont ma prison : Dans ce texte, un garçon est isolé de sa famille, de ses amis, de son environnement. Il n'a plus le droit à la liberté de mouvement, il est constamment surveillé, dépossédé de tous ses biens.
Avec cette nouvelle, il faut attendre la fin pour tout comprendre.
Au début, ayant une vision centrée sur la France, je ne comprenais pas dans quelle réalité on se trouvait. Etait-ce un texte d'anticipation ?
Les dernières lignes m'ont permis de comprendre que non, c'est la réalité pour d'autres jeunes dans le monde (en Russie, notamment). Ce texte nécessite d'être un minimum informé∙e sur ce qui se passe dans d'autres pays du monde quant aux droits des Hommes. Il montre qu'il y a encore du chemin à faire pour briser les préjugés de certaines sociétés. Mais il montre aussi que d'autres humains sont prêts à faire preuve d'humanité en prenant des risques pour sauver la vie d'autrui.

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Jaguar : La narratrice parle d'un prédateur, un homme dont elle entend le nom à la radio et dont elle se souvient avec quelle insistance il avait voulu la ramener chez lui pour "prendre un verre" des années auparavant. Elle avait refusé, avec une certaine clairvoyance pour ses 20 ans. Plus tard elle apprendrait qu'il glissait des cachetons dans les verres de champagne des mannequins qu'il droguait pour se servir d'elles ou pour le dire crûment : pour les violer.
Cette nouvelle qui vient clore le recueil est la plus poignante. Courte, mais efficace, elle met en garde.

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Pour une amatrice comme moi de Tatiana de Rosnay, et pourtant, bien que je n'ai pas lu récemment ses romans, je trouve qu'elle reprend souvent les mêmes sujets : une libraire ou une passionnée de littérature, une enfant qui dévore des romans, des vacances au Pays Basque, Daphné Du Maurier, Paris et Londres. On dirait qu'elle ne sort pas beaucoup de sa zone de confort et... c'est lassant.
La plupart des nouvelles sont très largement inspirées de sa vie, de ses goûts, et ce côté autobiographique m'a laissée de marbre.
Je ne suis pas une grande fan des autobiographies, je prends plus de plaisir à lire un texte de fiction car ça me permet de découvrir ce qu'un auteur peut inventer, imaginer ! Je conçois qu'un auteur mette un peu de lui dans un roman, qui ne le ferait pas ? Mais avec ces nouvelles, je m'attendais à autre chose : à de la fiction, pour être précise. Avec une chute de préférence. Mais bon, c'est un exercice difficile que de plaire avec des nouvelles.

✬★✬

C'est un recueil de nouvelles qui malgré ses accents autobiographiques, plait par la simplicité et la fluidité de la prose. Certaines nouvelles sont excellentes, tant par leur ton (humoristique, dramatique) que par leurs intrigues (L'envers du décor, Lady Landifer, Le parfait).
Comme vous l'aurez compris j'ai une préférence pour les nouvelles qui tiennent de la fiction. Je reconnais avoir passé un bon moment avec ces textes.
J'espère retrouver bientôt l'autrice dans quelque chose de moins autobiographique.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 19 avril 2020

La grande maison, Nicole Krauss

Quatrième de couv' : Qui est-il ? Que pense-t-elle ? A quoi rêvent-ils ? Pourquoi ne répond-il pas ? Lotte, Dov, Yoav... Ils sont bien là, mais leur mari, père ou amant ont l'impression de ne pas les connaître vraiment. Pour mieux les comprendre, il existe une clef : leurs écrits, cachés dans un bureau transmis de génération en génération. Et s'il était préférable de ne jamais découvrir l'intimité des êtres aimés ?


Mon avis : Ce roman était sur ma wishlist depuis une bonne dizaine d'années. A l'époque je lisais les "conseils livres" du magazine Psychologie, et je pense que c'est dedans que j'avais vu le résumé de ce livre. Je ne l'avais jamais trouvé en librairie jusqu'en avril l'an dernier, dans le rayon littérature anglophone de mon collègue. Je l'ai laissé dans ma PAL pendant un an, alors que je l'y voyais souvent, étant attirée par son titre. J'ai décidé de le commencer vers le 10 avril, et j'ai avancé très doucement en lisant un chapitre par jour, les jours où j'en avais l'envie (et la concentration requise).

▪︎☒▪︎

Soyons honnête, dès les premières phrases je me suis dit que ça allait être une lecture ardue.
Déjà l'autrice nous plonge directement dans une situation, sans nous présenter les personnages. Un peu comme si vous allumiez votre télévision sur une série que vous n'aviez jamais vue, et que rien, mais vraiment rien, ne vous parlait.
Avec ce livre, il faut s'accrocher. Ma motivation, ça a été de me dire que je voulais le lire depuis 10 ans et que je n'allais pas le lâcher sans l'avoir fini, parce que je voulais le voir hors de ma PAL.

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J'ai d'abord vérifié qu'il s'agissait bien d'un roman, parce que j'avais l'impression de lire des nouvelles sans rapport les unes avec les autres.

Imprégné de la culture juive, ce roman parle des meubles pris aux Juifs par les Nazis pendant la seconde guerre mondiale, qu'un homme recherche à travers le monde pour ceux qui en ont besoin.

Mais il s'agit avant tout de récits de vies, faits de souvenirs de personnages qui n'ont pas forcément de lien entre eux, si ce n'est qu'ils ont vécu dans l'ombre d'un bureau majestueux possédant une vingtaine de tiroirs. On passe de New York, à Jérusalem, à Londres, avec ce mystère qui s'épaissit : pourquoi veulent-ils tous ce bureau ? qu'a-t-il de si magique ? à qui a-t-il appartenu en premier ?

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Ce n'est pas un roman grand public, il ne s'adresse pas à tous, mais clairement à un public d'érudits ou d'universitaires. Et c'est ce qui me pose problème avec la littérature américaine : les quelques auteurs américains contemporains publiés en France, sont généralement des auteurs diplômés des meilleures universités américaines et anglaises, qui construisent des fictions obscures et exigeantes.
... Et moi ça me donne le sentiment d'être bête et ignorante, quand je lis ce genre d'auteurs qui ont des tonnes de références que je ne saisis pas.

▪︎☒▪︎

J'ai été très frustrée que l'autrice donne des tonnes de détails inutiles, alors qu'elle n'apporte aucune réponse à des questions qui ont leur importance. J'avais envie de comprendre les histoires, de découvrir comment elles s'imbriquaient ! mais l'autrice explique si peu ce qu'on veut savoir, qu'au bout d'un moment, j'ai lu sans enregistrer ce qui était écrit.

En fait quand je lis des critiques de ce roman sur le net, je trouve que les lecteurs en parlent bien mieux que la façon dont l'autrice a mis en place son histoire. Séparément, si on mettait dans un ordre chronologique toutes ces histoires, ça donnerait certainement un ouvrage plus accessible et plus digeste.
Peut-être qu'elle est partie d'un lot de nouvelles qu'elle avait sous le coude et qu'elle s'est dit qu'un élément comme un bureau pourrait être un fil conducteur, mais qu'il fallait brouiller les pistes, alors elle en a fait ce roman dense et obscur...

▪︎☒▪︎

J'ai enfin fini ce livre, et je me sens surtout débarrassée d'une lecture qui aura été laborieuse et dont je ne garde (déjà !) qu'un vague souvenir. C'était trop obscur pour moi, trop labyrinthique et surtout trop exigeant. Ça manquait d'action et ça se contentait d'un blabla incessant sur les vies de personnages pour lesquels je n'ai eu aucune empathie.
Une grande déception...

4/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

(Un détail marrant : le bureau de ce livre aurait appartenu à Federico Garcia Lorca. En parallèle de la lecture de La grande maison, je lis Une dernière danse de Victoria Hislop, qui parle de la guerre civile en Espagne, et mentionne Lorca dans son roman. Je trouve toujours marrant comme coïncidence de lire un bouquin et qu'un autre évoque la même chose ou fasse référence à une même personne. Plus récemment j'ai lu le mot "courtepointe" dans environ 3 ou 4 romans à la suite)

samedi 18 avril 2020

Les sorcières du clan du Nord, t.1, Le sortilège de minuit, Irena Brignull

Quatrième de couv' : Deux mondes que tout oppose, une grande amitié, une histoire ensorcelante.

Poppy, adolescente rebelle, se fait renvoyer de tous les lycées qu'elle fréquente.
L'innocente Clarée a du mal à se faire accepter par sa communauté secrète de sorcières.
Leurs chemins n'auraient jamais dû se croiser.
Pourtant, elles deviennent inséparables.
Et la rencontre avec le mystérieux Leo achèvera de bouleverser leurs destinées.
Mais y a-t-il une frontière entre magie et réalité?



Mon avis : Ce roman est sorti en Avril 2017 en grand format (un an plus tard dans la collection poche Pôle Fiction), mais je ne l'ai acheté qu'en février 2019, parce que le livre que j'avais reçu pour mon rayon était abîmé, et comme je me refusais de le vendre dans cet état, j'ai préféré l'acheter pour moi, d'autant plus que je sentais que j'aimerai cette histoire. J'avais envie de retrouver la magie, la sorcellerie qu'on trouve dans Harry Potter.

🍂🌑🍂

Dans ce roman (que j'avoue avoir conseillé plusieurs fois sans le lire 🤫), nous faisons la connaissance de deux jeunes filles de 17 ans que tout oppose.
Poppy se fait constamment renvoyer des lycées où elle est inscrite, parce qu'elle traîne dans son sillage un bon nombre de catastrophes. Son père et elle ont dû déménager de plus en plus vers le nord du pays, tandis que sa mère est internée dans un hôpital psychiatrique.
Clarée, quant à elle, vit dans un clan de sorcières. Blonde, aucun don ni pour l'herboristerie ni la magie et des aspirations différentes de ses "soeurs", Clarée ne se sent pas à sa place dans ce clan, où règne en maître sa tante, Crécerelle.
Un jour, Poppy fait la rencontre de Clarée dans un vallon. Les deux filles se lient d'amitié et vont s'apprendre plein de choses.
Et puis il y a Léo, un garçon vivant dans la rue qui fait aussi la connaissance des deux filles, dans une sorte de triangle amoureux.
Dans ce livre, il est aussi question d'une prophétie, faisant d'une sorcière la prochaine reine.

🍂🌑🍂

J'ai bien aimé la façon dont l'autrice a imaginé cet univers où les sorcières vivent en clan à l'abri des arbres, mais non loin d'une ville. Cette image d'une communauté à l'ancienne, vivant dans des roulottes, se nourrissant de baies, de pain qu'elles fabriquent elles-mêmes, n'ayant que deux robes différentes par personne, je trouve ça très rustique, limite médiéval.

De l'autre côté, on a cette aire urbaine qui n'est pas très reluisante. Poppy a du mal à s'intégrer dans son lycée où elle se fait harceler. Sa maison est au fond d'une impasse où des dizaines de chats la suivent (à chacun de ses déménagements). Et Léo, garçon de 19 ans, vivant dans la rue nous permet de découvrir les dangers que constituent une rue trop fréquentée, trop illuminée, pour un jeune SDF qui tente de se faire tout petit, surtout la nuit.

🍂🌑🍂

Alors si il y a bien une chose à laquelle je ne m'attendais pas, c'est ce triangle amoureux... Je ne suis vraiment pas fan de cet aspect dans les histoires.
Même si c'est amené avec délicatesse (la rencontre de Clarée avec Léo est si douce et si simple, à l'image de Clarée finalement), c'est tout de même dommage que ça touche Poppy à ce point-là, même si ça va forcément devenir un enjeu plus important par la suite. J'aurais préféré soit que Poppy obtienne ce qu'elle souhaitait, soit qu'elle s'en fiche et endosse son rôle de femme forte et indépendante à bras le corps.
Après je conçois que ce sont des ados et qu'à cet âge-là, même si on a soudainement une immense responsabilité, l'amour est néanmoins un élément très important et qu'il peut être nécessaire pour avancer. Mais c'est dommage d'avoir terni l'amitié des jeunes filles avec un triangle amoureux...

🍂🌑🍂

J'ai bien aimé cette histoire, qui est relativement classique dans ses rebondissements et dans le déroulé de son intrigue. Le style est correct, fluide, sans trop de détails. On se perd parfois dans des longueurs mais ça reste supportable.
L'autrice sait bien dépeindre les sentiments de ses personnages ainsi que leur psychologie.


🍂🌑🍂

Je crois que ce que j'ai préféré dans cette histoire est l'amitié entre Poppy et Clarée, surtout au début du roman, quand Poppy comprend que Clarée ne connaît rien du monde qui est le nôtre.
Poppy, quant à elle, a beaucoup moins de mal à accepter et comprendre celui des sorcières. Elle s'y jette entièrement, se sentant enfin complète et comprise. J'étais impatiente de voir comment elle serait accueillie par les sorcières.

🍂🌑🍂

J'ai bien aimé que l'autrice croit vraiment en ce qu'elle écrivait. Par moments, elle montre que les humains ne font pas assez attention aux signaux de la nature ou aux choses imperceptibles à l'oeil. Dans cette histoire, les sorcières ont le don de seconde vue, mais elles écoutent aussi énormément leur instinct. J'aime bien cet aspect, ça me parle.

🍂🌑🍂

En revanche je ne mets pas une excellente note, parce que j'ai mis du temps à lire ce livre. Je ne sais pas si ça vient d'un manque de concentration ou si c'est parce que je lis deux autres livres en parallèle. Mais je n'avais pas une immense envie de revenir à cette lecture une fois que je l'avais posée. Ça ne veut pas dire que c'était mauvais, juste que je n'étais pas à fond dedans, et ça joue sur ma note finale.

🍂🌑🍂


Un premier roman sur la sorcellerie, qui ne transporte peut-être pas autant qu'Harry Potter, mais qui a néanmoins de grandes qualités narratives et un univers compréhensible par chacun. L'histoire est justement dosée, entre rebondissements, apprentissage de la magie et quête de soi.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

lundi 13 avril 2020

Des astres, Séverine Vidal

Quatrième de couv' : C'est l'histoire de Pénélope, une fille que sa mère n'a jamais su aimer. Une fille transparente, timide, terrifiée par la vie... au point de ne pas se sentir la force, le jour venu, d'élever son bébé.
Au point de l'abandonner en pensant le sauver.

C'est l'histoire de Romane, une fille qui n'a jamais connu sa mère biologique. Une fille heureuse, épanouie, gourmande de vie... mais à qui il manque toujours quelque chose.
A qui il manque toujours quelqu'un.

C'est l'histoire des mères et de leurs filles, qui raconte combien parfois, les mères peuvent nous détruire et combien parfois, elles nous sauvent.


Mon avis : Si je ne me trompe pas, une de mes collègues me l'avait conseillé, mais à la lecture du résumé je m'étais dit que c'était un peu trop prévisible ces destins sur le point de se croiser.
Finalement lors de ma dernière sortie en librairie jeunesse en mars, je l'ai acheté. Et je crois que j'ai bien fait !

✨☄️🌝

A la fin de ma lecture, je me suis dit "Ça c'est un bon roman pour ado-jeunes adultes !"
Nous commençons par faire la connaissance de Pénélope à travers sa relation à sa propre mère, Irène. Ça met un peu mal à l'aise. L'autrice ne choisit pas la linéarité dans le temps du récit, elle utilise les flashbacks qui illustrent la relation toxique de Pénélope et sa mère manipulatrice. C'est grinçant et on sent qu'il nous manque encore des éléments. Ça ressemble à un puzzle mais les pièces s'emboîtent au fil du roman.

Et il y a Romane. Ado de 17 ans, fille adoptive de Loïc et Nath, bouchers à Libourne, elle est très heureuse, vit sa vie d'adolescente entre ses cours et des séances d'urbex dans le Bordelais en cachette de ses parents. 2 ans plus tôt elle a cherché à savoir qui était sa mère biologique. Elle avait presque oublié sa demande, jusqu'à ce qu'elle reçoive une lettre l'informant que sa mère biologique accepte d'être mise en contact avec elle.

Comme vous vous en doutez, Romane est la fille biologique de Pénélope. Mais tout ne sera pas rose. C'est même plutôt un long chemin pavé d'embûches, pour que les deux femmes parviennent à se "rencontrer".

Et puis il y a encore autre chose. Je préfère ne pas vous révéler quoi que ce soit, parce que je ne l'avais pas vu venir. Juste... c'est un sujet difficile, donc "trigger warning" comme on dit sur Booktube. Par ailleurs, si j'ai apprécié de voir la thématique évoquée dans ce roman, je ne suis pas conquise par "l'événement avorté" qui a lieu vers la fin du roman. Ça manquait un peu de crédibilité, même si je comprends ce que l'autrice a voulu montrer à travers le personnage de Pénélope (et sa psychologie).

✨☄️🌝

J'ai bien aimé ce roman. Je l'ai lu en une après-midi, il n'est pas très long, mais surtout, une fois qu'on est lancé dedans, on a envie de suivre les personnages, de voir comment leurs relations vont évoluer.
On ne s'attache pas forcément aux personnages : elles sont assez imparfaites, Pénélope est une femme effacée et Romane est pleine d'une fougue toute adolescente. Leur portrait psychologique est assez approfondi, ce ne sont pas des personnages de papier, elles prennent vie sous la plume de Séverine Vidal.

L'autrice écrit les moments forts et intenses, les moments doux et porteurs d'espoir, les moments durs et elle parvient à nous toucher. Son écriture est simple, fluide mais travaillée. Elle ne s'encombre pas des détails mais nous en dévoile suffisamment pour nous faire imaginer ce qu'elle veut. Le ton est grave, parfois dramatique. Il s'allège parfois quand on lit les chapitres consacrés à Romane.

✨☄️🌝

J'ai trouvé les thèmes intéressants : se rendre compte qu'une relation est toxique, ce n'est pas toujours facile. Evidemment c'est avec des personnes auxquelles on tient et qui ont de l'emprise sur nous, donc c'est toujours compliqué de mettre un terme à une relation qui ne nous est pas saine, ni agréable.

Là les relations mère-fille sont mise à l'honneur dans ce roman : on voit que le lien n'est pas systématiquement naturel et peut revêtir différentes formes en fonction des êtres et du moment : sain, toxique, distant, proche. Ça demande de la patience, de l'abnégation, du courage pour en faire quelque chose à quoi s'accrocher.

✨☄️🌝

Je ne m'attendais pas à ce que j'ai découvert avec ce roman. C'est un très beau livre, bien que sombre, sur la complexité des rapports mère-fille. Plutôt pour les grands ados ou jeunes adultes.

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 12 avril 2020

L'élite, Kiera Cass

Quatrième de couv' : ELLES ÉTAIENT 35, ELLES NE SONT PLUS QUE 6.

Elles forment l’Élite. Chacune d’elles doit désormais convaincre le prince Maxon, le roi et la reine, qu’elle est la plus à même de monter sur le trône d’Illeá, cette petite monarchie fondée sur un système de castes et menacée par des factions rebelles. Mais pour America Singer, la donne est plus complexe : tiraillée entre ses sentiments pour Maxon et son amour d’enfance pour Aspen, entre son sens de la justice et sa loyauté pour la couronne, elle hésite, en quête de la décision qui changera à jamais le cours de sa vie.


Mon avis : Quand la trilogie a commencé à sortir en poche, j'ai pensé que c'était enfin l'occasion de la découvrir. Au début, je n'ai acheté que le premier tome, que j'ai lu dans la foulée. C'est après cette lecture, que je me suis laissée tenter par les tomes 2 et 3, que j'ai achetés fin septembre 2019. Comme d'habitude, ils sont restés dans ma PAL et je viens seulement d'en sortir le tome 2. (Attention spoilers)

👸🏽❣️🤴🏼

Dans ce second tome, nous retrouvons America, qui fait partie des 6 filles formant "L'élite".
La sélection se poursuit au sein du Palais, entre intrusions des Renégats et triangle amoureux pour America. De nouvelles épreuves surviennent dans la sélection : l'organisation d'un événement diplomatique, proposer de soutenir une oeuvre de charité en exposant des faits de la société. Nous suivons le quotidien d'America au château.

👸🏽❣️🤴🏼

Honnêtement pendant tout le roman j'ai eu l'impression de n'avoir qu'un triangle amoureux. Un chapitre, America est à fond sur Maxon, le prince. Le chapitre suivant, elle est à fond sur Aspen, parce que Maxon l'a déçue au cours des dernières heures. Un peu comme si Aspen était sa roue de secours. Puis ensuite elle est de nouveau à fond sur Maxon.
Et puis ensuite la demoiselle se rend compte qu'elle n'est pas faite pour être princesse, que ses idées ne vont pas avec celles du royaume. Elle cède sa place aux autres filles, tout en restant dans la compétition. Avant de chavirer à nouveau pour Maxon, puis Aspen, puis... bref vous avez compris !

Elle m'a agacée tout au long du roman. C'est fou à quel point elle peut être immature. Même lors de sa présentation de projet caritatif, elle SAIT quelles conséquences ça aura, puisqu'elle ne veut pas en parler à qui que ce soit, elle SAIT que si elle porte une robe qui l'a fait ressembler à un ange, on ne la verra pas venir, elle a un côté calculateur qu'elle n'ose pas assumer, tout comme le fait qu'elle soit assez capricieuse. Elle aimerait que Maxon ne regarde qu'elle, même quand elle ne le calcule pas... Ce tome la fait passer pour une gamine et une girouette. Elle aime avoir deux hommes à ses pieds et ne supporte pas de les voir avancer ou faire des choix qui ne l'inclue pas.

👸🏽❣️🤴🏼

Heureusement, on en apprend plus sur la politique de cet état, qui en est le fondateur, sur quelles bases s'est édifié ce pays.
Les Renégats viennent toujours faire peur au château, mais sans dommages collatéraux. Un peu plus d'enjeux et d'explications de ce côté-là ne seraient pas du luxe. Ils n'apportent aucune tension puisque tout le monde réussit toujours à se réfugier à temps dans les abris du palais. Personne n'est blessé, personne n'en meurt, ce n'est donc pas un arc narratif très intéressant, car l'autrice ne le développe toujours pas !

👸🏽❣️🤴🏼

Cependant c'est une suite agréable qui se lit très vite, certains rebondissements sont intéressants et on avance quand même dans la sélection. 

👸🏽❣️🤴🏼

Ce deuxième tome confirme le fait que c'est une trilogie très jeunesse et qui se fonde essentiellement sur la romance, plus que sur d'autres aspects (comme la dystopie ou l'exercice du pouvoir).
Ça se lit facilement, mais ce n'est pas un indispensable de la littérature adolescente (selon moi).
Et peut-être aussi que j'ai un bagage "littéraire" maintenant trop grand, qui fait que j'en exige un peu plus d'une lecture, que si je l'avais lu à 14 ans par exemple.

4/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 7 avril 2020

Exécutions à Victory, S. Craig Zahler

Quatrième de couv' : À la suite d’un échange bref et brutal avec un flic de l’Arizona, un homme d’affaires se suicide. La sanction tombe aussitôt : Jules Bettinger, le flic désobligeant, est muté avec femme et enfants dans un trou perdu : Victory, Missouri. Dans cette ville glaciale, des pigeons morts jonchent les rues et on dénombre plus de sept cents criminels pour un policier. Bientôt, ce ne sont plus des pigeons mais des flics mutilés que Bettinger va ramasser sur les trottoirs...


Mon avis : Maintenant vous le savez, je veux acheter et lire tous les ouvrages de chez Gallmeister dans leur collection Totem, ceux qui ont des couvertures magnifiques. C'est dans cette perspective que j'avais pris celui-ci. Et comme il traînait isolé au milieu d'autres titres dans mes listes de PAL, j'ai voulu le sortir. Mais je n'étais pas prête à ce qui m'attendait...

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Je ne vais pas vous cacher que c'est du polar violent et brutal, gore et sanglant.

D'ailleurs ça commence fort : un groupe de 4 flics en civil tabassent un SDF pour lui soutirer des informations. Puis on file sous le soleil d'Arizona, pour faire la rencontre de l'inspecteur Bettinger, qui va commettre un impair, en étant un poil trop honnête avec un homme d'affaires, qui décide de se foutre en l'air à l'accueil du commissariat. Pas de bol, Bettinger est tenu responsable et muté dans le Missouri, dans une ville au taux de criminalité indécemment élevé, Victory.
C'est dans cette ville froide, aux immeubles délabrés, à la population pauvre, que Bettinger fait la rencontre de ses nouveaux collègues : une bande de flics pourris et un capitaine boxeur qui ne leur passe rien.
Lorsque les flics en patrouille à Victory commencent à se faire tuer et mutiler dans les rues, c'est tout un enchevêtrement d'affaires que Bettigner va devoir démêler pour retrouver la tête pensante derrière tout cela.
Bettigner pensait protéger sa famille en l'installant loin de Victory, à 1h30 de là, dans une banlieue tranquille. Pourtant, il va ramener du travail à la maison, bien malgré lui...

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Au niveau du style, j'ai levé les yeux au ciel à plusieurs reprises parce que l'auteur use d'un procédé que je déteste : il a constamment recours aux images. Au lieu de dire qu'une personne sourit, il va écrire : "Une ligne incurvée apparut sur le menton de la jeune femme." Ou encore : "Un bâillement explosa sur le visage du détective." qu'il ré-utilise 40 lignes plus loin ! Je crois qu'on a compris que le détective était crevé, merci.
Plus sérieusement, j'ai horreur qu'un auteur se répète, même si c'est avec des variantes, surtout quand il croit se donner un genre avec des effets de style. Ça sonne tellement prétentieux !

Par ailleurs l'auteur (ou la traductrice) utilise constamment le mot "négro"... à moi on m'a toujours dit que ce n'était pas un mot à dire, et encore moins quand on est blanc. (l'auteur l'est, ses personnages sont noirs). Du coup, je ne sais pas quoi en penser, a-t-il voulu montrer que les personnages sont à l'aise avec ce mot et l'utilise pour parler de n'importe qui ? En tout cas, mon ressenti : beaucoup de gêne.

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En ce qui concerne le rythme, j'ai trouvé que c'était bon pendant une grande partie du roman : tout s'enchaînait avec des rebondissements à foisons, ça allait vite tout en étant compréhensible.
Jusqu'à ce que l'auteur nous lance trois de ses personnages à la recherche de l'homme à abattre. Et c'est là (aux alentours des pages 320-330) que j'ai commencé à m'emmerder sérieusement et à me demander si je n'allais pas lâcher le bouquin vu que ça n'avançait pas. Alors oui, il leur inflige des obstacles, notamment celui du temps pourri (un blizzard, de la neige), des infrastructures représentatives du peu de moyens qui sont accordés aux routes aux USA (il y a des nids-de-poule partout), ou encore des blessures pour ralentir ses personnages, qu'on est d'ailleurs surpris de constater toujours en vie (je veux dire : je marche pas 3km avec des côtes cassées ou une cheville brisée à cause d'un piège à ours), mais que c'était long ! Oh mon dieu, c'était si long et ennuyeux !
Les nombreuses descriptions venaient ralentir le déroulement de l'action et elles n'étaient pas utiles (pour moi) parce que je n'arrivais pas à imaginer les lieux décrits par l'auteur.

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Passons aux personnages : ce sont des bonhommes ! Et faut surtout pas toucher à leur virilité. Bettinger, l'inspecteur muté donc, prouve régulièrement qu'il aime sa femme en faisant l'amour avec elle (quasiment à chaque passage où ils sont chez eux, ils font l'amour. Vous êtes mariés depuis 20 ans, vous pouvez aussi vous montrer de l'affection par des gestes tendres, non ?). Il se bat avec les méchants et même avec ses collègues, et pourtant il a atteint la cinquantaine le bougre ! Waouh qu'il est fort cet inspecteur !

On n'est clairement pas sur des personnages qu'on va adorer, et les deux premiers chapitres donnent le ton. Les 4 premiers flics sont des pourris qui ont passé un marché avec un dealer.
Et de toute façon on en saura tellement peu sur eux : leur famille, leur passé ou leur personnalité, qu'on ne s'attache pas à eux.
Pour Bettigner, c'est un peu différent, on sait qu'il a une femme et deux enfants, qu'ils ont dû emménager dans le Missouri sous la contrainte. On a peut-être un peu plus d'empathie pour lui, mais ça reste un genre d'homme que je ne supporte pas. Il semble à peine ému par ce qui est arrivé à son fils (par sa faute). Pardon pour le demi-spoil. Mais faut être honnête, le type ne s'intéresse qu'à sa femme et à sa fille.

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Parlons morale un peu : Bettinger est un flic compétent, qui semble faire les choses dans la légalité. Or il se retrouve à bosser avec des flics corrompus. De quel côté va-t-il basculer ?
Si on peut imaginer dans un premier temps qu'il veut se faire apprécier de ses nouveaux collègues en leur passant leurs actes violents, on comprend vite que si il veut résoudre une affaire, il va devoir leur faire confiance, montrer patte blanche et leur passer quelques-unes de leurs pratiques de sauvages, jusqu'à lui-même empêcher la justice de faire son travail, afin de se venger de ce qui a été fait à sa famille. Parce qu'au final, on a surtout des gros bras qui ne sont motivés que par un esprit de vengeance. Et est-ce compatible avec le métier de policier ? ... à titre personnel, je ne crois pas.
Mais c'est ce que l'auteur veut nous montrer : les notions de justice et de légalité deviennent relatives quand on se confronte à la réalité du terrain, dans un environnement si corrompu et violent.

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Alors qu'est-ce que j'en ai pensé ? Ce n'était pas mauvais, si on se base sur les 320 premières pages, c'était même bien et haletant. Malheureusement les 85 dernières pages laissent à désirer, tant au niveau du rythme que de la résolution de l'histoire. La fin est assez faiblarde alors que je m'attendais à un final énorme une fois leur chasse à l'homme réussie.
La sorte d'épilogue nous montre à nouveau une facette des USA assez gerbante : "Victory n'est pas un endroit pour les femmes", on a commencé par du trash et on finit sur du trash +++

Par ailleurs j'ai trouvé que la violence était souvent gratuite, je pense qu'on aurait pu épargner des jambes brisées, des gorges trouées ou même des exécutions auxquelles on ne donne pas suite.

Quant à l'Amérique qui est dépeinte dans ce roman, eh bien ça ne me donne vraiment pas envie d'y mettre les pieds un jour, je ne vois pas comment on pourrait se sentir en sécurité dans des endroits comme ça.

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Un roman brutal, très sanglant. L'auteur n'épargne ni ses personnages, ni ses lecteurs. Si vous êtes très sensibles aux corps mutilés, aux atrocités et à la cruauté de l'âme humaine (dans un esprit de vengeance), vraiment ne lisez pas ce livre.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 5 avril 2020

Baby Love, Joyce Maynard

Quatrième de couv' : Les années 1970, une ville paumée des États-Unis. Filles-mères, Sandy, Tara, Wanda et Jill se racontent : boyfriends lâches ou disparus, potins de magazines, rêves en couleurs, et surtout, maternité. Car leur bébé, c’est leur seule réussite, l’unique preuve de leur importance. Elles le nourrissent, le dorlotent, le déguisent, jouent avec comme à la poupée, le malmènent, aussi. Une vie d’une banalité aussi touchante que terrifiante, jusqu’à l’arrivée de deux femmes meurtries en quête d’enfants, et d’un psychopathe en cavale...

Paru en 1981, ce premier roman tisse un émouvant portrait de femmes prises au piège de leur condition, ainsi qu’une chronique subtile de l’Amérique profonde. Sensible, et captivant.



Mon avis : En Avril 2017, je suis allée à l'Espace Culturel Leclerc de la ville la plus proche parce que j'avais eu une carte cadeau de cette enseigne. J'avais pris 4 romans en poche, dont Baby Love, un roman dont je n'avais jamais entendu parler, ni sur Booktube, ni sur des blogs. Encore aujourd'hui, je n'ai jamais lu ou vu le moindre avis dessus.

Même si le résumé m'intéressait, au fil du temps mon envie de le lire s'est émoussé. Mais pour cette année, j'ai fait une PAL des livres que je ne veux vraiment plus voir dans mes étagères de livres à lire, et celui-ci en faisait partie.
Très exactement 3 ans dans ma PAL et enfin lu. Joyce Maynard n'est pas une autrice inconnue pour moi, j'ai déjà lu Les règles d'usage ainsi que Prête à tout, que j'avais vraiment bien aimés. Celui-ci m'a moins plu, peut-être parce qu'il est plus ancien et moins abouti que les deux autres.
(Attention spoilers)

👶🏼💜👱🏼‍♀️

Dans ce roman, nous suivons la vie d'une petite commune américaine dans le New Hampshire, à travers plusieurs personnages : il y a 4 adolescentes, qui ont entre 16 et 18 ans. 3 d'entre elles, Sandy, Tara et Wanda ont eu des enfants. Jill découvre qu'elle est enceinte. Les filles ne sont pas face aux mêmes situations familiales, seule Sandy a eu le droit à son mariage avec le père du bébé, Mark, mais ce jeune homme tout juste sorti de l'adolescence a du mal à endosser le rôle de père et ne pense qu'au sexe.
Tara élève seule sa fille Sunshine. Sa mère aimerait qu'elle mette la petite à l'adoption, selon elle les enfants n'apportent que des ennuis.
Wanda dont le copain est parti, vit chez sa belle-mère, une femme dont la santé mentale laisse à désirer et dont les convictions sont à chier (désolée, je ne trouve pas d'autres mots).
Jill vit chez ses parents, Doris et Reg. Doris est une femme commerciale en produits de beauté qui s'inquiète constamment du prix des denrées alimentaires. Quant à Reg, il a dû mettre de côté ses rêves lors de son mariage, puis lors d'un accident qui l'empêche de bouger autant qu'il l'aimerait.
Arrive dans la petite ville une jeune femme, prénommée Ann, qui s'installe à côté de chez Reg, Doris et Jill. Après une rupture difficile, elle tente tant bien que mal de remonter la pente.
Un couple de New-Yorkais, un artiste et une rédactrice de magazine féminin, débarquent dans la maison d'amis aux abords d'une jolie cascade.
Et pour ajouter un peu de piment, un homme enfermé dans un asile psychiatrique est sur le point de s'en échapper.

👶🏼💜👱🏼‍♀️

Tous ces personnages n'ont qu'une obsession : les bébés. Comme si avoir un enfant représentait l'accomplissement d'une vie.

Si on regarde du côté des adultes qui ont des "grands" enfants, aucun n'a l'air très heureux de sa situation. Ils sont plein de regrets et de déceptions.
Alors que les jeunes filles qui viennent d'avoir leur bébé ou celles qui en veulent un, l'enfant représente tout leur monde.

Mais la vie de couple s'avère être un désastre.
Pour Mark et Sandy, rien ne va. Si leur couple avait tout du couple idéal au lycée, une fois le bébé né,  Mark se voit attribuer le rôle du père pourvoyeur d'argent et il ne saisit jamais l'ampleur de ce rôle. Il aimerait continuer à jouer aux jeux d'arcade, pêcher à la truite avec ses copains et faire l'amour avec d'autres filles que Sandy. Un type qui n'était pas prêt et ne sera jamais un bon père pour son enfant. Quant à Sandy, elle adore son rôle de mère, mais elle voit bien que sa vie est moins bien que ce dont elle avait rêvé.

Quant au couple d'adulte (Carla et Greg qui ont la trentaine), l'amour se fane justement au moment où Carla tombe enceinte. Passionné par son travail d'artiste, Greg n'a jamais désiré d'enfant, mais Carla, qui a peur que Greg lui échappe, décide de ne plus mettre son diaphragme. Greg tombe amoureux d'une "image", celle de Tara donnant le sein à sa fille. Et ça, Carla l'a bien compris. Que faire ? Se séparer n'étant visiblement pas une option pour elle, elle choisit d'enchaîner Greg, en lui imposant son choix d'enfanter.

Et finalement même seule, la vie n'est pas facile non plus :
Wanda a eu Mélissa, un petit bébé quasiment sans vie, qu'elle maltraite, quand l'enfant mouille ses couches.
Tara donne le sentiment d'être un personnage évanescent, elle s'occupe de son bébé mais passe le plus clair de son temps, désoeuvrée devant le Lavomatic, espérant que quelque chose se passe.

👶🏼💜👱🏼‍♀️

Je suis gênée par la fin : Jill souhaite avorter, parce que son copain ne veut pas l'épouser après l'avoir mise enceinte. Elle se débrouille, après quelques épreuves, pour se rendre dans une clinique afin de se faire avorter. Mais son projet est mis à mal parce que Mrs Ramsay, pro-vie, met le feu à la clinique. Jill, qui n'a pas pu se faire avorter, retrouve Tara, qui lui propose de l'accompagner dans une communauté hippie où les femmes accouchent sans péridurale, sans soins hospitaliers. Et Jill, qui encore quelques minutes avant ne voulait pas de cet enfant, se laisse convaincre par Tara...

Je ne sais pas si je dois en déduire que l'autrice est pro-vie ou si elle a juste décidé de montrer différentes réalités. Il me semble que dans ce roman tout est crédible (bon sauf la sortie de l'Hôpital Psychiatrique par Wayne), mais ce moment où Jill renonce à l'avortement me déplait, comme si elle changeait tout à coup d'avis et se rangeait sans vraiment y réfléchir à poursuivre sa grossesse et élever un enfant.

👶🏼💜👱🏼‍♀️

J'ai beaucoup aimé le personnage d'Ann, qui a des failles. Même si j'avais parfois envie de la secouer, la façon dont l'autrice dépeint sa lente remontée à la surface après une rupture est très bien faite.

👶🏼💜👱🏼‍♀️

L'écriture est fluide, mais manque de rythme. Au début il y a beaucoup de personnages et on a du mal à savoir qui est qui. Au bout d'un moment j'ai eu envie de savoir quelles directions l'autrice donnerait aux vies de ces jeunes filles.
Elle ajoute un élément de suspense avec le psychopathe sorti de l'asile, mais ça aurait pu être un élément évité, vu que ça tranche avec la crédibilité du reste de l'histoire. Ça ajoute un côté sombre et malsain au roman, mais ça n'était pas nécessaire, les situations des filles sont déjà assez sombres et tristes.
Ce roman montre aussi à quel point la sexualité, à la fin des années 70, était très peu expliquée par les parents ou les enseignants aux adolescents. Ils n'ont aucune connaissance de leur corps et encore moins de celui de leur partenaire. Certains passages d'actes sexuels sont tristes à mourir tant on ressent le manque d'informations concernant la sexualité, le désir, etc.

👶🏼💜👱🏼‍♀️

Ce roman est un portrait subtil de jeunes femmes, qui ne vivent que pour avoir un enfant, persuadées que leur indépendance et leur épanouissement passera par la maternité.
Il y a des moments dramatiques, sordides même. Je comprends qu'on n'aime pas ce roman, parce qu'il ne s'y passe rien d'haletant, c'est plutôt une chronique de vie de femmes aux Etats-Unis aux alentours des années 80. Ce n'est pas le meilleur livre de l'autrice selon moi.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

vendredi 3 avril 2020

Nos vies en mille morceaux, Hayley Long

Quatrième de couv' : Le monde de Griff et Dylan, 13 et 15 ans, s'écroule à la fin de l'été, quand un accident de voiture les laisse orphelins. Installés à New York depuis peu, les deux frères sont d'abord recueillis par Blessing, collègue haute en couleur de leurs parents. Puis à l'autre bout du monde, chez un oncle et une tante qu'ils ne connaissent pas, dans une petite ville du Pays de Galles, où ils trouvent bienveillance et nouvelles amitiés. Dylan n'a qu'une idée en tête : aider Griff à revivre, protéger son petit frère. Mais il a lui-même son propre chemin à faire, et une dernière vérité à affronter.

Un roman lumineux, renversant, porté par une écriture contemporaine et juste, où l'on passe du rire aux larmes.


Mon avis : J'ai mis beaucoup de temps à me décider à acheter ce roman. Il est paru en Août 2018, j'aurais pu l'acheter dès sa sortie, mais j'ai finalement attendu une année complète avant de me le procurer. A ce stade-là, c'est parce que je devais sûrement le retourner à l'éditeur et que ça m'ennuyait de le renvoyer sans l'avoir lu. 
J'ai aussi attendu un bout de temps avant de le lire, je dois avouer que j'avais un peu peur. Peur d'être déçue, peur d'être dans le mauvais mood pour le découvrir. Je commence donc ce mois d'avril de confinement avec cette lecture. Le truc c'est que je suis super distraite. J'ai beaucoup lu en mars, et j'étais ravie de démarrer le mois avec de nouvelles lectures, mais je ne sais pas trop pourquoi, le démarrage a pris du temps. Au lieu de lire ce roman en une journée (ou deux jours), je l'ai commencé, arrêté un ou deux jours et repris aujourd'hui. 

💿🎸🌎

Dylan et Griff passent leur vie aux quatre coins du monde, leurs parents sont professeurs d'anglais et ont constamment la bougeotte. Un jour alors qu'ils reviennent de vacances, ils sont coincés sur l'autoroute à quelques kilomètres de la sortie pour Brooklyn où ils vivent. Et c'est le drame. 
Leurs parents décèdent sur le coup. Nous suivons (du point de vue de Dylan) l'après. Les deux garçons se retrouvent orphelins. A la sortie de l'hôpital, c'est Blessing qui va les héberger, puis le gouvernement britannique exige que les garçons reviennent vivre dans leur pays d'origine auprès d'une cousine de leur mère qu'ils ne connaissent pas. A nouveau privés de repères, ils vont devoir vivre leur deuil auprès d'inconnus. 

💿🎸🌎

C'est un roman très émouvant. Pour une fois on aborde le deuil suite à un accident tragique, et pas à cause d'une maladie (comme on le voit souvent en littérature ado). Les premiers jours plongent les protagonistes dans la sidération. Parce qu'ils sont encore des enfants, on s'occupe d'eux et on décide (souvent) pour eux. Ce roman qui s'étend sur une année complète, montre qu'il faut du temps pour réussir à parler après un événement aussi tragique que la perte des parents. Le deuil est un lent processus. 

💿🎸🌎

J'ai beaucoup aimé la révélation qui a lieu peu avant la quatrième partie. Je soupçonnais quelque chose dans ce sens, j'avais relevé quelques indices qui m'avaient orientée vers cette révélation, donc ce n'était pas une immense surprise mais ça m'a tout de même fait verser quelques larmes. 
Pour être honnête, j'ai pleuré comme ça m'arrive peu avec un roman. (Je suis plus quelqu'un qui pleure devant une vidéo, une série ou un film, rarement à la lecture d'un livre.)

💿🎸🌎

Au delà du deuil qui est à la base de ce roman, on notera à quel point les gens sont bienveillants et laissent le temps à Griff et Dylan de réussir à parler. J'ai aimé que les personnages soient aussi doux et gentils. D'autant plus que ce n'est pas leur métier (l'assistant social est très peu représenté dans ce roman), donc ça en fait de très belles personnes selon moi. 
L'importance de la musique apporte un peu de légèreté au roman et permet aux personnages de se reconstruire après un tel événement. 

💿🎸🌎

L'autrice s'empare avec sensibilité de la thématique du deuil chez l'adolescent. C'est beau, doux et triste à la fois. 

9/10 

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

(Il sortira en mai - si la sortie n'est pas repoussée - chez Gallimard Pôle Fiction, donc en poche, n'hésitez surtout pas à l'acheter !)