mercredi 31 janvier 2018

Je suis un verdadero Argentino, Laurence Schaack

Quatrième de couv' : Un plaisir de lecture immense et la fierté de comprendre une langue étrangère. Des romans en français qui passent petit à petit en espagnol.

"Dans l'avion à destination de Buenos Aires, mon père n'arrêtait pas de regarder une drôle de lettre écrite à la main sur du vieux papier à carreaux.
- C'est quoi ce truc, Papa ?
Il a sursauté, a plié la lettre et l'a glissée dans le vide-poche devant lui.
- Rien, rien... Alors ça avance, l'espagnol ?
A ce moment l'hôtesse s'est penchée vers nous :
- ¿Desean ustedes algo? ¿Agua, té, café, zumo, periódicos ?
J'ai failli éclater de rire quand j'ai vu l'air paniqué de Papa.
- No, gracias, ai-je répondu."

Mon avis : Je n'ai jamais appris l'espagnol, mais depuis la fin de mes études, j'ai cette idée récurrente d'apprendre l'espagnol, en autodidacte (#bigchallenge). En tout cas de connaître suffisamment de mots pour pouvoir me débrouiller dans un pays hispanophone, ou pour comprendre si jamais j'avais des clients espagnols en librairie. C'est bien de compter sur les collègues ou sur l'anglais pour pouvoir se faire comprendre, mais j'aimerais vraiment avoir cette compétence à ajouter sur mon CV.

Bref, dans cette optique j'avais pris ce livre (un gratuit) quand je bossais en librairie, en me disant que je le lirais le jour où je me mettrais à l'espagnol.
J'aime assez le concept : l'éditeur parle de "romans en français qui passent petit à petit en espagnol, de manière progressive et naturelle." Cette collection semble bien marcher et je la trouve plutôt cool.

Cependant je n'avais pas vu qu'il s'agissait d'un niveau A2 "Intermédiaire", c'est-à-dire pour ceux qui ont commencé l'espagnol... Et moi j'en suis qu'à la leçon 1 de ma méthode...!
Bon je vais vous avouer, oui j'ai été larguée par certains passages parce qu'il n'y a aucune traduction. Au début le héros essaie d'expliquer ce qui lui a permis de comprendre ceux qui lui parlent en espagnol. Mais très vite, lui qui a déjà des bases, se lance dans des phrases un peu plus complexes et je ne parvenais à comprendre qu'un ou deux mots par phrases.  Bon c'est complètement de ma faute. Mais au moins j'ai pu lire à voix haute et pratiquer ma prononciation !

Quant à l'histoire, c'est celle d'un garçon, Saul, qui se rend en Argentine avec son père. Celui-ci possède une lettre bouleversante qui contient beaucoup d'indices pour la suite de l'histoire et je préfère ne pas spoiler. Mais il s'agit d'un voyage, un séjour en Argentine où des événements du passé vont être soulevés. Il y a donc un peu de mystère, et on découvre au travers de cette histoire ce qui a pu se passer en Argentine à la fin des années 70.

Une bonne histoire (bien que l'intrigue soit un peu faible), une méthode sympa pour apprendre l'espagnol (mais surtout si on a déjà des bonnes notions car les derniers chapitres sont quasiment qu'en espagnol !)

7/10

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dimanche 28 janvier 2018

Tu me plais, Jacques Expert

Quatrième de couv' : Quand, par une succession de hasards, Vincent se retrouve assis face à Stéphanie sur la ligne 1 du métro parisien, la scène a tout d’une belle rencontre. La jeune femme tombe immédiatement sous son charme ; lui, semble fasciné par le galbe et la finesse de son cou. Mais ce coup de foudre pourrait bien se révéler fatal... Car, sous ses airs enjôleurs, Vincent dissimule de terrifiantes pulsions. Hasard de l’existence ou force du destin, comment sauver Stéphanie des griffes de ce funeste séducteur ?

Par l’auteur des best-sellers Qui ? et Adieu, finaliste du Prix des lecteurs du Livre de Poche, un thriller inédit porté par un suspense implacable et une construction virtuose, au rythme effréné du métro.


Mon avis : J'ai vu ce livre sur la chaîne de Carnets d'Opalyne, qui avait fait une vidéo consacrée aux thrillers de Jacques Expert. Comme j'en ai déjà lu 2 et que j'avais bien aimé, que celui-ci était très très court (192 pages), je me suis dit que ça allait me plaire.

L'histoire se déroule sur une soirée. Un homme prend le métro, il a face à lui une jeune femme très belle, avec qui il va nouer une relation pour arriver à ses fins. Mais quelles fins ?

Plutôt nouvelle que roman, ce texte est rythmé, nerveux. On a envie de savoir jusqu'où ça va aller. L'auteur ne cache rien des projets du jeune homme et de ses faits précédents.
On se retrouve à le suivre, coincé dans ce métro qui file vers Saint-Mandé, ainsi qu'une galerie de personnages qui auront peut-être leur importance ensuite...

Ce roman m'a un peu fait penser au Parfum, de Süskind, par ses descriptions du corps de la jeune femme, par les désirs peu communs du jeune homme.

J'ai moins aimé les passages en italiques : on dirait le choeur comme au théâtre, qui résume ce qui vient d'arriver ou qui anticipe ce qui pourrait se passer. Ça fait aussi monter la tension, mais je n'ai pas trop aimé ce changement de style dans la narration, qui retire une grosse part d'inattendu à l'histoire.

C'est un peu le récit de la course contre le temps, je n'avais pas envie de poser le livre sans savoir ce qui allait se passer. Mais la fin m'a déplu. J'en attendais autre chose.

6/10

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samedi 27 janvier 2018

Esprit d'hiver, Laura Kasischke

Quatrième de couv' : Lorsqu’elle se réveille ce matin-là, Holly, angoissée, se précipite dans la chambre de sa fille. Tatiana dort encore, paisible. Pourtant rien n’est plus comme avant en ce jour de Noël. Dehors, le blizzard s’est levé ; les invités ne viendront pas. Au fil des heures, ponctuées par des appels téléphoniques anonymes, Tatiana devient irascible, étrange, inquiétante. Holly se souvient : l’adoption de la fillette si jolie, treize ans auparavant, en Sibérie… Holly s’interroge : « Quelque chose les aurait suivis depuis la Russie jusque chez eux ? »
Un huis clos glaçant entre une mère et sa fille.

L’une des histoires les plus fortes et terrifiantes de cette romancière pas si tranquille. Baptiste Liger, Lire.

Une trame minimaliste, presque douce, point de départ d’un thriller mental asphyxiant. Emily Barnett, Les Inrockuptibles.

Grand prix des lectrices de Elle 2014.


Mon avis : Avant de me lancer dans cette lecture, je savais que ça allait être un livre angoissant. J'étais au courant que le dénouement était surprenant, du coup j'étais prise dans le livre pour en connaître la fin au plus vite. Et puis il s'est passé ce truc qui m'arrive très rarement : je pensais au livre quand je ne le lisais pas, je m'interrogeais sur le personnage, sur la suite de l'histoire. J'étais obsédée par ce roman. Je l'ai fini la nuit dernière à 2h du matin, ça ne m'arrive jamais.

Je crois que ça tient à l'ambiance créée par l'autrice : c'est un huis-clos et c'est tout de suite malaisant. Le personnage principal, Holly, se réveille tard le matin du 25 décembre. Son mari quitte précipitamment la maison pour aller chercher ses parents à l'aéroport. Quant à elle, elle doit se lever, se préparer, et tout mettre en place pour recevoir les invités, avec l'aide de sa fille Tatiana.
Mais ce jour-là, rien ne se passe comme prévu... Elle essaie vainement de faire ses tâches : mettre le couvert, préparer le repas de Noël, mais elle est tout le temps coupée dans celles-ci par ses pensées, des pensées répétitives, déstructurées. Depuis son réveil, elle n'a envie que d'une chose : écrire. Car seule l'écriture lui permettra de comprendre ce qu'il s'est passé. « Quelque chose les aurait suivis depuis la Russie jusque chez eux. » se répète sans cesse Holly, sans parvenir à cerner ce qui les a suivi chez eux depuis 15 ans. Quel mystère se trouve derrière cette interrogation ?
Nous ne parvenons pas à le savoir, pas avant la fin du roman.

Dans la matinée, Holly s'aperçoit que la neige tombe en abondance, le blizzard s'est levé. Les appels de ses invités se succèdent : non, ils ne viendront pas, la neige rend les routes impraticables. Elle se retrouve seule avec sa fille, tournant en rond dans leur maison.
L'ambiance se tend : elle ne cesse d'appeler sa fille, qui ne lui répond pas. Après tout, Tatiana a 15 ans, c'est une adolescente et Noël est gâché, car personne ne viendra par ce temps. Le comportement de Tatiana semble ambigu : un coup, en robe rouge en velours, elle discute avec sa mère, une autre fois, en petite robe noire, elle se prend la tête avec elle. Adolescente surprenante qui surgit de nulle part, faisant sursauter Holly plus d'une fois au cours de cette journée.

Le style parvient à établir une tension où les sens sont exacerbés : l'odorat, la vue, la perception des corps, avec tout ce qu'il a de plus "sale". Les métaphores, le vocabulaire, le champs lexical sont parfaitement choisis pour faire monter cette tension, qui nous amène à nous demander ce qu'il se passe sous ce toit ?  De plus des événements mystérieux se déroulent sans qu'on n'en ait d'explications : mystérieuse tâche sur le carrelage, verre brisé, brûlures, ou encore appels inconnus.

Ce style retranscrit à la perfection l'état de confusion d'Holly. On est complètement avec elle, on voit le temps passer, et on ne comprend pas qu'elle ne parvienne pas à rassembler ses esprits pour tout installer avant que les invités arrivent. Puis pour que tout se passe bien avec sa fille.
Sa fille adoptive. Une jolie brune, adoptée une douzaine d'années plus tôt, dans un orphelinat en Sibérie. Quel est l'héritage génétique de cette brune sculpturale, aux longs cheveux noirs de jais ?
Holly plonge dans ses souvenirs, tentant de se rappeler ce qu'on lui a dit sur la santé des parents biologiques de sa fille, qui étaient-ils ? Elle cherche à retrouver les souvenirs de l'orphelinat, les infirmières Russes qui parlaient peu anglais et voyaient défiler des dizaines de futurs parents américains, qu'ont-elles fait ? Se sont-elles bien occupées de leur bébé durant les 3 mois entre la première visite d'Holly et son mari et l'adoption définitive ?

L'atmosphère est pesante, elle nous mène à une certaine confusion : sommes-nous dans un roman fantastique ? Un roman tragique ? Quel drame se déroule sous nos yeux ? Comment un quotidien banal bascule dans l'horreur ? Laura Kasischke fait surgir dans ce quotidien un drame inévitable, par la brillante construction de son récit mais aussi de ses personnages dont la psychologie est très travaillée.

J'aimerais le relire, un jour, en connaissant la fin, pour y trouver les indices qui m'ont échappés.
Ce livre représente la parfaite maîtrise du style et de la construction de l'intrigue, jusqu'au climax, qui m'a personnellement mise très mal, ce que je redoutais depuis le début du roman. 
Laura Kasischke parvient à me faire peur, à m'emmener dans son univers angoissant, à me faire ressentir et voir ce que vit son personnage. C'est complètement envoûtant et inoubliable.

9/10

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mercredi 24 janvier 2018

Matilda, Roald Dahl

Quatrième de couv' : « L'autre jour, nous avons vu Mlle Legourdin attraper une fille par ses nattes et la projeter par dessus la barrière du terrain de jeu! »

Le père de Matilda Verdebois pense que sa fille n'est qu'une petite idiote. Sa mère passe tous ses après-midi à jouer au loto. Quant à la directrice de l'école, Mlle Legourdin, c'est la pire de tous: un monstrueux tyran, qui trouve que les élèves sont des cafards. Elle les enferme même dans son terrible étouffoir.
Matilda, elle, est une petite fille extraordinaire à l'esprit magique, et elle en a assez. Tous ces adultes feraient bien de se méfier, car Matilda va leur donner une leçon qu'ils ne sont pas près d'oublier.


Mon avis : Je ne suis pas certaine d'avoir lu beaucoup d'oeuvres de Roald Dahl dans mon enfance, pourtant les résumés me disent quelque chose...
Concernant Matilda, je sais que je l'ai vu au cinéma avec toute mon école. Une ou deux fois par an, nos enseignants nous emmenaient voir un film pour enfants au cinéma du village. Et je m'étais directement identifiée à elle, parce qu'elle était brune avec une frange, le visage pâle, soigneusement habillée, bref mon portrait craché à l'époque !

Depuis des années ce livre était sur ma wishlist, mais comme je me souvenais bien du film, qui m'avait vraiment marquée, je ne voyais pas tellement l'utilité de l'acheter et de le lire.
Et ces dernières semaines, quand j'allais en librairie, je sentais le livre m'appeler. Je pensais le garder un moment dans ma PAL mais en faisant une sélection de livres à lire durant les prochaines semaines, Matilda a été le premier à me faire de l'oeil. Je l'ai commencé ce midi et j'ai directement accroché.

L'histoire est un peu plus courte que le film (transposée aux Etats-Unis), cependant l'adaptation reprend fidèlement le texte de Roald Dahl.

Evidemment j'ai adoré ce texte, c'est doux, c'est magique, peut-être un peu triste avec l'histoire de la maîtresse qui est très pauvre. Mais les premières pages sont hyper drôles quand Matilda décide de se venger de son père. L'introduction du personnage de Mlle Legourdin se fait judicieusement, nous permettant de découvrir quel type de monstre elle est !

Matilda est vraiment une petite fille extraordinaire, vive et intelligente dans une famille d'escrocs incultes. Elle a un caractère tellement doux, gentil et courageux. Elle n'est pas prétentieuse, ni malfaisante et elle utilise son pouvoir pour faire le bien. On sent qu'elle veut défendre les opprimés, qu'elle ne veut pas subir les injustices sans se laisser faire. Elle est lucide sur les adultes, comme le sont souvent les enfants.

J'ai adoré le fait que la lecture soit la porte de sortie de Matilda pendant un moment. Elle aurait pu se contenter de regarder la télévision comme ses parents, mais elle a vite compris que les livres permettaient de s'évader, de se divertir, de se cultiver et de s'instruire. C'est une belle ode aux livres.

La figure douce et gentille de la maîtresse vient contrebalancer les horreurs que fait et profère Mlle Legourdin. Mlle Candy est attentionnée, à l'écoute de Matilda, même quand celle-ci lui parle de son pouvoir. Entre elles va se lier une amitié indéfectible, basée sur la confiance et l'admiration réciproque.

Et puis j'ai apprécié la narration externe, je trouve que c'est judicieux pour nous permettre d'avoir une vue d'ensemble.

J'ai beaucoup aimé les illustrations de Quentin Blake. Elles sont très jolies, je regrette simplement qu'elles ne soient pas en couleurs. En tout cas c'est parfaitement adapté aux enfants puisque ça coupe un peu la lecture tout en illustrant fidèlement le texte.

Matilda est un roman qui se lit rapidement et il ravira les petits. On entre totalement dans l'univers de Roald Dahl, qui flirte avec le fantastique, tout en nous proposant un texte parfaitement équilibré avec un ton comique et un ton parfois plus grave. C'est un roman délicieux, qu'on prend plaisir à savourer !

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 23 janvier 2018

L'élégance du hérisson, Muriel Barbery

Quatrième de couv' : « Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants. »
« Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. »

Mon avis : Alors... Que dire de cette lecture ? Déjà je voulais le lire parce que beaucoup l'ont lu, je voulais savoir pourquoi il avait eu autant de succès.
Je n'étais pas spécialement motivée par l'histoire en question. Bien que j'imaginais un rapprochement entre les deux personnages, que ça allait être une histoire de génération qui se rencontrent...
Et j'étais loin de savoir que l'autrice avait un côté pédant, qu'elle aimait étaler sa science (notamment sur le Japon, super ennuyeux pour moi qui ne m'y intéresse pas), et plus particulièrement faire un étalage de références élitistes à la philosophie. Parce que clairement c'est ça que j'ai lu : un ouvrage qui parle de philosophie, de réflexions sur l'Art et la Beauté. Et moi ça ne m'a jamais plu la philo. C'était donc un livre laborieux à lire.

Et le style est parfois très lourd : que ce soit la pré-ado de 13 ans qui raconte ses pensées (évidemment hautement philosophiques, puisqu'elle est surdouée), ou que ce soit Renée, 54 ans, concierge qui se fait passer pour une idiote alors qu'elle a passé sa vie à s'instruire de manière autodidacte, le texte est lourd, le vocabulaire ampoulé, le ton sarcastique (et sur 410 pages c'est trop, bien trop).

Il y a des passages qui se lisaient vite, j'avançais bien, et puis des passages où l'autrice me perdait complètement ! C'est inégal, le texte manque d'équilibre. Le déroulement de l'histoire est perdu au milieu de concepts philosophiques. L'intrigue ne prend pas suffisamment de place pour me donner envie de me plonger dans le roman, elle n'est pas passionnante.
Et à cause de ce manque d'intrigue, je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages. Je ne les ai d'ailleurs pas aimés.
Renée est antipathique, déteste "les riches", et elle a une âme sombre.
Paloma n'est pas présentée comme une enfant dont on pourrait croire à l'innocence, non, elle est déjà mature et intelligente, c'est une adulte, mais qui n'a ni amour, ni patience, ni empathie pour autrui.
Les deux sont très amères, à cause de leur vision acerbe du monde. Leur rencontre les conforte dans l'idée qu'elles sont différentes, voire supérieures aux autres, ce qui ne les rend pas plus sympathiques... Elles n'évoluent pas au contact l'une de l'autre.
Seul M. Ozu arrive avec son grand coeur, mais même lui je n'ai pas réussi à croire en sa personnalité, il n'était pas crédible, car il est complètement idéalisé par Renée et Paloma qui sont folles du Japon (un Japon idéalisé aussi, car comble du raffinement).

La question de la place de chacun dans la société est évidemment abordée puisqu'on a d'un côté une concierge, qui vient d'un milieu pauvre, et qui pour ne pas bousculer les codes, préfère cacher sa culture. Et d'un autre côté on a cette galerie de personnages riches, qui sont dépeints comme des personnes malpolies, égoïstes, à qui tout leur est dû. Cette antinomie m'a mise mal à l'aise parce qu'il faudrait y voir d'un côté les gentils et de l'autre les méchants, du manichéisme à l'état pur.
Et finalement le trait d'union de ces deux mondes nous vient par la présence d'une pré-ado, fille de riches et d'un Japonais, riche aussi, mais qui ont su lire entre les lignes et voir au-delà des apparences.

J'ai été déçue aussi que la rencontre entre Renée et Paloma n'arrive qu'à la fin du roman. Ça arrive trop tard pour y voir un lien d'amitié entre les deux personnages, il n'y a aucune humanité, juste de la courtoisie. Elles ne partageaient rien et ça rend la fin bizarre, qui est d'ailleurs horripilante ! (Faites taire Renée pour l'amour du ciel !)

Oui il y a certaines phrases qui sont belles mais j'ai beaucoup de mal à comprendre le succès de ce livre. L'autrice en fait des caisses, c'est prétentieux et excluant. Les références et le style prennent trop de place alors que l'histoire aurait pu être intéressante.
Bref ce n'était pas un livre pour moi !

3/10

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mercredi 17 janvier 2018

Lady Helen, Le Club des Mauvais Jours, Alison Goodman

Quatrième de couv' : Londres, avril 1812.
Lady Helen Wrexhall s'apprête à faire son entrée dans le monde. Bientôt, elle sera prise dans le tourbillon des bals avec l'espoir de faire un beau mariage. Mais d'étranges faits surviennent qui la plongent soudain dans les ombres de la Régence : une bonne de la maison disparaît, des meurtres sanglants sont commis et Helen fait la connaissance de lord Carlston, un homme à la réputation sulfureuse. Il appartient au Club des mauvais jours, une police secrète chargée de combattre des démons qui ont infiltré toutes les couches de la société. Lady Helen est dotée d'étranges pouvoirs mais acceptera-t-elle de renoncer à une vie faite de privilèges et d'insouciance pour basculer dans un monde terrifiant?

Mon avis : Je ne vais pas vous mentir, c'est la couverture qui m'a attirée. J'ai retourné le livre pour découvrir le résumé et ça m'a direct intéressée. Avec l'argent reçu à Noël, j'en ai profité pour m'acheter ce premier tome, en grand format. Et je compte bien poursuivre cette trilogie, car oui j'ai bien aimé !

Je tempère un peu, ce n'est pas un coup de coeur et j'ai dû me faire violence au début pour ne pas l'abandonner, ou parfois pour le reprendre et avancer dans ma lecture. Disons que ce n'est pas un roman plein de suspense qui donne envie de le dévorer, j'ai souvent été ralentie dans ma lecture par des détails, une ambiance trop décrite. Les chapitres sont parfois consacrés à une journée, et certains sont vraiment très longs à cause d'une profusion de détails et un manque d'action.

Pour résumer l'histoire : Sous la Régence, en 1812, Lady Helen a 18 ans. Elle vit chez son oncle (un homme ultra conservateur constamment en colère) et sa tante (une femme adorable), car ses deux parents sont décédés. Sa mère ayant été déclarée traître à la couronne (sans qu'on ne sache jamais pourquoi...), Lady Helen porte sur ses épaules le poids du déshonneur, qu'il faut à tout prix effacer en faisant un beau mariage.
Elle a un frère aîné, Andrew, qui ne vit pas chez eux, et bien qu'au début du roman on sent une complicité entre eux, celle-ci s'étiole à partir du moment où Helen va se découvrir un intérêt pour Lord Carlston, un homme mystérieux assez influent.

Le roman commence avec les préparatifs de la présentation de Lady Helen à la Reine d'Angleterre. On nous installe directement dans le monde aristocratique de l'époque.
Mais la rencontre d'Helen avec Lord Carlston, renié par une partie de la haute société pour avoir tué sa femme (à ce qu'on dit...), va bouleverser totalement la vie d'Helen, au moment où l'une de ses servantes disparait mystérieusement.

Jeune fille appréciant la mode, la couture, les potins et qui souhaite se marier, Lady Helen va se découvrir une force insoupçonnée qu'elle a héritée de sa mère. Lord Carlston est le seul à pouvoir lui apporter des réponses. Il va lever le voile sur des êtres fantastiques se baladant par milliers au sein de la société anglaise de l'époque. Lady Helen devra (si elle le souhaite) lutter à ses côtés dans le Club des Mauvais Jours, pour empêcher ces êtres de se repaître de l'énergie humaine.

Ce roman aux accents historiques, fortement inspiré par Jane Austen, prend une tournure fantastique avec des créatures démoniaques appelées Abuseurs, qui revêtent une forme humaine.
C'était clairement dit dans le résumé du livre mais j'ai été un peu troublée par cet ajout au registre historique qui jusque là me plaisait bien. Quand le livre a abordé un thème plus fantastique j'ai eu un peu de mal à en saisir l'intérêt.
D'autant plus que Lady Helen est un personnage féminin et qu'à cette époque, les femmes devaient se soumettre à des règles de bienséance très strictes, les empêchant de sortir, d'être accompagnée seule d'un homme, etc., bref je me demandais comment l'autrice allait faire pour insuffler un peu d'action à l'histoire avec ce personnage qui n'avait que peu de liberté de mouvement. Mais finalement elle parvient à trouver des stratagèmes pour que Lady Helen puisse sortir de la maison.

Lady Helen est un personnage agréable, intelligente et vive d'esprit, mais qui manque peut-être un peu d'humour. Elle a de nombreuses qualités, et finalement assez peu de défauts, en contraste avec son oncle ou son frère, qui eux sont insupportables !
Les personnages sont assez travaillés, ils ont tous un caractère différent, mais fidèle à cette époque. On imagine bien Lord Carlston en Darcy et je crois que c'est ce que cherchait à faire l'autrice.

On sent qu'elle a fait un immense travail de recherches pour recréer l'époque de la Régence et l'ambiance du milieu aristocratique. Les bals, les dîners, les transports et même les différents quartiers de Londres sont décrits avec beaucoup de précision.

La petite romance qui a lieu m'a plu, elle est bien amenée et on sent vraiment une tension entre les deux personnages.

J'ai beaucoup aimé l'amitié entre Helen et sa servante Darby, c'était touchant, on sentait que l'une et l'autre était attentive aux besoins de chacune.

La fin ne laisse rien en suspens. On peut se contenter de lire uniquement ce tome, mais comme je me suis attachée à Lady Helen, j'ai envie de savoir comment elle va gérer les situations à venir. J'espère découvrir plus d'actions dans les prochains tomes.

Dans l'ensemble rien ne m'a vraiment déplu, si ce n'est un manque d'action et un excès de détails pour créer les décors de certaines scènes. Le souci c'est qu'on enchaîne les pages et rien ne se passe, ou pas assez d'événements en comparaison avec le nombre de pages du livre.

Un mot sur la traduction : elle est parfaite ! Je ne sais pas ce que donne le texte en VO, mais en tout cas, le niveau de langage, le vocabulaire, tout est très bien travaillé.

C'est un premier tome qui introduit bien les personnages, l'époque, la bienséance, mais aussi les situations qui sont liées aux Abuseurs et ce qui risque de se dérouler dans les tomes suivants.

6/10

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mercredi 10 janvier 2018

J'étais garde du corps d'Hitler, Rochus Misch

Quatrième de couv' : Rochus Misch a été le garde du corps d’Adolf Hitler. Quelque cinq années, de 1940 à 1945, passées nuit et jour auprès du dictateur nazi. De la chancellerie berlinoise aux appartements privés, du nid d’aigle de Berchtesgaden à la « Tanière du loup » en Prusse orientale et au QG ukrainien, Rochus Misch a suivi le Führer jusqu’à la fin du IIIe Reich. Il a été le témoin des petites et grandes heures des dirigeants nazis et de leurs compagnes, dont Eva Braun.
Dernier soldat allemand à quitter le bunker après le suicide d’Hitler, il s’est installé à Berlin après neuf années de captivité en URSS. Il a choisi de raconter son parcours dans l’Allemagne tourmentée d’avant-guerre et sa vie quotidienne avec celui qui fut le principal instigateur du conflit le plus meurtrier de l’Histoire.

Mon avis : Il y a environ deux ans, on m'a donné ce livre, vers lequel je ne me serais jamais tournée. Bien que la période de la seconde guerre mondiale m'intéresse, je préfère les témoignages de rescapés des camps. C'est peut-être glauque de s'intéresser à ça mais je n'y peux rien. Bref, toujours est-il que j'avais ce livre dans ma PAL et comme j'ai commencé un énorme roman jeunesse je voulais avoir l'impression d'avancer dans mes lectures en prenant un livre qui n'a rien à voir à côté et qui est assez court. J'ai choisi celui-ci et je l'ai lu, avec peu d'attention je dois l'avouer.

Le récit est assez plat, et manque de profondeur. L'auteur n'entre jamais dans le ressenti, dans ses émotions (à part quelques "j'étais très fatigué" ou "j'étais dans un état de nervosité permanente"). C'est très factuel, avec beaucoup de noms de hauts gradés qui ont participé à la guerre.

Par un concours de circonstances, Rochus Misch a été engagé en 1940 pour devenir garde du corps d'Hitler. En vérité il tenait surtout le standard de la chancellerie.
Quand Hitler se suicide dans son bunker, les soldats autour sont démunis, attendant l'autorisation de partir. Désoeuvrés, ces hommes à qui on a toujours dit ce qu'ils devaient faire, se retrouvent errants dans Berlin, ville complètement détruite. Ils se font emprisonner par les Soviétiques. Là commencent neuf années de calvaire et de torture pour Rochus qui ne reverra sa femme et sa fille qu'une fois libéré, grâce à des accords entre l'URSS et l'Allemagne. Là encore on n'entre pas dans les détails, il n'évoque sa captivité que de façon succincte.

J'aurais aimé en savoir plus sur Hitler, sa façon d'être. Pour Rochus, qui dit ne s'être jamais intéressé à la politique, Hitler était simplement son patron, un homme qui ne montrait pas d'émotions et se révélait être bon envers les quelques soldats qui l'entouraient. Loin de l'image du monstre, hurlant ses discours face à une foule déjà convaincue.

Je suis consternée par le manque de curiosité du soldat qu'était Rochus. Il dit à plusieurs reprises n'avoir jamais posé de questions, n'avoir jamais entendu ni su quoi que ce soit à propos des camps de la mort. Il ne savait rien de rien ! Et ça rend son témoignage très pauvre. C'est à se demander si il est honnête ? Si il a effacé de sa mémoire tout ce qui pouvait être compromettant ? Ou si il s'est interdit de révéler certaines choses auxquelles il a assisté afin de limiter son implication dans la guerre ?

Souvent quand on lit un témoignage, on a tendance à s'attacher à la personne, à éprouver quelque chose pour ce qu'elle a pu vivre. Là, peut-être parce que le récit manque d'émotion, et que Rochus Misch raconte son histoire avec beaucoup de détachement, je n'éprouve aucune sympathie pour lui, mais je ne le condamne pas non plus, puisque comme il le dit, il n'a jamais tiré sur qui que ce soit durant cette guerre, il n'a pas été impliqué dans l'élaboration des camps d'extermination. Il était simplement un soldat qui faisait ce qu'on lui demandait et on ne lui a jamais demandé de tuer ou d'emprisonner quiconque. Il n'était pas impliqué non plus politiquement et n'a jamais revendiqué une appartenance au NSDAP.
Avec le recul je me dis que ce sont à cause de personnes comme lui, qui oeuvrent sans le moindre discernement pour des personnalités politiques dangereuses telle Hitler, qu'on en arrive à faire de notre monde un sale endroit où vivre. Finalement, et malgré ce qu'il dit, Robert Misch a participé au façonnement d'un monde dans lequel je ne souhaite pas vivre.

En somme, son témoignage n'apporte pas grand chose à l'Histoire. Il ne permet pas de dresser un portrait d'Hitler, ni de nous donner une idée de ce qu'étaient les années 40 à 45 à Berlin, durant la guerre. Je suis plutôt déçue par ce témoignage.

3/10

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samedi 6 janvier 2018

Coup de gigot et autres histoires à faire peur, Roald Dahl

Quatrième de couv' : Qui pourrait croire que derrière cette paisible ménagère, si tendre et si attentionnée avec son mari, se cache une terrible meurtrière ?
Et cette logeuse débordante d'amabilité et de gentillesse, comment ne pas lui faire confiance ? Mais attention ! Les apparences sont parfois trompeuses…
Voici quatre histoires à l'humour plutôt macabre dont la lecture vous fera frémir !

Mon avis : En classe de 5è j'ai lu la nouvelle Coup de gigot et je me souvenais du titre, mais pas de l'histoire. Quand je l'ai vu en librairie, je n'ai pas hésité longtemps et j'ai acheté le livre (3€, ça va !). Je me suis empressée de le lire et j'ai bien aimé.
Il s'agit d'un recueil de 4 nouvelles, au ton empreint de cynisme et d'humour noir.

- Coup de gigot est une nouvelle très courte, dans laquelle une jeune femme, enceinte de 6 mois, attend le retour du travail de son mari. Ce soir-là, rien ne se déroule comme d'habitude...
J'ai adoré l'aspect ironique de la situation finale. Je ne vous dévoile rien mais c'est très drôle !

- Tous les chemins mènent au ciel est une nouvelle mettant en scène un vieux couple, dont la femme n'a qu'une obsession : ne jamais arriver en retard. Fourberies, coups en douce, et détachement font de cette nouvelle un texte au suspense grandissant.

- La logeuse reprend les mêmes codes : le suspense qui grandit à mesure que l'histoire avance. Je crois bien l'avoir lu en première année de fac, mais en langue originale. L'auteur nous laisse deviner ce qui a pu arriver. C'est la nouvelle la moins explicite et qui laisse libre cours à notre imagination. Elle m'a tout de même laissé un goût d'inachevé, un peu comme si j'avais loupé quelque chose.

- William et Mary est une nouvelle bien particulière et présente peut-être même un aspect précurseur de ce que pourront ressentir les intelligences artificielles. Je dis ça, mais je suis sûrement influencée par le premier épisode de la saison 4 de Black Mirror qui vient de sortir.
Pour éclaircir mes propos, je vous raconte l'histoire : William a un cancer du pancréas, il lui reste peu de temps à vivre. Son ami, Landy, un neurochirurgien, veut tenter une expérience sur le cerveau de ce dernier, une fois décédé, afin de le maintenir en vie.
Cette nouvelle a un côté très glauque, fou et plus scientifique. J'ai été un peu décontenancée par l'idée de garder en vie un cerveau, et en retirant toute l'enveloppe corporelle, ne laissant pas la possibilité à celui-ci de s'exprimer verbalement.
Je pense aussi que la lecture de cette nouvelle par des enfants peut être traumatisante tellement c'est sale...

Je suis un peu déçue par le rôle que tiennent les femmes dans ces nouvelles : dans un premier temps dévouées à leurs maris, elles se révèlent être manipulatrices, calculatrices, avec une grosse part d'ombre. On a l'impression qu'elles se vengent de la façon dont leurs maris les ont traitées toute leur vie.
Les hommes ne sont pas en reste à vrai dire : ils sont colériques, rigides, égoïstes et paternalistes mais ils sont francs, directs, ils ne cachent rien.
Du coup je m'interroge un peu sur l'image des hommes et des femmes dans la littérature et plus généralement dans la vie...

Peut-être par nostalgie, ma nouvelle préférée est Coup de gigot.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

Eleanor Oliphant va très bien, Gail Honeyman

Quatrième de couv' : Eleanor Oliphant est un peu spéciale.
Dotée d’une culture générale supérieure à la moyenne, peu soucieuse des bonnes manières et du vernis social, elle dit les choses telles qu’elle les pense, sans fard, sans ambages.
Fidèle à sa devise « Mieux vaut être seule que mal accompagnée », Eleanor évite ses semblables et préfère passer ses samedis soir en compagnie d’une bouteille de vodka.
Rien ne manque à sa vie minutieusement réglée et rythmée par ses conversations téléphoniques hebdomadaires avec « maman ».

Mais tout change le jour où elle s’éprend du chanteur d’un groupe de rock à la mode. Décidée à conquérir de l’objet de son désir, Eleanor se lance dans un véritable marathon de transformations. Sur son chemin, elle croise aussi Raymond, un collègue qui sous des airs négligés, va lui faire repousser ses limites.
Car en naviguant sur les eaux tumultueuses de son obsession amoureuse et de sa relation à distance avec « maman », Eleanor découvre que, parfois, même une entité autosuffisante a besoin d’un ami…


Mon avis : Je ne m'attendais pas à découvrir une pépite pareille dès début janvier ! Ma première lecture de l'année (après une BD) est une super lecture ! Honnêtement ça ne m'arrive pas souvent et je n'aurais pas parié que j'aimerais autant ce livre.

L'histoire est celle d'Eleanor Oliphant, jeune femme d'une trentaine d'années, comptable dans une boîte de design. Eleanor est "différente", elle m'a beaucoup fait penser à Sheldon Cooper. Elle prend tout au premier degré et a beaucoup de mal à comprendre le cynisme, les petites piques de ses collègues qui se moquent souvent d'elle. Elle a un problème assez important avec les relations sociales et la façon de se comporter en société : pour elle ce sont les autres qui ne sont pas polis alors qu'elle, a de bonnes manières.
Bref, pendant une grande partie du roman l'autrice nous dépeint un personnage qui a des avis bien tranchés sur ses contemporains, parce qu'elle ne comprend pas toujours leurs agissements.
Elle est très figée dans ses habitudes et dans sa façon de voir le monde, grandement influencée par les avis de "maman".

Un peu sorti de nul part, Eleanor tombe amoureuse d'un chanteur du coin, le type absolument pas fait pour elle, qui ne se prend pas pour de la merde... Elle va chercher à le rencontrer de la meilleure façon qui soit. Et ce "projet" va la porter pendant une partie du roman. Elle va commencer à se sentir femme : en achetant de nouveaux vêtements, en se faisant couper les cheveux, en apprenant à se maquiller, en testant une manucure ou une épilation (des passages hilarants d'ailleurs !).

Mais tout ceci n'arriverait pas sans l'intervention de Raymond, un collègue de travail informaticien, dont elle va faire la rencontre. Tous les deux vont venir en aide à un vieux monsieur qui s'est effondré sur le trottoir un vendredi soir. A partir de là, la vie d'Eleanor va s'enrichir de plus en plus socialement.

La suite je ne vous la raconte pas, mais on est face au quotidien d'un personnage, un peu comme dans un journal intime.

On oscille très souvent entre le rire et la compassion. Ce roman est parfois très drôle, mais c'est aux dépends d'Eleanor, et parfois il adopte un ton plus grave, voire dramatique, puisqu'elle va peu à peu en découvrir plus sur son passé. Un passé qu'on devine très difficile, et qui l'a poussée à se forger une carapace afin de ne pas être débordée par ses émotions.

L'autrice a un style simple, on se sent vraiment plongé dans l'histoire d'Eleanor, dans sa tête même. Personnellement je comprends certaines de ses interrogations sur les bonnes manières notamment. Tout comme la quête de sens qui va rendre Eleanor plus proche de ses émotions. Petit à petit c'est une femme qui baisse la garde, qui fait tomber les barrières, et qui se révèle à nous. On l'accompagne, d'abord en riant d'elle, puis en ayant beaucoup plus de compassion et finalement d'attachement pour ce personnage qui pourtant si atypique, nous semble de plus en plus proche de nous.

Son histoire nous est livrée complète à la fin du roman, et même si certaines révélations auraient mérité de plus amples développements, j'ai tout de même adoré que l'autrice prenne le temps de distiller des indices çà et là et de maintenir un léger suspense jusqu'au bout.

J'ai beaucoup aimé la façon dont se développe son amitié avec Raymond. On en sait peu sur lui, mais le peu que l'on découvre nous invite à penser qu'il est un bon ami, un type gentil, protecteur et attentionné. Contrairement à d'autres personnages du roman, il ne juge pas Eleanor.
On évoque rarement dans la littérature les railleries et les moqueries dont sont victimes certains adultes, souvent dans le cadre du travail, pourtant ça arrive encore malheureusement, créant une ambiance néfaste, et poussant ces personnes à se replier de plus en plus sur elles-mêmes.
Et finalement il suffit d'une personne pour aider à retrouver (ou trouver) sa force et s'accepter tel qu'on est. C'est dans ce contexte que Raymond va intervenir, et va faire preuve de patience et de compassion pour Eleanor.

On est très loin des clichés des feel-good books, c'est un livre sérieux qui ne cherche pas à tout prix à faire du positif pour qu'on se sente mieux. Non, avec Eleanor on traverse des émotions qui nous touchent, nous bouleversent mais c'est surtout pour elle, pour ce personnage qu'on éprouve de la tendresse. C'est elle le sujet et pas le lecteur qui devrait à tout prix s'identifier pour se sentir mieux. Là on ressent de nombreuses émotions qui sont dédiées à Eleanor (pas à nous-mêmes, je ne sais pas si c'est très clair).

Ce roman sur la résilience m'a énormément plu. Autant par son aspect dramatique que par son côté comique. Tout est justement dosé, parfaitement équilibré. C'est émouvant, authentique.
C'est à regret que je quitte Eleanor et Raymond.

9/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur