vendredi 29 mai 2020

Pretty Dead Girls, Monica Murphy

Quatrième de couv' : Belles à tomber. Parfaites en tout point. Sauvagement assassinées.

Leur corps est apprêté avec méticulosité, puis disposé dans une position bien précise. Leur visage, parfaitement maquillé, a été tourné selon l'angle le plus flatteur, leurs vêtements coûteux sont brossés et défroissés... Mais leur cou ouvert d'une oreille à l'autre vient démentir ce tableau idyllique. Leur regard vide trahit la vérité : toutes sont bel et bien mortes assassinées. Les filles les plus populaires du campus tombent les unes après les autres sous les coups d'un mystérieux tueur.

Reine de la promotion et présidente du club très fermé des Cygnes blancs, Penelope Malone règne sans partage sur son petit monde. Elle comprend peu à peu qu'elle est sans doute la prochaine sur la liste, or l'enquête n'avance qu'à pas de fourmi. Elle n'a donc d'autre choix que de se lancer sur les traces du tueur en série qui menace la tranquillité de la petite ville côtière de Californie où elle habite - un havre de paix peuplé par certaines des plus grandes fortunes du pays. Ses soupçons se portent d'abord sur un garçon au comportement étrange, Cass Vicenti, qui s'avère étonnamment proche de certaines des victimes malgré son statut de nerd de service. Et, implacablement, le piège se referme sur la jeune fille.

Si Pénélope veut échapper à la mort, elle va devoir se montrer beaucoup, beaucoup plus maligne qu'elle ne le pensait.
Entre Pretty Little Liars et Big Little Lies, Monica Murphy joue avec les nerfs de la jeunesse dorée californienne dans ce thriller parfaitement ficelé.



Mon avis : J'ai acheté ce thriller classé en young adult en janvier 2019. Il est sorti en juin 2018 et sa couverture m'attirait, je la trouvais très belle et puis ce titre me faisait penser à Pretty Little Liars.
Mais j'ai attendu assez longtemps avant de le sortir de ma PAL, peut-être à cause de son épaisseur.

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Autant le dire tout de suite : c'était bien moins bon que ce que j'imaginais. Et je ne vais pas faire dans la dentelle, j'en ai marre de prendre des pincettes pour épargner les égos des auteurs et autrices (et de leurs éditeurs).

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Déjà le résumé n'est pas très précis : il n'est jamais dit dans le roman que les jeunes filles retrouvées mortes sont dans une position avantageuse. Au contraire, les meurtres sont tellement peu réfléchis qu'il n'y a pas de mise en scène morbide. Ça n'a pas du tout l'envergure de Pretty Little Liars, qui malgré ses incohérences, proposait une intrigue complexe.

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J'ai détesté le personnage de Pénélope, qui est malheureusement la narratrice et qui donc raconte son point de vue de l'histoire.
Je ne comprends pas qu'on puisse s'attacher à elle, elle est l'archétype de la control-freak hautaine et snob, qui se persuade qu'elle n'est pas une petite fille pourrie gâtée malheureuse. Elle se donne mille activités pour ne pas se rendre compte que ses parents ne se soucient pas d'elle. Elle est très puritaine et on sent à travers sa personnalité l'influence du protestantisme américain : il faut réussir en écrasant les autres, sans jamais montrer ses émotions.
Elle dit à plusieurs reprises que les filles assassinées étaient ses meilleures amies, mais en vérité, une seule l'était. Les deux autres étaient ses ennemies et si elles affichaient toutes un sourire de façade, elles se plantaient toutes des couteaux dans le dos.
Penelope, après avoir admis qu'elles ne les aimaient pas, veut nous faire croire que leur mort la touche, alors qu'elle a juste peur d'être la prochaine.
Elle prétend garder ses émotions pour elle, alors qu'elle passe son temps à s'effondrer dans les bras des autres tout au long du roman.

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J'ai détesté tous les personnages de cette histoire : ils sont hypocrites et narcissiques.
C'est typique de ce qu'on voit dans les films ou les séries avec des ados américains, qui sont généralement d'énormes clichés.
Ici, Cass Vicenti est vu comme un mec étrange parce qu'il porte du noir, que son père a été tué par sa mère et qu'il vit avec sa grand-mère (le résumé dit que c'est un nerd de service, je dirais plutôt le bad boy de service). Evidemment il est bien plus gentil que ce que croyait Penelope au début.

Toutes les filles populaires de terminale se mettent des bâtons dans les roues, alors qu'elles font parties du même club, celui des Cygnes blancs. Elles se déchirent, elles sont toutes plus insupportables les unes que les autres. Ce club est censé être une association de bénévoles, qui vont dans les hôpitaux pour aider, en clair des gens désintéressés et humains. Mais là, on a 5 terminales qui sont des pestes, qui ont intégré ce club parce qu'elles sont populaires, bonnes en classe et qu'elles comptent sur cette activité pour intégrer une prestigieuse université, et on a 5 premières qui ne l'ouvrent jamais parce qu'elles ont trop peur des foudres des terminales et que parmi ces 5 premières, l'une d'elle sera choisie l'année suivante pour devenir la nouvelle présidente du club.
Bref, un lot de personnalités intéressées et imbues d'elles-mêmes.

La grand-mère de Cass est vue comme étrange parce qu'elle vit dans une maison en briques sur laquelle a poussé du lierre, elle vit avec 8 chats et pose des questions à Penelope sur sa famille. En quoi ça fait d'elle quelqu'un d'étrange ???

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Je n'ai pas aimé la construction de l'intrigue : le fait de n'avoir que le point de vue de Penelope ne nous permet pas de soupçonner quelqu'un. En lisant le roman, on sait qu'elle se trompe, qu'elle vise le mauvais coupable, c'est évident.
Il y a, à un moment, un indice qui nous permet de se rendre compte que Pen n'est pas sur la bonne voie, mais sur 460 pages, ça ne fait pas beaucoup d'indices pour ce qu'on appelle un "thriller".

C'est seulement en s'intéressant aux rares passages où le tueur s'exprime (genre 4 fois dans le roman) qu'on peut s'orienter vers un coupable, mais c'est seulement parce qu'à la traduction en français on s'aperçoit du genre de la personne.

Evidemment dans ce roman les policiers sont présentés comme des incompétents, l'un colérique et l'autre plus doux, salut le cliché du good cop, bad cop ! Ils ne servent à rien, ils font juste acte de présence pendant que Cass et Penelope sont persuadés que c'est à eux de trouver le meurtrier, soit disant parce que l'enquête n'avancerait pas, or les policiers ne vont pas passer leur temps à révéler leurs indices à des lycéens !

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Quant au dénouement du thriller, même si j'avais deviné de qui il s'agissait, ses raisons étaient vraiment ridicules et pathétiques ! Attention spoilers à suivre ! (à surligner pour lire si vous le souhaitez)
Je conçois que le harcèlement au collège et au lycée, est un truc grave et qui traumatise des ados, mais justifier des meurtres parce qu'on a été harcelé des années plus tôt, c'est vraiment puéril.

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J'ai aussi trouvé la romance mal amenée et surtout ça n'avait rien de romantique à cause du personnage de Penelope ! Alors qu'ils s'ignorent depuis toujours, Cass se rapproche d'elle, au moment où les premiers meurtres ont lieu. Super bizarre, non ? Enfin, si vous êtes un minimum intelligente, vous ne vous rapprochez pas d'un mec que vous suspectez du meurtre de vos deux "amies", juste parce que vous le trouvez super beau, on est d'accord ?!

Et chaque fois que Pen est avec Cass, ils finissent par s'engueuler ou l'un des deux se barre parce qu'il/elle est vexé-e par ce que l'autre lui a dit. Ils ont une relation basée sur la colère ou la jalousie puis la réconciliation, et rebelote.
Il faut dire que Pen est vraiment "a pain in the ass", j'ai rarement vu un personnage aussi pénible avec des jugements à l'emporte-pièce, faisant des crises de jalousie, dès qu'elle apprend que Cass a connu d'autres filles.

Puis alors qu'ils se connaissent à peine, Cass devient en quelques jours l'unique personne qui compte pour Pen. Genre, hop on élimine les amies, la meilleure amie, donc Pen n'a plus que sa famille et un mec sur qui compter. Très belle vision de la femme de 2018 !

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Le style est simpliste, mais surtout on ne monte jamais en tension ! On est quand même dans un thriller et il n'y a pas de suspense, pas de frissons. Par moments j'arrêtais de lire en plein milieu d'un chapitre et ça c'est mauvais signe.

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Il va falloir que je révise mon jugement sur les éditions Lumen : je pensais naïvement que cette maison d'édition voulait publier de très bons livres pour adolescents, or je me rends compte après en avoir lu 3 que ça n'atteint pas le niveau escompté selon moi.
Le style est simpliste, on trouve encore des coquilles dans chacun des livres. Et concernant les histoires, elles sont généralement bourrées de clichés, que ce soit dans la construction des personnages que dans l'intrigue.

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Clairement j'ai passé l'âge de lire des thrillers aussi mal pensés et invraisemblables.
Sorry but not sorry, je vous déconseille ce roman si vous aimez vraiment vous faire peur. C'est mal amené, les personnages sont épouvantables, ça manque de suspense, et la romance en plein milieu d'un tel maelström, c'est tout sauf judicieux. Bref, à éviter.

3/10

lundi 25 mai 2020

Le manuscrit inachevé, Franck Thilliez

Quatrième de couv' : Une enquête sans corps.
Une défunte sans visage.
Un thriller sans fin.

Aux alentours de Grenoble, une voiture finit sa trajectoire dans un ravin. Dans le coffre, le corps d’une femme. À la station-service où a été vu le conducteur, la vidéosurveillance est claire : l’homme n'est pas le propriétaire du véhicule.

Léane Morgan et Enaël Miraure sont une seule et même personne. L’institutrice reconvertie en reine du thriller a toujours tenu sa vie privée secrète : un mariage dont il ne reste rien sauf un lieu, « L’Inspirante », villa posée au bord des dunes de la Côte d’Opale, et le traumatisme de l'enlèvement de sa fille Sarah. L'agression soudaine de son mari va faire resurgir le pire.

Dans le vent, le sable et le brouillard, une question parmi d'autres se pose : vers qui et vers quoi se tourner quand l'unique vérité est que tout vous devient étranger ?



Mon avis : En Mai 2019, j'ai acheté ce roman le jour de sa sortie en poche (ce n'était pas prévu, je n'étais pas allée en librairie exprès pour l'acheter), j'en avais beaucoup entendu parler en bien sur Booktube.
Evidemment comme il est assez épais, je l'ai laissé dans ma PAL durant un an. Vous commencez à me connaître, je ne suis pas une grande fan des romans de plus de 400 pages.
Après avoir lu Dirty week-end, j'étais bien partie pour lire encore un roman sombre, noir, glauque.
Le manuscrit inachevé était dans mes PAL mensuelles depuis mars et chaque fois j'en reportais la lecture. Quelle erreur ! si j'avais su que ça me plairait autant, que ça me tiendrait en haleine comme peu de livres le font, je l'aurais lu bien plus tôt.

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De Franck Thilliez je n'ai lu que 2 romans : Puzzle, qui avait été un coup de coeur et que je conseille encore et encore, et Train d'enfer pour ange rouge, que j'avais apprécié, mais sans plus. Je ne suis donc pas une grande spécialiste de sa prose. Je préfère d'ailleurs lire ses one-shots que la série Sharko et Hennebelle.

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Me voilà à commencer Le manuscrit inachevé hier matin et à ne plus pouvoir le lâcher.
Le format est particulier, on a un roman dans le roman, avec même des auteurs de romans dans le roman. Bref, une véritable mise en abîme. Des poupées russes en quelques sortes.
Pour la faire simple : J.L. Traskman est le fils d'un auteur à succès, Caleb Traskman. A sa mort, J.L. a trouvé dans les affaires de son père un manuscrit inachevé. Etrange que ce grand auteur n'ait pas pris la peine d'écrire le dénouement de son histoire. C'est donc son fils, avec toute l'équipe de la maison d'édition qui va en rédiger la fin.

Cela dit, en ayant lu toute l'histoire quasiment d'une traite, et en publiant cet article à chaud, je ne vois pas en quoi cet effet de style était nécessaire. Pourquoi dire que cette histoire a été écrite par un écrivain fictif (Caleb Traskman puis la fin par son fils) plutôt que par Franck Thilliez lui-même ? En lisant le roman je ne me suis pas dit que je lisais le roman de C.T. mais que je lisais l'histoire écrite par Franck Thilliez. Bref... je ne sais pas si je me fais bien comprendre. En tout cas, je ne vois pas ce que ça apporte d'avoir fait une histoire dans l'histoire puisqu'à la fin on a quand même les réponses à nos questions. Même si la fin est ouverte sur un certain point, tout le reste est expliqué.

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Dans le texte, faussement rédigé par Caleb Traskman, nous découvrons Léane Morgan, autrice à succès de romans policiers, dont la vie s'est plus ou moins arrêtée 4 ans plus tôt, lors de la disparition de sa fille de 17 ans, Sarah. Son mari et elle n'ont jamais voulu croire à la mort de leur fille, Jullian s'est acharné à la retrouver, mobilisant la police ainsi que les bonnes volontés grâce aux réseaux sociaux.

A l'autre bout de la France, aux alentours de Grenoble, une voiture volée immobilisée livre ses secrets : le corps d'une femme sans visage, et deux mains dans un sachet.

Evidemment, les deux histoires sont liées, mais comment ?

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Ce qui m'a plu c'est que l'auteur a écrit une histoire complexe et très riche, même en détails, mais surtout une enquête bien ficelée. Rien n'est laissé au hasard et c'est ce que j'apprécie le plus chez cet auteur. Il donne des indices toujours au moment où on commence à se poser des questions, un peu comme si il anticipait nos doutes. En cela, la construction du roman est très efficace.
Le suspense est bien présent et l'alternance des arcs narratifs nous donne forcément envie de continuer pour dénouer les noeuds.

Les personnages ne sont pas trop nombreux, ce qui évite de nous perdre. On ne s'attache pas forcément à eux. Le flic Vic Altran et son collègue Vadim Morel sont un peu des clichés : l'un parce qu'il est en plein divorce, vit dans un hôtel minable et a des problèmes relationnels avec son adolescente de fille, l'autre dans sa façon de réagir, en s'emportant vite.
J'ai trouvé le personnage de Léane très intéressant, elle a un passé bien trouvé, une psychologie à laquelle on peut s'identifier. Ce n'est pas une personnalité qu'on aime ou qu'on déteste, elle se pose des questions sur la justice : jusqu'où peut-elle aller pour obtenir des réponses ?

L'ambiance des lieux est aussi un élément très important : l'auteur nous emmène sur la côte d'Opale, au milieu des dunes durant l'hiver, mais aussi dans les montagnes en Isère, où l'on visite un ancien internat pour garçons, ou des chalets isolés où il se trame des choses étranges derrière les murs de pierre. L'hiver amène ses tempêtes de neige et ses températures en dessous de 0° degré. On frissonne avec les personnages.

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Par contre, ce qui me semble peu crédible, ce sont les distances que parcourent les personnages : ils n'hésitent pas sur une journée à aller de Lyon à Berck, ou de Berck à Mâcon ou Reims, bref à faire des distances immenses sans donner l'air d'en avoir marre. Perso, je ne fais pas 7h de route tous les deux jours, même si c'est pour chercher des indices ou mettre en branle un plan machiavélique.
Tout se joue sur une poignée de jours et les personnages repoussent leurs limites physiques pour résoudre cette histoire.

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C'est un roman très sombre, avec des découvertes franchement glauques et parfois gores. Si vous êtes un peu sensible, passez votre chemin ! On pénètre un monde où les déviances sexuelles sont banalisées.

Par contre je ne sais pas pourquoi tous les avis sur Livraddict ou Babelio sont sur le mode "c'est un jeu de pistes !" "il faut résoudre les énigmes"... Mais en fait, dès que tu ouvres un roman policier, dès la première phrase, C'EST le but.
Enfin, dès que j'ouvre un polar c'est pour décrypter les indices donnés par l'auteur∙rice, pour moi TOUT polar est un jeu de pistes dont je dois résoudre les énigmes glissées au fil des pages pour deviner, anticiper la fin choisie par l'auteur. Du coup je ne vois pas en quoi ce roman de Franck Thilliez serait plus exceptionnel que d'autres romans du même genre... (à part qu'il est bien construit et haletant, mais ça vous l'aviez compris).

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

samedi 23 mai 2020

Dirty week-end, Helen Zahavi

Quatrième de couv' : Bella en a assez. Bien que discrète, elle ne supporte plus le voyeurisme de son voisin, la main baladeuse de son épicier de quartier. Elle ne supporte pas davantage les comportements malsains que génère la promiscuité de son train de banlieue aux heures de pointe.

C’est alors qu’elle décide par un beau matin, elle si discrète, de mettre un terme à ces conduites de la manière la plus radicale qui soit : l’élimination de tous ces mâles déviants. Devenue tueuse en série, Bella y prendra un plaisir jusque-là insoupçonné… Les rôles seront dès lors inversés.

Roman d’une violence rare sur les rapports de domination, il sera le dernier livre de littérature à faire l’objet d’une demande d’interdiction pour immoralisme à la Chambre des Lords lors de sa parution en 1991.

Il est adapté au cinéma par Michael Winner en 1993.



Mon avis : L'an dernier en début d'année, ce roman était partout sur Bookstagram. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être parce qu'il a été ré-édité en janvier 2019, peut-être parce que l'attaché de presse chez Libretto a donné une impulsion à ce bouquin en le plaçant chez tous les influenceurs littéraires ?
Quoi qu'il en soit, ça a marché puisque je l'ai acheté en mars 2019. Je l'ai gardé dans ma PAL jusqu'à aujourd'hui, et je ne sais pas trop pourquoi je l'ai sorti... Peut-être parce qu'il n'est pas très long. Peut-être parce que je n'en avais aucune attente. Peut-être parce qu'après avoir lu du young adult, j'avais envie de lire du contemporain qui saigne.

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Bella est une femme qui n'a pas grand chose de positif dans sa vie. Alors quand l'un de ses voisins commence à la harceler, la discrète Bella qui ne fait jamais de vagues, bascule et se libère par la violence qui la déchaîne.
C'est un roman noir, dénonçant le sexisme, les viols et violences faites aux femmes.

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Le style est assez lourd de répétitions. L'autrice indique une action, et la phrase suivante la ré-écrit mais sous une autre formule, parfois juste en inversant le verbe et le sujet. Ça remplit le texte, mais ce n'est pas fluide.

L'ambiance de ce roman est malsaine, c'est cru et glauque. Pour les lecteurs qui ne sont pas habitués au roman noir, ça peut être très déstabilisant.

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J'ai été très mal à l'aise au départ, quand son voisin la harcèle, d'abord par téléphone et qu'elle écoute attentivement, puis en face à face, quand il la coince pour s'amuser à lui faire peur.
J'étais si mal, je bouillais de rage. Vous savez pourquoi ? Parce que ces scènes traduisaient la supériorité que s'octroie l'homme sur une femme apeurée. C'est ce petit air arrogant et condescendant qu'ils prennent pour nous montrer qu'ils peuvent nous faire du mal, qu'ils nous trouvent faibles et ne vont pas se gêner pour en profiter.
Ce roman montre le rapport de force inégal qu'on trouve encore entre les hommes et les femmes.

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Je m'attendais à ce que l'histoire prenne une tournure policière, mais l'autrice nous l'épargne, ainsi on peut réellement profiter des meurtres, de façon tout à fait jouissive et immorale.
Il faut l'avouer, qui n'a jamais eu envie de frapper le connard qui s'approche pour nous traiter de salope à l'oreille ? Qui n'a jamais eu envie d'émasculer le type qui prend possession de notre corps par la force ?
Je respecte toujours les lois et les règles édictées par la société, alors lire ce livre, ça a un côté libérateur et cathartique : voir une femme tuer ces salauds (ce qu'on ne se permettra jamais de faire), eh bien ça soulage. Bella se venge de toutes celles qui ont été insultées, harcelées, violées, et même tuées par des hommes.
Alors oui, c'est disproportionné dans le sens où on a des lois censées condamner les auteurs de viol ou de violences sur les femmes.
...Mais si ces lois n'existaient pas, serait-ce disproportionné de tuer celui qui oblige Bella à lui faire une f*llation pour la punir d'être montée dans sa voiture ? Serait-ce disproportionné de tuer ceux qui humilient et forcent le corps des femmes qui n'ont rien demandé ?
Durant un week-end, Bella tue pour se protéger de la violence des hommes. La victime peut devenir bourreau, parce qu'une vie d'oppression, de harcèlement, de violences, de souffrances en raison de son sexe, ça peut faire vriller n'importe quelle femme pourtant saine d'esprit.

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Profondément féministe, ce livre ne peut que vous questionner sur votre rapport à l'autre sexe, sur les rapports de domination et la violence qui en découle. C'est manichéen, c'est noir, c'est brut. Mais ça fait du bien !

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

vendredi 22 mai 2020

Carry On, Rainbow Rowell

Quatrième de couv' : Simon Snow déteste cette rentrée. Sa petite amie rompt avec lui ; son professeur préféré l’évite ; et Baz, son insupportable colocataire et ennemi juré, a disparu. Qu’il se trouve à l’école de magie de Watford ne change pas grand-chose. Simon n’a rien, mais vraiment rien de l’Élu. Et pourtant, il faut avancer, car la vie continue…



Mon avis : Je ne pensais pas lire encore un ouvrage de cette autrice cette année, étant donné que j'en ai lu pas mal ces derniers temps. Pourtant Carry On me faisait envie depuis quelques mois, l'envie de retrouver l'univers d'Harry Potter peut-être.
C'est un sacré pavé, alors autant le sortir de ma PAL tant que j'ai le temps de lire.
Pour info, Carry On est la fanfiction que Cath, personnage d'étudiante du roman Fangirl, rédige et dont on lit des extraits dans le dit-livre. Carry On s'inspire totalement de la saga Harry Potter.

Attention spoilers ! 

□◬■

Je ne trouve pas le résumé de la maison d'édition très bien fait à vrai dire...
Simon Snow est un élève de l'école Watford. Longtemps considéré comme "Normal", il a été trouvé par le Mage, lors de ses 11 ans, car Simon serait le Mage Suprême, l'Elu des prophéties, qui sauverait le monde des magiciens. Il a donc intégré Watford pour apprendre à maîtriser son pouvoir.
Entouré de sa petite amie Agatha et de son amie Pénélope, Simon Snow entame sa Huitième année. Cependant après un été loin de la magie, encore une fois laissé sur le carreau par la société des magiciens, Simon réalise que son colocataire, Basilton Grimm-Pitch n'est pas revenu pour sa dernière année d'études.

□◬■

Si dans la saga Harry Potter, nous découvrions Poudlard avec l'arrivée en première année d'Harry, dans Carry On, on nous envoie directement en Huitième Année avec Simon Snow et ses comparses, qui ont déjà vécu un tas d'aventures, dont on ne connaîtra que quelques éléments.

□◬■

Dès le départ, je suis gênée par un point essentiel de l'histoire : l'obsession de Simon Snow pour Baz. Je ne comprends pas pourquoi il a autant besoin de savoir où se trouve Baz ?
Basilton est son coloc, et son ennemi juré. Quand Simon comprend que Baz n'est pas revenu à l'école de Watford à la rentrée, il le cherche néanmoins partout, plutôt que de profiter de ce temps libre sans son ennemi. Une fois que Baz est revenu, il passe son temps à le surveiller, sous prétexte qu'il craint que Baz ait inventé un plan machiavélique pour le détruire. Bref, Simon Snow est parano et obsessionnel.

□◬■

Je trouve que la romance entre les deux est mal amenée, car trop évidente pour le lecteur. Dès le départ, Simon est odieux avec sa copine, Agatha. On sent qu'ils ne vont pas ensemble, et pourtant ça fait plus de 3 ans qu'ils sont en couple. Quand on les découvre, ils n'ont pas l'air de se connaître, ils ne se parlent jamais, bref, c'est évident que leur couple ne va pas tenir longtemps.

Quant à Baz, je trouve que c'est maladroit de le faire détester Simon, dans l'idée que la haine mène à l'amour. On dirait que Baz se force à détester Simon, pour éviter d'affronter ses réels sentiments pour lui, et je trouve que c'est assez puéril.

□◬■

Par ailleurs je trouve que ça manque de magie. Dans Harry Potter, on ne trouvait pas d'ordinateur, ni de téléphones portables, ni de séries issues de la pop culture. Dans Carry On, les sports collectifs sont les mêmes que pour nous, à savoir le football, alors que le Quidditch est un élément super important du monde des sorciers !

Selon moi l'autrice s'appuie beaucoup sur nos souvenirs de la saga Harry Potter, mais elle ne développe pas assez son univers à elle. Ce qui est savoureux dans HP, c'est l'univers magique, les sorts, les cours à Poudlard, c'est l'ambiance, c'est le fait que HP coupe totalement avec notre monde, pour nous en proposer un autre.

□◬■

L'autrice invente des noms de sorts, qui sont des titres de chansons, de comptines ou font penser à des voeux. C'est plutôt ridicule et décevant sur ce point. Simon Snow est d'ailleurs partisan du moindre effort magique, à plusieurs reprises il dit : "Gâchis de magie" comme si il fallait l'économiser.
Il a des pouvoirs mais on ne comprend pas vraiment comment ça marche, apparemment Simon possède un pouvoir genre nucléaire, il explose, mais est-ce de la magie ? Et puis pourquoi est-il le mage qui va sauver tout le monde ?
En tant que lecteur on n'a pas cette réponse. Dans le cas d'Harry Potter, on savait pourquoi il devait combattre Voldemort, mais Simon Snow, né dans le monde des Normaux, serait le Mage suprême ? Pourquoi ???
Même après avoir fini le livre, je suis plutôt perplexe quant aux ébauches d'explications données par l'autrice.

□◬■

Et puis soyons honnête, le "Humdrum", l'équivalent de Voldemort, ne fait pas peur une seule seconde. Quand Simon et Penelope le découvrent, il revêt l'apparence de Simon à 11 ans. A quel moment ça fait peur ??? Quand il apparaît, on ne ressent pas le frisson d'angoisse que nous procurait Voldemort. Pas une seule fois je n'ai eu peur que Simon Snow ne s'en sorte pas. Les aventures qui lui arrivent ne sont pas d'un niveau qui le met réellement en danger (sauf peut-être à la fin, mais là encore, c'était mal amené, sans réelle tension dramatique). Tout est résolu tellement facilement, on n'a pas le temps de s'inquiéter que l'action est déjà finie.

□◬■

J'ai plutôt aimé l'intrigue. Je ne me soucie pas de la romance dans ce livre, par contre j'aime beaucoup les rebondissements, les découvertes des personnages qui rendent l'intrigue palpitante. J'aime l'aventure ! Et si dans HP c'est rédigé selon un schéma assez classique (surtout dans les 2-3 premiers tomes), dans Carry On, j'ai l'impression que ça n'a pas trop de logique, que ce n'est pas très abouti et que ça ne prend pas forme. Je trouve qu'il n'y en a pas eu assez, ou alors ça se présente sous forme de flashbacks, et ça n'est pas suffisant !

□◬■

J'ai adoré le personnage de Pénélope, c'était la parfaite Hermione Granger. Je n'ai pas aimé Agatha, que j'ai trouvé superficielle, mais qui montre tout de même qu'on peut posséder des pouvoirs magiques et ne pas être douée pour les utiliser, voire ne pas avoir envie de les utiliser.

Je n'ai ni aimé, ni détesté Baz, il est d'abord présenté comme un monstre assoiffé de sang, mais globalement c'est juste un mec snob, amoureux de son coloc', et dont la mère a été tuée.

Quant à Simon, je dirais qu'il a tous les défauts d'Harry Potter. Je le voyais un peu comme une petite frappe de banlieue londonienne, j'avais du mal à l'imaginer aussi beau qu'il est décrit. Et puis il ne réfléchit pas, il agit. Il est exaspérant tout le temps. Il est insupportablement obsédé par Baz, avant de comprendre que c'est parce qu'il l'aime, euh duh ! Il est vraiment débile de ne pas l'avoir compris lui-même plus tôt, on est d'accord ?!

Le Mage est une pâle copie du Dumbledore qui ignore Harry pendant toute l'année. Là, le Mage est une sorte de président du conseil suprême des mages, en plus d'être directeur de Watford, donc il est tout le temps ailleurs qu'à l'école. (D'ailleurs on voit très peu les cours et les profs dans cette histoire). Il est habillé à la Che Guevara, car c'est un Révolutionnaire, qui veut tout réformer. Il a une petite moustache de dictateur... Bref, les clichés sont bien présents. Et on ne s'attache pas du tout à lui. Difficile de voir le lien entre lui et Simon en fait.

Les personnages sont assez peu développés, n'ont pas tellement de profondeur. J'aurais aimé que l'intrigue tourne moins autour de la romance et qu'on puisse les découvrir dans ce qu'ils sont vraiment.
Dans leurs dialogues, les personnages passent souvent d'un sujet à l'autre et en tant que lectrice, j'étais perdue de les voir sauter du coq à l'âne comme ça.

□◬■

Le roman se lit très, très vite. C'est écrit selon une alternance de point de vue : un coup Simon, un coup Baz, un coup Pénélope, bref ça permet d'avancer vite dans l'histoire.
Et puis c'est écrit quasiment uniquement sous la forme de dialogues, donc il n'y a pas grand chose à dire du style, ou du vocabulaire, qui est franchement très pauvre.

□◬■

A la fin, Rainbow Rowell laisse tout de même de nombreuses questions en suspens : les parents de Simon l'ont abandonné, mais pourquoi ? Et pourquoi le Mage dit "avoir trouvé Simon" alors qu'à la fin du roman on a bien compris quel était leur lien de parenté ? Où est Lucy ? Où est passé Nicodemus qui était censé accompagner Baz à Watford ? Pourquoi les trous de magie ne se sont pas refermés ? Pourquoi personne n'avait compris que les trous de magie avaient un rapport avec toutes les fois où Simon usait de sa magie à lui ? Quel était le problème avec les familles Anciennes ? Pourquoi on nous fait entrevoir un climat social compliqué sans nous l'expliquer en profondeur ? Pourquoi Simon a toujours sa queue de dragon et ses ailes ? (on est d'accord que c'est une métaphore de son homosexualité, hein ?)

□◬■

Peut-être que pour apprécier ce livre à sa juste valeur, il faudrait ne pas avoir lu Harry Potter, ni même vu les films. Parce que si on a grandi avec cette saga, on ne peut pas s'empêcher de faire des parallèles avec HP et désirer que Carry On soit plus profond, plus complexe et abouti.

Quant à la romance, eh bien, ça fera plaisir à celles et ceux qui ont imaginé Harry sortant avec Drago. Moi ça ne m'a jamais effleuré l'esprit, mais si c'est le genre de fanfiction qui vous branche, j'imagine que Carry On pourrait être pour vous.

Après cet article où je démonte le roman, je peux tout de même admettre que j'ai bien aimé cette lecture, que j'ai trouvé divertissante, facile à lire. Mais si on veut un univers complexe et sombre de sorciers, autant relire Harry Potter.
Ma note est élevée (en comparaison de ce que je viens de dire dans l'article), parce que j'ai tout de même passé un bon moment de lecture.
Ce n'est pas du tout le meilleur livre de Rainbow Rowell, mais ce n'est pas catastrophique non plus. Encore une fois, je pense que si je ne l'avais pas comparé à HP, j'aurais sûrement trouvé que c'était un très bon roman.

5/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 20 mai 2020

Trouver les mots, Julie Buxbaum

Quatrième de couv' : Elle n’a plus envie de parler. Il n’a jamais su communiquer. Ensemble, ils vont s’aider.
Le jour où Kit Lowell, l’amour secret de sa vie, s’assoit à sa table de cantine, David est bouleversé. Il comprend que c’est le moment ou jamais de démarrer une conversation. Mais quoi de plus difficile pour un garçon solitaire, qui ne comprend rien aux conventions sociales ?
Kit, elle, cherchait un endroit où on la laisserait enfin tranquille, après la mort de son père. Elle est loin de se douter de ce qu’elle va trouver en posant son plateau à côté de celui de David…


Mon avis : Il y a quelques jours j'ai eu envie de lire 3 livres (Trouver les mots, Pretty Dead Girls et Carry On). Je les ai tous commencés en lisant 2 chapitres de chaque. Trouver les mots est sorti du lot, j'ai donc choisi d'avancer plus rapidement dans celui-ci.
Le résumé est très succinct et n'éclaire pas du tout sur ce qui nous attend avec cette histoire.

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J'ai beaucoup aimé. J'ai trouvé que c'était doux et triste, mignon et intéressant.
Le résumé n'étant pas très explicite, je vais tout de même vous prévenir sur deux points :
- Le père de Kit est décédé dans un accident de voiture un mois plus tôt. La jeune fille est rongée par le chagrin, ne se sentant plus du tout en phase avec ses amies, qui sont, elles, encore pleines d'insouciance.
- David est un garçon particulier, qui présente des troubles du spectre autistique. On comprend vite pourquoi il est laissé à l'écart au lycée.

Dans le résumé, il est dit que Kit est l'amour secret de David, c'est faux. Au moment où elle s'assoit à sa table à la cafétéria, David n'avait pas encore développé de sentiments amoureux pour elle.

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C'est l'histoire de deux adolescents qui ne sont pas en phase avec leurs pairs.
Pour David, il en est ainsi depuis toujours. Sa grande soeur, surnommée Mimi, est partie étudier à la fac, alors il doit apprendre à se débrouiller tout seul, et pour ce faire, il possède un carnet de notes qui lui permet de lire et relire les règles sociales qu'elle a tenté de lui apprendre, les personnes à éviter au lycée ou les personnes en qui il peut avoir confiance.
Pour Kit, qui a toujours été bien intégrée au lycée, la mort récente de son père, lui a fait perdre sa joie de vivre, mais aussi sa légèreté. Elle n'arrive plus à supporter les conversations vaines et les comportements désinvoltes de ses amies, et décide de s'assoir à la table de David lors du déjeuner. En faisant cela, elle va apprendre à le connaître, apprécier sa franchise (il ne s'embarrasse pas des conventions sociales), et développer pour lui de l'affection.

Ces deux personnages sont très touchants et j'ai bien aimé les suivre dans leurs pensées, tout comme dans le développement de leur relation.

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En rédigeant les pensées de David, l'autrice fait le pari ambitieux de se mettre à la place d'un adolescent atteint de troubles du spectre autistique. Je ne saurais pas dire si tout est juste, mais en tout cas, on voit bien que le jeune homme a un grand nombre de difficultés pour comprendre le second degré, les sarcasmes ou les expressions imagées. Il tente malgré tout de faire des efforts pour comprendre les autres, mais ce n'est pas évident pour lui.

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L'histoire de Kit, avec le décès de son père est un peu plus complexe que ce qu'on pourrait croire au premier abord. Je me suis laissée porter par l'autrice, et j'ai trouvé que cette partie de l'histoire était intéressante, bien formulée quant aux ressentis de Kit, face à cette situation. Le deuil est quelque chose de très difficile à vivre, alors quand on ajoute là-dessus des secrets et des mensonges, il devient encore plus compliqué, surtout pour une adolescente.

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Pour ce qui est de la forme, c'est tout simple : on alterne les chapitres du point de vue de David, puis du point de vue de Kit. Le récit est linéaire, on retrouve l'un des personnages là où on a laissé l'autre juste avant. Il n'y a quasiment pas de flashbacks.

Par contre, et c'est un problème récurrent avec les auteurs américains, on a un début de dialogue, que l'autrice entrecoupe par une très longue description du contexte ou de l'environnement du personnage, avant de nous donner la réponse de l'autre personnage pour le dialogue. J'ai HORREUR de ce procédé, entre-temps j'ai oublié la phrase d'ouverture du dialogue et je dois donc repartir en arrière pour relire le début de celui-ci.

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J'ai bien aimé la fin, qui est atypique (spoilers, à surligner si vous voulez savoir) : les personnages ne finissent pas ensemble, mais la porte reste ouverte. J'ai trouvé ça joliment fait et ça change des fins qui se ressemblent toutes.

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Un joli roman, qui peut sensibiliser les adolescents à la différence que présentent les enfants atteints de troubles du spectre autistique.
J'ai trouvé que le roman était facile à lire (peut-être un peu trop, car il ne s'y passe pas grand chose), et donnait de la visibilité à des personnages, comme David, mais aussi comme Kit, dont la mère est originaire d'Inde. Ce roman soulève des thématiques qu'on retrouve désormais souvent dans la littérature adolescente : le deuil, la différence, les relations parents-enfants.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 17 mai 2020

D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère

Quatrième de couv' : « À quelques mois d'intervalle, la vie m'a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d'un enfant pour ses parents, celle d'une jeune femme pour ses enfants et son mari.
Quelqu'un m'a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n'écris-tu pas notre histoire? C'était une commande, je l'ai acceptée. C'est ainsi que je me suis retrouvé à raconter l'amitié entre un homme et une femme, tous deux rescapés d'un cancer, tous deux boiteux et tous deux juges, qui s'occupaient d'affaires de surendettement au tribunal d'instance de Vienne (Isère).
Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d'extrême pauvreté, de justice et surtout d'amour.
Tout y est vrai. »



Mon avis : En début d'année, quelqu'un sur Twitter a parlé de ce livre, en termes élogieux, disant que c'était le dernier livre en date l'ayant fait pleurer. Bref, un livre puissant.
J'ai décidé de l'acheter en mars, un peu avant le confinement. J'avais à la fois très envie de le lire et très peur. J'en repoussais la lecture.
Malgré mon rythme de lecture correct durant le confinement, je voyais bien que j'avais du mal à me concentrer sur mes lectures. Et pour lire celui-ci, je voulais être vraiment à fond. J'ai donc attendu. J'ai cru que le déconfinement me redonnerait le goût pour ces moments en tête à tête avec un livre. Mais ce n'est pas le cas, pas encore. Je n'arrive pas à me plonger totalement dans une histoire sans avoir envie de faire autre chose au bout de 10 pages de lecture. Du coup, mon avis est encore entaché de ce manque de concentration qui persiste. Je pense que je n'ai pas su apprécier la puissance de ce livre. Je ne l'ai pas lu d'une traite, je me suis rendue compte que je mettais un temps fou à lire 50 pages... Mon "expérience de lecture" n'est pas super bonne.

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De quoi ça parle ?
Emmanuel Carrère nous permet de le suivre à deux moments où des gens dans son entourage proche ont perdu la vie. En vacances au Sri Lanka, une vague immense emporte une petite fille de 4 ans, Juliette. Lui et sa compagne, Hélène, vont accompagner les parents de la petite fille durant les premiers jours après cette perte.
Quelques mois plus tard, en France, c'est la soeur de sa compagne, atteinte d'un cancer du sein qui décède. Elle aussi, s'appelait Juliette. Elle était juge au tribunal d'instance de Vienne, ce sont son collègue, Etienne, et son mari, Patrice, qui la racontent, sous la plume d'Emmanuel Carrère.

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Je viens d'en finir la lecture et je ne sais pas quoi en dire.
C'est toujours très délicat de parler d'un livre qui rapporte des éléments de la vie de gens qui ont vraiment existé. Il m'arrive parfois d'avoir une impression de voyeurisme en lisant une autobiographie ou la biographie de quelqu'un (pas forcément d'une célébrité), et là, ça n'a pas été le cas. Je n'ai pas ressenti de malaise en lisant l'histoire qui est faite de la vie de Juliette. Ni de celles des parents de la petite Juliette. Ni de celle de l'auteur, qui parle un peu de lui, par moments.

J'ai aimé que l'auteur laisse la parole à d'autres, que ses interventions soient justifiées et pertinentes. J'ai aimé qu'il s'intéresse aux cancers et comment ça a été traité dans la littérature (Mars de Fritz Zorn) ou la psychanalyse. Ça permet aussi au lecteur de souffler un instant et de lire le texte sur cette maladie avec plus de détachement.
Par ailleurs on assiste à des passages sur la justice sociale, qui au premier abord, ne m'intéressaient pas, puis qui ont fini par me plaire, me disant qu'il s'en passait des choses du côté des tribunaux ! C'était intéressant de découvrir le travail d'un juge, de voir que la justice a parfois un visage humain.

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Il faut être dans de bonnes dispositions pour lire ce livre, après tout il y est question de la perte d'un enfant, de maladie, de cancers qui récidivent, et de mort.
Mais aussi, je crois qu'il faut y voir un hommage à la vie, à ceux qui savent "où ils sont". J'ai beaucoup aimé les deux hommes, Etienne et Patrice, qui à leur manière, sont dans la vie, l'un parce qu'il en a une conscience aigüe, l'autre parce qu'il avance au jour le jour. Malgré les drames, les pertes, ils ont continué, ont forgé de nouveaux projets, ont accepté ce qu'ils sont. Il est question de résilience dans ce livre.

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Un roman que je ne recommanderai pas à tout le monde, parce qu'il parle de sujets difficiles, bouleversants. C'est un livre qui nous oblige à remettre les choses en perspective, à chercher l'essentiel.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

La femme cachée, Colette

Quatrième de couv' : « Son mouvement libéra le mari inquiet, qui, rendu à une jalousie active et normale, recommença de penser et se leva sans précipitation pour suivre sa femme.
Elle est ici pour quelqu'un, avec quelqu'un. Dans moins d'une heure, je saurai tout.
Cent cagoules, violettes ou vertes, lui garantissaient qu'il ne serait ni remarqué, ni reconnu. »


Mon avis : Il s'agit d'un recueil de nouvelles que j'ai retrouvé dans ma bibliothèque de livres lus.

Je l'ai lu en 2005, c'est noté dans le livre. Et je me souviens encore des pauses dèj' au collège où je m'installais devant un bâtiment pour lire tranquillement au soleil.
Je pense qu'à l'époque je n'ai pas dû comprendre grand chose de ce livre, ni en aimer le style. Comme je ne m'en souvenais pas, j'ai décidé de le relire.
Par contre mon édition ne ressemble pas du tout à la couverture de celle-ci ->

✬◎✬

J'ai commencé ce livre en pensant que c'était un roman. Mais j'ai eu l'agréable surprise de voir qu'il s'agissait de 22 nouvelles. Personnellement j'aime bien.

J'aime beaucoup le style d'écriture de Colette, c'est beau tout en restant accessible. C'est maîtrisé et les mots utilisés ont vraiment du sens.

Je n'ai pas compris la nouvelle "La femme cachée", dommage. Peut-être que dans 15 ans, j'y comprendrai quelque chose.

En revanche j'ai aimé les univers qu'elle exploite dans ce recueil. J'ai eu l'impression que les nouvelles avaient été placées dans un sens particulier, afin qu'elles se répondent.

J'aime la façon dont Colette parle des femmes, de leurs tenues, de leurs coiffures, ça me donne envie de remonter le temps et de vivre à son époque.

A travers des détails, elle dessine des histoires qui m'ont ravie en quelques pages. Celles que j'ai le plus aimées, sont souvent celles où il est question de souvenirs "Monsieur Maurice" ou "Le bracelet".
J'ai apprécié l'humour de celles nommées "Le cambrioleur", "Le conseil", ou même "Le renard".

✬◎✬

Un ouvrage que j'ai apprécié relire. Je suis contente de l'avoir ressorti de ma bibliothèque.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 13 mai 2020

La voleuse de secrets, Brenda Drake

Quatrième de couv' : Il lui suffit de tourner la page pour déclencher la fin du monde...

Fervente lectrice, passionnée d’escrime, Gianna a perdu sa mère à l’âge de quatre ans. Elle visite pour la première fois l’Athenæum, l’une des plus anciennes bibliothèques de Boston, accompagnée de ses deux meilleurs amis, quand elle remarque le comportement étrange d’un mystérieux jeune homme. L’inconnu finit même par se volatiliser presque sous ses yeux, penché sur un volume des Plus Belles Bibliothèques du monde. Lorsque Gia s’approche à son tour de l’ouvrage, elle se retrouve transportée de l’autre côté du globe, à Paris, dans une magnifique salle de lecture dont une bête menaçante arpente les rayons, comme elle ne tarde pas à le réaliser avec un frisson…

La jeune fille vient de mettre le doigt dans un terrible engrenage : une poignée de bibliothèques anciennes mène en effet vers un monde où magiciens, sorcières et créatures surnaturelles s’affrontent depuis des siècles pour éviter que le peuple des hommes ne découvre leur existence. Gia apprend qu’elle est l’une des Sentinelles chargées de protéger cette société secrète. Pire encore, qu’elle est la fille de deux de ces guerriers d’exception – une union interdite – et que sa naissance n’est autre que le présage de la fin du monde. Une malédiction qui lui interdit absolument de se rapprocher d’Arik, l’inconnu aux yeux noirs de l’Athenæum…



Mon avis : J'ai acheté ce livre parce qu'il est arrivé abîmé dans mon rayon et qu'aucun client n'en voudrait dans cet état. Comme les clients achetaient souvent cette trilogie, je me suis dit que ça devait valoir le coup. Je ne lis que très rarement des romans fantastiques, mais l'idée des bibliothèques reliées par un livre dans lequel on saute me paraissait sympathique. J'ai donc acheté les trois tomes. (et c'est peut-être une erreur...)

Attention je spoile tout au long de mon article. 

【⁈】

Je ne vais pas mentir concernant l'intrigue : ça pourrait être génial, si c'était plus simple et plus lent, si toutes les "quêtes" et aventures n'étaient pas pompées sur Harry Potter.

Déjà Gia est orpheline de mère, bien qu'elle ait un super beau-père "Pop", elle est née de l'union de deux Sentinelles, ce qui fait d'elle l'enfant de l'Apocalypse : à la fois la sauveuse et la destructrice d'un monde magique (dans lequel elle n'a pas grandi...). Alala les prophéties !
Ensuite, on te voit le grand méchant magicien avec ses monstres qui tiennent de la Méduse et du loup-garou..., ou encore les Chiavis, des artefacts qu'il faut récupérer pour empêcher qu'il se procure tout le pouvoir magique...

L'autrice balance des tonnes d'informations en l'espace de quelques pages, parfois sans lien les unes avec les autres, et le lecteur est submergé.
Déjà on débarque très rapidement dans un monde fantastique : c'est en sautant dans un livre, à l'aide d'une formule magique en italien, que les personnages peuvent se retrouver dans différentes bibliothèques du monde entier. Comme si ce n'était pas déjà suffisamment excentrique, les trois personnages du départ, Afton, Nick et Gia, se retrouvent entourés de Sentinelles et d'un énorme rhinocéros qui tente de les tuer, et qui s'avère être une Chimère.

Puis tout s'enchaîne et Gia en apprend beaucoup sur sa mère, qui était une Sentinelle, sur son père biologique (j'ai détesté la façon dont il s'est présenté "Je suis ton père", ok c'est une rèf' à Star Wars ?!), sur ce qu'elle est, sur les Sentinelles, les Assujettis, les changelins, etc. Bref, en l'espace de 150 pages, on nous balance infos sur infos, qu'on n'a pas le temps de traiter.

Et c'est comme ça tout au long du roman ! On n'a pas une minute de répit. Dès qu'il y a un moment d'action, l'autrice l'entrecoupe d'explications par dialogues entre les personnages alors qu'ils sont au coeur de l'action !
Selon moi, elle aurait dû faire intervenir un narrateur omniscient qui aurait pu apporter les explications sur le monde des Chimères et des Sentinelles. Ainsi elle aurait pu travailler plus en profondeur le personnage de Gia et ses réactions face aux découvertes qu'elle fait dans ce nouveau monde.

【⁈】

Quant au style, je trouve que c'est mal écrit et d'une telle pauvreté littéraire !
Et pour le coup je ne pense pas que ce soit à cause de la traduction. C'est d'une immense simplicité dans l'écriture : Le ton est neutre, le vocabulaire pauvre, et c'est bourré de phrases clichées... pardon mais la lettre de la mère de Gia à son père biologique, est ridicule !

Les dialogues sont très nombreux et occupent les 3/4 du livre. On avance du coup très rapidement dans la lecture, mais franchement narrativement c'est le degré 0 de l'écriture. A côté de ça, ça manque cruellement de descriptions d'endroits pour se représenter les lieux ou situations, ou même de réflexions intérieures de la part de Gia sur ce qui lui arrive.

Ah et puis l'autrice distille quelques phrases sexistes de temps en temps, notamment sur Gia qui ne sait pas accepter les compliments et que ce qu'on attend d'elle, c'est : "que tu dises merci et que tu rougisses un peu."
Ou encore "Les hommes aiment bien s'amuser avec des diablesses comme Véronique mais pour les sentiments, ils préfèrent les filles moins superficielles, comme toi".

【⁈】

Les incohérences sont nombreuses, rien n'est très logique dans cette histoire :
Le premier truc qui ne va pas, c'est que Gia ne se formalise pas du tout de son rôle. Humaine qui a grandi à Boston, elle ne trouve pas anormal de sauter dans un livre et d'atterrir dans une bibliothèque de l'autre côté de la planète ! Quand elle apprend qu'elle est l'enfant de l'Apocalypse, elle accepte son rôle prophétique en deux-deux. Elle est évidemment très douée en combat et arrive ultra-facilement à développer et maîtriser son pouvoir.

Un autre exemple : à un moment Arik prend à part Gia et son beau-père pour leur annoncer que le "royaume d'Asile" a certainement été attaqué. A ce moment-là, il n'en est pas sûr mais il le suppose, et plutôt que d'en parler aux autres Sentinelles, avec qui il a été formé et qui sont tout aussi forts et investis que lui dans ce monde, il préfère l'annoncer à deux néophytes, dont l'un, le beau-père de Gia, vient tout juste d'apprendre qu'elle faisait partie d'un monde qui n'a rien à voir avec le nôtre. D'ailleurs il s'en étonne à peine, accepte cet état de fait comme si c'était super normal, il n'essaie même pas de la protéger de ce monde.

【⁈】

Concernant Gia, c'est un personnage avec lequel je n'accroche pas. Elle est tellement irritante !
Déjà, elle est hyper maladroite, toutes les 10 pages elle se fait mal en tombant par terre. Le cliché de l'héroïne maladroite, on en a bouffé pendant des années, il est temps d'arrêter avec ça !

Ses réactions ne collent pas avec la fille timorée que l'autrice nous présente dans les premières pages (au début elle a peur de traverser une rue), mais une fois qu'elle arrive dans le monde des Chimères, la meuf a du courage à revendre !
Gia (et ses amis aussi) a une façon de réagir qui me laisse pantoise. Elle réagit souvent comme une ado sur la défensive, alors qu'il n'y a pas lieu d'être. Ses réactions colériques ne collent pas avec son caractère de fille timorée.

Par ailleurs, et c'est un trope pour la rendre très humaine ou sympathique aux yeux des lecteurs : Gia veut tout le temps aider les autres, sur un coup de tête sans prendre la peine de réfléchir. Tout le monde tente de freiner ses ardeurs, parce que sinon elle foutrait le bordel à Asile en 2 secondes et mettrait ses acolytes en danger ! Mais elle n'est pas consciente de ses incapacités, elle débarque à peine dans ce nouveau monde et elle veut déjà prouver sa force et ses compétences alors qu'elle n'a rien appris de la magie et qu'elle sait tout juste se battre.

【⁈】

Et évidemment on n'échappe pas à l'histoire d'amour contrariée : dès le premier regard, Gia est en pâmoison devant Arik (sans rien savoir de lui). Mais ils n'ont pas le droit d'être ensemble, parce que ce sont deux Sentinelles et c'est IN-TER-DIT ! (mais visiblement tout le monde s'en fiche vu que toutes les Sentinelles batifolent ensemble). Arik a l'air d'avoir une histoire avec une autre fille, Véronique, ce qui rend Gia jalouse. Jusqu'à ce qu'il passe à autre chose, laisse tomber l'autre fille et prouve son désir à Gia.
Mais à quel moment sont-ils tombés amoureux ? Gia trouve Arik beau gosse et ça lui suffit à se dire qu'elle l'aime ?! Idem pour lui, il ne la connaît pas, et malgré ça, il veut être avec elle. Zéro crédibilité, aucune alchimie entre ces deux personnages.

Et arrive le trope qu'on déteste tous dans les romans pour ados : le fameux triangle amoureux !
Pourquoi s'arrêter à un amour contrarié, si on peut plonger à fond dans le cliché du triangle amoureux, hein ?!
Mais cette fois-ci c'est un triangle amoureux imposé ! Car Gia va devoir se marier avec un magicien, c'est ce qui a été décidé bien avant sa naissance. Entêtée comme elle est, et bien qu'elle admette que Bastien est beau et intelligent, elle ne peut s'empêcher de refuser ses avances, en prétendant qu'il est arrogant (alors que pas du tout, si il y a bien quelqu'un d'arrogant dans cette histoire, c'est elle !) parce qu'elle ne veut pas d'un mariage arrangé. Je sens gros comme une maison dans les prochains tomes les atermoiements entre les deux garçons qui lui font la cour !

【⁈】

En ce qui concerne les bibliothèques, elles ne sont qu'une toile de fond de l'histoire. Je pensais vraiment qu'on aurait affaire à une passionnée des livres, des belles bibliothèques, mais celles-ci ne sont qu'un décorum, un moyen de se déplacer. Il n'y a pas de descriptions de ces endroits, et elles ne revêtent pas l'aspect magique qu'un passionné de lecture peut voir en elles.

【⁈】

Si on fait le compte de tout ça : RIEN NE VA. En tout cas, rien ne me convient dans ce roman, on enchaîne actions et dialogues, facilités narratives (je vous épargne les solutions magiques qui permettent de pallier les incohérences de l'univers inventé par l'autrice) et énormes clichés du genre.

Le truc c'est qu'une fois commencé, il y a tellement de rebondissements, que c'est dur de l'abandonner. Je ne sais pas si je lirai la suite, j'ai les deux tomes suivants dans ma PAL, à voir.

Pour être honnête, je suis très déçue par la maison d'édition Lumen. C'est le 2è livre que je lis de cette maison d'édition et c'est une seconde déception.

Mention au titre : "La voleuse de secrets" alors qu'il n'est jamais question de voler le moindre secret à qui que ce soit...!

3/10

mardi 12 mai 2020

Les Suprêmes, Edward Kelsey Moore

Quatrième de couv' : Elles se sont rencontrées dans les années 1960 et ne se sont plus jamais quittées : tout le monde les appelle « Les Suprêmes », en hommage au célèbre groupe des années 1970. Complices dans le bonheur comme dans l’adversité, ces trois irrésistibles quinquas afro-américaines se retrouvent tous les dimanches dans l’un des restaurants de leur petite ville de l’Indiana : entre commérages et confidences, rire et larmes, elles se gavent de poulet frit en élaborant leurs stratégies de survie.


Mon avis : J'avais acheté ce livre en Octobre 2015, parce que l'une de mes patronnes en librairie l'avait beaucoup aimé, et vu qu'on avait à peu près les mêmes goûts, je m'étais dit que ça me plairait.

Cependant je n'aime pas du tout la collection Babel, je trouve que le papier est trop épais, les marges mal réparties, les livres sont souvent épais et difficilement manipulables. Ce sont des livres, qui par leur aspect et format ne me plaisent pas, et je me doute bien que je passe à côté de plein de belles histoires, mais que voulez-vous, ma main droite souffre à chaque fois que j'ouvre un livre de cette collection pour le lire.

Donc pour ces raisons, ce roman est resté très longtemps dans ma PAL. Dans une optique de lire mes plus anciens livres, j'ai décidé de sortir celui-ci, en parallèle de l'essai No Steak d'Aymeric Caron et d'un roman jeunesse La voleuse de secrets de Brenda Drake. J'ai mis un temps fou à avancer dans ces 3 livres, non seulement par manque de concentration mais aussi manque d'intérêt pour les deux romans.

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Qui sont les Suprêmes ?
Trois femmes Afro-Américaines qui se sont rencontrées à l'école dans les années 60. Nous sommes en 2005, au tournant de leurs vies. Il y a Odette, Clarice et Barbara Jean, toutes trois mariées, ayant eu des enfants. Elles ont vécu de nombreuses épreuves, mais quelques-unes les attendent encore.

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J'ai eu beaucoup de mal à lire ce roman, qui débutait très lentement. Pendant 150 à 200 pages (sur 414 pages...), le rythme est lent, l'auteur présente ses personnages (pas seulement les trois femmes mais toute une galerie de personnages), leur construit un passé, nous raconte leur naissance, leur enfance, le début de leur vie d'adulte. Tout en nous racontant les événements du présent.

J'ai dû me faire un tableau pour savoir qui était qui, qui était le mari de qui, les enfants de qui, etc. Même si les 3 femmes se distinguent chacune par ses propres attitudes, j'ai trouvé qu'il y avait énormément de personnages dans leur entourage et souvent j'étais larguée.

Je ne comprenais pas où l'auteur voulait en venir, ce qu'il essayait de raconter. Comme je lis de moins en moins de romans contemporains, j'ai parfois du mal avec les romans qui n'ont pas de rebondissements, et qui se contentent de raconter une vie. Pourtant ce roman raconte seulement ça : l'année 2005 de Clarice, Barbara Jean et Odette, et ce qui les a amené à être ce qu'elles sont.

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Mais au fur et à mesure, je me suis plongée dans l'histoire, parce que j'ai fini par m'attacher à ces trois femmes. Si au début je ne leur trouvais pas beaucoup d'intérêt, leurs vies se révèlent être plus surprenantes que ce que j'aurais pu imaginer (concernant Barbara Jean surtout).

J'ai bien aimé la façon dont l'auteur a construit et développé ces femmes, il a un grand talent pour en brosser un portrait plus vrai que nature. Mais certaines de leurs attitudes, leurs réactions, sont tout de même datées. Je ne suis pas sûre qu'une femme de 30 ans aujourd'hui, mariée à un homme qui la trompe sans vergogne, accepte une telle situation, sans jamais en parler. J'étais contente de voir comme Clarice se sortait de cet enfer personnel qu'elle a accepté pendant 40 ans !

Ce qui fait vraiment le sel de cette histoire, est l'amitié de ces trois femmes. Amies depuis l'enfance ou le lycée, elles ont vécu ensemble les grandes épreuves de leurs vies. Tous les dimanches, elles se retrouvent au dinner de leur ami Big Earl, qui les a vues grandir. C'est là qu'elles se racontent les événements de la semaine, là qu'elles détectent chez l'autre un besoin affectif ou de soutien plus fort. Parfois au détriment de leur vie de couple, elles se retrouvent toutes les trois pour se soutenir, surmonter les drames de la vie, se raconter des potins ou rire ensemble.

J'ai beaucoup aimé les personnages secondaires, qui permettent d'apporter une touche d'humour à l'histoire. Big Earl est d'une grande humanité et d'une immense sagesse. Minny McIntyre, la pseudo-voyante, est un personnage dont on aime se moquer gentiment, tout comme Veronica, la cousine de Clarice. L'un des moments le plus drôle est probablement le mariage de Sharon ! J'ai senti que l'auteur prenait un malin plaisir à le ruiner !

Les fantômes que voient Odette sont aussi un élément qui m'a plu. Au début je me suis demandée dans quoi on s'embarquait avec cet élément fantastique et complètement fantaisiste, mais peu à peu ça trouve sa place, grâce à la façon décomplexée avec laquelle Odette parle avec eux. Elle ne peut pas faire autrement que de les voir et de les entendre, ils sont une partie intégrante de ce qu'elle devient.

Je pensais que l'auteur mettrait plus l'accent sur la ségrégation raciale, vu que l'histoire se passe dans le sud de l'Indiana. Une partie de l'histoire de Barbara Jean y est liée, ce que j'ai trouvé très intéressant et intelligemment proposé, mais pour le présent de l'histoire (à savoir 2005), on suit simplement la communauté afro-américaine. Ils ont leurs quartiers et leurs espaces et ne se mélangent pas à la population blanche, ce qui montre que même si on n'a plus des cas de violences entre les populations comme ça a été le cas dans les années 60-70, il reste néanmoins une forme de racisme intégré : chacun a sa place dans la ville, d'un côté les noirs, d'un autre les blancs. La question raciale n'apparaît qu'en toile de fond quand l'histoire se situe en 2005.

J'ai moins aimé tous ce qui tournait autour de la religion, les trois femmes fréquentent des églises différentes, avec une façon de parler de Dieu et de la Bible différemment. Je n'y entrave rien, je ne suis même pas sûre qu'en France on ait toutes ces distinctions d'églises au sein d'un même culte.

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C'est un premier roman. Il a ses défauts, manquant de rebondissements, je me suis même un peu ennuyée et j'ai eu du mal à accrocher au début qui m'a semblé un peu fade. Cependant, une fois attachée aux personnages et à leur sort, j'ai trouvé que c'était un beau roman sur l'amitié et les relations sociales de manière générale. Ce n'était pas le grand roman auquel je m'attendais, et je ne lirai pas la suite, mais c'était divertissant et bien écrit.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

lundi 4 mai 2020

L'aventure de Castle Rock, Natasha Farrant

Quatrième de couv' : Alice, Jesse et Fergus avaient encore un long chemin à parcourir avant de devenir de vrais amis. Il leur faudrait en passer par deux trahisons, quelques mensonges, et frôler la mort à une ou deux reprises. Mais cela, ils ne le savaient pas encore...

Trois jeunes héros au cœur d'une nature écossaise grandiose et sauvage, un internat fantasque et la grande aventure : un roman d'apprentissage irrésistible et réjouissant.



Mon avis : Quand ce roman est sorti en février 2019, il m'a tout de suite interpellée par sa couverture aux couleurs chatoyantes. J'étais très contente de voir qu'il se vendait assez bien tout seul.
Néanmoins, le résumé m'avait bien accrochée et je l'ai acheté l'été dernier pour pouvoir le lire moi-même.
Je le voyais souvent dans ma bibliothèque, et j'en repoussais la lecture, pour un moment où j'aurais envie de lire quelque chose de facile à lire, de vif et palpitant.

🏴󠁧󠁢󠁳󠁣󠁴󠁿🏰🐧

Il y a 3 mots-clés à retenir de ce résumé : Ecosse - internat - aventure.
Ça définit bien ce que j'aime dans la littérature pour les pré-adolescents. Ça ressemble aux premiers tomes d'Harry Potter, qui à l'époque où je les ai lus, m'avaient emportée très loin de mon quotidien.

Dans ce roman, on plonge complètement avec un autre trio : Alice, Jesse et Fergus. Ce ne sont pas des sorciers en devenir, mais des enfants intrépides, qui saisissent l'occasion d'une course d'orientation pour vivre une grande aventure, laissant derrière eux le château qui leur fait office d'internat, afin de revoir le père d'Alice. Lors de ces quelques jours d'aventure, nos trois héros vont développer une amitié indéfectible, où chacun protège et aide l'autre, où chacun met à contribution ses talents pour s'extraire de situations problématiques... Ces trois personnages sont absolument bien dépeints, ils ont chacun un passé qui nous éclaire sur leurs traits de caractère. Alice est une rêveuse, qui adore écrire, Jesse est timide et très droit, il applique à la lettre les règlements, quitte à se faire des ennemis et Fergus est un garçon intelligent qui se laisse facilement envahir par ses émotions. Leur dynamique ne s'appuie pas sur une attirance physique ou sur l'amour et ça fait du bien ! Enfin une amitié entre garçons et fille !

🏴󠁧󠁢󠁳󠁣󠁴󠁿🏰🐧

L'ambiance de ce roman est géniale. Le pensionnat se trouve au coeur d'une vallée perdue en Ecosse, battu par la pluie et les vents, aux abords d'un loch. Il abrite des professeurs bienveillants, mais un peu abîmés par la vie. Si Alice avait peur de se rendre dans cet internat, peu à peu elle va s'y trouver heureuse, grâce à cette ambiance de romans anglais. Quand commence la course d'orientation, on suit notre trio qui découvre les merveilles de l'Ecosse : la nature sauvage, la mer qui se déchaîne, les tourbières, les ajoncs, et la faune des îles écossaises avec ses macareux. Tout ça nous dessine une carte postale typique de l'Ecosse, qui donne envie de s'y rendre.

🏴󠁧󠁢󠁳󠁣󠁴󠁿🏰🐧

Le style est très simple et fluide, mais c'est normal, on s'adresse à un public de jeunes lecteurs. J'ai adoré les prises de paroles directes de l'autrice aux lecteurs. Pour nous informer de certains faits qui ont leur importance dans la suite de l'histoire, elle sort de son rôle de narratrice discrète pour nous interpeller, de façon drôle et amicale.

🏴󠁧󠁢󠁳󠁣󠁴󠁿🏰🐧

L'intrigue est palpitante. Bien que simple et pas forcément très crédible (mais on a vu le même genre de choses dans le Club des Cinq), il y a néanmoins un discours de fond très touchant, qui selon moi, s'intègre très bien à cette aventure.
Alice, qui a perdu sa mère 4 ans auparavant, ne peut pas franchement compter sur son père, elle se berce d'illusions quant à cet homme qu'elle voit comme un héros. L'histoire va lui montrer que ceux qui sont là pour elle, ne sont pas toujours ceux qui ont le même sang qu'elle. J'ai beaucoup aimé la façon dont Fergus voit avec une grande perspicacité les défauts du père d'Alice. Lui-même a des parents démissionnaires, et il sait ce qu'elle peut ressentir. C'était touchant et bien amené.

🏴󠁧󠁢󠁳󠁣󠁴󠁿🏰🐧

L'espace de quelques heures, bien que j'ai fait durer cette lecture, je me suis plongée totalement et entièrement dans cette aventure si géniale que l'autrice a su inventer pour notre plus grand plaisir. Un retour à mes lectures d'enfance en quelque sorte, qui m'a fait beaucoup de bien.

9/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur