samedi 24 février 2018

La librairie de l'île, Gabrielle Zevin

Quatrième de couv' : A.J. Fikry a l'un des plus beaux métiers du monde : il est libraire sur une petite
île du Massachusetts. Mais il traverse une mauvaise passe. Il a perdu sa femme, son commerce enregistre ses pires résultats depuis sa création et il vient de se faire dérober une édition originale et précieuse. A.J. s’isole au milieu des livres jusqu’au soir où il découvre un couffin devant sa librairie. Un bébé que sa mère a abandonné là avec un mot : « Je tiens à ce qu’elle grandisse entourée de livres et de gens pour lesquels la lecture compte. » Réticent au premier abord face à l’ampleur de cette mission, le libraire tombe rapidement sous le charme du nourrisson et entrevoit avec lui la possibilité d’un nouveau bonheur.
Et si la vie valait bien qu’on lui accorde une seconde chance ?

« Un optimisme rafraîchissant pour les amoureux des livres ! » The Washington Post


Mon avis : J'ai acheté ce livre hier, un peu sur un coup de tête. J'ai tendance à n'acheter que des livres de ma wishlist ou dont j'ai forcément entendu parler. Sauf que celui-ci je l'ai vu une fois dans un bookhaul et jamais ailleurs.
Souvent j'aime bien les publications de Pocket, et ça faisait longtemps que je n'avais pas lu un livre "léger", classé avec d'autres titres de chick-lit. Il n'est pas très long (279 pages) et se lit assez vite. J'avoue que j'avais un peu peur de découvrir un roman où le métier de libraire est totalement idéalisé, vu que le résumé de l'éditeur présente ce métier comme l'un des plus beaux. Et puis finalement non, le métier n'est pas idéalisé, il n'est d'ailleurs qu'en toile de fond pendant une grosse partie du roman.

On démarre l'histoire en suivant une représentante, Amelia, qui se rend sur l'île d'Alice, dans le Massachusetts. Elle doit rendre visite à A.J. Fikry, le seul libraire de l'île afin de lui présenter son catalogue de nouveautés. Seulement A.J. est un homme bourru, qui a perdu sa femme dans un accident 18 mois auparavant, et il ne la reçoit pas de la façon la plus sympathique... A.J. va passer à côté d'Amelia, comme il passe à côté de très bons livres qui s'empilent dans son couloir, attendant d'être un jour lus. Sa librairie ne fonctionne bien qu'en saison estivale, les finances ne sont donc pas au beau fixe. A.J. est dépressif, mais il a un petit bonus sur lequel il compte vraiment si il décidait de tout claquer du jour au lendemain : il a en sa possession un livre précieux, une édition originale du premier livre d'Edgar Allan Poe, tiré à 50 exemplaires, qui vaut aujourd'hui une fortune et qu'il a trouvé sur un vide-grenier pour une poignée de dollars. Ce bien va malheureusement lui être dérobé. Il prévient la police qui n'arrivera pas à retrouver le livre. Peu de temps après, alors qu'A.J. est parti courir après sa journée de travail, un bambin est laissé dans sa librairie. Retour au commissariat du coin où A.J. va de plus en plus s'entendre avec l'agent Lambiase, pour lui annoncer qu'une enfant de 2 ans lui a été confiée. On passera sur les détails de l'adoption (bien trop facile !).
Quoiqu'il en soit, grâce à cet événement bouleversant, A.J. va reprendre goût à la vie grâce à cette petite, prénommée Maya. Ainsi on les suit sur une quinzaine d'années. On voit Maya grandir, développer un goût pour l'écriture, après avoir appris la lecture très tôt. On voit A.J. s'adoucir, reprendre confiance en lui, s'entourer des bonnes personnes.

Malheureusement, l'intrigue manque un peu de crédibilité : l'adoption est bien trop facilitée, le destin des divers personnages s'entremêle un peu facilement aussi, on reste en vase clos.
Et l'histoire a tendance à être un peu mièvre, sans tomber dans le pathos, heureusement !
Pendant un moment, on se demande un peu où l'autrice veut nous emmener, comme si elle n'avait pas vraiment d'idées pour amener des rebondissements dans son histoire.

Les personnages manquent de caractère pour être vraiment réalistes, ils sont tous bien dans leurs baskets, gentils les uns avec les autres. Même A.J. souvent présenté par sa belle-soeur comme un égocentrique, ne semble pas l'être tant que ça. Les personnages sont trop peu approfondis pour être réellement touchants et attachants. C'est un peu comme si on les observait de loin.
Le roman manque de profondeur et de développement, l'autrice fait pas mal d'ellipses et on passe vite des 6 ans de Maya à ses 14 ans. Même Maya est un personnage éclipsé par le reste de l'histoire, c'est vraiment dommage parce qu'elle apporte quand même beaucoup à A.J.

Le style est simple, fluide, sans trop de détails. C'est bien écrit, même si ça manque de rebondissements, d'aventure. C'est plutôt un roman qui suscite des émotions et nous invite à nous pencher sur nos qualités d'humain.

De plus à travers A.J., son personnage de libraire, l'autrice raconte en substance d'autres livres qu'elle a très certainement apprécié dans sa vie de lectrice. Ça peut donner des idées de lectures et c'est plutôt original, ça intervient entre les différents chapitres et permet d'introduire la suite du texte.

L'autrice introduit aussi des personnages représentant une certaine diversité : A.J. est d'origine indienne, Maya est Afro-Américaine, le représentant à la fin a une passion pour le vaudeville gay, et j'en oublie certainement, mais pour faire court, même si ce n'est pas le message principal de l'autrice, je trouve ça cool de représenter des personnages qui ne sont pas que des blancs, riches, hétéros, avec des passions très communes.

Ce roman est une ode aux libraires, aux livres, à la littérature. Il rappelle l'importance des livres et des gens qui s'évertuent à transmettre leur passion pour la lecture. C'est touchant et fait avec beaucoup de sensibilité. Finalement ce message me touche plus que des personnages que je n'ai pas trouvé spécialement attachants (dommage, mais ça arrive !)

Une jolie lecture, agréable et sympathique.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 20 février 2018

Celle que vous croyez, Camille Laurens

Quatrième de couv' : Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n’est pas la vôtre, hélas. C’est pourtant de ce double fictif que Christophe – pseudo KissChris – va tomber amoureux.
En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.


Mon avis : Attention à ceux qui penseraient découvrir un livre de chick-lit ou de littérature un peu légère, il n'en est rien ! C'est un roman perturbant, déroutant et dérangeant.
Contrairement à ce que j'imaginais (une banale histoire de faux profil et d'amour), j'ai eu affaire à un roman complexe, de mise en abîme, plutôt sur le désespoir amoureux et la frustration du désir.

Je n'aime pas les romans de mise en abîme, mon cerveau finit toujours par faire un blocage et je ne comprends plus rien à l'histoire.
Comme l'autrice utilise dans le roman son propre prénom (qui est en réalité un pseudo, son nom courant est Laurence Ruel), dans la seconde partie, je ne sais pas qui est qui et à qui il arrive quoi. Je me suis perdue entre l'autrice, la narratrice et tous les personnages féminins qui sont créés dans ce roman.
De plus si son personnage principal se prénomme Claire, son nom de famille est un anagramme de Camille (Millecam).
Claire prend un pseudo : Claire Antunès, pour créer un compte facebook à l'image d'une jeune femme (Katia, sa nièce) et suivre ainsi les actus de son amant Jo. Seulement elle se met en lien avec Chris, un ami de Jo, et va développer avec lui une relation (amoureuse) virtuelle. Mais le virtuel ne lui suffit plus au bout d'un moment, elle désire Chris, elle veut le toucher, le sentir, etc., elle va donc tenter de tuer Claire Antunès (ou en tout cas la faire disparaître), pour se montrer telle qu'elle est : Claire M., quadragénaire, et séduire Chris.
Avant de finir en hôpital psychiatrique et tomber amoureuse de son psy, Marc. 
(Vous voulez qu'on fasse plus compliqué ? Attendez, ça vient !) 
Dans cet hôpital psy, il y a une femme prénommée Camille qui anime un atelier d'écriture, mais elle aussi est avant tout une patiente, qui tente d'écrire un roman. Et elle va s'inspirer de l'histoire de Claire pour présenter un manuscrit à son éditeur, tout en essayant de lui prouver l'authenticité de sa démarche.

Bref c'est un fourre-tout incompréhensible. On se croirait dans un mauvais rêve, où tout se mélange.
Pour ma part, j'ai préféré la première partie, très addictive, bien que j'ai pu être décontenancée au départ par sa forme narrative mise en place.

Par contre j'ai bien aimé les différents discours narratifs : on commence l'histoire avec des séances de psychologie où on n'entend qu'une voix : celle de la patiente, Claire, qui raconte son passé.
On poursuit avec celle du psy, auditionné par ses pairs et qui leur propose de lire un roman imaginé par cette patiente.
Puis mis en place par l'autrice, le jeu littéraire commence (et c'est là qu'elle m'a perdue) : on découvre la voix de Camille, l'écrivaine qui écrit à son éditeur pour lui montrer l'authenticité de son roman, elle y explique comment elle a voulu prendre la place de Claire Antunès (le double imaginaire) et comment ça l'a mené à sa perte. (A mon sens je ne comprends pas comment elle a pu être autant menée en bateau parce que le mec est clairement un connard, surtout qu'elle ne dit pas ressentir d'amour pour lui mais plutôt du désir, comment elle a pu se laisser autant faire et tomber si bas ? y a un mécanisme psychique que je ne saisis vraiment pas...)
Et enfin la voix du mari de Claire, qui souhaite divorcer et explique pourquoi.


Le statut de la femme dans notre société est mis en question à travers plusieurs points :

- La thématique de la vieillesse chez la femme est plus ou moins comparée à la vieillesse des hommes. Dans ce roman l'homme a l'avantage sur la femme qui se "périme" plus vite. Il s'agit de traiter de la difficulté d'avancer en âge, de vieillir, d'être moins désirable. L'autrice nous choque par le personnage de Chris, la quarantaine, qui en découvrant que son amante a plus de 50 ans, la largue et se drape dans une colère incompréhensible.

- Les relations amoureuses au temps de Facebook. J'ai beaucoup aimé les passages de détresse de la femme qui cherche à tout prix à savoir ce que fait son (ex)-amant, où il est, avec qui.
L'autrice retranscrit très bien ce sentiment de perte de l'autre à travers les réseaux sociaux : être avec lui, sans être avec lui.
La relation amoureuse qui s'est délitée entre un homme et sa compagne et ce que chacun fait pour rebondir, s'en sortir.

- Et enfin le mensonge, le travestissement pour plaire à l'autre : l'un des personnages va endosser une fausse identité, celle d'une femme de 24 ans pour connaître un homme à travers des échanges sur Facebook. Elle n'hésitera pas à voler l'image d'une autre, puis à entrer en contact avec l'homme, après l'avoir suivi.


Le parallèle entre le désir charnel et le désir d'écrire ne m'a pas du tout parlé, mais c'est sûrement parce que l'écriture ne m'attire plus depuis un moment.


C'est un roman qu'il faudrait certainement relire plus tard, pour essayer d'en démêler les noeuds. En tout cas pour la saveur de certaines réflexions, je me dis que tant pis si je n'ai pas tout compris des personnages et de leurs histoires ! Mais ma note ne sera pas super élevée parce que je déteste vraiment refermer un livre avec une impression de flou artistique total.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

samedi 17 février 2018

Petit pays, Gaël Faye

Quatrième de couv' : Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l'harmonie familiale s'est disloquée en même temps que son «  petit pays  », le Burundi, ce bout d'Afrique centrale brutalement malmené par l'Histoire.
Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d'orage, les jacarandas en fleur... L'enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.

Un livre lumineux. Astrid de Larminat, Le Figaro

Un très beau premier roman, déchirant et incandescent, qui force l’admiration. Yann Perreau, Les Inrockuptibles

Gaby n’est pas un petit Africain, c’est un enfant du monde emporté par la fureur du destin. Notre hantise commune. Maria Malagardis, Libération

PRIX GONCOURT DES LYCÉENS / PRIX DU ROMAN FNAC / PRIX DU PREMIER ROMAN

Mon avis : Depuis sa sortie on me répète "Lis Petit Pays". Le souci c'est que je ne suis pas très attirée par les romans dont l'histoire se déroule en Afrique. Je ne sais pas comment l'expliquer, mais c'est un peu pareil avec les romans qui se passent au Japon, ça ne m'intéresse pas. Mais j'ai remarqué qu'une fois dans l'histoire (en Afrique souvent), je m'y sens bien.
J'ai longtemps repoussé le moment de le découvrir, j'aurais pu à sa sortie en septembre 2016 l'emprunter là où je travaillais. Mais comme ma patronne et ma collègue l'avaient lu, je me suis dit que c'était pas la peine qu'une 3è personne le lise, et comme ça je pouvais lire autre chose.
Bref, il est sorti en poche un an plus tard et même si je passais régulièrement devant, je ne m'y intéressais toujours pas. Jusqu'à ce que ma mère l'achète et le lise. Elle me l'a vivement conseillé, et comme il est plutôt court, j'ai enfin sauté le pas. Mais avec l'appréhension de me retrouver face à un roman de guerre...

Et puis finalement les premières pages m'ont conquise. Gabriel est un petit garçon, issu du métissage, d'une mère Rwandaise et d'un père Français. Avec sa petite soeur, ils vivent dans une impasse de la capitale du Burundi. Ses journées sont légères, ce sont celles d'un petit garçon qui s'amuse avec ses amis et voisins. De nombreuses scènes font sourire ou m'ont émue.
Mais peu à peu, l'Histoire se mêle à la sienne. En 1994, se déclenche le génocide rwandais : les Hutus et les Tutsis s'affrontent, de manière plus que sanglante.
Au Burundi, pays voisin où il vit, la situation se dégrade peu à peu. Et Gabriel, qui ne veut pas grandir et faire face à la violence grandissante, découvre la lecture. Grâce à une voisine, il va se plonger dans des histoires qui lui permettent de s'évader, de mettre à distance les événements, mais aussi ses amis, qui eux souhaitent prendre parti dans le conflit.
Gabriel est finalement contraint de s'exiler, en France, laissant derrière lui tout ce qu'il a connu.

Dans Petit Pays, le style est magnifique. Pour un premier roman, je trouve que c'est superbement écrit, avec beaucoup de sensibilité. Peut-être celle de l'enfant finalement, qui raconte un conflit à travers ce qu'il en perçoit. Les descriptions très sensorielles sont judicieusement placées.

Certains passages sont difficiles à supporter tant la guerre nous est lointaine, à nous. Alors comment réaliser ce qui se passe dans ces pays où certains sont tués de sang-froid, dans une immense cruauté ?
Ce conflit affecte tout et tous : la mère du narrateur va sombrer dans la folie après une découverte macabre. Comment peut-on survivre à de telles choses, quand d'autres populations souhaitent éradiquer ceux qu'elles considèrent comme des ennemis ?

C'est un roman sur l'identité qu'on veut nous imposer et celle qu'on se cherche.
C'est un roman sur l'enfance, celle qu'on ne voudrait jamais quitter, parce que Gabriel a trouvé pendant un temps une fratrie.

J'ai presque envie de le relire, pour mieux enregistrer les scènes d'enfance, si douces et agréables du début du roman.

9/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

Mates, Dates & Cosmic Kisses, by Cathy Hopkins

Quatrième de couv' : Izzie is cool, bright and sassy. And when she meets the gorgeous Mark, she's on a real high. He's divine. And he likes her ! But why doesn't he call when he says he will ? 
Desperate to make sense of things, Izzie spends her time checking her horoscope. And stays at home, just in case he calls. 
When Izzie loses her perspective and her sense of fun, best friends Lucy and Nesta try to give her a reality check. But there are some things you'd rather not hear...

Mon avis : Comme cette série de livres ("Mates, Dates & ...") comporte 12 tomes, je me suis lancée pour défi de les lire tous cette année, 1 tome par mois.
J'ai relu le tome 1 en Janvier, l'article est .

Le texte est en version originale, mais j'ai relu les 6 premiers tomes en français l'été dernier, et avant ça, je les ai lus et relus durant mon adolescence, donc les histoires sont plutôt fraîches dans ma mémoire. Les difficultés de compréhension apparaîtront peut-être quand je commencerais le 8è tome en VO, puisque Pocket Jeunesse n'avait plus rien traduit après le 7è tome.

Dans ce second tome, on s'attache à découvrir Lizzie/Izzie à un moment où elle perd pied. Du jour au lendemain elle tombe amoureuse d'un garçon rencontré sur un stand d'huiles essentielles. Il s'appelle Mark, ils ont eu un bon contact et il a promis de l'appeler. Mais il ne le fait pas et Lizzie attend impatiemment, en cherchant à s'occuper du mieux qu'elle peut. Elle en vient à négliger ses amies.

J'ai un peu moins aimé que le premier tome. En français je ne m'étais pas rendu compte que Lizzie était super relou avec cette histoire d'appel. On tourne beaucoup en rond et on découvre une Lizzie qui perd les pédales, alors que dans le premier tome elle semblait très stable et pas du genre à se laisser avoir par un mec.
Le dénouement arrive un peu trop rapidement à mon goût avec pas mal d'événements qui touchent Lucy et Lizzie et qui auraient pu être plus développés.

Dans ce tome, l'amitié entre les filles est moins explorée, moins abordée que dans le tome 1, et j'ai trouvé ça dommage. L'autrice a certainement voulu plus explorer la dépendance à un potentiel amoureux, que l'amitié entre les 3 filles.
Ce n'est qu'une légère déception, puisqu'on retrouve tout ce qui fait le charme de la série, à savoir des jeunes filles qui se découvrent et apprennent à gérer leurs émotions.

Dans ce livre, on trouve des chansons écrites par Lizzie.

7/10

lundi 12 février 2018

Jamais contente, Le journal d'Aurore 1, Marie Desplechin

Quatrième de couv' : « Douze février. On peut ruiner sa vie en moins de dix secondes. Je le sais. Je viens de le faire. Là, juste à l'instant. J'arrive à la porte de l'immeuble, une modeste baguette dans la main et la modeste monnaie dans l'autre, quand Merveille-Sans-Nom surgit devant moi. Inopinément. À moins de cinq centimètres (il est en train de sortir et je m'apprête à entrer, pour un peu on s'explose le crâne, front contre front). Il pose sereinement sur moi ses yeux sublimes. Je baisse les miens illico, autant dire que je les jette quasiment sous terre, bien profond, entre la conduite d'égoût et le tuyau du gaz. Sa voix amicale résonne dans l'air du soir : - Tiens ! Aurore ! Tu vas bien ? Je reste la bouche ouverte pendant environ deux millions de secondes, avant de me décider et lui hurler à la figure : - Voua ! Merdi ! »

Mon avis : J'avais repéré ce livre y'a un bout de temps, à sa sortie en poche (pour cette nouvelle édition) en juin 2016. Seulement je n'avais pas profité de mon boulot en librairie pour l'emprunter. Pas grave, ce n'est que partie remise puisque je l'ai acheté en janvier, mais seulement le premier tome. L'erreur. J'aurais tant aimé pouvoir enchaîner les trois tomes d'un coup en fait...

Adolescente j'aurais adoré cette série, au même titre que le Journal de Georgia Nicholson ou que les livres de Cathy Hopkins. Seulement même si cette série a été initialement publiée en 2006, elle ne s'est jamais trouvée dans mon radar à l'époque. En même temps si je l'avais lu à 16 ans je l'aurais peut-être trouvé un poil enfantin. Aurore écrit dans son journal intime (du coup ça se dévore) et on la suit ainsi durant une année complète.

Aurore est une ado sacrément râleuse et insatisfaite. Elle a une grande soeur, Jessica, qui va s'illustrer en se faisant percer la langue et une petite soeur, Sophie, qui est une as des mathématiques. Pas de sororité, les 3 filles ne peuvent pas se voir, c'est en tout cas ce que nous raconte Aurore.
Pas très bonne élève parce que très fainéante, elle n'a pas beaucoup d'amis au collège et ne traîne qu'avec sa voisine Lola, qui est scolarisée dans un collège privé.
En cette année de troisième, Lola et Aurore se posent des questions sur leur attirance... Elles ne trouvent aucun garçon beau ! Elles s'imaginent donc être forcément lesbiennes ("CQFD"). Eh oui, elles sont aussi un peu bêtasses...! Mais les choses commencent à se mettre en place dans leur cerveau et elles vont chacune de leur côté découvrir les joies de l'amour et du couple.

Le mal-être adolescent est plutôt bien rendu, Aurore se sent complexée par son corps, mais aussi par son (manque d') intelligence, ce qui l'a rend très acerbe et négative avec tout ce qui l'entoure : les fêtes sont des moments qu'elle déteste, tout comme son entourage ou les cours. Mais j'espère pour elle que ce n'est qu'une phase et qu'on la découvrira plus épanouie dans les tomes suivants.

Le style est minimaliste, on n'a pas de grandes phrases et les chapitres sont courts. Parfois Aurore écrit plus longuement, d'autres fois juste une ligne.
On pourrait reprocher au roman un manque de profondeur. Mais comme on découvre l'histoire uniquement du point de vue d'Aurore, il est plutôt normal de ne pas avoir plus de détails sur ses amies, sur sa famille.
Pareil concernant le manque de rebondissements, en même temps il s'agit de la vie d'une ado banale, donc non il n'y a pas beaucoup d'action.

Aurore peut s'avérer hilarante ! Elle m'a pas mal fait rire avec certaines réflexions ou quand elle réfléchit à une question dérangeante à poser à chaque repas dominical histoire de ne pas s'ennuyer ! Il y a pas mal d'auto-dérision de sa part et ça allège un peu le tout.

Le roman porte bien son titre ! Si vous n'aimez pas les râleuses, ne vous lancez pas dans cette lecture.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 11 février 2018

Un été 42, Herman Raucher

Quatrième de couv' : Hermie, Oscy, Benjie : trois amis, une énergie infinie et une ignorance crasse des choses de la vie. Mais du haut de leurs quinze ans, ils ont bien l’intention de devenir des hommes. Dans leur quête aussi ambitieuse que maladroite, ils partagent l’intuition que tout se joue dans les bras des filles, sont persuadés que leur amitié les tirera à chaque fois d’un mauvais pas, et suivent les commandements d’un manuel d’anatomie dévoilant les “douze étapes de la sexualité”.

Et puis, il y a “la femme”. Dorothy. Une déesse de vingt-deux ans, merveille des merveilles, aux jambes longues et lisses, aux lèvres humides et entrouvertes sur trente-deux petites dragées scintillantes, aux cheveux de soie pure, aux longs cils de velours voilant délicatement des iris couleur émeraude. Poser le regard sur elle fait monter les larmes aux yeux de Hermie. Pourquoi pleure-t-on en contemplant la beauté ? Quelle emotion profondément enfouie le spectacle de la splendeur met-il à jour ?

Tandis que, de l’autre côté de l’océan, des hommes à peine plus agés qu’eux sont emportés dans le fracas des armes, nos adolescents insouciants s’essaient à la tendre guerre. Herman Raucher tisse avec humour et élégance un roman plus profond qu’il n’en a l’air, parce que l’amour est souvent, aussi, l’histoire d’une perte. On pourrait appeler ça la fin de l’innocence. On pourrait aussi résumer la grâce d’Un été 42 à un verbe, beau et tragique à la fois : grandir.

Mon avis : J'ai acheté ce livre il y a 2 ans et comme je sais qu'il a été ré-édité par Folio en poche, je me suis dit qu'il était grand temps de le sortir de ma PAL, comme beaucoup de grands formats que je n'ai toujours pas lus... Le résumé ne m'intéressait pas tant que ça, jusqu'au début du mois où j'ai eu super envie de le lire. Sauf qu'une fois commencé, chaque fois que je le posais je n'étais pas pressée de le reprendre. Je crois que je n'arrivais pas vraiment à entrer dans l'histoire.

Ce roman d'initiation nous montre l'été des 15 ans d'un homme qui en a désormais la quarantaine. C'est l'été où il a voulu grandir. L'été des fantasmes. L'été de l'amitié qui se construit et se déconstruit au gré des événements.

Trois jeunes hommes de 15 ans passent toutes leurs vacances sur Packett Island avec leurs parents : Oscy le téméraire, Hermie notre héros un peu timide, poète à ses heures et Benjie, le plus "jeune", celui qui n'a pas encore la maturité qu'ont les deux autres. Et puis il y a Dorothy, une jeune femme de 22 ans, superbe, mariée à un soldat américain parti combattre à l'étranger. Hermie tombe fou amoureux d'elle à l'instant où il la voit en maillot de bain sur la plage.

Tout au long du roman on suit Hermie, ses journées à la plage, dans les dunes, l'ennui, l'agacement qu'il ressent face à sa mère à l'ouïe fine, face à ses copains qui passent leur temps soit à se battre, soit à se dominer l'un et l'autre par des paroles pas toujours très fines...
Bref, on est complètement immergé dans le quotidien estival d'un garçon de 15 ans qui découvre son désir pour une femme.


Tout ça pour ça ? 
Pour Hermie, c'est l'été des découvertes liées à la sexualité : thème universel, qui touche tous les ados à un moment ou à un autre. Seulement on est en 1942, la parole n'est pas libérée et la pornographie n'est pas accessible à Hermie. Alors lui et Oscy vont faire avec les moyens du bord pour apprendre comment on fait l'amour : ils découvrent dans un livre d'anatomie de leur ami Benjie, les 12 étapes pour cela.
Avec son ami Oscy, ils vont tenter de perdre leur virginité. Leur rencontre avec des jeunes filles, Miriam et Aggie, va leur donner la possibilité de passer à la pratique... Mais Hermie, plus réfléchi, plus timide que son ami, ne parviendra à rien avec Aggie, qu'il trouve par moments insignifiante et à d'autres très désirable. Il réalise qu'il ne veut pas Aggie mais Dorothy. Son désir ne le lâche plus (et ne l'aura pas lâché de l'été).
Quand vient enfin le moment de passer à l'action, il n'arrive pas au meilleur des moments, pourtant ça aura lieu. Et l'auteur expédie cette scène en quelques phrases, alors qu'il nous a bassiné avec Hermie et sa gaule durant 300 pages. Voilà.

J'ai été très déçue par la fin. Je ne m'attendais pas à un résumé mécanique de l'action, mais au moins à quelques lignes sur sa découverte de l'amour, les sensations éprouvées. Et rien. Nada ! C'est assez bizarre parce que l'auteur n'hésite pas à nous raconter tous les fantasmes qui hantent Hermie durant tout le roman et quand vient enfin le moment à deux, l'auteur le passe totalement sous silence. Ça n'a pas tellement de sens.


Je ne trouve pas que ce soit un excellent livre. Le style est sympa, on sent qu'on a affaire à un adolescent. Mais on tourne en rond, avec des éléments très répétitifs : des journées quasi-identiques et des moments peu glorieux que passe Hermie, comme son obsession pour le sexe, qui nous est décrite en long, en large et en travers. C'est assez trivial, mais au moins l'auteur ne présente pas le sexe comme quelque chose de beau et grandiose, il traite de ce sujet avec ses personnages maladroits ou naïfs. Mais voilà, il y a clairement des longueurs qui ralentissent l'action et c'est certainement pour ça que je ne me jetais pas sur le livre pour le terminer.

Cela dit on trouve des passages marrants (notamment au cinéma quand Hermie croit peloter les seins d'Aggie ou quand il veut acheter des préservatifs), et on sent que l'auteur retranscrit bien l'âge des personnages à travers leurs actions et leurs questionnements.
Il parle aussi d'une époque, d'un été où les hommes sont au combat, tandis que les jeunes garçons sont encore sur le continent américain et en participent pas à l'effort de guerre.

Mais ce n'était pas suffisant pour que je lui donne une bonne note. Je suis restée assez indifférente aux frasques des personnages et je pense oublier ce roman assez vite.

5/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur 

jeudi 8 février 2018

Entre Dieu et moi, c'est fini, Katarina Mazetti

Quatrième de couv' : Linnea a quinze ans, plein de complexes et pas mal de questions qui lui trottent par la tête. La seule qui la comprenait, c'était Pia, son amie pour la vie... enfin, pour cent vingt jours, "sans compter les week-ends", Linnea a fait le calcul une fois. Depuis que Pia est morte.
Avec Pia, elle pouvait parler de tout : de l'amour, de la mode, du beau Markus dont toutes les filles rêvent, de son père qu'elle voit deux fois par an, de sa mère qui s'engueule avec son nouveau jules, et même de Dieu. Seulement voilà, Pia n'est plus là. Alors, pour ne pas se laisser aller à la tristesse ou à la colère, Linnea se souvient...
C'est avec une verve aussi tendre qu'hilarante que Katarina Mazetti incarne une adolescente bravache, curieuse et paumée, qui parle aux murs pour ne se confier à personne. Formidable roman sur l'amitié et les tourments adolescents, Entre Dieu et moi, c'est fini est suivi de Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini, et de La fin n'est que le début.

Mon avis : Lors d'un stage en librairie, j'avais eu la possibilité de prendre des livres gratuits et j'avais choisi celui-ci. Il a traîné dans ma PAL pendant 5 ans ! Et pourtant il n'est pas très long (135 pages).
Mais j'avais détesté Le mec de la tombe d'à côté, que j'avais lu en 2011 (il n'est pas chroniqué sur le blog), et du coup je ne voulais pas lire d'autres romans de cette autrice.
Jusqu'à maintenant ! Puisque j'ai refait un tri de ma PAL et en lisant le résumé, je me suis décidée à le sortir.

La thématique n'est pas franchement joyeuse. Dès le début on sait que Pia, l'amie de Linnea est décédée. Linnea va revenir sur les 120 jours qu'elle a passée en compagnie de son amie : leur rencontre, leur moments toutes les deux, qui était Pia, etc.
On n'assiste pas aux 120 journées, mais à quelques événements marquants. Linnea nous raconte aussi sa vie, son quotidien et ses questionnements : ses parents se sont séparés quand elle n'avait que 3 ans. Elle ne sait pas pourquoi. Elle n'aime pas son père, qu'elle ne voit que 2 fois par an, et elle se demande si on doit vraiment aimer toutes les personnes qui nous sont liées par le sang ?
Côté coeur, elle qui est attirée par Markus, ne comprend pas pourquoi c'est Henrik qui est amoureux d'elle, alors qu'il ne l'attire pas. Et elle ressent une colère et une frustration qu'elle n'arrive pas à exprimer clairement. C'est typiquement un comportement que je connais et que je trouve intéressant à développer dans un roman (c'est d'ailleurs la première fois que je lisais quelque chose sur ce sujet et que le personnage réagissait comme moi dans la vie).

Au final on découvre Pia à travers les yeux de Linnea, et bizarrement, je n'ai pas tellement aimé Pia. Je la trouve grande gueule, et pourtant Linnea nous permet de voir que Pia n'est pas que ça. Pia ne montre rien de sa souffrance, alors quand elle s'exprime elle a besoin que ça résonne !
Si on ne saura pas le pourquoi du décès, l'autrice glisse néanmoins quelques indices.

Je ne me suis pas impliquée dans ce roman, mais c'est sûrement parce que je suis distraite ces derniers temps.
Il est globalement bon, le style est bien, l'écriture légère, Linnea est une ado sympathique à suivre car elle vit son lot de trucs pas cool qui arrivent à l'adolescence, et l'histoire est bien menée.
Peut-être parce qu'il est trop court, ce roman ne m'a pas plus emballée, mais je reconnais qu'il est bon et peut être émouvant.
Je pense que j'aurais aimé le lire plus jeune, car il apporte des réponses importantes sur des sujets qui nous concernent à l'adolescence.
Ce roman fait partie d'une trilogie. Je ne sais pas encore si je lirai la suite, peut-être si je la trouve, mais je crois que je peux aussi me contenter de ce titre et de sa fin.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 6 février 2018

Rêves oubliés, Léonor de Récondo

Quatrième de couv' : À l’ombre des pins, ils ont oublié le bruit de la guerre et la douleur de l’exil. Dans cette ferme au cœur des Landes, Aïta, Ama et leurs trois enfants ont reconstruit le bonheur. Dans son journal, Ama raconte leur quotidien, l’amour, la nécessité de s’émerveiller des choses simples et de vivre au présent. Même dans la fuite, même dans la peur, une devise : être ensemble, c’est tout ce qui compte.

« Rêves oubliés déborde d’un amour pudique et de cette paix qui surgit quand on accepte de ne plus nager à contre-courant. » ELLE

Mon avis : Je suis tombée sur ce court roman dont je n'avais jamais entendu parler, dans un Espace Culturel Leclerc. Le roman (en poche) date d'août 2013, l'été où j'ai commencé à travailler en librairie. Je ne me souviens pas du tout de l'avoir vu passer dans mes rayons, mais peut-être qu'à l'époque il ne m'avait pas attirée.
Pour moi qui ai vécu au Pays Basque, les Landes c'est un peu le département de la campagne, avec ses forêts de pins et ses immenses plages, ainsi que ses nombreux petits villages. Bref, il ne m'en a pas fallu plus pour prendre ce roman qui n'était ni très cher, ni très long.
J'ai déjà lu "Amours" et "Pietra Viva" de Léonor de Récondo, et j'aime en général ses histoires, qui sont plutôt originales et se déroulent à diverses époques, même si j'aime moins son style, qui est un peu sec. J'ai souvent du mal à m'attacher à ses personnages.

Passons à ce roman : Ama et Aïta sont espagnols. Ils ont 3 jeunes garçons. En 1936, alors qu'ils sont à Irún, ils doivent fuir leur pays, et se rendent de l'autre côté de la Bidassoa, à Hendaye, où ils seront hébergés durant 3 ans par Mademoiselle Eglantine.
En dehors des activités politiques des oncles des enfants, leur vie est plutôt calme, mais l'intégration est difficile.
Aïta qui aimait tant le travail manuel, doit se rendre à l'usine tous les jours pour manipuler l'acier.
Jusqu'au jour où son patron le voyant si malheureux, lui parle d'un ami qui possède une ferme dans les Landes et qui aurait besoin d'aide. Alors toute la famille (grands-parents, parents, et enfants) partent pour une nouvelle aventure, qui ne sera pas non plus facile.

C'est l'histoire d'une famille prise dans la tourmente des guerres du XXè siècle, avec l'exil, le renoncement à une vie confortable qu'on a connue, la peur de ne pas revoir ses proches, les doutes et les questionnements pour un avenir incertain.

Jamais Léonor de Récondo ne nomme les choses, tout est en retenue et elle laisse aux lecteurs le soin de deviner de quoi il s'agit : guerre civile espagnole, seconde guerre mondiale, fausse couche, intégration, dignité.

Les enfants sont les rayons de soleil dans ce texte brut. Iduri est un petit garçon auquel on s'attache, il est solaire et il parvient à s'adapter à toutes les situations (nouveau pays, nouvelle langue, nouvelle école, la ferme avec les animaux). Quant à ses deux frères un peu plus âgés, qui paraissent si sérieux, on sent chez eux une volonté de vivre, de créer leur vie dans ce nouveau pays, tout en cherchant à comprendre ce qui a poussé leur famille à s'exiler (car on ne leur dit rien de la situation).
Alors que les parents sont encore si difficilement touchés par cette vie qu'ils n'avaient pas imaginée. Pour eux qui pensaient la situation provisoire, il s'avère qu'ils ne pourront plus retourner en Espagne.  Aïta est un homme silencieux qui tente de prendre les bonnes décisions pour sa famille. Ama bouillonne, on sent en elle la tristesse de ne plus être la femme heureuse et enjouée qu'elle était en Espagne. Traitée comme une servante par l'ensemble de sa famille, elle a du mal à supporter ce nouveau rôle et se réfugie dans l'écriture de son journal intime, racontant les événements qui arrivent à sa famille.
L'amour entre Aïta et Ama m'a beaucoup plu : ils sont amoureux l'un de l'autre et même si ils ne se le montrent pas constamment, leur lien est indéfectible, chacun souhaitant protéger l'autre.

La fin m'a déplu. Je pense qu'il n'était pas nécessaire de finir le roman sur cette note. C'est dommage parce que le roman n'est pas niais, il n'y a pas ce pathos qu'on pourrait retrouver en telle situation, et la fin emprunte une voie dramatique que je n'aurais pas choisi.

Le style nous tient à distance : on ne peut pas s'investir en tant que lecteur auprès de ces personnages quand le style est sec, froid et brut. Dommage.

J'aime que l'autrice se soit servie de l'Histoire pour raconter la petite histoire d'une famille qui en a subit les conséquences.
Ce roman raconte la force intérieure, le renoncement aux rêves. L'amour entre les personnages leur donne la force d'accepter cet exil, de supporter la dégradation de leurs conditions de vie et de se reconstruire dans un ailleurs.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

samedi 3 février 2018

La contre-heure, Sébastien Hoët

Quatrième de couv' : « Au milieu de la classe, une petite coiffée d’un chou marron le fixait derrière un épais binocle en tremblant. Elle expectorait de temps en temps un nom grec ou latin quand Gilles posait des questions d’étymologie ou de mythologie, avec une parfaite exactitude, avant de retomber dans son mutisme frileux. Gilles aimait bien les grosses maghrébines blondes qui ne comprenaient rien, qui lui soutenaient que le mot « aléa » n’existe pas, qui lui parlaient de l’allégorie de la Caserne si ce n’est de la Taverne, mais témoignaient les unes aux autres une telle amitié généreuse, et une telle joie de vivre, qu’il en était ému. Elles le maternaient et le respectaient profondément. Il le leur rendait bien. Colmatant les brèches, les autres gamines menaient une vie végétative, hagarde. »

Gilles est professeur de philosophie dans un lycée. Il est séduisant, brillant, un brin iconoclaste, témoin halluciné de la médiocrité moderne. Ce jour de rentrée commence bien mal puisque Victoire, une élève de première, s’est défenestrée du troisième étage du lycée. Une nouvelle année de débâcle dans les couloirs de l’Éducation nationale ? Une jeune femme aux yeux verts y apparaît pourtant, qui pourrait changer le monde. D’une écriture claire et féroce, Sébastien Hoët réussit un premier roman à la forte personnalité, qui, avec intelligence et humour, n’épargne pas grand monde.

Mon avis : J'avais repéré ce roman il y a longtemps sur le site des éditions Kero. Je trouvais la couverture très belle, et le résumé intrigant. Je l'avais ajouté à ma wishlist sur Livraddict et j'avais vu sa mauvaise moyenne (9/20). Faisant fi de cela, je l'avais maintenu sur ma wishlist et hier je l'ai trouvé chez une bouquiniste. Je l'ai directement entamé, ne voulant pas le garder dans ma PAL trop longtemps. Et quelle déception !

Le résumé nous promet un professeur de lycée, une jeune fille qui se suicide, et une attirance entre le personnage principal et une femme, donc on s'imagine un univers scolaire, une histoire d'amour, une remise en question, peut-être une explication sur le suicide de la jeune fille, une histoire sur le malaise lycéen.
Et rien de tout cela n'est raconté ! Encore une fois, le résumé est trompeur...

Le personnage principal est absolument détestable : un professeur de philosophie hautain, avec un sérieux penchant pour la chair fraîche et féminine... Nous avons le droit à un passage ennuyeux à mourir, pas drôle du tout, provoquant le malaise, sur la visite d'un musée des francs-maçons. Pardonnez mon manque d'exactitude j'avoue avoir lu le le roman en diagonale tellement je m'ennuyais. Tellement je détestais ce personnage qui vomit, éjacule et boit, tout en partant dans des délires que je n'ai pas compris.
Il n'a d'estime pour personne, ni les enfants de son ami, ni les femmes, ni les ados, ni l'éducation, ni l'édition et la littérature de notre époque, ni les journalistes, ni ses collègues professeurs. Bref, c'est un véritable con, largué par les technologies, envieux de ses jeunes collègues qui eux sont capables d'utiliser un rétro-projecteur.
Tout le monde en prend pour son grade. Et même si l'auteur nous explique cette aigreur par une enfance difficile de son personnage, ouin ouin... non ça ne me touche pas, ni ne m'émeut.

Il n'y a pas de fil rouge, on assiste simplement à une année de vie de Gilles. Si vous cherchez des rebondissements, ne lisez pas ce livre. Quand enfin il se passe quelque chose (spoiler : il couche avec une de ses élèves), il n'y a aucune répercussion sur la vie du personnage ! On n'en saura pas plus.
Bref ce sont des moments de vie mis bout à bout sans rapport les uns avec les autres, si ce n'est qu'il s'agit de la vie de Gilles et de sa façon de voir le monde qui l'entoure. Il n'y a aucun rapport entre le suicide de la lycéenne au début du roman et Gilles.

Le style d'écriture n'est pas franchement accessible. Ce n'est pas fluide, les phrases sont interminables, ça rend la lecture désagréable. Le ton est sarcastique, et sur 210 pages c'est insupportable.

Plus j'avançais dans l'histoire, plus elle me perdait. Il se passait de moins en moins de choses, et rien ne maintenait mon intérêt (si ce n'est de finir ce court roman). Je ne vois pas le but de l'auteur en produisant un tel récit.

(Je finirai là-dessus : étrangement, sur Babelio le livre a été noté 5 étoiles, par des utilisateurs qui n'ont lu qu'un seul livre (celui-ci) et qui en font des critiques élogieuses (toutes rédigées les mêmes jours) mais tout aussi complexes dans la forme que ce roman... C'est tout à fait pathétique. Si l'auteur ou son éditeur passe ici : tentez au moins de ne pas vous faire démasquer. N'est pas Batman qui veut.)

2/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur