dimanche 26 juillet 2015

L'orangeraie, de Larry Tremblay

Quatrième de couv' : « Quand Amed pleure, Aziz pleure aussi. Quand Aziz rit, Amed rit aussi. »
Ces frères jumeaux auraient pu vivre paisiblement à l'ombre des orangers. Mais un obus traverse le ciel, tuant leurs grands-parents. La guerre s'empare de leur enfance et sépare leurs destins.
Amed, à moins que ce ne soit Aziz, devra consentir au plus grand des sacrifices.
Conte moral, fable politique, L'Orangeraie est un roman où la tension ne se relâche jamais.
Un texte à la fois actuel et hors du temps qui possède la force brute des grandes tragédies et le lyrisme des légendes du désert.
L'Orangeraie a remporté plusieurs prix dont le Prix des libraires du Québec.

Mon avis : J'étais assez intriguée par ce roman puisqu'une booktubeuse en avait parlé en termes positifs, et comme elle a souvent de gros coups de coeur et qu'à chaque fois je suis déçue de ne pas aimer autant, j'appréhendais cette lecture.
Mais j'ai bien aimé, c'est clair, rapide et efficace. Ça n'est pas un coup de coeur, mais une très bonne lecture.

Amed et Aziz sont jumeaux, ils ont neuf ans et vivent dans un pays en guerre. Au pied d'une montagne, dans une orangeraie, ils vivent, s'amusent, rient, jouent tous les deux, complices. Mais ils vont devoir grandir très vite. Leurs grands-parents meurent sous l'éclat d'une bombe qui dévaste leur maison. C'est alors que le terme de "vengeance" apparaît. Des hommes rendent visite à Zahed, le père des garçons, pour les endoctriner dans un combat auquel les deux petits garçons n'ont rien à voir. De l'autre côté de la montagne, leur dit-on, il y a une base militaire et il faut la détruire. Le moyen ? qu'un des deux enfants se fasse exploser là-bas.
Le père doit alors choisir qui de ces deux fils il enverra se faire tuer. Mais si la situation ne nous semblait pas déjà suffisamment cruelle, nous apprendrons au fil du roman qu'il y a toujours pire.
Manipulation, honte, culpabilité, ces thèmes font le roman.
Pas besoin de grandes phrases, l'écriture est vive, réaliste et simple, mais elle touche notre coeur pour atteindre notre capacité à réfléchir.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

L'année Solitaire, d'Alice Oseman

Quatrième de couv' : On est censés vivre la plus belle période de notre vie. On est jeunes, on est en train de décider de notre avenir (c'est en tout cas ce qu'on nous répète), on a des amis. Mais en fait, tous, on attend que quelque chose change. Becky, ma meilleure amie, avec qui je rigole de moins en moins. Lucas, qui réapparaît dans ma vie après toutes ces années. Mon frère Charlie, la plus belle personne que je connaisse. Michael Holden, avec son sourire trop grand. Et moi, la fille la plus misanthrope et pessimiste du lycée.
On attend tous que quelque chose change.

Mon avis : Etrangement, je n'ai pas entendu parler de ce livre sur Booktube alors qu'il est plutôt bien distribué en librairie. (mais bon parfois les représentants en librairie et les attachés de presse des maisons d'édition ne sont pas sur la même longueur d'onde).

J'ai bien apprécié ce roman jeunesse. Peut-être que j'étais plus indulgente parce qu'Alice Oseman a seulement 18 ans et que c'est son premier roman. Mais honnêtement, on ne dirait pas. L'écriture (pour du roman jeunesse) est maîtrisée, l'intrigue bien ficelée, les personnages intéressants, avec un passé plausible.
Il n'y a que la fin que je n'ai pas comprise, d'ailleurs ma collègue aussi a été perdue sur la fin, qu'elle a trouvée trop dramatique, too much. Et je suis assez d'accord.

Un bémol (de manière générale), j'aimerais bien moins de romans jeunesse avec des personnages mal dans leur peau. L'adolescence n'est pas la meilleure période de la vie, MAIS je pense qu'il y a des ados qui la vivent très bien, et j'aimerais bien voir des personnages adolescents positifs ou qui ne sont pas submergés de soucis.
Dans ce roman, Victoria est quelqu'un de très pessimiste, désabusée. Elle est assez clairvoyante, elle ne prétend pas avoir plein d'amis, bien qu'elle traîne avec une bande de filles, mais elle s'isole tellement, en rejetant toujours les autres en mode "non mais vous ne pouvez pas me comprendre" qu'à la longue ça devient pénible pour le lecteur. Il y a un côté très sincère dans ce roman, Victoria sait parfaitement ce qu'elle est et a du mal à s'accepter ainsi, elle sait que son caractère est particulier, que tout le monde ne l'appréciera pas, mais même si elle s'apitoie sur son sort et que ça peut énerver, je crois que c'est quelque chose que pas mal d'ado (et même d'adultes) vivent. C'est même une lutte constante entre ce qu'on est et l'image que l'on renvoie de soi et Victoria l'exprime très bien tout au long de ce roman. Victoria est le personnage le plus abouti de ce roman et on croirait presque qu'elle existe pour de vrai.

J'ai eu l'impression que l'auteure s'inspirait énormément de Skins. Ne serait-ce que pour le foutoir qui est mis au lycée, la salle commune, les personnages qui ont des personnalités bien définies mais un peu clichées, le rapport conflictuel avec les parents, les problèmes de santé, de mal-être, les fêtes aussi. Bref, j'avais l'impression de lire un livre inspiré par la série Skins (et d'ailleurs l'auteure cite cette série dans le roman).

L'histoire aurait pu être ennuyeuse, il s'agit de la vie d'une jeune fille au lycée, qui a du mal avec l'amitié, avec le lycée, les apparences, etc. Mais le truc en plus, c'est "Solitaire", une organisation secrète, qui va rendre fou les profs du lycée et qui va intriguer Victoria. Elle tentera, avec l'aide d'un ami, de savoir qui se cache derrière "Solitaire" qui lui donne l'impression de s'adresser à elle. Solitaire va amuser le lecteur, même si on se doute quand même de qui il s'agit. J'ai trouvé que ça apportait un peu d'énergie positive au roman.

Au début j'ai adoré, beaucoup de passages me faisaient rire, et c'est tout à fait le (début de) roman que j'aurais pu écrire à cet âge-là. Il y a pas mal de références culturelles ou technologiques à notre époque et j'ai trouvé que ça ancrait le livre dans une réalité que l'on connaît.

Au final j'ai bien aimé parce que c'est l'histoire d'une jeune lycéenne qui a du mal avec la vie, qui va connaître une année charnière où elle va faire des erreurs mais apprendre de celles-ci. C'est un roman qui parle du mal-être à l'adolescence, de la quête d'identité, des soucis, des amis, du rapport aux autres. Bref, je le conseillerais facilement à des ados qui ont lu Nos Etoiles Contraires, ou Aristote et Dante ...  Je pense aussi qu'il faut le prendre pour ce qu'il est : un premier roman écrit par une jeune fille qui a sûrement mis beaucoup d'elle et de sa vie lycéenne dans ce livre.

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vendredi 17 juillet 2015

Le renversement des pôles, de Nathalie Côte

Quatrième de couv' : Couple : deux personnes de la même espèce considérées ensemble.
Couples en vacances avec enfants : spécimen d'un genre particulier qui attend l'été avec impatience mais qui risque fort de finir la tête dans le sable.

Les Bourdon et les Laforêt ont loué deux appartements voisins dans une résidence avec piscine en bord de mer. Chacun est arrivé avec la même envie : consacrer ce temps béni aux enfants, au repos, aux projets. Et tous sont rattrapés par leurs obsessions propres : fuir un mari ennuyeux, gagner vite plus d'argent, faire oublier qu'on a pris 10 kilos, faire semblant que tout va bien. Passée l'euphorie de l'échappée belle, ils ne tarderont pas à découvrir que changer de vie a un prix, que la liberté exige du souffle et qu'elle ne s'achète jamais à bon compte.

Avec un humour acide et une implacable clairvoyance, Nathalie Côte se fait entomologiste de la classe moyenne et pavillonnaire. En filigrane, elle dénonce le monde du travail, véritable machine à tuer, et le monde matérialiste, qui propose vainement de se consoler en consommant à crédit. On regarde ces personnages ni aimables ni détestables se débattre et renoncer. On les regarde, en espérant ne pas leur ressembler.

Mon avis : J'ai pu emprunter un service de presse à la librairie, et comme je n'avais pas trop le temps devant moi j'ai pris celui-ci par hasard. En plus il n'est pas très long (presque 200 pages) donc c'était parfait pour le lire à la plage.

Ce livre s'inscrit totalement dans le courant littéraire "romans contemporains français qui n'ont rien d'extraordinaire". C'est le genre de roman bien écrit, qui a une histoire, mais qu'on aura vite oublié. Il s'agit de l'histoire de deux familles qu'on suit durant leur semaine de vacances dans le sud. Les deux familles sont logés dans des appartements mitoyens d'une résidence de vacances avec piscine.
D'un côté on a Vincent et Virginie, avec leurs petits soucis : Vincent a constamment la pression de ramener de l'argent à la maison pour contenter les besoins matérialistes de sa femme, et Virginie a un sérieux problème avec son corps, elle manque de confiance en elle au point qu'elle ne comprend pas pourquoi Vincent reste avec elle.
De l'autre on a Arnaud et Claire : Arnaud est l'homme dévoué au bonheur de sa femme mais malheureusement pour lui il n'est pas à la hauteur sexuellement des acteurs de porno qu'il aime regarder en cachette. Quant à Claire elle s'ennuie dans son couple, éternelle insatisfaite, elle se laisse 7 jours de vacances avant de prendre ou non la décision de divorcer.

L'histoire est très simple, sans surprise.
Je ne me suis pas attachée aux personnages, je ne dirais pas qu'ils sont clichés, ce sont plutôt des trentenaires normaux, qui ont fondé une famille, sont bien installés dans leur vie (maison, enfants, travail en CDI), mais qui ne sont pas satisfaits de tout ça, qui désirent autre chose, aspirent à une meilleure vie. Ils sont le reflet de notre société je crois. Et plus particulièrement de la classe moyenne. On sent la frustration de leur condition, et l'argent est au coeur du roman : pour certains, cela passe par une quête active d'argent, pour une autre, ce sera l'acoquinement avec quelqu'un qui a plus de moyens qu'elle. Mais l'auteure nous rappelle que cette insatisfaction quotidienne permet aussi la montée de l'extrémisme en politique.

C'est un premier roman et j'ai trouvé l'écriture maîtrisée, il n'y a pas un rythme d'enfer mais pour ce genre de roman, c'est un bon rythme. Le style et le vocabulaire sont agréables à lire. J'étais surprise que la forme soit aussi bonne.

Ce livre paraîtra le 19 août à l'occasion de la rentrée littéraire.

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mercredi 15 juillet 2015

Une putain d'histoire, de Bernard Minier

Quatrième de couv' : Une île boisée au large de Seattle…
« Au commencement est la peur.
La peur de se noyer.
La peur des autres,
ceux qui me détestent,
ceux qui veulent ma peau.
Autant vous le dire tout de suite :
Ce n’est pas une histoire banale. Ça non.
c’est une putain d’histoire.
Ouais, une putain d’histoire… »


Un thriller implacable

Mon avis : Il faut savoir que j'ai découvert cet auteur l'été dernier et que j'avais vraiment aimé Glacé et Le Cercle, puis j'ai été un peu moins enthousiaste à la lecture de N'éteins pas la lumière.
Dans ces trois livres on suivait une enquête du commandant Servaz et ça me plaisait bien. J'avais entendu parler d'Une putain d'histoire, parce que j'avais appris que ça n'aurait rien à voir avec les trois tomes précédents. Du coup j'hésitais à le lire, parce que si il y a bien quelque chose que j'aime chez Minier, en plus de son écriture, c'est le commandant Servaz.
Bref, en effet, pas de Servaz, pas de décor et de paysages français. Non cette fois, on part aux Etats-Unis, dans l'état de Washington au nord ouest des USA. Les personnages sont américains, ont des prénoms on ne peut plus américains. Les décors paraissent gigantesques : les forêts, les nombreuses îles, les plages, le ferry.

Mais il faut que je vous dise, je n'ai pas été emballée par ce thriller. Loin de l'angoisse que j'avais connue en lisant Glacé ou Le Cercle, j'ai trouvé trop de clichés narratifs : les îles, les tempêtes qui surviennent pile au bon moment, les frères Oates qui sont demeurés mais capables de tout. Bon, ça ne m'a pas tenue en haleine très longtemps.
Il y avait beaucoup de longueurs, notamment dans la description de l'environnement des personnages, je sais que c'est une des choses qui sont nécessaires pour donner du corps à une histoire, mais là, c'était parfois trop long, j'ai même lu en diagonale (sacrilège !).

Quant au dénouement je ne l'avais pas vu venir et je le trouve tordu à souhait ! Mais c'est ça qui est bon ! Dommage qu'il ait fallu attendre 450 pages avant que le voile se lève et que l'histoire m'emporte vraiment.

Au début je n'ai franchement pas aimé les chapitres sur la côté est, je ne comprenais pas à quoi ils servaient, qui étaient ces personnages. Alors que pendant ce temps-là, sur la côté ouest il se passait des événements intrigants (un meurtre d'une jeune fille, un maître chanteur, des flics dépassés).

Par rapport aux personnages, j'ai eu du mal à tout comprendre, heureusement la fin nous éclaire bien. Cela dit, niveau psychologie, je ne suis pas sûre qu'il puisse exister de tels psychopathes, qui pendant des années, se terrent, vivent normalement, et finissent par commettre des crimes atroces, comme ça, à un instant T.

Difficile aussi de s'attacher aux personnages, je les ai trouvés très téméraires pour des ados de 16 ans. Et si au début on nous en introduit 6, on se rend bien compte qu'on ne vit l'histoire qu'au travers des yeux de Henry et un peu de son ami Charlie, les autres disparaissent bien vite de la circulation. Quant aux mamans d'Henry, je les ai trouvées assez en retrait alors qu'elles n'ont pas l'air d'être des personnages "fades".

La thématique de la surveillance des citoyens via les nouvelles technologies fait vraiment flipper. De quoi remettre en question son utilisation d'internet, de son téléphone. Si on pouvait ralentir le rythme de ce côté-là, ce serait formidable, sinon je vais m'enfermer à la campagne sans le wifi et ciao la compagnie ! Plus sérieusement, c'est une angoisse qui me pose problème parce que le développement de la surveillance par le numérique est en constant accroissement, et je ne suis pas sûre qu'on veuille vraiment d'une vie surveillée. Pas vrai ?

Apparemment ce roman est un hommage au polar US, ce qui fait que... j'ai moins aimé. Je ne suis pas particulièrement fan du polar américain, que je trouve assez cliché, avec son lot de méchants gros bras et ses enquêteurs divorcés/célibataires qui travaillent seul. Ici, le point positif reste le dénouement qui apporte une vraie surprise.

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samedi 11 juillet 2015

Adieu, de Jacques Expert

Quatrième de couv' : 2001, Châtenay-Malabry. Une mère, son fils et sa fille sont retrouvés assassinés
 à leur domicile. Le père est porté disparu. Est-il lui aussi victime ou bien coupable ? Les recherches s'organisent, sous la direction du commissaire Langelier. Un mois plus tard jour pour jour, c'est au tour d'une seconde famille, tout aussi ordinaire, d'être abattue dans des circonstances identiques. Là aussi le père est introuvable. Presse, politiques, police, les avis sont unanimes, un tueur en série est à l'œuvre. Seul Langelier s'entête à concentrer tous ses efforts sur la piste des pères, qu'il soupçonne d'être à l'origine des massacres. Devant son obstination et son manque de résultats, son supérieur, le commissaire Ferracci, est obligé de lui retirer l'affaire.
Commence alors entre les deux hommes une guerre froide, chacun s'efforçant de démontrer sa propre vérité, qui ne prendra fin que dix ans plus tard avec la révélation d'une incroyable réalité.

Mon avis : Pas mal, très prenant, mais la fin est tellement tarabiscotée que je ne sais plus qui a tué qui.
Cela dit dès la 100è page j'avais des doutes sur un personnage et je n'avais pas tort ! pourtant ils sont resté à l'état de doutes pendant une grande partie du roman.
J'ai bien aimé ce côté enquête, comment, pourquoi, qui. Et puis le côté folie, paranoïa. Et enfin la grande amitié et le côté protecteur de Ferracci. On pourrait penser que c'est un roman d'enquête, mais ça tire plutôt du côté du thriller, puisqu'on a une dimension psychologique très présente, ainsi que du suspense et une tension palpable.
J'ai moins aimé la fin, donc. Puisqu'on s'y perd. Trop de personnages, trop de crimes élucidés ou non, trop d'indices qui ont été donnés dans la première partie et ne sont plus remis en doute dans la dernière. Du coup ça rend le roman moins vraisemblable. Dommage.

L'originalité de ce polar réside aussi dans sa forme : lors de son départ à la retraite, Langelier va faire un discours bien particulier puisqu'il revient sur les 10 dernières années de sa vie, qu'il a consacrées à la quête de la vérité à propos d'une enquête datant de 2001, dont il avait été suspendu.

Je pense néanmoins que tout lecteur sera surpris par les révélations.

(Cet article est très court, mais comment parler d'un thriller sans spoiler ?)

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vendredi 10 juillet 2015

Aristote et Dante découvrent les secrets de l'univers, de Benjamin Alire Saenz

Quatrième de couv' : Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en
prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n'ont a priori rien en commun. Pourtant ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais...
C'est donc l'un avec l'autre, et l'un pour l'autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l'univers.

Mon avis : Bien en dessous de mes attentes. Contrairement aux critiques élogieuses qu'on a vu fleurir partout sur Booktube et la blogo, j'ai trouvé ce roman peu original, les thèmes traités en surface et pas super bien écrit.
En bref, une bonne lecture mais pas transcendante.

L'histoire ne m'a pas touchée, je n'ai ressenti aucune émotion aux moments forts du livre.

L'histoire se situe en 1987, et franchement, si dans Eleanor & Park on se sentait plongé dans cette époque, ce n'est pas le cas du tout dans ce roman. La seule chose qui peut nous faire penser qu'on a fait un saut dans le passé, c'est la proximité avec la guerre du Vietnam à laquelle le père d'Ari a participé. Pour le reste, rien ne laisse penser qu'on est en 1987 et c'est dommage de vouloir situer le roman à cette époque si au final on n'exploite pas cette donnée. Ça en fait peut-être un roman plus universel. Côté environnement c'est trop épuré. On sait qu'on n'est pas loin du désert, au Texas, mais rien n'est décrit : ni la maison d'Ari, ni celle de Dante, on passe parfois par un parc, une boutique ou le resto où bosse Ari, et l'hôpital, mais c'est trop vague. On ne voyage pas du tout au coeur de l'Amérique. Dommage.

L'intrigue autour de Bernardo ne m'a pas intéressée plus que ça. Les parents ne parlent jamais de Bernardo, refusent d'expliquer son absence à leur fils (Ari) qui a 15 ans alors qu'il est en âge de comprendre certaines choses, j'ai trouvé ça un peu ennuyeux, comme si c'était une intrigue qu'on traîne en longueur.

J'ai été très déçue par "les secrets de l'univers" puisque tenez-vous bien, il s'agit en fait : (spoiler alert) d'amour ! Ouais, juste ça. Moi qui m'attendais vraiment à des questionnements intérieurs sur soi-même, sur sa place dans le monde, sur l'intérêt de notre vie et de nos actions au sein de ce grand espace qu'est la terre, je ne les ai pas vus. Aristote et Dante ont peut-être des noms de philosophes, mais c'est tout ce qu'ils en ont !

(spoiler de fin)
J'ai été aussi déçue par la fin, parce que j'aimais cette amitié entre deux garçons, j'aimais que l'un d'eux soit amoureux et pas l'autre, je trouvais cette situation intéressante. Les avis des parents m'ont paru intrusifs et déplacés, alors même que durant le reste du roman, les parents d'Ari sont en retrait et le laisse mener sa vie comme il l'entend. Et à la fin, ils décident de le pousser dans les bras de quelqu'un (je ne dis pas qui). Bref, on tombe dans  une romance quoi. D'autant plus que je n'ai pas vu Aristote comme étant amoureux de cette personne, pour moi il était vraiment un bon ami, loyal, mais certainement pas amoureux. C'est pas parce que tu sauves quelqu'un que tu en es amoureux, vlà le cliché... 

Quant aux dialogues, certains m'ont fait sourire mais aussi agacée quand j'ai vu le :
"- OK.
- OK."
propre à John Green. Il n'a pas mis d'option là-dessus d'accord ! mais je trouve ce procédé assez peu intéressant dans un roman.
Le vocabulaire utilisé est vraiment très simple, destiné à un public jeune. Ah oui avec parfois un vocabulaire plus recherché quand Dante s'exprime.

Dante est en filigrane dans ce livre, il n'apparaît pas toujours physiquement. De toute façon l'histoire est du point de vue d'Aristote, c'est lui le vrai héros du roman. Le titre me semble un peu exagéré du coup. Ils ne découvrent pas "les secrets de l'univers", et ils ne sont pas deux, mais surtout un : Ari, qui mène l'histoire.

Le fait que Ari soit seul, soit bizarre et tout, en plus d'être cliché ça ne sonnait pas vrai, je le voyais plus comme un mec lambda, qui bosse après les cours, fait du sport. Mais après tout, on ne le voit qu'en famille ou avec Dante, et jamais (ou rarement) au lycée, alors qu'en situant l'histoire un peu plus au lycée, on aurait vraiment pu sentir cette solitude (voulue ou non) d'Ari. Pour moi ça manque de cohérence, le lycée est un passage souvent difficile pour les ados et ça aurait été bien que l'histoire s'y déroule un peu plus, ça aurait été plus pertinent pour susciter de l'émotion chez le lecteur.

J'ai tout de même bien aimé l'amour qu'il y a entre les parents et leurs enfants, et ça, ça change des autres romans jeunesse où les ados sont généralement en conflit avec leurs parents. Là, on voit que ce soit d'un côté ou de l'autre, l'immense amour qu'ils se portent les uns aux autres. C'était la partie originale et plaisante.

Bon après c'est une bonne lecture, agréable. Et certains sont visiblement plus touchés que moi par l'histoire.
Mais si on y réfléchit, on voit que le titre induit en erreur, que ça reste une lecture jeunesse qui perd des points au niveau de la forme.
J'ai lu des livres jeunesse sur le thème de la découverte de soi, bien plus intéressants, plus émouvants, que celui-ci. Les thèmes abordés dans Ari et Dante sont intéressants, mais pas forcément suffisamment traités.
En gros, c'est une déception parce que vu les éloges faites je m'attendais vraiment à mieux, à un livre qui se vaut autant sur le fond que sur la forme.

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mercredi 8 juillet 2015

Still Alice, l'envol du papillon, de Lisa Genova

Quatrième de couv' : Titulaire d'une chaire de neurobiologie à Harvard, Alice, à cinquante ans, attribue d'abord ses quelques amnésies au stress et à la ménopause. Jusqu'au jour où elle se retrouve complètement désorientée sur son parcours habituel de jogging et où tout bascule. A l'issue de tests médicaux qu'Alice ne connaît que trop bien dans le cadre de son travail, le diagnostic tombe : elle est atteinte d'une forme précoce de la maladie d'Alzheimer.
Alice s'est toujours reposée sur son cerveau et sur sa mémoire, qui constituent le centre de son travail, voire de sa vie. Elle, ses deux filles et son mari John, qui refuse de faire le deuil de la femme brillante qu'il a toujours connue, vont entamer une descente accélérée dans l'enfer ordinaire de la maladie, doublée d'une course contre la montre pour organiser l'avenir. Mais quel avenir a-t-on quand le passé nous échappe ?

Mon avis : Très, très, très bien.
J'avais vu le film avant, que j'avais trouvé très émouvant et je voulais absolument lire le livre. Je comptais le lire en VO, mais j'ai bien fait de ne pas l'acheter en anglais parce que je n'aurais certainement pas compris les termes médicaux. Du coup, je l'ai pris à la librairie et je suis émue par cette lecture.

Il s'agit d'un livre sur l'Alzheimer précoce et l'auteure connaît vraiment bien son sujet. Le roman est découpé en chapitres correspondant aux mois de l'année. Nous débutons en Septembre 2003 avec les premiers signes de la maladie et finissons en Septembre 2005. Ainsi nous découvrons la déchéance d'Alice. Les chapitres se font plus courts, certains passages sont répétés, ou confus. L'absence de prénoms à la fin dénote l'oubli d'Alice. Elle se réfère aux gens en les qualifiant par une caractéristique : "l'homme"/"l'actrice"/"la mère" alors qu'il s'agit de son mari et de ses filles dont elle a oublié les prénoms. Les derniers chapitres sont très émouvants.
J'ai mis de la distance avec le personnage de John, parce qu'il peut paraître antipathique, ou absolument pas compréhensif par rapport à ses filles, mais en même temps, c'est lui qui vit avec Alice au quotidien, c'est lui qui en a la charge, c'est lui qui souffre de la situation parce qu'il est le plus proche d'elle et qu'il doit aussi, de son côté, vivre sa vie, mener sa carrière.
C'est étrange de voir Alice perdre ses facultés aussi vite. Ses filles doivent s'occuper d'elle, alors que pendant 20 ans ça a été l'inverse. On n'envisage jamais quand on est jeune, de devoir s'occuper de ses parents (quand ils ont la cinquantaine ou un peu plus). On pense que cette période de la vie est peut-être la plus épanouissante, alors que là, Alice est touchée par cette maladie qui la fait régresser et qui ne connaît aucun répit dans sa progression. Elle devient complètement dépendante de ses proches. Les fois où elle reste seule, elle est complètement perdue, agit de manière irrationnelle. A la fin il lui faut une surveillance constante. Et c'est quelque chose qu'elle savait dès le début et forcément elle vivait très mal de savoir ce qui allait lui arriver avec le temps.

On est plongé dans l'histoire, dans la maladie d'Alice, on découvre ses doutes, ses pensées, le fait ne plus pouvoir contrôler son corps, son cerveau. La colère, le désespoir, les phases de lucidité, tout y est vraiment bien décrit, avec beaucoup de justesse.

C'est vraiment une histoire émouvante, qui mêle un savoir scientifique, médical, et de l'autre des émotions très justement décrites.
Je recommande ce livre si cette maladie et son évolution vous intéresse. Et je vous conseille le film aussi qui est une très bonne adaptation.

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vendredi 3 juillet 2015

Un bonheur parfait, de James Salter

Quatrième de couv' : Viri pose les yeux sur sa femme, Nedra. Une mèche de cheveux lui balaie délicatement la nuque, elle s’affaire en cuisine dans sa jolie robe rouge. Leurs deux adorables petites filles dînent devant le feu de cheminée. Sont-ils réellement heureux ? Ils forment un couple envié de tous, elle si belle, lui si élégant. Leur bonheur semble parfait… Mais la perfection est-elle vraiment de ce monde ?

Mon avis : Je suis déçue. Ce n'est pas ce à quoi je m'attendais.
L'écriture n'est pas simple, ni fluide. Les mots sont pesés, mais les situations ne sont pas claires. On ne sait jamais de qui le narrateur parle. Lors des dialogues, aucun élément ne nous permet de savoir qui s'exprime. En plus les dialogues sont surréalistes, personne ne s'exprimerait comme ça dans la vie.
On a des passages du présent, entrecoupés de passage du passé sans que ça ne soit expressément signalé (eh oh la narration au passé ça existe aussi !)
Il n'y a pas d'intrigue, il ne se passe rien. C'est juste la vie d'un couple, un peu de leurs amis, un peu de leurs enfants. Mais rien. Du vide, du vide, du vide.
J'exagère, il y a quand même une réflexion sur le couple, la relation amoureuse, le vieillissement, mais c'est du contemplatif et moi ça m'ennuie. J'ai attendu que ça décolle et ça n'a jamais pris son envol. Dommage.

J'ai trouvé ce livre tellement bancal dans sa structure que je n'ai pas su l'apprécier. Même les personnages ne sont pas attachants. Je ne les ai pas trouvés suffisamment approfondis non plus. On entre dans leur vie, on les découvre en surface, mais il n'y a pas une grande différence entre eux, ni une grande ressemblance, du coup on peine à comprendre pourquoi ils sont ensemble. Le postulat de départ serait de les découvrir heureux, et de voir ensuite leur couple s'effriter, sauf que dès les premières pages on sait, on lit qu'ils sont malheureux ensemble. Donc on n'assiste même pas à leur bonheur, on est d'entrée plongé dans leur malheur qui ne va faire que s'accroitre.

Je pense qu'il peut toucher des personnes plus matures que moi, plus dans l'introspection et la réflexion, et qui n'ont pas besoin d'une histoire avec des rebondissements.

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