mardi 31 mars 2020

Ici et maintenant, Ann Brashares

Quatrième de couv' : Prenna, dix-sept ans, a immigré à New-York avec sa mère. Elle ne vient pas d'un autre pays, mais d'une autre époque. Un futur, ravagé par une pandémie, où la vie est devenue impossible. Désormais, Prenna doit se fondre dans la société en suivant des règles strictes. Mais tout bascule lorsqu'elle tombe amoureuse d'Ethan...
Une romance impossible aux enjeux planétaires, un thriller passionnant porté par deux héros inoubliables.


Mon avis : J'ai acheté ce roman en janvier 2019, après avoir très longuement hésité : déjà à sa sortie en grand format en 2014 je trouvais la couverture magnifique, mais le thème ne me parlait pas.
C'est seulement l'an dernier, après l'avoir vu plusieurs fois dans ma librairie jeunesse, après avoir vu qu'il était court, et que j'aimais globalement bien la collection Pôle Fiction, que je me suis décidée à l'acheter. Evidemment il est resté dans ma PAL une bonne année, et en ces temps troublés par l'épidémie de coronavirus, je me suis dit que j'allais le sortir, histoire de voir de quoi il s'agissait.


C'est un véritable mélange des genres ! Dans ce roman l'autrice nous parle :
- de voyage temporel, ça commence même comme ça : Ethan est témoin de l'arrivée en 2014 d'une jeune fille nue et complètement perdue aux abords d'une rivière.
- d'épidémie : apparemment vers 2098, de nombreuses épidémies dues à un virus transmis par un moustique auraient eu lieu, obligeant la population à survivre dans de très mauvaises conditions.
- d'écologie : si ces moustiques transmettent le virus à travers le monde en 2098, c'est parce que le climat s'est réchauffé, les moustiques ayant pu proliférer dans cet environnement chaud et humide.
- de "thriller" : en 2014, Ethan et Prenna vont devoir déjouer les plans d'un homme qui serait à l'origine de tous les malheurs du monde.
- d'amour : car que serait un roman pour ados, sans les histoires d'amour ?!


Alors qu'est-ce qui ne va pas avec ce roman ? 

Tout d'abord l'autrice entre directement dans le vif du sujet. Elle nous laisse avec de nombreuses questions, qui pour certaines trouvent une réponse au fil de l'histoire, mais elle ne développe pas vraiment le passé de Prenna, ni son arrivée, ni le pourquoi du comment, ni même le monde de 2098, alors qu'il aurait été intéressant de voir comment la vie sur la Terre s'est dégradée (ça aurait eu plus d'impact sur le lecteur). Elle distille des éléments par ci par là, mais ça m'a laissé un sentiment d'incohérence et de manque de profondeur.

Par ailleurs, grâce au voyage temporel, elle peut jouer avec les événements qui devraient avoir eu lieu mais qui, grâce à l'action de nos deux héros, n'auront pas lieu. Honnêtement, elle m'a perdue à partir du moment où Ben Kenobi révèle son identité à Prenna, l'informant des objets contenus dans un box de stockage, qui leur permettront de déjouer les plans d'un homme.
Je ne suis pas une grande fan de ce qui se rapporte aux voyages dans le temps parce qu'il s'y passe forcément des choses qui auront un impact sur le futur, et ça créé une sorte de boucle temporelle infinie, et dans mon esprit je ne parviens pas à retracer les choses et à les ordonner pour les mettre dans le bon ordre afin de voir si c'est cohérent ou pas. Donc j'ai le sentiment d'être à côté de la plaque.

Et puis tout arrive très vite ! comme le roman est court, l'autrice ne développe pas l'histoire entre Prenna et Ethan, elle part du principe que l'un comme l'autre, ils sont secrètement amoureux et que cette épreuve les rapproche, au point que du jour au lendemain ils font une virée ensemble et se disent "je t'aime" au bout de 4 jours.

Enfin, je n'aime pas que ce soit des adolescents ou des enfants qui sauvent le monde. C'est un trope qui a tendance à m'agacer, parce que concrètement, non, ce n'est pas le job des adolescents de lutter contre les "méchants" de ce monde. Et puis franchement, on sait qu'ils vont s'en sortir, il n'y a pas vraiment d'enjeu pour eux et ça reste assez prévisible.


Mais ce qui m'a plu paradoxalement, c'est le fait que le livre ne soit pas trop long. Je crois que j'aurais abandonné si ça avait fait 200 pages de plus.

Aussi je trouve pas mal de montrer que les enjeux écologiques et environnementaux se jouent maintenant et qu'il n'est pas possible de faire marche arrière, ce qui est fait est fait et a un impact.
On est en 2020, depuis plusieurs années, ce n'est que tornades, tempêtes à travers le monde, pluies diluviennes en Asie, invasion de criquets en Afrique de l'est, et désormais pandémie. La Terre tire la sonnette d'alarme et on continue à ne pas l'entendre. C'est assez terrible de voir à quel point on ne fait rien, que les gouvernements et les grandes entreprises ne font rien pour préserver quoi ? notre confort et l'économie. Tout ça pour dire que si je lis dans un roman pour ados un message important pour alerter, et bien je trouve que c'est utile et intelligent de le faire.

L'écriture est simple, fluide mais sans intérêt littéraire. Dans la forme on reste sur du très classique. Ça fait un peu penser à un film d'action parce que le rythme est très rapide et qu'on ne se perd pas dans des détails du quotidien.

La fin n'est pas une happy end d'un point de vue romantique, ce qui change par rapport aux romances qu'on a l'habitude de lire.


Ça n'est pas un mauvais livre, mais attendez-vous à ce que ce les sujets soient survolés, que ça mélange les genres et qu'il y ait quelques incohérences.

5/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

lundi 30 mars 2020

Le grand livre, Connie Willis

Quatrième de couv' : Rangez vos pantalons en velours côtelé, vos ronds de cuir, votre pipe, vos vieux livres et tout autre cliché sur les historiens : depuis l'invention du transmetteur temporel, étudier le passé n'a plus rien d'une discipline poussiéreuse. Cette machine révolutionnaire permet aux professeurs de l'université d'Oxford de se rendre au cœur même des événements qu'ils auscultent. Kivrin Engle sait tout ce qu'il faut savoir sur le Moyen Âge : langue, habitudes, vêtements... Pas un détail ne doit lui échapper, au risque de trahir sa véritable identité. Elle a tout prévu. Tout, sauf de débarquer au plus fort de la pire épidémie de peste que le monde ait jamais connue.


Mon avis : En Janvier 2019, j'ai fait une razzia de livres : entre les romans gratuits mis à disposition, les SP et les livres que j'avais achetés avec ma paie de décembre 2018, ma PAL s'était vite agrandie. J'avais eu un intérêt certain pour ce roman de SF, qui a reçu 3 prix lors de sa sortie au début des années 90. 
Comme je n'en lis pas énormément, quand je trouve un titre qui m'attire dans ce rayon, je me le procure. 
Mais évidemment, ce roman de 700 pages a traîné pas mal de temps dans ma PAL...
Période de confinement oblige, les romans autour d'épidémies m'intéresse. Celui-ci porte sur la peste noire de 1348 en Angleterre. 

⤌◎○

2054. Université d'Oxford, où l'on s'apprête à envoyer en 1320, la jeune Kivrin Engle, afin qu'elle passe 2 semaines au XIVè siècle. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu. 
Une épidémie surprend tout le monde en 2054 et la ville d'Oxford est confinée, tandis que Kivrin subit de violentes migraines et une forte fièvre à son arrivée en 1320. Que s'est-il passé ?
(Attention, je spoile à mort dans cet article) 

⤌◎○

J'ai littéralement dévoré ce roman en deux jours. Il y a du suspense, des rebondissements et deux quêtes en parallèle : dans chaque espace temporel, le protagoniste de celui-ci a un but.
En 2054, Dunworthy doit comprendre comment l'épidémie est arrivée et comment faire revenir Kivrin au XXIè siècle.
Au XIVè siècle, Kivrin doit demander de l'aide à celui qui l'a trouvée dans une clairière à son arrivée, sinon elle ne pourra pas rentrer dans son époque, puisqu'elle ne se souvient pas de l'emplacement du transmetteur temporel.

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Mais commençons par les points négatifs :

  • Au tout début du roman, les 3 premiers chapitres sont les mêmes, mais d'un point de vue différent, ce qui ajoute un peu à la confusion lorsqu'on débute ce roman et n'augure rien de bon quant à la forme... 
  • Je trouve que le ressort "comique" comme quoi les personnages n'arrivent pas à communiquer entre eux en 2054, est franchement lourd. L'autrice a écrit cette histoire en 1992, elle conçoit et nous présente le voyage temporel comme un truc super simple, mais en parallèle ses personnages galèrent à se contacter ! Mr Dunworthy passe son temps à réquisitionner le téléphone/visiophone des uns et des autres avant chacun de ses déplacements, ralentissant clairement le déroulement de l'intrigue. Alors que les téléphones portables avaient déjà été inventés au moment de l'écriture (pas encore démocratisés, certes). 
  • Par ailleurs, elle nous plonge dans le bain direct, un peu comme si on connaissait déjà les personnages et leurs relations de domination. Je ne serais pas étonnée que l'autrice ait inventée toute une saga avec ces personnages-là qui vivent à chaque livre de nouveaux voyages dans le temps. 
  • Lorsque l'épidémie se répand à Oxford, c'est le professeur Dunworthy qui doit retracer les faits et gestes du premier contaminé, pour la simple raison qu'il travaillait sous ses ordres. Alors que Dunworthy est prof, pas enquêteur !
  • Le petit neveu d'une des protagonistes, Colin (12 ans) est mis à contribution pour faire parvenir des messages ou aller voir des patients contaminés ! au risque de choper lui-même le virus. Et puis ce garçon de 12 ans est tellement mature et débrouillard que je lui aurais bien donné 16 ou 17 ans...
  • Certains personnages étaient insupportables : la petite Agnes m'a donné envie de la claquer un bon nombre de fois. Quant à Mrs Meager j'ai levé les yeux au ciel chaque fois qu'elle apparaissait au détour d'une chambre d'hôpital. 
  • Il y a aussi beaucoup de longueurs. C'est vrai que le résumé nous permet de deviner que Kivrin n'a pas été envoyée au moment où elle aurait dû. Mais on tourne en rond une très longue partie du roman autour de cette révélation, alors que le lecteur l'a compris depuis un bon moment. 
  • L'autrice fait s'étirer en longueur des problématiques : par exemple, Dunworthy va rendre visite à Badri tous les jours, parfois plusieurs fois par jour à l'hôpital, sans jamais réussir à obtenir de lui la moindre réponse, ce qui est très frustrant pour Dunworthy mais aussi pour le lecteur, qui lui a déjà deviné/compris le problème. 

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Pour ce qui est du positif : 


  • J'ai adoré voir le XIVè siècle grâce à Kivrin (quel prénom atroce à lire). Elle vit en huis clos pendant 3 semaines, avec une famille de la petite noblesse anglaise qui l'accueille pour la soigner, avant qu'elle ne leur rende la pareille. De plus dans ce contexte si particulier qu'est la peste noire, ce séjour dans le temps présente une intensité dramatique importante. 
  • J'ai beaucoup aimé l'immersion dans cette époque, que je n'ai pas l'habitude de lire. L'autrice détaille les habitudes quotidiennes, nous montre l'influence de la religion sur les croyances populaires. Kivrin qui s'était pourtant préparée (vaccins, acquisition de diverses langues parlées à l'époque, habillement, etc) ne s'attendait pas à ce qu'elle découvre de la vie au Moyen-Âge. 
  • Kivrin développe en très peu de temps et dans un espace très rapproché, des relations assez fortes et touchantes avec les personnages du village où elle a atterri. Si pendant une longue partie on voit qu'elle dépend d'eux pour retrouver l'emplacement du transmetteur temporel, par la suite, on comprend qu'elle a passé tant de temps avec eux, à s'en occuper qu'il est difficile pour elle de les quitter. Elle a tout vécu avec une grande intensité. 
  • Jusqu'à la fin, je me suis demandé si Kivrin pourrait revenir dans son époque. J'avais peur qu'elle reste coincée au XIVè siècle et l'autrice maintient le suspense jusqu'à la dernière page. 

⤌◎○

Moi qui ne suis pas du tout fan de romans historiques, ici j'ai aimé le principe du voyage temporel, où un personnage du XXIè siècle découvre une époque antérieure.

Globalement, c'était une bonne lecture, j'ai aimé m'y plonger et m'y consacrer tout le week-end, mais je ne dirais pas que c'est un bon livre (selon mes critères). Il y a plus d'éléments négatifs que de positifs... 

6/10 

vendredi 27 mars 2020

En un monde parfait, Laura Kasischke

Quatrième de couv' : Jiselle, la trentaine et toujours célibataire, croit vivre un véritable conte de fées lorsque Mark Dorn, un superbe pilote, veuf et père de trois enfants, la demande en mariage. Sa proposition paraît tellement inespérée qu'elle accepte aussitôt, abandonnant sa vie d'hôtesse de l'air pour celle, plus paisible croit-elle, de femme au foyer. C'est compter sans les absences répétées de Mark, les perpétuelles récriminations des enfants et la mystérieuse épidémie qui frappe les États-Unis, leur donnant des allures de pays en guerre. L'existence de Jiselle prend alors un tour dramatique...


Mon avis : J'ai acheté ce livre il y a longtemps, en Octobre 2015, parce qu'il s'agit d'un roman de Laura Kasischke, dont j'aime en général les ouvrages.
Vu le sujet, je n'avais pas super envie de le lire jusque là, j'en repoussais souvent la lecture. Et puis en faisant le point sur ma PAL ces derniers jours, je me suis aperçue que j'avais au moins 3 romans parlant d'épidémie ou de la peste.
Etrangement, peut-être parce que je reste bien confinée chez moi, j'ai eu envie de voir comment les auteurs abordaient la question de l'épidémie dans leurs romans. J'ai donc commencé par celui-ci, qui est assez court.

◘●◘

Laura Kasischke est une autrice dont j'apprécie les romans. Je ne les ai pas encore tous lus, mon préféré étant "Esprit d'esprit", qui est selon moi, celui dont l'atmosphère est la plus étouffante et l'intrigue la plus perturbante.

Dans ce roman, Jiselle, une hôtesse de l'air trentenaire, se marie après quelques semaines d'amour au commandant de bord, Mark Dorn. Ils ont l'habitude de vivre à l'hôtel entre deux vols long-courrier. Mais à partir du jour où ils se marient, Jiselle comprend qu'elle va devoir quitter son job et endosser le rôle de belle-mère pour 3 enfants, pas forcément ravis de la voir chez eux.
Au début, l'ambiance entre Jiselle et les deux filles adolescentes est assez froide. Elle parvient à nouer une relation avec leur petit frère qui n'a que 10 ans. Quant à son mari, il est constamment à l'étranger. Jusqu'au jour où il se retrouve en quarantaine en Allemagne, ne pouvant échanger que quelques minutes par jour avec Jiselle par téléphone.

Les Etats-Unis subissent une drôle de grippe... "La grippe de Phoenix" qui a commencé par tuer 7 aide-soignants d'une maison de retraite. Peu à peu la grippe tue à travers les états, sans qu'on ne sache jamais d'où elle vient, ni comment lutter contre elle.
La situation pour Jiselle et les enfants prend un autre tournant : si on ne parle pas de confinement, les écoles et services publics sont néanmoins fermés. Le pays subit des coupures de courant qui peuvent durer de quelques heures à quelques semaines. Les gens quittent les petites villes-dortoirs où très vite, on ne trouve plus de carburant ni de nourriture. Instinctivement, Jiselle et les 3 enfants s'isolent, soutenus par le couple de voisins âgés, les Schmidt, et le père du petit copain de Camilla, l'une des adolescentes. Ensemble, ils vont s'entraider, avant de voir certains disparaître.

◘●◘

Plutôt que de nous faire une chronique quotidienne du confinement, l'autrice choisit de montrer les épreuves les plus difficiles de la survie de ses personnages, avec un certain détachement et beaucoup de sang-froid.
Elle raconte aussi l'évolution des relations entre Jiselle et les enfants, qui au lieu de se dégrader à cause de la situation extérieure, se renforce, créant entre eux un lien indéfectible, les poussant à se protéger et s'aider les uns les autres. Je pense que c'est surtout ça que j'ai aimé : voir comment leur relation évoluait durant cette crise, ne pouvant surtout pas compter sur le seul homme qui aurait dû prendre soin de sa famille.

◘●◘

Je pense avoir choisi le bon moment pour le lire. Je me rends compte qu'on n'est pas du tout préparés à une telle fin du monde si les choses devaient arriver comme dans ce roman. Peut-être parce qu'on fait encore confiance au gouvernement et surtout aux soignants. Peut-être parce que le danger n'est pas systématiquement mortel, dans le sens où 2/3 des individus qui seront touchés par le coronavirus n'en mourront pas.

◘●◘

Cependant je ne suis pas convaincue par la forme du roman : au début j'ai eu du mal à situer les événements : l'autrice passait son temps à faire des flashbacks, alors qu'elle aurait pu se contenter de nous présenter les moments dans l'ordre chronologique, ça aurait été plus clair. D'autant plus qu'après elle laisse tomber ce fonctionnement par flashback.

Par ailleurs j'ai trouvé les personnages assez fades et sans profondeur psychologique ni caractère. Jiselle, la trentaine, croit encore au prince charmant et se laisse marcher sur les pieds par le sien, qui clairement se fout d'elle dès le début. Ce personnage masculin ne sert d'ailleurs qu'à passer du prince charmant adoré de toutes, au connard parfait qui n'est pas capable de prendre 10 min de son temps de "quarantaine" pour discuter avec celle qu'il a épousée.
Quant aux enfants, même si je perçois chez eux des traits de personnalité, je ne les trouve pas assez affirmés pour en faire de réels humains. Tous les personnages restent malheureusement de papier, alors que j'aurais aimé qu'on approfondisse leur caractère, leur espoirs et leur désespoirs quant à cette période si étrange qui les oblige à rester isolés du reste du monde.
L'autrice se place comme un narrateur externe et je trouve que ça ne convient pas à ce genre d'histoire.

Il manque clairement le sentiment de malaise, l'étouffement qu'on ressent en lisant "Esprit d'hiver", alors qu'ici la situation s'y prêtait justement. L'ambiance n'est, selon moi, pas assez travaillée. Les personnages prennent toutes les situations avec détachement, montrant rarement leur inquiétude, et s'adaptant finalement très facilement aux diverses situations qui leur arrivent. Ça manquait d'intensité dramatique.

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Le titre "En un monde parfait" nous oblige à réfléchir au monde actuel, où nous consommons jour et nuit, où nous produisons non-stop, tandis que Laura Kasischke construit un monde replié sur lui-même (il n'y a pas internet, pas d'électricité donc ni télévision, ni téléphone) où chaque famille devient une petite communauté, chacun apportant sa part à travers ses connaissances, ses qualités, ses capacités, afin de vivre plus modestement. Personnellement j'aime penser qu'il existe un entre-deux, et si on omet ce virus qui nous terrifie, aujourd'hui la vie me semble douce.

◘●◘

J'ai apprécié ma lecture, mais ce n'est clairement pas le meilleur titre de l'autrice. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce roman, qui est un mélange des genres, et s'illustre à travers différentes thématiques (les relations familiales, le féminisme, le consumérisme, le retour à une vie modeste et plus rudimentaire, etc.)
Elle a toutefois inventé avec 11 ans d'avance un phénomène, qui dans ce livre touche seulement les USA, alors que dans notre réalité, il touche le monde entier. Espérons simplement qu'on n'en vienne pas à la situation des personnages !

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 25 mars 2020

A l'orée du verger, Tracy Chevalier

Quatrième de couv' : En 1838, la famille Goodenough s’installe sur les terres marécageuses du Black Swamp, dans l’Ohio. Chaque hiver, la fièvre vient orner d'une nouvelle croix le bout de verger qui fait péniblement vivre ces cultivateurs de pommes.
Quinze ans et un drame plus tard, leur fils Robert part tenter sa chance dans l’Ouest et sa sœur Martha n’a qu’un rêve : traverser l’Amérique pour lui confier un lourd secret.
Des coupe-gorge de New York au port grouillant de San Francisco, À l’orée du verger nous plonge dans l’histoire des pionniers et dans celle, méconnue, des arbres, de la culture des pommiers au commerce des arbres millénaires de Californie.


Mon avis : En Avril l'an dernier, en prenant mon temps dans le rayon littérature anglophone de mon collègue, je suis tombée sur ce livre, attirée par le titre, puis par le résumé. 

🍎🏞🍏

Le résumé de l'éditeur est toutefois un poil malhonnête, il n'est pas du tout question "des coupe-gorge de New York" dans ce roman. En revanche, on suit bien au printemps 1838, une famille vivant en Ohio, dans le Black Swamp, une région marécageuse, où ils se sont installés embourbés, ne trouvant plus la force d'aller plus vers l'ouest. Ils ont alors planté des pommiers, en espérant avoir le droit d'occuper ces terres une fois la cinquantaine de pommiers rentables. Mais rien n'est facile dans cet endroit : tous les étés, la fièvre des marécages leur prend un enfant. Et puis il y a Sadie, la mère, garce insupportable et imprévisible. La vie est rude et minimaliste pour les habitants du Black Swamp. 

Plus tard, c'est le benjamin, Robert, que l'on suivra en Californie. 10 ans d'errances à travers le pays (passées sous silence), l'amène à rencontrer un botaniste : William Lobb, près de Calaveras Grove, où se dressent des sequoias centenaires. Avec cet homme il va se lancer dans le métier d'agent botaniste. Leur but étant de récupérer des graines et des plants de sequoias et de redwoods afin de les envoyer en Angleterre où l'on en raffole. 

La dernière partie est plus conséquente au niveau de l'intrigue, il se passe bien plus de choses, on trouve plusieurs personnages, et la fin donne lieu à une nouvelle aventure. 

🍎🏞🍏

Ce récit est entrecoupé de lettres, qui forment 2 chapitres. On découvre les lettres de Robert à sa famille, auxquelles il ne recevra jamais de réponse. L'autre chapitre épistolaire nous présente les lettres de Martha à Robert, nous laissant penser qu'ils ne font que se manquer. 

🍎🏞🍏

J'ai bien aimé ce roman. Déjà j'aime bien les romans qui se situe en Amérique à l'époque où le pays n'était pas encore "défriché". 
Alors certes on est au XIXè siècle et ça fait déjà 300 ans que les colons sont arrivés, mais ici c'est vraiment la ruée vers l'or (évoquée de loin), qui a permis aux plus téméraires d'aller vers l'ouest et de s'implanter dans des parties du pays qui n'avaient pas encore été habitées (exception faite des tribus indiennes qui avaient leurs terres, ou celles qu'on voulait bien leur accorder, mais là n'est pas le sujet du roman). Bref, en toile de fond, on découvre la Californie aux alentours des années 1850. 

🍎🏞🍏

L'autrice construit son roman autour d'un drame qui a poussé Robert à partir. Cependant j'ai trouvé que ça manquait de suspense. Si cet événement est l'élément déclencheur du départ, on ne le comprend que tardivement. La première partie met en scène la famille et ses drames du quotidien, sans vraiment faire monter la tension. Evidemment cet événement aura une incidence sur la personnalité de Robert, qui aura tendance à s'isoler et à aimer la nature plus que la nature humaine. 

🍎🏞🍏

Par ailleurs, je me suis très peu attachée aux personnages. Déjà le père et la mère sont mal assortis et ils restent ensemble parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement. Mariés depuis 20 ans, ils ne se parlent pas. Genre JAMAIS. Alors c'est peut-être propre à cette époque où on ne faisait pas étalage de ses ressentis et de ses envies, mais les non-dits les poussent quand même à un drame qui va faire éclater leur cellule familiale. 
J'ai détesté Sadie, la mère. On la suit dans des récits à la première personne, et même comme ça, je n'ai éprouvé aucune compassion pour cette femme qui détruit tout ce qui passe près d'elle. 

J'ai néanmoins apprécié Robert, leur dernier fils, même si c'est le genre de type discret qui suit, qui ne sort pas du droit chemin et qui fait ce qu'il faut pour sauver sa peau. 

En fait, ce qui ressort de ce roman, quant aux personnages, c'est que c'est chacun pour sa peau. Que ce soit dans la famille, où chacun vit dans la peur d'être rejeté et abandonné par les parents, ou plus tard quand Robert se retrouve "attaché" à Molly, j'ai eu le sentiment que les personnages avaient du mal à "partager", et qu'il leur semblait difficile de se faire confiance. 
Vers la fin, ce sentiment a changé, parce qu'on découvre de nouveaux personnages qui ne peuvent pas se prendre en charge tout seuls, et donc Robert doit laisser de côté son désir de solitude pour s'occuper d'autrui. 

Quant à l'arrivée de Martha dans le roman, je ne m'y attendais pas, c'était donc une bonne surprise. Malheureusement, ce qui lui arrive quelques pages plus loin ne m'a pas touchée. Martha n'avait pas eu le temps de trouver sa place dans l'histoire, pour que je puisse m'attacher à elle. D'autant plus qu'il reste un mystère autour d'elle qui n'est jamais élucidé (même si globalement on se doute de ce qui a pu se passer). 

🍎🏞🍏

Les atmosphères sont très bien décrites, que ce soit le verger de l'Ohio, qui représente avec cette famille, le poisseux, le sombre et le terne, comme la Californie, une terre pleine de promesses et de perspectives : les rivières garnies de chercheurs d'or, les immenses séquoias et le tourisme qui se base autour, les saloons et les communautés majoritairement masculines, la ville portuaire de San Francisco, bref les lieux ont toute leur place dans cette histoire et retranscrivent à merveille les sentiments des personnages. 

🍎🏞🍏

C'est un bon roman, qui nous plonge à l'époque du dénuement et de la patience (on y regarde les pommes pousser sur les arbres). Bien écrit, il manque toutefois de suspense quant aux drames qui arrivent. 
J'ai bien aimé et je le recommande à ceux qui aiment la nature et l'histoire des Etats-Unis. 

7/10

dimanche 22 mars 2020

Dolores Claiborne, Stephen King

Quatrième de couv' : « Je suis qu’une vieille femme avec un mauvais caractère et une langue encore pire, mais c’est ce qui arrive, le plus souvent, quand on a eu une vie mauvaise. »

Tout le monde à Little Tall connaît Dolores Claiborne. Mais on ne sait toujours pas si l'accident qui a provoqué la mort de son mari il y a trente ans était réellement un accident. Aujourd'hui, elle est de nouveau soupçonnée : on vient de découvrir le cadavre de la riche et sénile Vera Donovan, dont elle était la gouvernante depuis des décennies.
Dolores n'a désormais plus le choix : elle doit passer aux aveux. Pourtant, ce qu’elle raconte est très différent de ce qu’on aurait pu imaginer. Beaucoup plus noir, beaucoup plus terrible…
Une héroïne poignante, l'une des plus bouleversantes de Stephen King.


Mon avis : Stephen King est un auteur que j'ai commencé à découvrir en 2013, avec sa duologie dystopique "Dôme". Depuis j'aime bien en lire un ou deux par an. Je n'avais jamais entendu parler de Dolores Claiborne sur Booktube ou Bookstagram, avant de tomber sur ce livre dans mon supermarché en Décembre. Ce qui m'a motivée à l'acheter, c'est la dernière phrase du résumé. Mais je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait. 

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J'ai dévoré et adoré ce roman. On est nombreux à aimer ce sentiment d'être surpris et complètement envoûté par un roman, ça n'arrive pas souvent et pour moi ça a été le cas avec celui-ci. Un vrai plaisir !

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Dolores Claiborne vit sur Little Tall Island depuis toujours. Elle y a fait du ménage pendant de nombreuses années, avant d'être engagée comme gouvernante par Vera Donovan, une femme riche, possédant une résidence secondaire sur l'île avant de s'y installer définitivement dans les années 60. 

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Cette histoire se présente sous la forme d'un long monologue, durant lequel Dolores raconte son expérience de gouvernante auprès de Vera, vraisemblablement diminuée par la maladie au cours de ces dernières années. De fil en anguille, Dolores lève le voile sur les secrets qui ont régi sa vie. 
Elle parle de Vera, de son sale caractère, ça commence doucement, avec une forme de légèreté dans le propos, puis ça s'assombrit quand Dolores commence à évoquer sa situation familiale. Tout vire au tragique, dans une magnifique montée en puissance. Ça s'apaise et on se croit sorti des noeuds de ces existences, mais l'auteur n'en a pas fini et nous assène de nouveaux rebondissements, avant de finir par un petit happy end qui en dit long sur la personnalité de Dolores. 

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Ce roman, comme tous les romans de King, est évidemment classé dans le rayon Policier - SF - Fantastique, alors qu'il s'agit d'un contemporain noir et sombre. 
La structure narrative est intéressante grâce au monologue et aux rebondissements, bien que ce soit plutôt classique. C'est peut-être ça qui fait que ce n'est pas un coup de coeur pour moi : ça reste un poil conventionnel et ça peut manquer de suspense. On sait d'avance ce qu'il s'est passé, mais on lit pour savoir comme ça a eu lieu et finalement c'était assez facile à deviner.

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Quels portraits ! J'ai au départ terriblement détesté Vera Donovan, mais peu à peu mon avis sur elle a changé. Quant à Dolores Claiborne, je la trouve pleine de qualités. Ce n'est pas une femme qui cherche à plaire, elle est très sérieuse et travailleuse. Mais elle a un tel courage, une telle force et une générosité sans faille à l'égard de ses enfants, qu'on ne peut que saluer ses gestes. 

⋯⨳⋯

C'est un roman qui, à mon avis, se veut féministe. Par moments je me suis demandé si c'était bien Stephen King qui l'avait écrit, parce qu'il dépeint si bien ces deux femmes et puis on n'est ni dans du fantastique, ni dans de la science-fiction, mais dans la violence du quotidien. 
King a su me faire pleurer, car bien que je m'attendais à une certaine révélation (il avait laissé divers indices en ce sens), la façon qu'a Dolores de nous le révéler, m'a fait monter les larmes aux yeux. 
J'ai l'impression qu'il a dressé un portrait psychologique avec une grande finesse pour nous faire découvrir Dolores et Vera. L'une n'est rien sans l'autre, c'est peut-être ça qui fait tout le sel de ce roman. 

⋯⨳⋯

Une histoire que j'ai vraiment aimé. Je recommande ce livre si vous voulez lire un portrait de femmes fortes. 

9/10 

samedi 21 mars 2020

Persuasion, Jane Austen

Quatrième de couv' : La très jeune Anne Elliot s’est laissé persuader de rompre ses fiançailles avec Frederick Wentworth, ce dernier n’étant ni assez riche ni assez titré. Il lui faudra traverser plus de sept années de douloureuse inexistence – long automne où elle pense à jamais rester enfermée – avant qu’une seconde chance lui soit offerte.
C’est ce bonheur, inattendu et complet, survenant après qu’on l’a cru à jamais perdu, qui fait de Persuasion, dernier roman achevé de Jane Austen, en général jugé comme mélancolique, un livre au contraire profondément satisfaisant, un rêve d’accomplissement en forme de revanche sur la vie.



Mon avis : J'avais acheté ce roman en 2014, à une époque où j'étais intriguée par les romans de Jane Austen. Je l'avais laissé dans ma PAL "pour plus tard", repoussant toujours la lecture. Après avoir vu plusieurs critiques disant que c'était son meilleur roman, j'ai décidé de me lancer dans la lecture. D'autant plus qu'au début du mois j'ai lu Lady Helen, qui se situe à cette même époque (début du XIXè siècle) et que j'ai remarqué avoir bien aimé cette période historique.

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Je ne vous réserve aucun suspense, je me suis fait ch*er. J'ai trouvé que c'était inintéressant et rempli de causeries à propos de qui a le droit de rendre visite à untel, mais oh, unetelle n'a pas le droit de se rendre chez machin. ARGH ! En fait, ce corset d'obligations m'a agacée, et je me dis qu'on est bien chanceux de ne pas avoir perpétué ces règles aristocratiques à la mords-moi-le-noeud.
Leurs problèmes liés aux convenances sociales m'ont irritée, on dirait qu'ils s'inventent des problèmes et y penser occupe leurs esprits pour la journée. Quel ennui !
Et il va falloir m'expliquer l'arc narratif de M. Elliot et Mme Clay, parce que je n'y ai rien compris du tout.

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Il y a des dizaines de personnages et j'ai eu du mal à comprendre quels étaient leurs liens. Eclairez ma lanterne car je n'ai toujours pas compris qui était Lady Russell vis-à-vis d'Anne Elliot ?
En plus, la grande majorité d'entre eux ne présente aucun relief, ils sont insipides, sans caractère, excepté Mary, l'une des soeurs d'Anne, mais qui est réellement insupportable.
Comment on s'y retrouve en tant que lecteur si on ne peut même pas leur coller des qualités ou des défauts ?

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Que c'était lent et lourd ! Entre les moments totalement inintéressants (du style machin rend visite à la famille Bidule) et le peu de sentiments qui se dégagent entre les personnages d'Anne et de Frederick, je me suis ennuyée. Je voulais de la romance, j'ai eu du blabla, de l'introspection, mais pas d'amour.
L'autrice compose dans un style très narratif, avec très peu de dialogues ou même de descriptions de paysages. J'aurais aimé lire les balades à Bath, plutôt que des comptes-rendus de rencontres au salon entre les personnages.

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Oui j'ai craqué pour la lettre du Capitaine Wentworth, qui a enfin fait palpiter mon coeur, mais l'attente a été très longue ! Et les pages qui ont suivi se sont montrées tout aussi ennuyeuses que le reste de l'histoire.

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C'est un roman qui n'était pas fait pour moi. Je ne suis pas fan de Jane Austen (même si j'ai lu 4 de ses livres), mais ce roman-ci manque d'actions et de rebondissements.
Franchement j'ai plus eu l'impression de lire un roman sur les règles aristocratiques qu'une romance. Certains diront que Jane Austen dénonce ces conventions sociales, personnellement j'ai le sentiment qu'elle ne fait que les retranscrire, il n'y a aucune ironie dans ses propos, ce roman manquant d'humour ou de distance.

3/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 18 mars 2020

Salomé et les femmes, de parole, 2. Défendre son nom, Nathalie Charles

Quatrième de couv' : Il n’est pas facile de présenter une femme de parole telle que Rosa Parks quand on est en 6è…
Mais Salomé trouve des idées spectaculaires pour faire son exposé dans le grand amphithéâtre, sous les yeux de centaines d’élèves et de ses copines du "Black power".
Se reconnaîtront-ils dans le slogan : « Au collège Rosa-Parks, tout le monde a sa place ! » ? Pourquoi certaines élèves sont-elles plus populaires que d'autres, en maniant savamment mensonges et rumeurs ? Comment cohabiter dans le respect, alors que le harcèlement et les bullshits peuvent vous atteindre de toutes parts ?
Heureusement, les femmes de parole inspirent beaucoup de copines et de copains !


Mon avis : J'ai enchaîné le tome 1 (voir l'article précédent) avec le tome 2 qui n'est pas beaucoup plus long.

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Dans ce second tome, Salomé prépare son discours pour convaincre les élèves de son collège de voter pour le nom qu'elle aimerait lui voir attribué.
Les vacances de la Toussaint se finissent et sa petite cousine lui dit que ce n'est pas très fun comme discours. Salomé doit donc trouver une autre idée pour rendre son passage sur scène plus convaincant. Mais elle est une nouvelle fois confrontée aux mesquineries de camarades malveillants. Heureusement toujours bien entourée, Salomé va réussir à s'affirmer une fois de plus et défendre son honneur en faisant la lumière sur des événements afin de montrer la vérité.

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J'ai peut-être un peu moins apprécié que le premier tome. J'attendais d'en savoir un peu plus sur les personnages secondaires, comme les deux amis de Salomé, Emma et Théodore, alors qu'on se concentre surtout sur la présentation de Salomé ou son voeu de prouver qu'elle n'a pas menti.
L'un des autres personnages secondaires dont on entend beaucoup parler dans ce tome, est Capucine. Ce tome nous permet de la découvrir sous un autre jour, et on peut ressentir un peu de pitié pour cette jeune fille qui s'invente tout un monde. J'ai bien aimé que son personnage soit un peu plus complexe que ce que l'on pourrait croire au premier abord.

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Salomé n'est pas du genre à se laisser faire, surtout quand on invente des mensonges pour la décrédibiliser. Elle est par contre naïve par moments, ce qui donne lieu à des montagnes russes d'émotions que ses parents doivent l'aider à gérer. Dans ces moments-là, on voit encore la petite fille qu'elle est.
Une nouvelle fois, l'autrice dépeint les relations familiales et même fraternelles à travers les personnage adolescent de Félix et de pré-adolescente qu'est Salomé.

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A la fin de ce livre, l'autrice a pris la peine de faire une petite bio sur les femmes qu'elle a citées en en-tête de chapitres. C'est assez cool et ça donne envie de se renseigner sur ces femmes.

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Un second tome dans la continuité du premier. Je ne sais pas si il y aura d'autres tomes, si c'est le cas, je continuerai à lire l'année de 6è de Salomé.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

Salomé et les femmes de parole, 1. Trouver sa place, Nathalie Charles

Quatrième de couv' : Salomé entre en 6è, dans un tout nouveau collège. Rêveuse, amoureuse des mots grâce à sa mère traductrice, inventrice d’interviews imaginaires, elle est qualifiée d’« intello » par certains. Timide, elle sait réagir face à l’injustice. Sa grande rivale en classe est Capucine, déléguée et initiatrice de rumeurs. Bientôt, Salomé relève un défi : proposer un nom pour le collège. À cette fin, elle doit être parrainée par un professeur et faire un exposé devant ses pairs pour les convaincre de voter en sa faveur. Capucine se lance aussi dans ce défi. Quelle personne célèbre va choisir  Salomé ? Dans ce collège, parmi tous ses camarades, saura-t-elle trouver sa place ?


Mon avis : J'avais repéré ce roman à sa sortie en mai 2019, mais je n'avais pas pris la peine de l'acheter. Ayant vu l'autre jour que le tome 2 était sorti aussi, je me suis dit que j'allais prendre les 2 d'un coup et que j'allais les enchaîner, vu qu'ils sont courts et adaptés pour les 8-10 ans (ce que je lis assez peu, c'est la tranche d'âge pour laquelle j'ai souvent du mal à conseiller).

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Je vous ai mis le résumé de l'éditeur, qui est plus détaillé et plus parlant que la vraie quatrième de couverture, qui parait super attractive avec l'accumulation de noms de femmes célèbres qui ont eu un impact sur nos sociétés, mais qui ne raconte pas tellement l'histoire s'y déroulant.

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J'ai beaucoup aimé ce roman et j'aurais adoré le lire quand j'étais âgée de 10-11 ans. Il montre les angoisses qu'on peut avoir à cet âge-là : l'entrée en 6è avec la peur de la nouveauté, la crainte que les parents divorcent, la place qu'on occupe au collège. Il traite avec beaucoup de bienveillance et de bons conseils ces moments qu'on redoute, tout en montrant que les choses peuvent bien se passer lors de cette étape de la vie si on est bien entouré.

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L'autrice développe un sujet intéressant : le regard des autres et les moqueries. Salomé est une petite fille mature et intelligente, mais vue par ses camarades comme "l'intello", parce qu'elle lève la main quand elle connaît la réponse, parce qu'elle a une bonne moyenne, etc.
Lors d'une dispute avec une autre élève, Salomé prend son courage à deux mains et renvoie à leurs contradictions ses adversaires, après qu'ils l'aient une nouvelle fois appelée "l'intello".

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L'ambiance bienveillante qui règne dans ce roman est amené par un noyau dur de personnages qui gravitent autour de Salomé : sa famille est très présente (ses cousins, sa grand-mère, son frère et ses parents) ainsi que ses amis (notamment Emma et Théodore). Tous l'aident à se frayer un chemin au collège. Elle arrive peu à peu à s'affirmer au sein de sa classe.
La fin du premier tome annonce ce qui aura lieu dans le second : Salomé devra défendre devant tous les élèves le nom qu'elle aimerait donner à leur collège, un bon moyen de s'affirmer encore plus pour cette jeune fille de 6è.

✾❃✾

C'est un roman très agréable à lire. On s'y sent bien. L'autrice traite de diverses problématiques qui peuvent toucher les pré-ados pour qui le passage de l'école primaire au collège peut s'avérer difficile, même quand ils sont de bons élèves.
De plus, l'autrice met en avant des hommes et des femmes qui ont oeuvré à rendre notre monde meilleur et plus juste, amenant les lecteurs à découvrir que c'est grâce aux actions des citoyens que le monde change.

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 17 mars 2020

Evasion, Benjamin Whitmer

Quatrième de couv' : 1968. Le soir du nouvel an, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, dans le Colorado. Les radios crépitent, lancent l’alerte. Une véritable machine de guerre se met en marche et embrase les habitants de la petite ville. Gardiens de prison et flics, journalistes et vieilles connaissances, tous se joignent à la chasse à l’homme. Séparés, les évadés suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable. Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin.


Mon avis : L'un de mes frères m'a offert ce roman pour mon anniversaire. Je lui avais filé une liste des Totem Gallmeister que je n'ai pas, et il en a donc choisi un qui me faisait vraiment envie.
Comme ma PAL de 2020 comporte déjà 27 titres, je ne veux pas laisser les livres s'entasser sans les lire.
Samedi dernier j'ai commencé la lecture de ce roman. Complètement à fond, j'en ai lu 40%. Mais après l'annonce du confinement, j'ai eu du mal à m'y remettre. (Rester chez soi ne change pas grand chose à mes habitudes, mais c'est plus facile quand c'est choisi et voulu que quand c'est imposé.) 

▰⚫︎▰

Evasion est un roman choral, puissant, noir, rugueux, trash.
La préface de Pierre Lemaître qui ne dévoile rien de l'intrigue, permet de se préparer psychologiquement à ce qui nous attend avec cette histoire.  
Le roman commence par une scène glauque. Douze hommes se sont évadés de la prison d'Old Lonesome, au Colorado. Les gardiens de la prison se lancent sur leurs traces, lors d'une nuit terrible entre montagnes enneigées et blizzard. 

▰⚫︎▰

Attention pour celles et ceux que ça dérangerait : c'est un véritable concours de b*tes entre hommes dans ce roman. On est sur du complexe de virilité pour certains personnages. A travers les dialogues, parfois un peu tirés de films d'actions (et donc pas toujours très crédibles), on perçoit la supériorité de certains types qui ne valent pas grand chose sans leurs armes. Ici, les armes sont omniprésentes (l'auteur n'est pas pro-gun mais possède chez lui des armes "pour se protéger"). 
Par ailleurs, il y est question d'hommes de retour du Vietnam, une guerre qui a bouleversé la société américaine et en a rendu plus d'un fou. 
Le style est très cru. Fluide, mais hyper trash. Il n'y a pas un chapitre sans effusion de sang, ou de coup de poing dans la figure. 

▰⚫︎▰

J'ai adoré le début de l'histoire, le début de la traque qui nous tient en haleine, la façon dont l'auteur nous présente les personnages à travers leurs actions. 
Ancrant ses personnages dans le présent de la traque, on ne sait pas grand chose de leur histoire. L'auteur distille quelques éléments du passé de certains personnages, nous permettant d'éprouver un peu de compassion pour ces types.

L'auteur dresse un portrait de personnalités d'Américains vivant dans une misère sociale importante : des détenus blancs racistes qui veulent juste s'éloigner le plus possible d'Old Lonesome, des gardiens de prison (racistes aussi) persuadés de protéger leur ville à l'aide de leurs armes et d'une dose d'amphétamines, un grand noir mécanicien qui dévore des livres et cite les philosophes, la cousine d'un détenu qui a vécu la dégénérescence de son ex-mari, deux journalistes dont l'un est persuadé de tenir l'histoire de l'année, quand l'autre perd toute innocence face à la brutalité des hommes. 

▰⚫︎▰

Il y a des phrases qui percutent : "Ce monde n’est pas fait pour que vous vous en évadiez. Ce monde est fait pour tenir votre cœur captif le temps qu’il faut pour le broyer." Contrairement aux personnages, on ne vit pas une traque, mais comme eux, on ne voit que l'inéluctabilité de nos vies. L'auteur a cherché à montrer que le social est une prison. Il parle de la condition humaine avec des personnages d'une brutalité sauvage. 
J'ai eu un coup de coeur pour la dernière phrase de ce livre, qui en dit long sur la vision de la vie par l'auteur : "Parce qu'on survit. C'est tout ce qu'il y a. Il n'y a rien dans ce monde qui vaille qu'on vive pour lui, mais on le fait quand même. On n'y pense pas, on se contente d'avancer. On survit et on espère seulement qu'on pourra s'accrocher à un bout de soi-même qui vaille qu'on survive."

▰⚫︎▰

Ce que je pourrais reprocher à ce livre, c'est de laisser échapper des détails, sans les creuser. J'aurais aimé en savoir plus sur cette ville qui "appartient" au directeur de la prison, en savoir plus sur la maladie du compagnon de Dayton, ou sur la personnalité de Jim, j'aurais aimé comprendre pourquoi il est si rejeté alors qu'il a pourtant l'air d'un type droit dans ses bottes. 
Peut-être que dans la précipitation de la cavale, l'auteur omet de nous révéler des explications sur des personnages, ce qui nous aurait permis de comprendre pourquoi ils agissent ainsi. 
Il y a aussi beaucoup de personnages que j'ai eu du mal à distinguer, surtout parmi les gardiens de la prison, qui agissent et réagissent tous selon le même mode. 

▰⚫︎▰

C'est une lecture littéralement à l'opposé de ma vie, et j'adore. J'aime lire des choses comme ça, brute et bien écrite. J'aime lire sur cette Amérique sombre, amère, loin du "rêve américain" qu'on nous vend à l'écran. Je ne vois pas quelle autre maison d'édition aurait pu publier ce roman, tellement ça correspond à l'identité de la maison Gallmeister. 

8/10 


samedi 14 mars 2020

En apnée, Meg Grehan

Quatrième de couv' : Je sais beaucoup de choses
Je sais que j'ai un drôle de prénom
Que j'aime le mauve
Et les sciences et les livres
Je sais que j'ai peur des clowns et des zombies
Il n'y a qu'une seule chose
Tout au fond de moi
Que je ne sais pas expliquer
C'est une sensation légère
Qui n'arrive que quand
Je regarde
Chloé



Mon avis : J'ai acheté ce livre pour sa couverture et parce que j'avais lu 2 ou 3 avis comme quoi c'était vraiment bien. Acheté il y a 2 jours, sans l'avoir feuilleté, mais étant très court, j'ai voulu le commencer de suite.

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Et... c'est écrit en vers. Si il y a un truc que je déteste en littérature, c'est bien ça. Surtout quand ça ne rime pas ! Présenter une histoire en vers libre, c'est risqué, parce que le cerveau est constamment coupé dans la lecture par le retour à la ligne.
Ici, ça peut se concevoir, ça donne l'impression d'étouffer. Vraiment, moi ça me donne une sensation d'angoisse. Et comme c'est ce que ressent la narratrice, Maxime, 11 ans, c'est acceptable (genre le fond, la forme, tout ça tout ça). Cependant, pour la lectrice que je suis, c'est très difficile d'adhérer à un tel style.

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Autre procédé qui me dérange : l'utilisation des rêves ou des cauchemars pour faire sentir au lecteur que la narratrice est angoissée et que jusque dans ses rêves, l'angoisse la rattrape. Y'a pas plus bateau que ce procédé, et vraiment il va falloir arrêter d'inventer des rêves aux personnages dans les romans. Merci.

🐠🐋🐙

Par ailleurs, je n'arrive pas à m'attacher à cette fille. Elle a 11 ans et elle fait très, très gamine. Il faut dire que sa mère l'infantilise : elle lui demande d'ouvrir et fermer la porte d'entrée 5 fois d'affilée pour être sûre qu'elle peut la laisser seule à la maison et qu'elle saura ouvrir la porte. Niveau autonomie c'est digne d'un enfant de 6 ans ça !

🐠🐋🐙

Maxime s'inquiète de tout et culpabilise, même de ce qui ne la concerne pas. Quand elle entend sa mère pleurer, elle croit qu'elle doit la sauver, la protéger. Comme si les enfants devaient réparer les plaies de leurs parents... Heureusement, sa mère lui fait comprendre qu'il n'y a rien de grave à pleurer devant un film, que parfois, ça fait remonter des souvenirs tristes, mais que ça arrive, c'est la vie.

🐠🐋🐙

Autre passage agaçant : Maxime décide de profiter d'une matinée sans école pour se rendre à la bibliothèque afin de trouver des réponses à ses questions. Et plutôt que de dire à sa mère qu'elle veut y aller, elle se rend seule à la bibliothèque, sans la prévenir. Evidemment, la bibliothécaire tombe sur Maxime et appelle sa mère, qui arrive 20 minutes plus tard toute affolée.
1. A quel moment Maxime était en danger à la bibliothèque ?
2. Depuis quand on s'affole quand un enfant de 11 ans suffisamment autonome se rend dans un lieu de culture ?!
3. Pourquoi lâcher ton boulot et te rendre, complètement paniquée, alors que tu es prévenue de l'endroit où se trouve ton enfant et que tu sais pertinemment qu'il n'y risque rien ? Sachant que ta gosse va culpabiliser de te voir paniquée 🙄

Laissons aux enfants un peu d'autonomie, qu'ils apprennent à se débrouiller lors de sorties, plutôt que d'en faire des personnes angoissées par le moindre truc. Sérieusement, d'où viennent tous les TOC de Maxime sinon des angoisses que lui a refilées sa mère !

🐠🐋🐙

Je peine à trouver des éléments positifs à vous présenter puisque je suis en rogne contre ce bouquin. La façon dont il est construit accentue l'angoisse du lecteur qui comprend que c'est celle de Maxime. Je n'aurais pas été surprise qu'il s'agisse d'un livre sur les troubles obsessionnels du comportement, que sur les questions liées à la sexualité et à l'amour.
Je pense que l'autrice a voulu écrire un roman sur l'homosexualité chez les jeunes filles, et par ailleurs c'est intéressant, ça donne de la visibilité au sujet, ça donnera peut-être aussi à des pré-ados le courage d'en parler avec leurs parents.
Mais ce qu'il en ressort pour moi de cette lecture, c'est la thématique de l'angoisse et des troubles qui y sont liés.

🐠🐋🐙

Je pensais lire rapidement ce roman, mais le style en vers libres m'a ralentie. Je vois très bien en quoi c'est un bon livre pour les pré-ados qui se poseraient des questions sur l'amour et la sexualité. Seulement j'ai 30 ans, je viens d'une famille assez ouverte d'esprit et ce livre ne me parle pas à ce sujet, pour moi c'est l'angoisse qui ressort de ce texte, pas l'affirmation de l'homosexualité.

4/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

vendredi 13 mars 2020

Broadway Limited, 2. Un Shim Sham avec Fred Astaire, Malika Ferdjoukh

Quatrième de couv' : Janvier 1949. Six.
Elles sont six à souffler sur leurs doigts quand le brouillard s’attarde sur New York. Avant de se réchauffer dans la cuisine de l’honorable pension Giboulée, où elles partagent aussi leurs rêves fous, leurs escarpins trop pointus et quelques pancakes joufflus.
Un jour, elles seront comédiennes ou danseuses, et Broadway sera à leurs pieds.
En attendant, Hadley, Manhattan, Page, Chic, Etchika et Ursula courent les théâtres, les annonces, les auditions, les cachets – New York est une ville fabuleuse à condition d’avoir des sparadraps dans son sac. Elles ont 19 ans ou à peine plus, et elles donneraient tout pour réussir, elles qui n’ont rien, en dehors de leur talent. Cela peut-il suffire dans cette Amérique d’après-guerre qui ne fait pas de cadeau ? Pas sûr. Mais si elles n’y croient pas, si elles n’y croient pas scandaleusement, qui y croira ?


Mon avis : J'ai voulu enchaîner avec le tome 2 à la suite de ma relecture du tome 1. Je crois que je vais abandonner mon idée de finir mes sagas en cours ce mois-ci, parce que généralement je perds tout entrain à la lecture du 2è livre à lire... C'est déjà arrivé quand j'ai dû lire le tome 3 de Lady Helen dans la foulée du second.
Autant c'est agréable de se dire qu'on a fini une saga, qu'on n'a rien oublié entre deux tomes, autant ce n'est pas évident de digérer 2 longs livres à la suite. Je pense que ça a eu un impact sur ma lecture, que je n'avais pas vraiment envie de reprendre...

◌◙◌

Dans ce second tome, entre Janvier et Mars 1949, nous sommes toujours à New York, à la pension Giboulée. Une nouvelle fois, nous retrouvons Jocelyn, Chic, Hadley, Manhattan et les autres.
Dans ce tome-ci, l'autrice prend le temps de développer le personnage de Charity, l'une des jeunes bonnes de la maison ainsi que de dévoiler le passé d'Artemisia, "Le vieux Dragon".

◌◙◌

Ce que je reproche à ce second tome, c'est toujours le (trop !) grand nombre de personnages et le fait que je ne les distingue pas toujours. Pour moi, les filles sont toutes les mêmes et ne se définissent pas par des traits de caractère mais plutôt par leur métier ou un élément de leur vie. Par exemple, Manhattan, c'est la danseuse aux lunettes, fille cachée d'Uli Styner. Ou Hadley est celle qui a un enfant et qui court partout sans jamais se poser deux secondes. Page fait du théâtre. Chic, des publicités.
A toutes ces filles, s'ajoutent dans ce tome, des hommes. Et là... et bien ça devient de plus en plus compliqué de les visualiser eux aussi !


Et puis, tout le monde se croise. Comme si New York était un village de 100 habitants, ça manque de crédibilité ! Si on s'en était tenu à Hadley et Arlan, Chic et "Whitey", j'aurais pu y croire. Mais Hadley connaît le petit-fils d'un type qu'Artemisia a aimé plus jeune. Manhattan qui avait engagé un détective privé, nommé Scott Plimpton, est aussi un type avec qui Jocelyn discute d'amour sur un banc de Central Park.


Il y a aussi les dialogues... qui ne sonnent pas tellement naturels. On sent que c'est de la repartie qu'on n'aurait pas dans la vraie vie, que c'est trop réfléchi. Tout comme le style de l'autrice, qui est certes original, mais sérieusement, pourquoi se casser la tête à écrire : "Là-haut, la lune hésitait entre aller piquer un petit-four au buffet, ou une tête dans la piscine allumée de bleu" ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi faire autant de métaphores, avoir recours à autant d'images toutes les deux-trois phrases ?!


Et que dire à propos de tout ce name-dropping ? Je fais une indigestion de personnalités qu'on voit aux quatre coins de cette histoire. Oui ça donne une idée des gens connus de l'époque, mais j'ai l'impression de louper un millier de références ! Parce qu'il n'y a pas que le name-dropping, mais aussi des éléments propres à l'époque, des références culturelles, que je ne saisis pas toujours et ça agace. (d'ailleurs à en croire cette histoire, tout le monde écoutait du jazz en 1949... humpf !)


Par ailleurs j'ai eu l'impression que l'histoire était plus sérieuse que dans le premier tome. Selon moi, ce tome était moins léger, moins insouciant que le premier. Le rythme est peut-être aussi plus lent et on n'a pas l'impression d'avancer beaucoup.

◌◙◌

Alors oui, j'aime l'ambiance de ce roman, j'adore la période dans laquelle on se trouve, ça change ! L'autrice montre du doigt des thématiques qui ont ébranlé les Etats-Unis à ce moment : la ségrégation, l'antisémitisme, la "chasse aux sorcières" communistes, le racisme anti-Japonais, etc. Et ça me semble important de parler de tout cela, d'ancrer les personnages à travers ces événements qui ont marqué l'Histoire.

Comme lors du premier tome avec l'aparté sur Hadley, ici encore j'ai adoré l'aparté sur Artemisia. Je regretterais presque que l'autrice n'en ait pas fait sur deux personnages à chaque tome.

J'aime suivre les destinées qui se déroulent sous mes yeux et j'ai des attentes très fortes concernant certains personnages et leurs possibles retrouvailles. Il est évident que je lirai le 3è tome.

◌◙◌

Un second tome moins léger, où les personnages continuent à faire leur vie. C'est intelligent, vif et entraînant. Cependant, il reste des points qui m'empêchent d'adorer totalement ma lecture. 

6/10 


samedi 7 mars 2020

Lady Helen, L'ombre des mauvais jours, Alison Goodman

Quatrième de couv' : Bath, décembre 1812...
Lady Helen prépare son mariage avec le duc de Selburn, mais son esprit est ailleurs : sa mission de Vigilante Suprême n'est pas encore accomplie. Cette double vie met Helen au supplice. Non seulement elle doit résister à ses sentiments pour le charismatique Lord Carlston, mais elle doit aussi maîtriser ses nouveaux pouvoirs. Et la confrontation finale avec leur grand ennemi, l'Abuseur Suprême, est imminente...


Mon avis : Suite à ma lecture du second tome de Lady Helen, j'ai voulu rester sur la même saga afin de la finir. J'ai donc lu 1248 pages en l'espace d'une semaine. C'est beaucoup ! Peut-être trop...
(Attention spoilers !)

❧□☙

Ce troisième tome clôt (en principe) les aventures de Lady Helen, mais je ne serais pas étonnée que l'autrice trouve de la matière pour continuer la saga.
J'ai tout de même moins aimé ce dernier tome que le précédent.
Dans celui-ci, Lord Carlston et Lady Helen doivent faire face à l'Abuseur Suprême, mais la jeune femme doit aussi préparer son mariage avec le Duc de Selburn, auquel la Reine assistera.

❧□☙

Le côté historique est peut-être plus présent dans ce tome, délaissant le côté aventure.
Au début du roman, Lady Helen apprend à maîtriser ses pouvoirs, tout en se lançant dans ses préparatifs de mariage. Elle vit avec Lady Margaret et les autres à Bath. Mais très vite, l'ensemble de la troupe déménage à Chenwith Hall, le domaine de Lord Selburn, où son frère et sa tante arrivent en avance pour assister au mariage, compromettant les plans d'entraînement de Lady Helen et Lord Carlston. Puis ils bougent de nouveau chez Lady Dunwick et reviennent enfin à Chenwith. J'ai trouvé ces multiples déménagements lourds, ralentissant l'intrigue.
Vers le milieu du roman, une première bataille a lieu. Soulagée de voir qu'on en avait fini avec la fantasy, j'en attendais beaucoup de la romance. Lady Helen est tiraillée entre ses devoirs et ses envies. Le mariage arrive, elle épouse le Duc de Selburn. Mais il reste encore 150 pages à découvrir !
L'autrice a donc choisi de remettre une dose d'aventure et de fantasy avant de conclure. Et c'est là qu'elle m'a perdue, sa description des batailles est mauvaise. Si j'ai apprécié le rebondissement, la scène de bataille était bien trop longue, manquant de rythme ou de tension. Les personnages perdaient du temps à discuter au lieu de sauver des vies. De plus, j'ai vraiment eu du mal à imaginer les séquences, comme pour le tome précédent, il est très difficile d'écrire des scènes d'action, on a forcément une impression de lenteur.
La fin, qui aurait pu s'illustrer par l'apothéose de la romance, manque clairement son but, car le côté romantique est rapidement expédié, au prétexte d'une ouverture pour un éventuel prochain roman.

❧□☙

J'ai tout de même apprécié cette histoire, mais les personnages m'ont semblé moins attachants, peut-être parce qu'ils étaient trop nombreux et qu'on passait d'un lieu à l'autre bien trop souvent. Les rebondissements de la fin remettent en perspective l'histoire, le caractère et les projets de certains personnages. Il faudrait éventuellement relire la saga complète à la lumière de ces révélations, car je ne suis pas certaine que tout se tienne vraiment. Certaines révélations m'ont paru tirées par les cheveux ou trop complexes...

❧□☙

Je n'ai pas apprécié que des personnages importants de l'histoire aient pris la forme qu'ils ont prise. Le petit groupe vivant tous ensemble à Brighton dans le tome 2, se dissout vers le milieu du tome 3 et leurs interactions se font plus rares. On se concentre surtout sur Lady Helen, Lord Carlston, Darby, Mr Quinn, Sprat et le Duc de Selburn.

❧□☙

J'aurais aimé voir plus de Lord Carlston et Lady Helen ensemble. J'aime énormément ce tandem mais je n'apprécie pas toujours la façon dont Carlston est dépeint : son côté austère et sévère méritait d'être assoupli dans ce dernier tome, le faisant évoluer aux côtés d'Helen, qu'il côtoie maintenant depuis un moment. L'autrice a voulu en faire une copie de Mr Darcy de Jane Austen, mais ça le rend parfois antipathique à mes yeux.

❧□☙

Lady Helen en revanche a énormément évolué depuis le premier tome. Il me semble qu'il s'est passé environ 1 an et demi entre la découverte de ses pouvoirs de Vigilante et la fin de ce dernier tome. J'ai l'impression de voir une véritable femme, sûre d'elle, libérée des carcans de son époque. Malgré toutes les atrocités qui arrivent à son groupe d'amis, c'est elle qui s'est vraiment épanouie en devenant une Vigilante.

❧□☙

J'ai à nouveau bien aimé le contexte historique : la période de la Régence est très intéressante et l'autrice a fait un remarquable travail de recherches afin de situer son histoire dans un décor bien particulier.
Néanmoins j'en ressors avec une forme d'agacement : les 150 dernières pages étaient poussives, l'histoire prenant une direction qui ne m'a pas forcément plu. Je pensais quitter l'histoire à regret et finalement les personnages ne me manqueront pas.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 3 mars 2020

Lady Helen, Le pacte des mauvais jours, Alison Goodman

Quatrième de couv' : Brighton, été 1812...
Chassée par son oncle, lady Helen a trouvé refuge dans la station balnéaire à la mode. Déguisée en homme, elle s'entraîne avec lord Carlston à développer ses étranges pouvoirs. Lorsqu'au cours d'une soirée mondaine elle croise le duc de Selburn, Helen se retrouve au cœur de la rivalité entre les deux hommes. Mais ses propres sentiments ne pèsent guère au regard des intérêts du Club des mauvais jours. L'un de ses membres éminents est venu lui confier une mission très délicate...


Mon avis : Il y a environ 2 ans j'avais découvert le premier tome de Lady Helen, qui m'avait laissé un souvenir agréable.
Pour tout vous dire, je croyais avoir eu un coup de coeur alors qu'en relisant mon article de 2018 aujourd'hui, je m'aperçois que ce n'en était pas un. L'histoire m'était restée en mémoire, ce qui n'arrive pas souvent !
J'avais acheté ce second tome en septembre 2018, mais je n'avais pas eu le temps de le lire depuis son achat, pensant que ça me prendrait une bonne semaine de lecture. En réalité, j'ai fini la lecture en 3 jours. Comme ce mois-ci, je me challenge en lisant les sagas que j'ai commencées et jamais finies, j'ai choisi de commencer Mars avec les pavés de ma PAL. 
(Attention spoilers !)

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Comme il s'agit d'un second tome, l'histoire met moins de temps à s'installer. Nous avions quitté Lady Helen en partance pour Brighton, accompagnée de Lady Margaret et Mr Hammond. C'est dans leur résidence d'été qu'elle suivra des cours afin de parfaire sa formation de Vigilante avec Lord Carlston. Les menaces sont nombreuses : il pourrait exister un Abuseur Suprême. Par ailleurs, le Ministère de l'Intérieur, par le biais de Mr Pike, exige que Lady Helen et Mr Hammond mettent la main sur un journal rédigé par Benchley, le Vigilant mort (tué ?) dans le précédent tome. Mais évidemment ils ne sont pas les seuls à vouloir mettre la main sur ce journal tant convoité, qui contient des secrets sur les Abuseurs, les Vigilants ou les Irréveillables.

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Ce que je reprocherais à ce tome, c'est son manque de rebondissements durant une bonne partie du roman, entre le début et le milieu, quand l'autrice ajoute intrigue sur intrigue, mais qu'aucune n'est résolue dans l'immédiat. Du coup, on a l'impression d'un sac de noeuds, avec des problèmes insolubles, et de faire du surplace. Il faut attendre d'avoir bien dépassé la moitié du roman pour voir les choses se résoudre. C'est dommage de ne pas avoir résolu plus vite une ou deux intrigues, nous donnant l'impression que l'histoire avançait et que Lady Helen pouvait garder espoir.

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Malgré tout, ce second tome ne manque pas d'entrain, on n'est plus dans la présentation des personnages ni de l'époque comme dans le premier tome. On est dans le vif du sujet : il y a des Abuseurs et des Vigilants dans ce monde, et tout le monde veut mettre la main sur le journal de Benchley. Comme ce journal a des propriétés issues de l'alchimie, par moments ça m'a fait penser au journal de Tom Jedusor dans Harry Potter. L'autrice ne renouvelle pas totalement le genre de la fantasy, mais pour des gens comme moi, qui en lisont très peu, ça donne une quête accessible aux personnages. Ça donne du mystère et un petit côté enquête aussi.

Ce tome contient plus de tension, que ce soit dans la recherche du journal, mais aussi l'ambiance qui s'assombrit, avec la "maladie" de Lord Carlston.

Il y a plus d'actions vers la fin, presque trop, car l'autrice développe en longueur une scène de bataille et ça, je dois dire que pour nous faire imaginer ce qui se déroule sans nous ennuyer, il faut du talent. Personnellement j'ai trouvé que c'était un peu long et que les personnages passaient parfois trop de temps à discuter au lieu d'agir !

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Au-delà du fait que les aventures de Lady Helen et ses amis me passionnent, j'aime aussi la romance très chaste de cette histoire. Encore une fois, et peut-être de plus en plus, Helen est prise dans un triangle amoureux, entre son désir amoureux pour Lord Carlston, et le duc de Selburn, qui veut à tout prix épouser Helen. Il faut néanmoins avouer que la romance ne représente pas 90% de l'histoire, c'est amené avec subtilité et par petites touches.

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Les personnages sont absolument attachants ! Ça tient peut-être au fait qu'ils vivent quasiment tous sous le même toit, nous permettant de les voir communiquer jour et nuit. Mais je crois aussi qu'ils sont bien dépeints et pour certains plus creusés. J'imagine parfaitement Lady Margaret en petite brune acariâtre et jalouse, Delia en fille frêle aux boucles blondes, pleine d'entrain et curieuse. J'imagine de mieux en mieux Mr Hammond, qui s'affirme à travers son implication auprès de Lady Helen. Même Darby et Mr Quinn prennent plus de place dans l'histoire. Quant à Lord Carlston, même si je peine à l'imaginer physiquement, ses humeurs sont tellement bien retranscrites dans l'histoire que chacun vit au rythme de celles-ci.

Quant à Lady Helen, même si je trouve toujours qu'elle est guindée et manque d'humour (bon faut dire que là, la situation ne s'y prête pas), elle accepte de mieux en mieux son rôle de Vigilante et endosse des habits masculins afin de remplir sa mission. J'ai beaucoup aimé les moments où elle est vêtue en homme, et exprime sa préférence pour ces tenues plus pratiques (mais pas plus confortables !). Par ailleurs, c'est un personnage qui ne prend pas toujours les bonnes décisions, on la sent encore en apprentissage pendant une bonne partie de l'histoire. Mais peu à peu, les choix qu'elle fait en situation de stress sont plus judicieux et ne créent plus de catastrophes !

Et puis il y a encore de nombreux personnages secondaires qui nous permettent de découvrir la société de l'époque : Martha Gunn, la célèbre baigneuse des femmes en villégiature à Brighton, la petite Sprat, fillette aux pieds crasseux qui fait le ménage dans une maison close. Si on a l'habitude de voir nos personnages évoluer dans les hautes sphères, Lady Helen doit aussi mettre les pieds dans une maison de passe, chose totalement impossible pour une femme de la haute société de l'époque. L'autrice met parfaitement en scène ses personnages dans cette société de l'époque de la Régence, avec de nombreux détails historiques.

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Je crois que j'ai plus apprécié ce tome, car l'action et la tension y sont plus présentes que dans le premier. Les personnages sont de plus en plus attachants et forment véritablement un petit groupe qui se soutient, à la manière d'une famille.
J'aime bien cette saga qui me fait sortir de ma zone de confort : je lis rarement de la fantasy, mais j'apprécie celle-ci qui se déroule à une époque à laquelle j'aurais aimé vivre. Par ailleurs, l'autrice développe des thématiques qui font écho à notre époque (en dénonçant l'homophobie ou le regard des gens sur la mixité des couples par exemple).
Clairement j'ai pris plaisir à lire cette histoire et je pense enchaîner avec le troisième tome.

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur