dimanche 5 juillet 2020

La Maison Tellier, Maupassant

Quatrième de couv' : Maison close où règne la vie réglée des habitués, lieu de débauche plein de bienséance bourgeoise, la maison Tellier est comme un deuxième foyer. Un jour, elle ferme « pour cause de première communion »...
À la manière de Toulouse-Lautrec, Maupassant donne une image joyeuse des prostituées. Mais sa nouvelle fit polémique : la scène des prostituées communiant à l'Église choqua. Elle résume pourtant l'opinion de Maupassant, qui, contre l'hypocrisie moralisante, préfère célébrer les pulsions et les passions.



Mon avis : Dans l'idée de parfaire ma culture littéraire, j'ai eu envie de lire cette nouvelle de Maupassant, que je ne connaissais pas. Quand j'étais au collège, puis au lycée, j'ai lu des nouvelles de Maupassant (sans y être obligée) et il restait dans mon souvenir un bon auteur du XIXè siècle, très attaché à la Normandie. Je ne me souvenais pas si c'était très accessible, mais j'imagine que si on le donne à lire aux élèves de 4è ou 3è c'est que ça doit l'être, non ? Ça faisait donc longtemps que je n'avais pas lu d'ouvrages de Maupassant.

◅◎▻

J'ai lu cette nouvelle qui ne fait qu'une quarantaine de pages aujourd'hui. L'histoire ne présente pas une intrigue très intéressante, mais elle ressemble à un tableau de peintre. La Maison Tellier abrite cinq prostituées et la tenancière. A Fécamp, ce commerce fonctionne bien, les marins viennent y boire, les notables du coin y ont leurs prostituées préférées, bref, tout va bien.
Un jour, les cinq jeunes femmes et Madame, partent l'espace de 24h dans un petit village de l'Eure pour la communion de la nièce de Madame.
Sorties de leur maison close, Maupassant nous donne à voir six femmes, qui prennent le train, font la connaissance de la jeune Constance, dont on célèbre la communion, puis retournent à leur vie habituelle. En quelques pages, il dresse une peinture d'un petit monde haut en couleurs.

◅◎▻

Je comprends tout à fait que cette nouvelle ait choquée à l'époque de sa publication : des prostituées dans une église, ce n'est pas très courant ! Mais les gens du village ne connaissent pas leur activité, ils sont persuadés que ce sont des dames de la ville. Toute l'ironie réside dans le fait que même le curé les remercie de leur présence en ces lieux, car grâce à elles, qui se sont émues durant la cérémonie, Dieu a semblé leur tenir compagnie.

Le passage dans le train montre à quel point elles sont pleines de vie. Elles ne savent pas vraiment se tenir et Maupassant se plait à les opposer à deux vieux paysans silencieux et outrés qui n'ont pas l'habitude de voir tant de vie autour d'eux. Mais c'est drôle ! Ça les rend très attachantes.

Visiblement elles vivent très bien leur activité de prostituées, il faut dire que Madame s'occupe bien d'elles dans cette maison close où chacune à sa place. Leur métier n'est pas diabolisé, l'auteur n'hésite pas à montrer que les hommes, de n'importe quel statut, se rendent auprès de ces jeunes femmes pour leur agréable compagnie.

◅◎▻

J'ai bien aimé cette petite nouvelle, elle est facile à lire et très bien écrite. Le sujet est audacieux, mais le traitement qui en est fait, avec un ton très humoristique, rend ce texte brillant.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

samedi 4 juillet 2020

La Princesse de Montpensier, Madame de La Fayette

Quatrième de couv' : Madame de La Fayette devance Racine quand elle montre les ravages de la passion aveugle, celle qui entraîne vers la ruine et la mort.
Au temps des Valois et des guerres de religion, Madame de Montpensier aime ainsi le jeune duc de Guise, bafouant un mari de circonstance ivre de violence. Elle ignore les sentiments qu'elle inspire au duc d'Anjou, le futur roi de France. Avec une férocité inconsciente, elle torture le pauvre comte de Chabannes chargé de l'éduquer, follement amoureux d'elle lui aussi.
Du dépit, de la rage, de la haine, les fureurs sauvages de la jalousie, des assassinats, voilà le portrait de l'amour que Madame de La Fayette peint avec du sang.


Mon avis : J'ai acheté ce livre hier et l'ai aussitôt lu. Vu qu'il s'agit d'une nouvelle qui ne fait qu'une trentaine de pages, ça se lit très vite. Il y a également une préface et une notice sur la vie de Madame de Lafayette, que je lirai plus tard.
J'ai, depuis au moins 2 ans et demi, La Princesse de Clèves dans ma PAL, mais je n'ai jamais osé le sortir, parce que j'ai un peu peur du niveau de langue qu'il pourrait y avoir. Alors je trouvais intéressant de commencer par La Princesse de Montpensier.

⚜️🔹⚜️

Dans cette nouvelle, une très belle jeune fille est mariée au Prince de Montpensier. Elle a toujours été très courtisée, notamment par le Duc de Guise, durant son adolescence. Le contexte est plutôt important, il y a dans le Royaume de France des guerres civiles, le Prince de Montpensier part se battre, laissant sa jeune épouse seule. Elle a un bon ami, le comte de Chabannes, qui est tombé fou amoureux d'elle, et dont elle va se servir au cours de l'histoire. Elle fait la rencontre du Duc d'Anjou, qui évidemment tombe sous ses charmes. Le Duc de Guise est aussi présent et ses sentiments se renouvellent auprès de la jeune femme. Alors va-t-elle céder à la tentation ?

⚜️🔹⚜️

J'ai un avis mitigé qui s'explique aisément : je n'y connais rien à cette période de l'Histoire de France, du coup le contexte était très flou pour moi. Les Huguenots, les guerres de religion, le massacre de la Saint Barthélémy, je dois avouer que je n'y capte rien. L'aspect historique est néanmoins important pour comprendre les jeux de pouvoir en lien avec ces jeux de séduction, et c'est donc à cause de ma propre ignorance que je ne peux pas apprécier le livre à sa juste valeur.

Et puis j'ai un peu levé les yeux au ciel, tant la Princesse de Montpensier est belle et que tous les mecs du coin en tombent amoureux. On est d'accord que c'est super énervant ?! Heureusement elle n'est pas sans défaut, puisqu'elle est indécise, et finit presque par céder à sa passion, dans une scène qui n'est pas loin du vaudeville.

La narration est aussi très dense, il y a peu de dialogues et on n'a pas vraiment le temps de souffler entre les diverses actions des personnages. C'est court et ça va presque trop vite. L'époque est au classicisme et au ton moralisateur, et bon... c'est un peu barbant.

⚜️🔹⚜️

Mais en revanche j'ai bien aimé le rôle endossé par le comte de Chabannes, et à mon avis, c'est lui le vrai protagoniste de cette histoire (il aurait fallu un spin-off de son histoire à lui !). Il est le meilleur ami, le précepteur, il doit rester dans l'ombre et a donc un rôle très ingrat. La Princesse de Montpensier n'hésite pas à se servir de son dévouement pour elle, afin de lui demander d'être le messager des lettres échangées avec le Duc de Guise. Le mec est friend-zoné dès le début le pauvre. Clairement j'ai plus de sympathie pour lui que pour l'ingrate et égoïste Princesse de Montpensier qui ne sait plus où donner de la tête parmi tous ses prétendants. Mais finalement ce qui me déçoit un peu c'est le manque de dimension psychologique. Je pense qu'à cette époque on n'en faisait pas tout un foin, mais en fait ça me manque dans ce genre d'histoire d'amour impossible. Au final je me sens très loin de ces personnages, de leurs déboires, de leur tristesse ou de leurs désirs, et j'ai du mal à m'attacher à eux.

⚜️🔹⚜️

Si mon niveau de connaissances de l'Histoire de France était bien plus élevé, j'aurais certainement plus apprécié les tenants et les aboutissants de ces jeux de cour. Cependant, on est au XXIè siècle et des triangles amoureux (ici on est même sur un pentagone amoureux !) on en a bouffé en littérature depuis 6 siècles... donc ce qui était peut-être original à l'époque, ne l'est pas franchement pour une lectrice de 2020.

5/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

jeudi 2 juillet 2020

Le tireur, Glendon Swarthout

Quatrième de couv' : Au tournant du XXe siècle, John Bernard Books est l'un des derniers survivants de la conquête de l'Ouest. Après des années passées à affronter les plus grandes gâchettes du Far West, il apprend qu'il est atteint d'un cancer incurable : il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Les vautours se rassemblent pour assister au spectacle de sa mort, parmi lesquels un joueur, un voleur de bétail, un pasteur, un croque-mort, une de ses anciennes maîtresses, et même un jeune admirateur. Mais Books refuse de disparaître sans un dernier coup d'éclat et décide d'écrire lui-même l'ultime chapitre de sa propre légende.


Mon avis : J'ai acheté ce livre en novembre 2019 pour compléter petit à petit ma collection des Totem de chez Gallmeister. 
Je pensais le garder longtemps dans ma PAL vu que c'est un roman dans la veine des westerns, ce qui ne m'a jamais trop intéressée. 
En ré-organisant ma bibliothèque, je l'avais sous les yeux tous les jours, ce qui a accru mon envie de le lire. Il n'est pas très long et pour moi, qui ai l'impression d'avoir eu une panne de lecture en juin, c'était l'idéal. 

▪️🔳▪️

J.B. Books a 51 ans. Il est connu dans l'Ouest comme étant "Le tireur". Il parvient difficilement à El Paso ; Books a un cancer de la prostate. Il ne lui reste que quelques semaines à vivre. 

Nous sommes en 1901 et c'est la fin d'une époque : celle du Far West et des cow-boys. Les shérifs veulent des villes calmes, propres et sans règlement de comptes. L'arrivée du Tireur en ville se fait vite savoir. A la pension où il s'est installé, on se presse pour voir le mourant et faire profit de sa mort. Mais Books est décidé à vivre jusqu'à son dernier jour sans jamais se faire avoir. 

▪️🔳▪️

Contrairement à ce que j'aurais pu croire, j'ai bien aimé ce genre de roman. On n'est pas dans du pur western (il n'y a qu'au tout début et à la fin qu'on assiste à des échanges de tir), mais l'auteur nous propose une réflexion sur la vie et la mort. 
Il fait un parallèle non dissimulé entre la fin de l'époque Victorienne en Angleterre : Books lit un journal daté du 22 janvier 1901, faisant état du décès de la Reine Victoria, et la fin des tireurs du Far West, la sienne en fait. 
A quoi va laisser place ce vieux monde ? Au capitalisme, à l'emballement médiatique pour le morbide (il n'y a qu'à voir tous les opportunistes qui tentent de se faire de l'argent sur l'éminence de sa mort). 

▪️🔳▪️

Un narrateur externe nous raconte les dernières semaines de Books. En nous plaçant ainsi, on ne peut que s'attacher au personnage, pourtant est-ce sain d'apprécier un tueur ?
Il tue de sang-froid, avec une précision qui a fait sa réputation. 
On pourrait s'offusquer, comme le fait le personnage de Bond Rogers au début du roman. 
On pourrait s'extasier sur cette star de la gâchette, comme le fait le personnage de Gillom Rogers tout au long de l'histoire. 
On en vient à un entre-deux : cet homme a ses propres lois et n'hésite pas à tuer celui qui se met sur son chemin, sans aucun remords. Mais il est aussi victime de son succès, car celui qui l'abattra entrera dans la légende. Il doit donc se protéger et si il tire, c'est souvent pour se défendre. 
Et sa maladie le diminue. A une époque où seul le Laudanum soulage ses douleurs, on le voit souffrir le martyr et on compatit quand il regrette sa vie de solitaire. Ce personnage est plus touchant que ce qu'on pourrait imaginer à première vue. Comme Bond Rogers, notre avis sur lui évolue.
Le duel, dont on connaît l'issue, est décrit avec une précision chirurgicale (attention pour ceux qui n'aiment pas trop l'hémoglobine, là ça tâche). 

▪️🔳▪️

Un roman que j'ai étonnamment apprécié. Il ne me marquera peut-être pas très longtemps mais il m'a permis de découvrir un nouveau genre (le western). Un personnage sombre qu'on apprend à aimer, mais qui n'a déjà plus sa place dans l'Histoire. Un livre sur la nature humaine dans sa grandeur et sa décadence. 

7/10


lundi 29 juin 2020

La fièvre de l'aube, Péter Gárdos

Quatrième de couv' : 1945, Suède. Jeune Hongrois rescapé des camps, tuberculeux, Miklós a six mois à vivre, et prend une folle décision : se marier et guérir. Parmi les cent dix-sept réfugiées à qui il écrit : Lili Reich, survivante elle aussi. Bravant un monde où le bonheur semble impossible, ils soulèveront des montagnes pour se retrouver...
À leur fils, Péter Gárdos, de conter le roman vrai de cet amour fou. Un roman incroyable et incroyablement beau, où vibrent l’Histoire, terrible, et l’Amour, lumineux.


Mon avis : J'ai acheté ce roman chez ma bouquiniste en Juillet 2017, je suis tombée dessus par hasard. Je n'en avais jamais entendu parler et je l'ai pris parce qu'il était en excellent état, comme si personne ne l'avait lu.
En plus de ça, comme je suis plutôt intéressée par les récits de survivants des camps de la mort, ça tombait bien. Mais le livre est resté dans ma PAL pendant super longtemps, avant que je me décide à le lire. Récemment j'ai eu envie de me remettre à lire sur cette thématique, sur la Seconde Guerre mondiale, sur le nazisme et sur les survivants des camps.

📝🎻🌲

Ce roman est inspiré de l'histoire d'amour des parents de l'auteur. A la sortie des camps, Lili et Miklos sont envoyés dans des hôpitaux en Suède. Miklos décide d'écrire à 117 jeunes femmes survivantes hongroises éparpillées partout en Suède. Huit vont lui répondre, mais c'est avec Lili qu'il va créer un lien indéfectible. A travers un échange épistolaire quasi-quotidien, les deux jeunes gens vont tomber amoureux. Mais soignés par l'état suédois, ils ne sont pas en mesure de se rencontrer ou de se rejoindre aussi vite qu'ils le voudraient. Durant 6 mois, ils vont s'écrire.

Suite au décès de Miklos, l'auteur reçoit de sa mère, Lili, deux paquets de lettres datées entre septembre 1945 et février 1946. Il va alors interroger sa mère sur toute cette période, afin d'écrire dans ce très joli roman, les obstacles d'une histoire d'amour qui aura duré 50 ans.

📝🎻🌲

J'ai eu un peu de mal à me lancer dedans au début. Mais je crois que c'est plutôt dû à un manque de concentration de ma part. Parce qu'une fois que j'ai dépassé la soixantaine de pages, j'étais plutôt contente de retrouver les personnages et de voir comment ils allaient faire pour enfin pouvoir vivre ensemble. Mais je pense que je l'aurais oublié d'ici quelques temps, parce que ce n'est pas une histoire très marquante et incroyable.

📝🎻🌲

Ce livre ne répond pas totalement à mes attentes. Mais il a su me toucher. Je m'attendais à un récit très triste, très graphique de ce qui s'était passé dans les camps de concentration ou d'extermination, mais en fait, l'histoire commence quelques mois après la libération, quand les rescapés ont été envoyés en Suède pour les soigner avant de les rapatrier dans leur pays d'origine. Nous ne sommes pas sans savoir que nombre d'entre eux ont mis des années à se refaire une santé. Certains ont vécu la libération mais leur corps n'a pas supporté l'ingestion de nourriture les jours suivants...
Bref, ce roman raconte surtout une histoire d'amour qui surpasse tous les obstacles. Etant considérés comme malades, les hôpitaux suédois refusent de laisser sortir Lili et Miklos afin qu'ils se rencontrent. Il leur en est donné la permission une seule fois, durant 3 jours, en décembre 1945. Ils sont chacun transférés à d'autres endroits de Suède, dans des baraquements pour se remettre en forme.  Et quand la situation commence à s'améliorer pour eux, on leur met encore des bâtons dans les roues. Pourtant, à force de patience et de ténacité, ils vont finir par se marier. C'était très attendrissant.

📝🎻🌲

Le fait d'intégrer des passages des lettres de ses parents au coeur du récit était une bonne idée. On perçoit alors l'enthousiasme de Lili et Miklos, et à quel point il est facile de tomber amoureux. Par ailleurs ce sont seulement des extraits, ce que je trouve très pudique et bien mieux que si nous avions l'intégralité de chaque lettre.

📝🎻🌲

Pour ce qui aurait pu être intéressant à développer : l'auteur aurait pu accentuer les passages sur le déracinement, puisque ces rescapés ont quand même vécu près de 2 ans loin de leur pays d'origine et qu'au lieu de les y rapatrier directement à l'été 1945, on les a envoyés dans un pays, dont ils ne parlaient même pas la langue. Même si c'était nécessaire de les soigner dans d'excellentes conditions, ça a dû être très frustrant de ne pas pouvoir rentrer chez soi, d'être confinés dans des hôpitaux ou des centres pour rescapés, dont ils ne pouvaient sortir qu'avec une autorisation du médecin et dans un périmètre restreint. Après tout ça, être à nouveau privés de liberté, de liberté de déplacement, ça a dû être très dur et j'aurais bien aimé savoir comment ils l'ont vécu.

📝🎻🌲

Je trouve que pour les survivants des camps de la mort, ce livre, empreint de légèreté, représente un immense espoir. Des pires choses, il subsiste toujours l'amour et l'espoir.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

vendredi 26 juin 2020

Max, Sarah Cohen-Scali

Quatrième de couv' : "19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher."
Max est le prototype parfait du programme « Lebensborn ». Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l'Europe.
Une fable historique fascinante et glaçante. Une lecture choc, remarquablement documentée.


Mon avis : Depuis des années, je souhaitais lire ce livre. Quand j'avais le rayon Jeunesse et qu'on me demandait un roman historique, je ne conseillais que celui-ci, sans jamais l'avoir lu, en me basant seulement sur les avis ultra-positifs que j'avais entendus. Je le voyais tout le temps en librairie jeunesse, il fait partie du fonds, donc je ne l'achetais pas. Finalement début mars, je l'ai ajouté à ma pile à lire, parce qu'il était vraiment temps que je le découvre en 2020.

⧼⧱⧽

L'histoire est celle d'un garçon, né du programme Lebensborn. Ce projet instigué par les nazis a été conduit dès 1935, quand de jeunes femmes Aryennes ont été sélectionnées pour être engrossées par des officiers SS. De nombreux bébés sont nés, yeux bleus et cheveux blonds. Si les enfants issus de cette union n'étaient pas corrects, ils partaient dans des instituts médicaux pour subir des expériences, avant de finir dans des flacons de formol. Les enfants "parfaits" restaient au Heim, une sorte d'orphelinat. Les bébés étaient sevrés au bout de quelques mois pour être séparés de leur mère, avant d'être adoptés par des couples allemands, principalement par des officiers nazis.

Cependant, Max, même si il est un bébé parfait du point de vue nazi, échappera à l'adoption. Nous allons le suivre durant toute la durée de la guerre. Né en 1936, baptisé par le Führer, il lui arrivera de nombreuses aventures jusqu'en 1945 : kidnapping, participation à des rafles d'enfants polonais, intégration dans des Napolas, sorte d'écoles de la jeunesse hitlérienne, etc.

⧼⧱⧽

Ce qui fait la force et l'originalité de ce roman, c'est le point de vue : toute l'histoire nous est racontée du point de vue de Max, fidèle au Führer et à l'idéologie du régime nazi.
Ça déconcerte énormément, surtout au début quand Max raconte comment il sort du ventre de sa génitrice, désirant être le plus bel enfant aryen. Max est déterminé mais il angoisse déjà de ne pas réussir à sa naissance la sélection du docteur Ebner. Pourtant Max, qui a intégré la doctrine nazie est plus nazi qu'Hitler ! C'était très bizarre de lire les paroles infâmes d'un personnage aussi détestable, dont le mode de pensée est profondément formaté, même avant d'avoir été à l'école. Forcément, un bébé ne formulerait pas de telles pensées et il faut donc accepter cet état de fait pour se lancer dans la lecture de ce livre.

Par ailleurs le style est bref, concis. Il n'y a pas de longues descriptions, on est toujours (ou presque) dans l'action. Ça correspond totalement au dynamisme aryen de Max, à l'idéologie nazie dont les discours d'Hitler claquaient dans l'air.

⧼⧱⧽

J'ai beaucoup aimé voir la progression et l'évolution de l'état d'esprit de Max.
Sa rencontre avec Lukas (un Juif blond aux yeux bleus ! mais comment est-ce possible, se demande Max) est déterminante et lui donne une autre dimension. Même si il reste le garçon fort et déterminé qu'il est depuis sa naissance, il évolue d'une façon subtile et touchante. L'autrice maîtrise parfaitement son personnage et ne cède pas à la facilité, au contraire ! La relation entre Lukas et Max n'est pas un long fleuve tranquille. Tous les deux sauvages, ils se laissent difficilement apprivoisés l'un par l'autre ; leurs opinions, leurs mondes sont diamétralement opposés. Il leur faudra partager un quotidien très particulier pour que les deux garçons se rapprochent et s'estiment.

Lukas est aussi un personnage très intéressant. Plus âgé que Max, Juif Polonais qui ressemble à un Aryen, il intègre l'école de Kalisch, puis les Jeunesses Hitlériennes, tout en gardant en mémoire l'image de ses parents amaigris et maladifs dans le ghetto de Lodz. Lukas ne va pas prétendre docilement être un allemand, c'est un adolescent rebelle, qui est prêt à risquer sa peau pour venger ceux qui ont subi le régime nazi. Il a une véritable complexité psychologique, ce qui fait que Max ne le comprend pas toujours. Mais le lecteur ne peut qu'être en empathie avec lui.

⧼⧱⧽

J'ai aussi aimé que l'autrice distille des informations historiques à travers les aventures vécues par Max. Le sujet est grave mais très intéressant et c'est fait de façon très pédagogique.
Vers la fin notamment, j'ai appris comment Berlin avait été libéré par les Russes, et comment les soldats Russes ont eux aussi profité de la guerre pour s'enrichir : en volant les montres et les bijoux, en violant les femmes. On a souvent vu cette image des Russes arrivant dans les camps d'extermination à l'est, en grands libérateurs, mais à leur arrivée à Berlin, on découvre qu'ils n'étaient pas franchement mieux que les nazis... peut-être plus primaires.

⧼⧱⧽

Un détail que je n'ai pas aimé et qui me parait simpliste : dès que Max est bouleversé ou dérangé par quelque chose (parfois il sent que quelque chose cloche dans la "logique" du régime nazi), il a des problèmes intestinaux. L'autrice évoque ça de façon très crue et très souvent ! J'avais rarement lu un roman où il était question de merde ou de pets avec autant de détachement. Je sais que c'est du point de vue d'un enfant, mais je ne m'attendais pas à ce qu'il en soit autant question. Cet élément m'a gênée même si je comprends la portée de l'image : nazi = merde.

⧼⧱⧽

Bien que ce soit un très bon roman, original dans son point de vue, présentant de nombreuses informations historiques bien intégrées au récit, je n'ai pas eu de coup de coeur pour le roman.
J'ai gardé un certain détachement avec le personnage de Max tout au long du livre ainsi qu'avec l'histoire, par laquelle je n'ai pas été prise totalement.
Pour autant, je trouve que ce livre devrait être lu, autant par les adolescents que par les adultes. On y découvre une réalité historique dont on a très peu entendu parler.
La naïveté de Max quant à l'idéologie nazie est un miroir de la dénonciation faite par l'autrice. A travers son personnage elle nous enjoint à voir l'horreur du nazisme, l'horreur des projets imaginés et malheureusement réalisés par ces hommes-monstres.

⧼⧱⧽

Le seul reproche que je ferais à ce livre c'est l'édition Pôle Fiction dont la couverture est de très mauvaise qualité. Le jaune du dos se décolore, la couverture s'abîme facilement aux bords, même en faisant très attention. Franchement Gallimard, faites un effort.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 23 juin 2020

Demande à la poussière, John Fante

Quatrième de couv' : Dans les années trente, Arturo Bandini, fils d’immigrés italiens, quitte le Colorado pour l’Eldorado, Los Angeles, avec son unique roman en poche et un rêve : devenir un écrivain reconnu.
Vénérant les femmes et la littérature, il débarque dans une chambre d’hôtel miteuse, prêt à saisir la vie à bras-le-corps. Une errance sublime parmi les laissés-pour-compte du rêve américain.


Mon avis : Après avoir lu "A l'est d'Eden" j'ai eu envie de rester du côté de la Californie, alors j'ai choisi ce titre de John Fante que j'avais acheté fin 2018, à l'occasion de l'édition spéciale de Noël proposée par 10/18 (cette fois-là en librairie, j'ai acheté au moins 5 livres, uniquement sur leur jolie couverture...).
Attention spoilers dans l'article.

⫃⫩⫄

Arturo Bandini a quitté le Colorado pour s'installer en Californie, dans un hôtel miteux dont il peine à payer le loyer. Il se voit en grand écrivain, parce qu'il a publié UNE nouvelle dans un magazine. Nous sommes en 1939 et Arturo erre dans L.A. à la recherche de l'inspiration. 

⫃⫩⫄

Que dire ? Ça n'a pas été un grand succès auprès de moi, mais en même temps c'est difficile de passer après "A l'est d'Eden". Ici, on est dans un roman beaucoup plus court (240 pages). Le style est direct avec une narration interne, qui permet de comprendre le personnage d'Arturo, de saisir son passé, de voir de quelle classe sociale il vient (d'un milieu populaire), de plonger dans ses pensées et ses actions.

⫃⫩⫄

Le défaut de ce livre c'est son rythme qui n'est pas harmonieux.
J'ai beaucoup aimé le début, c'était très franc et direct, plein d'énergie. Puis avec l'apparition de Camilla, j'ai un peu décroché, je ne comprenais pas qu'elle allait devenir un élément clé de l'histoire. J'ai longtemps cru qu'elle était un personnage qui ne resterait pas. Je ne comprenais pas la dynamique entre les personnages. C'était un peu mou, ça sentait la routine. L'auteur tentait de nous interpeller avec les mésaventures d'Arturo, mais ça ne sortait pas de l'ordinaire. Puis la fin m'a réconciliée avec le livre. Les trente dernières pages sont fortes, puissantes. On renoue avec l'énergie du début, en y ajoutant une sensibilité qu'on n'avait pas cernée chez le personnage dans les premières pages.

⫃⫩⫄

Arturo est un jeune romancier qui se rêve en grand écrivain. Il ne fait rien de ses journées à part chercher l'inspiration dans ce qui l'entoure. L'argent devient vite un problème, il réclame des thunes à sa mère, qui se saigne pour lui. Il emprunte à son voisin de chambre, qui lui en emprunte à son tour. Arturo est pauvre mais ne s'abaissera pas à faire un job alimentaire pour pouvoir payer son loyer, il préfère encore manger tous les jours des oranges à 5 cents qui lui tordent le bide. Quand enfin il touche de l'argent pour la publication de ses nouvelles, il dépense tout en un rien de temps.

Arturo est raciste... La première fois qu'il voit Camilla Lopez, il en tombe amoureux, mais ne cesse de lui rappeler qu'elle est mexicaine. Alors que lui-même est d'origine italienne, mais LUI, l'homme blanc se sent Américain, parce que son teint ne trahit pas ses origines.

Pas une seule fois je n'ai compris la dynamique de ces personnages : dès le départ je n'ai pas compris qu'Arturo était tombé amoureux de Camilla. Sa façon d'agir avec elle me débecte : il l'insulte parce qu'il se sent humilié (elle rit en le voyant). Quand l'un fait un pas vers l'autre, l'autre l'envoie bouler. Pas très sain. Puis, sorti de nulle part, on découvre qu'en fait Camilla est amoureuse d'un autre homme, Sammy un des barman avec qui elle travaille. Ils auraient apparemment une relation amoureuse. Puis du jour au lendemain, sans encore une fois qu'on ne sache pourquoi, on découvre que Sammy a rejeté Camilla et l'a frappée. C'est Arturo, apparemment transi d'amour pour elle, qui se lamente qu'elle lui préfère cet homme. A part vers la fin, quand Arturo fait tout pour la sauver (la pauvre devient addict à la marijuana), là on sent qu'il l'aime et ferait tout pour lui venir en aide. Mais auparavant... et bien je n'ai pas eu l'impression de lire un homme amoureux d'une femme.

Arturo est un personnage que je n'aime pas. Il a tant de défauts : raciste, égocentrique, possessif, violent, menteur. Mais vers la fin, le roman nous le montre sous un autre jour : attentionné, persévérant, lâchant sa solitude pour s'intéresser à Camilla (il serait plus juste de dire "pour sauver Camilla", mais en 2020, les princesses n'ont plus besoin d'être sauvées).
Arturo c'est un personnage, qui sans le conscientiser, cherche sa virilité. Il doit prouver aux autres qui il est. Il veut coller au cliché Italo-Américain : être un homme fort, séduisant, avec une puissance qui fait tomber les femmes, mais il veut être avec celle qui ne veut pas de lui, il est désarmé, il compense pour prouver qu'il est viril, il cherche ailleurs à prouver qu'il est "un homme, un vrai". Vers la fin, il encaisse, il baisse complètement les armes de la masculinité, pour essayer de prendre soin de celle qu'il aime.

⫃⫩⫄

Alors qu'est-ce qui sauve ce roman ? Son écriture énergique.
Au début je n'avais pas l'impression qu'il y aurait une histoire à proprement parler, puis de fil en aiguille, on suit Arturo et les rebondissements de sa vie amoureuse (mais attention, ce n'est pas une histoire d'amour). Ça aurait pu s'avérer long et pénible, mais le style direct, à la première personne, donne l'impression que le narrateur nous parle, c'est brut et spontané, ça rend l'histoire vivante.
Par ailleurs, l'action se situe en Californie, à Los Angeles principalement, mais aussi dans le désert du Mojave, l'auteur retranscrit l'aridité des lieux, la poussière, la chaleur étouffante.

⫃⫩⫄

A vrai dire, je crois que le thème qui s'en dégage selon moi, c'est la solitude. Bandini est souvent seul, et quand il rencontre Camilla, ils n'arrivent pas à s'entendre, cloîtrés chacun dans sa solitude.
Los Angeles accueille toutes ces âmes errantes, ces immigrés, elle se bâtit sur ces gens qui ont tout quitté, croyant dur comme fer au rêve américain, mais que leur reste-t-il en réalité ? La solitude d'une chambre d'hôtel, un placard où s'enfermer pour fumer de la marijuana, des amours non réciproques. Chacun évoluant de son côté, ne faisant que s'effleurer, sans jamais se rencontrer réellement, incapables de former un ensemble.

⫃⫩⫄

Avec le recul et un peu d'analyse, je vois en quoi c'est un grand roman de la littérature américaine, mais je n'ai pas accroché plus que ça, ça ne m'a pas transporté comme je l'aurais souhaité.
Ma lecture a demandé du temps et de la concentration, je pense que je savourerai ce roman à une autre occasion, lors d'une relecture.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 17 juin 2020

À l'est d'Éden, John Steinbeck

Quatrième de couv' : Dans cette grande fresque, les personnages représentent le bien et le mal avec leurs rapports complexes. Adam, épris de calme, Charles, son demi-frère dur et violent, Cathy, la femme d’Adam, un monstre camouflé derrière sa beauté, et leurs enfants, les jumeaux Caleb et Aaron.
En suivant de génération en génération les familles Trask et Hamilton, l’auteur nous raconte l’histoire de son pays, la vallée de la Salinas, en Californie du Nord.

John Steinbeck a reçu le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre.


Mon avis : Novembre 2016. Je décide de me rendre dans une des librairies indépendantes que je préfère à Bayonne. J'achète 5 romans, "pour plus tard" comme il m'arrive souvent de faire. Honnêtement, je ne sais plus pourquoi j'ai acheté ce livre. Peut-être pour son titre ou sa couverture ? Peut-être pour son résumé ? Peut-être parce que parmi les livres de Steinbeck, celui-ci m'attirait plus que les autres ?

Toujours est-il que je savais que j'avais ce livre dans ma PAL, mais comme il est très gros, je ne me jetais pas dessus lors du choix de ma prochaine lecture. Récemment, j'ai eu besoin de ralentir le rythme de mes lectures, pour savourer un peu plus, un peu plus longtemps les histoires que je lis, pour voir si je m'en souviens mieux après. Quoi de mieux qu'un pavé pour se plonger dans une histoire durant quelques jours ? J'y ai donc consacré quelques heures durant les 10 derniers jours.

⋰⨺⋱

C'était une merveille ! J'ai bien fait d'attendre d'être vraiment disposée à le lire, sinon je ne l'aurais pas autant aimé. C'est un coup de coeur. C'est peut-être même ma meilleure lecture de l'année jusque là.

⋰⨺⋱

L'histoire commence à la fin du XIXè siècle, nous présentant Samuel Hamilton, un émigré irlandais qui s'est installé en Californie avec sa femme. Ils ont une dizaine d'enfants, dont Olive, la mère de John Steinbeck. Mais ce n'est pas tant à ces enfants qu'on va s'intéresser dans l'histoire.
Samuel Hamilton est une figure paternelle d'une humanité folle. Grand inventeur optimiste, il travaille dur dans cette ferme dont il ne tire quasiment rien à cause d'une terre aride.
Samuel est apprécié de tous. Il a bon caractère mais ne se laisse jamais marcher sur les pieds. Il est intelligent et cultivé, malin et possède sa propre boussole du bien et du mal. On ne peut que l'aimer.

De l'autre côté du pays, naît Adam Trask. Elevé par sa jeune belle-mère, proche de son demi-frère Charles, il grandit dans l'ombre terrifiante d'un père qui se dit militaire et qui a fait sa fortune en gravissant les échelons au prix d'un certain culot.
Adam est envoyé à l'armée durant 5 ans. Puis 5 ans de plus. Puis il voyage dans le sud des Etats-Unis à l'instar des hobos, avant de rentrer dans la ferme familiale où il retrouve son frère Charles.
Là, une femme battue à mort trouve refuge chez les deux frères. Adam va la soigner et se marier avec elle. Bénéficiant d'un bel héritage, ils partent alors pour la Californie, non loin de chez Samuel Hamilton. Cathy et Adam vont avoir des jumeaux.

⋰⨺⋱

L'auteur dessine une grande fresque familiale, au coeur d'une Californie qui se développe de plus en plus vite. J'ai aimé la façon dont l'auteur nous montrait, grâce à de subtils détails, que les industries se développent, que le confort s'invite dans les maisons, que la Première Guerre mondiale arrive.

La Californie dépeinte par l'auteur est un mélange de vallées luxuriantes, de chemins de fer et de terres arides. C'est riche en images, en couleurs et en odeurs.

⋰⨺⋱

La plume de l'auteur est sublime. Il décrit à merveille les personnages, leurs sentiments, leurs doutes, leurs peurs et leurs motivations. Ils sont plus vrais que nature, dans toute leur complexité. J'aime la façon dont l'auteur a su décrire leurs âmes.

Tous les personnages suscitent de l'intérêt, même ceux dont on n'entend parler qu'une seule fois, comme Joe le mécanicien de chez Ford ou le shérif Horace Quinn.
Même les personnages les plus détestables m'ont donné envie d'en savoir plus sur eux, de connaître leur passé et leur présent.
C'était comme regarder une série... je pense que ce roman aurait pu paraître en feuilleton à l'époque.

J'ai énormément aimé le personnage de Lee, le domestique d'origine chinoise de la famille Trask.
Son évolution est faite en finesse : il agit pendant longtemps en fonction de ce qu'on attend de lui, puis un jour il cesse de se conformer à l'image que les américains ont de lui. L'auteur lui offre la possibilité de trouver sa place dans l'histoire : c'est un personnage d'une sagesse, d'une acuité, d'une sensibilité telles, qu'on ne peut qu'apprécier sa présence auprès des Trask. Il devient plus qu'un domestique, un véritable ami qui les aide à avancer, à faire des choix...
Mais à l'heure où le roman se finit, en cette année 1917, on lui rappelle encore son origine (il est appelé "Ching Chong" ou "le Chinetoque" par les gens qui ne le côtoient pas de manière assidue). De ce côté-là, rien ne change...
Steinbeck montre combien le poids des préjugés pèse sur les individus. Lee se conforme aux attentes. Mais une fois qu'il se débarrasse de son masque, il est rappelé à l'ordre par ceux dont les jugements n'évoluent pas.
L'auteur aborde la question du racisme envers les Asiatiques, d'une façon qui n'avait certainement encore jamais été faite dans un roman.

Lee est peut-être la version personnifiée de l'auteur : quelqu'un qui observe, curieux de l'âme humaine, et qui accompagne avec sensibilité les hommes. Il ne donne pas l'impression de les juger, il est juste présent.

Adam est un personnage qui m'a d'abord paru subir son destin, puis il s'en libère et voyage. Aux alentours de ses 35 ans, il décide de se marier et de posséder une maison. Il est prêt à profiter de sa fortune pour s'installer. Mais Cathy ne lui en laisse pas le temps et c'est alors une sorte de fantôme qui prend sa place. Durant ces années éthérées, nous suivons le brillant Samuel Hamilton, inquiet pour son ami. Puis un jour, grâce à Samuel, Adam revient à la vie.
Mais ce sont alors ses fils que nous suivons, adolescents en proie à leurs désirs, à leurs craintes de l'avenir, cherchant leurs places dans un nouveau monde, où tout s'accélère.


⋰⨺⋱

Les dialogues sont bien écrits et sonnent vrai. Certains passages sont touchants, d'autres très drôles (l'auteur raconte notamment le baptême de l'air de sa mère).

⋰⨺⋱

Il y a une portée biblique dans ce roman : l'auteur procède à une ré-écriture du mythe de Caïn et Abel.
Par deux fois, il retravaille ce thème, faisant des parallèles entre les deux générations : il y a d'abord eu Charles et Adam, frères ennemis qui se sont souvent battus, l'un ayant failli tuer l'autre, par pure jalousie, désir de reconnaissance du père, et qui ont dû s'éloigner.
Puis il y a les jumeaux d'Adam, qui ont failli s'appeler Caïn et Abel, mais le poids étant trop lourd à porter, ce sera finalement Caleb et Aaron. Pourtant, même en les nommant ainsi, ils n'échappent pas à leur destinée. Caleb se sait plus malin qu'Aaron. Pourtant il souffre de voir son père aimer plus l'ange aux cheveux blonds, qui ressemble tant à leur mère. Au comble du désespoir, Caleb brûlera le cadeau qu'il voulait faire à son père et engendrera une série d'événements qui rapprocheront leur histoire à celle du mythe biblique.
La fin, heureusement, nous apporte une lueur d'espoir : "Timshel !" (= Tu peux !)

⋰⨺⋱

C'était tellement beau ! La fin m'a arraché quelques larmes, parce que je quitte à regret ces personnages que j'aurais aimé suivre encore et encore.

C'est un roman sur l'amour filial, la quête de reconnaissance d'un père pour son enfant, sur le destin. Le tout dans une narration simple pourvue des rebondissements qui font le sel de la vie.
Immense oeuvre sur le bien et le mal, les personnages ne cessent de s'interroger sur ce qu'ils apportent aux autres, sur leurs méfaits.

Ça a été une expérience de lecture que je n'oublierai pas de sitôt. Steinbeck a su mettre les mots sur des choses que je n'avais pas encore formulées. Je le relirai certainement dans quelques années, histoire de voir si j'en retire encore autre chose. En tout cas je suis profondément impressionnée par ce roman. C'était magnifique et émouvant.

9/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 14 juin 2020

Un temps de chien, Histoires naturelles, Xavier-Laurent Petit

Quatrième de couv' : Quand Junior le trouve dans la rue, Snowball est tout petit. Tout blanc. Tout rond. Irrésistible. Comme une boule de neige. Et des boules de neige, Junior n'en voit jamais en Floride, où il habite. Il voit plus souvent des serpents d'eau, des alligators et des ouragans.
Les ouragans, eux aussi, sont irrésistibles. Ils peuvent briser les digues, emporter les maisons des quartiers pauvres. Quand on en annonce un, il faut se préparer.
Mais que peut une boule de neige contre un ouragan ?


Mon avis : J'avais reçu ce livre en SP en avril 2019 et comme on m'avait un peu forcé la main pour le recevoir, je n'étais pas super emballée pour le lire. En rangeant à nouveau mes bibliothèques je l'ai posé à l'horizontal sur d'autres livres et à force de l'avoir sous mes yeux, j'ai eu envie de le lire.
D'autant plus que depuis une bonne semaine j'ai commencé "A l'est d'Eden" dans lequel je n'avance pas très vite, du coup ça fait plaisir d'intercaler un roman court pour enfants.

⟤◓⟥

Junior vit à la New Orleans, dans un quartier pauvre de chômeurs et de Noirs. Un jour où il a séché les cours, il trouve un petit chien, qu'il ramène chez sa mère et ses frères et soeurs. Il le nomme Snowball. Cet adorable chien fait tout de suite ses preuves en débusquant un serpent sous la maison ! Une bonne raison de le garder, ce petit chasseur.
Un jour, Mama Bea, une voisine du quartier de Junior, lui apprend qu'une tempête arrive. Un ouragan de catégorie 3 fonce sur la ville. Les habitants se barricadent, rangent tout ce qui traîne, attachent les tôles des maisons et se réfugient chez eux tandis que l'ouragan gagne en puissance.
Lors de l'évacuation des quartiers inondés par les eaux, Junior est séparé de sa famille et de Snowball.

⟤◓⟥

J'ai trouvé cette histoire courte (150 pages) très bien écrite.
Avec peu de descriptions, l'auteur parvient tout de même à créer une ambiance, à montrer le quartier pauvre, les difficultés que connait cette famille.
Puis il montre les dangers d'une nature qui peut être hostile : avec cet ouragan, c'est toute une ville qui est dévastée, engloutie sous les eaux, les habitants en proie aux alligators qui habituellement peuplent les marais.
Il apporte une touche d'aventure avec Junior, qui décide de retrouver sa famille, avec l'aide d'une autre petite fille, Mollie, et de son fidèle chien Snowball. Ensemble, ils parcourent la ville afin de retrouver le chemin de la maison.

⟤◓⟥

C'est un court roman pour enfants entre 8 et 11 ans. On nous emmène dans l'un des pays les plus riches au monde, mais qui est néanmoins touché par la force des éléments. L'auteur met en scène un petit garçon noir, dont la famille ne possède rien, sinon le sens de la communauté et l'entraide.

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

jeudi 11 juin 2020

Tu ne m'as laissé que notre histoire, Adam Silvera

Quatrième de couv' : « Tu m’avais fait la promesse de ne jamais mourir… Tu ne l’as pas tenue. Tu ne m’as laissé que notre histoire. »

La mort ne prévient jamais. Lorsque Griffin apprend la disparition brutale de Theo, son premier amour, son univers vole en éclats. Bien que Theo ait déménagé en Californie pour ses études et ait commencé à fréquenter Jackson, Griffin n’a jamais douté qu’il reviendrait un jour vers lui. À présent, l’avenir qu’il s’imaginait a changé du tout au tout et le vide laissé par Theo demande à être comblé…


Mon avis : J'ai acheté ce roman lors d'un craquage en librairie jeunesse en novembre 2018. J'ai lu tous les autres titres achetés dans la foulée, mais pas celui-ci. J'en repoussais constamment la lecture, sans savoir pourquoi. Je dirais à cause de la thématique un peu difficile. Peut-être aussi parce qu'Adam Silvera me semblait être le nouvel auteur à suivre de romans Young Adult, catégorie romance gay et donc je plaçais la barre assez haut.
J'ai lu il n'y a pas très longtemps son roman Et ils meurent tous les deux à la fin, que tout le monde a adoré et que j'ai trouvé surcôté. Vous me connaissez maintenant, j'ai tendance à être à contre courant.

✫⨳✫

Je crois qu'il faut que je me fasse une raison : je n'aime pas les romans d'Adam Silvera.
Le seul que j'ai vraiment apprécié est celui écrit en collaboration avec Becky Albertalli "Pourquoi pas nous ?".
Il faut savoir une chose avant de se plonger dans ses romans : Adam Silvera a deux thématiques récurrentes : l'homosexualité masculine et la mort.

✫⨳✫

Dans celui-ci, Theo McIntyre est décédé à 18 ans, laissant derrière lui son petit copain actuel, Jackson et son ex, Griffin, qui nous raconte leur histoire. Griffin est perdu et mal en point. Quoi de plus normal après tout quand ton meilleur ami, premier amour et ex-petit copain disparaît du jour au lendemain. Griffin et Theo étaient amis avant d'être amoureux. Ils ont commencé à sortir ensemble, mais un an plus tard, Theo a eu l'opportunité unique de partir étudier en Californie, à l'autre bout du pays. Pour s'éviter une peine immense, pour éviter une relation à distance, Griffin a préféré se séparer de Theo, avec le fol espoir de se remettre ensemble quand il viendrait rejoindre Theo à Santa Monica. Entre temps, Theo a fait une rencontre et a commencé à sortir avec Jackson.

✫⨳✫

Alors déjà, quand tu quittes l'amour de ta vie, tu tombes rarement amoureux deux mois plus tard. Rien que ça c'est improbable. Je suis peut-être une incorrigible romantique qui vit dans le passé, mais jamais après une rupture avec une personne que j'aimais, je ne me suis "remise en selle" moins de 2 mois après. Donc voir Theo rencontrer Jackson 2 mois après avoir rompu avec Griffin, ce n'était pas très crédible. Mais sans ça, il n'y aurait pas eu d'histoire...

✫⨳✫

Je ne vais pas tourner autour du pot : Griffin est un personnage insupportable à suivre. Il est rongé de culpabilité mal placée : il est persuadé que c'est de sa faute si Theo est mort. Alors qu'on comprend très vite qu'il n'a rien à voir avec la mort de Theo !
Mais le roman repose essentiellement sur cette idée de culpabilité que ressent Griffin, nous dévoilant petit à petit qu'il a "menti" depuis quelques mois. Alors que bon, il n'a juste pas dit toute la vérité à Theo de son vivant, et à vrai dire, rien ne l'obligeait à dire des choses qu'il ne voulait pas lui confier pour x raisons.
La culpabilité, c'est bien un truc d'Américains. Ils adorent l'utiliser à leur compte pour se donner de l'importance dans des faits qui ne sont pas liés à eux. C'est quand même dingue de ne pas avoir le recul de voir que ce n'est pas de sa faute si Theo est mort à 5000 km de lui. C'est quand même avoir une haute estime de soi que de croire que ce sont ses paroles qui ont causé sa mort, non ?
Du coup tout au long de l'histoire, Griffin se sent coupable et il se met à parler à Theo (qui est mort rappelons-le), essayant de lui expliquer ce qu'il se passe dans sa vie et pourquoi il fait ci et ça.
Au lieu d'être une histoire sur le deuil qui est difficile à vivre pour tout le monde, ce qui en ressort pour moi c'est cette histoire de culpabilité malsaine qui rend le personnage antipathique. Il a des TOCS et j'étais loin d'avoir de l'empathie pour lui. Pas une seule fois je n'ai été touchée par son histoire.

✫⨳✫

L'auteur met en place un jeu narratif temporel : d'abord il nous raconte le présent en Novembre 2016 avec la mort soudaine de Theo, puis il remonte dans le passé pour nous raconter comment Theo et Griffin se sont mis en couple. Il alterne comme ça le passé et le présent tout au long du roman.
Si au début j'ai trouvé que c'était inutile et barbant, ça trouve tout de même son utilité vers la fin du livre quand il lève le voile sur ce que faisait Griffin pendant que Theo était en Californie.

✫⨳✫

Je n'ai pas été happée par cette histoire, qui manque de suspense, d'une intrigue plus intense. On dirait que l'auteur avait une idée de départ qu'il a développée en ajoutant des détails partout pour combler le fait que l'intrigue est franchement légère.

Par ailleurs je suis assez déçue par le fait que tous les garçons de cette histoire soient homo. Autant je comprends pour Theo, Griffin et Jackson, vu qu'à un moment donné ils sortent ensemble.
Mais Wade ?! D'où est-ce que ça sortait ? On aurait dit que l'auteur a sorti ça de son chapeau pour éviter d'être dans une impasse narrative. Wade c'est vraiment le personnage Joker, on apprend page 140 qu'il est noir, puis vers la fin du roman qu'en fait il est peut-être bi, peut-être homo, mais en tout cas que c'est pour servir le propos final de l'auteur.

✫⨳✫

J'aimerais apprécier les romans de Silvera, mais je n'y arrive pas. Entre la forme passé-présent qui est utilisée pour créer un faux suspense et les thématiques récurrentes de ses histoires, ainsi que son style ultra détaillé (il va expliquer chaque action de ses personnages par des raisonnements dont on se fiche, en tant que lecteur), le rythme lent et le personnage principal antipathique, je n'accroche pas. De plus je n'ai pas du tout été touchée par cette histoire de deuil. Malgré la souffrance ressentie par Griffin, pas une seule fois je n'ai ressenti d'émotions.

4/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

jeudi 4 juin 2020

Call me by your name, André Aciman

Quatrième de couv' : « Je ferme les yeux et je suis de nouveau en Italie, il y a tant d’années ; je marche vers l’allée bordée de pins, je le regarde descendre du taxi : ample chemise bleue, col ouvert sur la poitrine, chapeau de paille, toute cette peau nue... Soudain il me serre la main et me demande si mon père est là. »
1983. Pour Elio, c’est l’été de ses 17 ans. Ses parents hébergent Oliver, un jeune universitaire, dans leur villa en Italie. Entre les longs repas, les baignades et les après-midi sous la chaleur écrasante, commence une partie de cache-cache avec cet Américain brillant et séduisant.

Call me by your name est un magnifique roman d’amour tout autant qu’une réflexion sur le désir et l’empreinte qu’il laisse en nous. La langue à la fois précise et sensuelle d’André Aciman parvient à évoquer l’intimité des corps – mais aussi la part de violence qui se niche dans tout éveil au sentiment amoureux – avec une élégance rare.


Mon avis : J'ai acheté ce roman en Février 2019, au moment de sa sortie en poche, quand il a été ré-édité suite à la sortie du film. En vérité, je ne sais pas pourquoi je l'ai acheté, je crois que c'est à force d'en entendre parler autour de moi.
Je l'ai sorti de ma PAL, en me disant qu'il était court et que j'allais le lire vite. QUE NENNI ! J'ai mis un temps fou à avancer.

◇❖◆

L'histoire est celle d'Elio, qui en 1983, fait la rencontre d'Oliver, un professeur de philosophie américain. Il a eu des cours avec le père d'Elio, et a été choisi pour faire un séjour de 6 semaines en Italie, dans leur villa, afin de finir la rédaction de son manuscrit.

Histoire d'amour, relations complexes avec soi-même, avec ses désirs, avec Oliver. Elio, à 17 ans, est perdu. Il a l'habitude de céder sa chambre chaque été aux étudiants de son père et de faire sa petite vie de son côté. Mais cet été, Elio tombe amoureux d'Oliver.
Il ne comprend pas toujours son propre désir, il cache son attirance pour Oliver, il choisit de sortir avec Marzia, une Italienne qu'il connaît depuis toujours, puis s'enflamme pour le corps d'Oliver allongé au bord de la piscine. Les deux jeunes hommes passent du temps ensemble, à vadrouiller en vélo, à nager dans la mer au bas de la propriété, à participer aux longs repas avec les notables du coin.
Vient le temps de l'amour. Les questionnements, les doutes qui l'accompagnent. Qui est-on quand on aime quelqu'un du même sexe ?
3 jours en tête-à-tête à Rome, avant qu'Oliver ne reparte aux Etats-Unis.
Et enfin, une sorte d'épilogue, de "Que sont-ils devenus".

◇❖◆

Même si la lecture a été laborieuse, dans le sens où j'ai lu très lentement, j'ai bien aimé ce roman.
L'auteur mêle les actions, les réflexions d'Elio et même ses suppositions. C'est un roman assez introspectif, avec des phrases plutôt longues, d'où le fait que ma lecture ait été lente.
Néanmoins, j'ai aimé le style, très évocateur, qui m'a un peu fait penser aux "Souvenirs d'enfance" de Marcel Pagnol, dans la façon dont c'était écrit, car Elio, tout comme Marcel Pagnol, revient à l'âge adulte sur cet été qui a crée un avant et un après Oliver. Il analyse, fait remonter en lui les souvenirs de cet été qui l'a marqué à tout jamais. Certaines phrases, empreintes de nostalgie, m'ont même donné l'impression d'être tout droit sorties d'un roman de Marcel Pagnol, ce qui n'est pas pour me déplaire.

◇❖◆

J'ai beaucoup aimé le sujet du premier amour et la force des sentiments, ça parle à tout le monde, qu'on soit homo, bi ou hétéro. L'auteur évite tous les écueils de la romance gay et homme ou femme, on peut s'identifier à ces personnages.
Dans cette histoire, Elio, au delà de son désir pour Oliver (les passages à ce sujet sont plein de sensualité), est amoureux de lui comme on l'est pour la première fois. Il est fasciné par ce jeune adulte qui a 7 ans de plus que lui et représente ce qu'il aimerait être. Il cherche à attirer son attention, à se faire remarquer par son intelligence, mais aussi par son aptitude à explorer sa sexualité avec une fille, tout en aimant un homme.
Mais en 1983, exprimer sa sexualité n'est pas aussi aisé qu'aujourd'hui, surtout quand on ne connaît qu'un seul schéma : l'hétérosexualité monogame. On comprend à demi-mots qu'Elio craint la réaction de son entourage. Mais lorsque son père lui en parle à la fin de l'été, avec tact, j'ai trouvé que ce moment était incroyablement émouvant et bouleversant.

◇❖◆

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, Elio n'est pas un adolescent chiant. Très cultivé, brillant, un peu introverti et solitaire, il est pourtant naïf quand il s'agit des relations amoureuses.

Oliver est le second personnage principal de ce roman. Blond, musclé, spécialiste d'Héraclite, bilingue, charmant et charmeur, il plait à tout le monde. Les adultes adorent sa compagnie, les adolescentes fantasment sur lui. Même le jardinier acariâtre adore discuter avec lui des abricots du jardin. Oliver fait l'unanimité. Mais son côté détaché fait peur à Elio, qui ne sait pas vraiment ce que ressent Oliver : le repousse-t-il ? cherche-t-il sa compagnie ?
En tant que lectrice, j'ai été très frustrée du choix qu'il fait vers la fin. Même si ça me semble "évident" que quelque chose comme ça se tramait, sinon pourquoi Elio aurait raconté cette histoire si la fin en avait été positive pour lui ? Bref, ça m'a rendue triste pour Elio, mais même pour Oliver qui a fait le choix d'une vie, qui n'était peut-être pas celle qu'il aurait choisi à une autre époque, ou si il avait eu un entourage plus compréhensif et ouvert d'esprit.

Les personnages secondaires, même si ils apparaissent peu, contribuent à l'ambiance du roman : les parents et les "domestiques" sont accueillants et chaleureux. La petite Vimini est le personnage le plus touchant, dans le sens où elle est perspicace sur son avenir. Elle aime Oliver comme toutes les petites filles un jour tombe amoureuse d'un "grand".

◇❖◆

Mon avis n'est pas tout à fait "fait" sur cette histoire. Je crois que j'ai aimé, mais je pense que j'aimerais encore plus dans quelques années, quand ma culture littéraire sera plus complète et que j'aurais les clés pour voir les parallèles entre Aciman et Proust par exemple. Marcel Proust avait sa madeleine, André Aciman a sa pêche. 🍑

Je pense que je n'étais pas à fond dans cette histoire, par manque de concentration. Mais il n'est pas impossible que les longueurs de la première partie m'aient ralenti dans ma lecture.
J'ai beaucoup aimé le sujet du livre et je le trouve bien traité. L'intensité, les doutes liés au premier amour sont tellement bien retranscrits, que ce roman peut parler à tous.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

vendredi 29 mai 2020

Pretty Dead Girls, Monica Murphy

Quatrième de couv' : Belles à tomber. Parfaites en tout point. Sauvagement assassinées.

Leur corps est apprêté avec méticulosité, puis disposé dans une position bien précise. Leur visage, parfaitement maquillé, a été tourné selon l'angle le plus flatteur, leurs vêtements coûteux sont brossés et défroissés... Mais leur cou ouvert d'une oreille à l'autre vient démentir ce tableau idyllique. Leur regard vide trahit la vérité : toutes sont bel et bien mortes assassinées. Les filles les plus populaires du campus tombent les unes après les autres sous les coups d'un mystérieux tueur.

Reine de la promotion et présidente du club très fermé des Cygnes blancs, Penelope Malone règne sans partage sur son petit monde. Elle comprend peu à peu qu'elle est sans doute la prochaine sur la liste, or l'enquête n'avance qu'à pas de fourmi. Elle n'a donc d'autre choix que de se lancer sur les traces du tueur en série qui menace la tranquillité de la petite ville côtière de Californie où elle habite - un havre de paix peuplé par certaines des plus grandes fortunes du pays. Ses soupçons se portent d'abord sur un garçon au comportement étrange, Cass Vicenti, qui s'avère étonnamment proche de certaines des victimes malgré son statut de nerd de service. Et, implacablement, le piège se referme sur la jeune fille.

Si Pénélope veut échapper à la mort, elle va devoir se montrer beaucoup, beaucoup plus maligne qu'elle ne le pensait.
Entre Pretty Little Liars et Big Little Lies, Monica Murphy joue avec les nerfs de la jeunesse dorée californienne dans ce thriller parfaitement ficelé.



Mon avis : J'ai acheté ce thriller classé en young adult en janvier 2019. Il est sorti en juin 2018 et sa couverture m'attirait, je la trouvais très belle et puis ce titre me faisait penser à Pretty Little Liars.
Mais j'ai attendu assez longtemps avant de le sortir de ma PAL, peut-être à cause de son épaisseur.

▵⊗▵

Autant le dire tout de suite : c'était bien moins bon que ce que j'imaginais. Et je ne vais pas faire dans la dentelle, j'en ai marre de prendre des pincettes pour épargner les égos des auteurs et autrices (et de leurs éditeurs).

▵⊗▵

Déjà le résumé n'est pas très précis : il n'est jamais dit dans le roman que les jeunes filles retrouvées mortes sont dans une position avantageuse. Au contraire, les meurtres sont tellement peu réfléchis qu'il n'y a pas de mise en scène morbide. Ça n'a pas du tout l'envergure de Pretty Little Liars, qui malgré ses incohérences, proposait une intrigue complexe.

▵⊗▵

J'ai détesté le personnage de Pénélope, qui est malheureusement la narratrice et qui donc raconte son point de vue de l'histoire.
Je ne comprends pas qu'on puisse s'attacher à elle, elle est l'archétype de la control-freak hautaine et snob, qui se persuade qu'elle n'est pas une petite fille pourrie gâtée malheureuse. Elle se donne mille activités pour ne pas se rendre compte que ses parents ne se soucient pas d'elle. Elle est très puritaine et on sent à travers sa personnalité l'influence du protestantisme américain : il faut réussir en écrasant les autres, sans jamais montrer ses émotions.
Elle dit à plusieurs reprises que les filles assassinées étaient ses meilleures amies, mais en vérité, une seule l'était. Les deux autres étaient ses ennemies et si elles affichaient toutes un sourire de façade, elles se plantaient toutes des couteaux dans le dos.
Penelope, après avoir admis qu'elles ne les aimaient pas, veut nous faire croire que leur mort la touche, alors qu'elle a juste peur d'être la prochaine.
Elle prétend garder ses émotions pour elle, alors qu'elle passe son temps à s'effondrer dans les bras des autres tout au long du roman.

▵⊗▵

J'ai détesté tous les personnages de cette histoire : ils sont hypocrites et narcissiques.
C'est typique de ce qu'on voit dans les films ou les séries avec des ados américains, qui sont généralement d'énormes clichés.
Ici, Cass Vicenti est vu comme un mec étrange parce qu'il porte du noir, que son père a été tué par sa mère et qu'il vit avec sa grand-mère (le résumé dit que c'est un nerd de service, je dirais plutôt le bad boy de service). Evidemment il est bien plus gentil que ce que croyait Penelope au début.

Toutes les filles populaires de terminale se mettent des bâtons dans les roues, alors qu'elles font parties du même club, celui des Cygnes blancs. Elles se déchirent, elles sont toutes plus insupportables les unes que les autres. Ce club est censé être une association de bénévoles, qui vont dans les hôpitaux pour aider, en clair des gens désintéressés et humains. Mais là, on a 5 terminales qui sont des pestes, qui ont intégré ce club parce qu'elles sont populaires, bonnes en classe et qu'elles comptent sur cette activité pour intégrer une prestigieuse université, et on a 5 premières qui ne l'ouvrent jamais parce qu'elles ont trop peur des foudres des terminales et que parmi ces 5 premières, l'une d'elle sera choisie l'année suivante pour devenir la nouvelle présidente du club.
Bref, un lot de personnalités intéressées et imbues d'elles-mêmes.

La grand-mère de Cass est vue comme étrange parce qu'elle vit dans une maison en briques sur laquelle a poussé du lierre, elle vit avec 8 chats et pose des questions à Penelope sur sa famille. En quoi ça fait d'elle quelqu'un d'étrange ???

▵⊗▵

Je n'ai pas aimé la construction de l'intrigue : le fait de n'avoir que le point de vue de Penelope ne nous permet pas de soupçonner quelqu'un. En lisant le roman, on sait qu'elle se trompe, qu'elle vise le mauvais coupable, c'est évident.
Il y a, à un moment, un indice qui nous permet de se rendre compte que Pen n'est pas sur la bonne voie, mais sur 460 pages, ça ne fait pas beaucoup d'indices pour ce qu'on appelle un "thriller".

C'est seulement en s'intéressant aux rares passages où le tueur s'exprime (genre 4 fois dans le roman) qu'on peut s'orienter vers un coupable, mais c'est seulement parce qu'à la traduction en français on s'aperçoit du genre de la personne.

Evidemment dans ce roman les policiers sont présentés comme des incompétents, l'un colérique et l'autre plus doux, salut le cliché du good cop, bad cop ! Ils ne servent à rien, ils font juste acte de présence pendant que Cass et Penelope sont persuadés que c'est à eux de trouver le meurtrier, soit disant parce que l'enquête n'avancerait pas, or les policiers ne vont pas passer leur temps à révéler leurs indices à des lycéens !

▵⊗▵

Quant au dénouement du thriller, même si j'avais deviné de qui il s'agissait, ses raisons étaient vraiment ridicules et pathétiques ! Attention spoilers à suivre ! (à surligner pour lire si vous le souhaitez)
Je conçois que le harcèlement au collège et au lycée, est un truc grave et qui traumatise des ados, mais justifier des meurtres parce qu'on a été harcelé des années plus tôt, c'est vraiment puéril.

▵⊗▵

J'ai aussi trouvé la romance mal amenée et surtout ça n'avait rien de romantique à cause du personnage de Penelope ! Alors qu'ils s'ignorent depuis toujours, Cass se rapproche d'elle, au moment où les premiers meurtres ont lieu. Super bizarre, non ? Enfin, si vous êtes un minimum intelligente, vous ne vous rapprochez pas d'un mec que vous suspectez du meurtre de vos deux "amies", juste parce que vous le trouvez super beau, on est d'accord ?!

Et chaque fois que Pen est avec Cass, ils finissent par s'engueuler ou l'un des deux se barre parce qu'il/elle est vexé-e par ce que l'autre lui a dit. Ils ont une relation basée sur la colère ou la jalousie puis la réconciliation, et rebelote.
Il faut dire que Pen est vraiment "a pain in the ass", j'ai rarement vu un personnage aussi pénible avec des jugements à l'emporte-pièce, faisant des crises de jalousie, dès qu'elle apprend que Cass a connu d'autres filles.

Puis alors qu'ils se connaissent à peine, Cass devient en quelques jours l'unique personne qui compte pour Pen. Genre, hop on élimine les amies, la meilleure amie, donc Pen n'a plus que sa famille et un mec sur qui compter. Très belle vision de la femme de 2018 !

▵⊗▵

Le style est simpliste, mais surtout on ne monte jamais en tension ! On est quand même dans un thriller et il n'y a pas de suspense, pas de frissons. Par moments j'arrêtais de lire en plein milieu d'un chapitre et ça c'est mauvais signe.

▵⊗▵

Il va falloir que je révise mon jugement sur les éditions Lumen : je pensais naïvement que cette maison d'édition voulait publier de très bons livres pour adolescents, or je me rends compte après en avoir lu 3 que ça n'atteint pas le niveau escompté selon moi.
Le style est simpliste, on trouve encore des coquilles dans chacun des livres. Et concernant les histoires, elles sont généralement bourrées de clichés, que ce soit dans la construction des personnages que dans l'intrigue.

▵⊗▵

Clairement j'ai passé l'âge de lire des thrillers aussi mal pensés et invraisemblables.
Sorry but not sorry, je vous déconseille ce roman si vous aimez vraiment vous faire peur. C'est mal amené, les personnages sont épouvantables, ça manque de suspense, et la romance en plein milieu d'un tel maelström, c'est tout sauf judicieux. Bref, à éviter.

3/10

lundi 25 mai 2020

Le manuscrit inachevé, Franck Thilliez

Quatrième de couv' : Une enquête sans corps.
Une défunte sans visage.
Un thriller sans fin.

Aux alentours de Grenoble, une voiture finit sa trajectoire dans un ravin. Dans le coffre, le corps d’une femme. À la station-service où a été vu le conducteur, la vidéosurveillance est claire : l’homme n'est pas le propriétaire du véhicule.

Léane Morgan et Enaël Miraure sont une seule et même personne. L’institutrice reconvertie en reine du thriller a toujours tenu sa vie privée secrète : un mariage dont il ne reste rien sauf un lieu, « L’Inspirante », villa posée au bord des dunes de la Côte d’Opale, et le traumatisme de l'enlèvement de sa fille Sarah. L'agression soudaine de son mari va faire resurgir le pire.

Dans le vent, le sable et le brouillard, une question parmi d'autres se pose : vers qui et vers quoi se tourner quand l'unique vérité est que tout vous devient étranger ?



Mon avis : En Mai 2019, j'ai acheté ce roman le jour de sa sortie en poche (ce n'était pas prévu, je n'étais pas allée en librairie exprès pour l'acheter), j'en avais beaucoup entendu parler en bien sur Booktube.
Evidemment comme il est assez épais, je l'ai laissé dans ma PAL durant un an. Vous commencez à me connaître, je ne suis pas une grande fan des romans de plus de 400 pages.
Après avoir lu Dirty week-end, j'étais bien partie pour lire encore un roman sombre, noir, glauque.
Le manuscrit inachevé était dans mes PAL mensuelles depuis mars et chaque fois j'en reportais la lecture. Quelle erreur ! si j'avais su que ça me plairait autant, que ça me tiendrait en haleine comme peu de livres le font, je l'aurais lu bien plus tôt.

∴∭∴

De Franck Thilliez je n'ai lu que 2 romans : Puzzle, qui avait été un coup de coeur et que je conseille encore et encore, et Train d'enfer pour ange rouge, que j'avais apprécié, mais sans plus. Je ne suis donc pas une grande spécialiste de sa prose. Je préfère d'ailleurs lire ses one-shots que la série Sharko et Hennebelle.

∴∭∴

Me voilà à commencer Le manuscrit inachevé hier matin et à ne plus pouvoir le lâcher.
Le format est particulier, on a un roman dans le roman, avec même des auteurs de romans dans le roman. Bref, une véritable mise en abîme. Des poupées russes en quelques sortes.
Pour la faire simple : J.L. Traskman est le fils d'un auteur à succès, Caleb Traskman. A sa mort, J.L. a trouvé dans les affaires de son père un manuscrit inachevé. Etrange que ce grand auteur n'ait pas pris la peine d'écrire le dénouement de son histoire. C'est donc son fils, avec toute l'équipe de la maison d'édition qui va en rédiger la fin.

Cela dit, en ayant lu toute l'histoire quasiment d'une traite, et en publiant cet article à chaud, je ne vois pas en quoi cet effet de style était nécessaire. Pourquoi dire que cette histoire a été écrite par un écrivain fictif (Caleb Traskman puis la fin par son fils) plutôt que par Franck Thilliez lui-même ? En lisant le roman je ne me suis pas dit que je lisais le roman de C.T. mais que je lisais l'histoire écrite par Franck Thilliez. Bref... je ne sais pas si je me fais bien comprendre. En tout cas, je ne vois pas ce que ça apporte d'avoir fait une histoire dans l'histoire puisqu'à la fin on a quand même les réponses à nos questions. Même si la fin est ouverte sur un certain point, tout le reste est expliqué.

∴∭∴

Dans le texte, faussement rédigé par Caleb Traskman, nous découvrons Léane Morgan, autrice à succès de romans policiers, dont la vie s'est plus ou moins arrêtée 4 ans plus tôt, lors de la disparition de sa fille de 17 ans, Sarah. Son mari et elle n'ont jamais voulu croire à la mort de leur fille, Jullian s'est acharné à la retrouver, mobilisant la police ainsi que les bonnes volontés grâce aux réseaux sociaux.

A l'autre bout de la France, aux alentours de Grenoble, une voiture volée immobilisée livre ses secrets : le corps d'une femme sans visage, et deux mains dans un sachet.

Evidemment, les deux histoires sont liées, mais comment ?

∴∭∴

Ce qui m'a plu c'est que l'auteur a écrit une histoire complexe et très riche, même en détails, mais surtout une enquête bien ficelée. Rien n'est laissé au hasard et c'est ce que j'apprécie le plus chez cet auteur. Il donne des indices toujours au moment où on commence à se poser des questions, un peu comme si il anticipait nos doutes. En cela, la construction du roman est très efficace.
Le suspense est bien présent et l'alternance des arcs narratifs nous donne forcément envie de continuer pour dénouer les noeuds.

Les personnages ne sont pas trop nombreux, ce qui évite de nous perdre. On ne s'attache pas forcément à eux. Le flic Vic Altran et son collègue Vadim Morel sont un peu des clichés : l'un parce qu'il est en plein divorce, vit dans un hôtel minable et a des problèmes relationnels avec son adolescente de fille, l'autre dans sa façon de réagir, en s'emportant vite.
J'ai trouvé le personnage de Léane très intéressant, elle a un passé bien trouvé, une psychologie à laquelle on peut s'identifier. Ce n'est pas une personnalité qu'on aime ou qu'on déteste, elle se pose des questions sur la justice : jusqu'où peut-elle aller pour obtenir des réponses ?

L'ambiance des lieux est aussi un élément très important : l'auteur nous emmène sur la côte d'Opale, au milieu des dunes durant l'hiver, mais aussi dans les montagnes en Isère, où l'on visite un ancien internat pour garçons, ou des chalets isolés où il se trame des choses étranges derrière les murs de pierre. L'hiver amène ses tempêtes de neige et ses températures en dessous de 0° degré. On frissonne avec les personnages.

∴∭∴

Par contre, ce qui me semble peu crédible, ce sont les distances que parcourent les personnages : ils n'hésitent pas sur une journée à aller de Lyon à Berck, ou de Berck à Mâcon ou Reims, bref à faire des distances immenses sans donner l'air d'en avoir marre. Perso, je ne fais pas 7h de route tous les deux jours, même si c'est pour chercher des indices ou mettre en branle un plan machiavélique.
Tout se joue sur une poignée de jours et les personnages repoussent leurs limites physiques pour résoudre cette histoire.

∴∭∴

C'est un roman très sombre, avec des découvertes franchement glauques et parfois gores. Si vous êtes un peu sensible, passez votre chemin ! On pénètre un monde où les déviances sexuelles sont banalisées.

Par contre je ne sais pas pourquoi tous les avis sur Livraddict ou Babelio sont sur le mode "c'est un jeu de pistes !" "il faut résoudre les énigmes"... Mais en fait, dès que tu ouvres un roman policier, dès la première phrase, C'EST le but.
Enfin, dès que j'ouvre un polar c'est pour décrypter les indices donnés par l'auteur∙rice, pour moi TOUT polar est un jeu de pistes dont je dois résoudre les énigmes glissées au fil des pages pour deviner, anticiper la fin choisie par l'auteur. Du coup je ne vois pas en quoi ce roman de Franck Thilliez serait plus exceptionnel que d'autres romans du même genre... (à part qu'il est bien construit et haletant, mais ça vous l'aviez compris).

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

samedi 23 mai 2020

Dirty week-end, Helen Zahavi

Quatrième de couv' : Bella en a assez. Bien que discrète, elle ne supporte plus le voyeurisme de son voisin, la main baladeuse de son épicier de quartier. Elle ne supporte pas davantage les comportements malsains que génère la promiscuité de son train de banlieue aux heures de pointe.

C’est alors qu’elle décide par un beau matin, elle si discrète, de mettre un terme à ces conduites de la manière la plus radicale qui soit : l’élimination de tous ces mâles déviants. Devenue tueuse en série, Bella y prendra un plaisir jusque-là insoupçonné… Les rôles seront dès lors inversés.

Roman d’une violence rare sur les rapports de domination, il sera le dernier livre de littérature à faire l’objet d’une demande d’interdiction pour immoralisme à la Chambre des Lords lors de sa parution en 1991.

Il est adapté au cinéma par Michael Winner en 1993.



Mon avis : L'an dernier en début d'année, ce roman était partout sur Bookstagram. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être parce qu'il a été ré-édité en janvier 2019, peut-être parce que l'attaché de presse chez Libretto a donné une impulsion à ce bouquin en le plaçant chez tous les influenceurs littéraires ?
Quoi qu'il en soit, ça a marché puisque je l'ai acheté en mars 2019. Je l'ai gardé dans ma PAL jusqu'à aujourd'hui, et je ne sais pas trop pourquoi je l'ai sorti... Peut-être parce qu'il n'est pas très long. Peut-être parce que je n'en avais aucune attente. Peut-être parce qu'après avoir lu du young adult, j'avais envie de lire du contemporain qui saigne.

⧔⧫⧕

Bella est une femme qui n'a pas grand chose de positif dans sa vie. Alors quand l'un de ses voisins commence à la harceler, la discrète Bella qui ne fait jamais de vagues, bascule et se libère par la violence qui la déchaîne.
C'est un roman noir, dénonçant le sexisme, les viols et violences faites aux femmes.

⧔⧫⧕

Le style est assez lourd de répétitions. L'autrice indique une action, et la phrase suivante la ré-écrit mais sous une autre formule, parfois juste en inversant le verbe et le sujet. Ça remplit le texte, mais ce n'est pas fluide.

L'ambiance de ce roman est malsaine, c'est cru et glauque. Pour les lecteurs qui ne sont pas habitués au roman noir, ça peut être très déstabilisant.

⧔⧫⧕

J'ai été très mal à l'aise au départ, quand son voisin la harcèle, d'abord par téléphone et qu'elle écoute attentivement, puis en face à face, quand il la coince pour s'amuser à lui faire peur.
J'étais si mal, je bouillais de rage. Vous savez pourquoi ? Parce que ces scènes traduisaient la supériorité que s'octroie l'homme sur une femme apeurée. C'est ce petit air arrogant et condescendant qu'ils prennent pour nous montrer qu'ils peuvent nous faire du mal, qu'ils nous trouvent faibles et ne vont pas se gêner pour en profiter.
Ce roman montre le rapport de force inégal qu'on trouve encore entre les hommes et les femmes.

⧔⧫⧕

Je m'attendais à ce que l'histoire prenne une tournure policière, mais l'autrice nous l'épargne, ainsi on peut réellement profiter des meurtres, de façon tout à fait jouissive et immorale.
Il faut l'avouer, qui n'a jamais eu envie de frapper le connard qui s'approche pour nous traiter de salope à l'oreille ? Qui n'a jamais eu envie d'émasculer le type qui prend possession de notre corps par la force ?
Je respecte toujours les lois et les règles édictées par la société, alors lire ce livre, ça a un côté libérateur et cathartique : voir une femme tuer ces salauds (ce qu'on ne se permettra jamais de faire), eh bien ça soulage. Bella se venge de toutes celles qui ont été insultées, harcelées, violées, et même tuées par des hommes.
Alors oui, c'est disproportionné dans le sens où on a des lois censées condamner les auteurs de viol ou de violences sur les femmes.
...Mais si ces lois n'existaient pas, serait-ce disproportionné de tuer celui qui oblige Bella à lui faire une f*llation pour la punir d'être montée dans sa voiture ? Serait-ce disproportionné de tuer ceux qui humilient et forcent le corps des femmes qui n'ont rien demandé ?
Durant un week-end, Bella tue pour se protéger de la violence des hommes. La victime peut devenir bourreau, parce qu'une vie d'oppression, de harcèlement, de violences, de souffrances en raison de son sexe, ça peut faire vriller n'importe quelle femme pourtant saine d'esprit.

⧔⧫⧕

Profondément féministe, ce livre ne peut que vous questionner sur votre rapport à l'autre sexe, sur les rapports de domination et la violence qui en découle. C'est manichéen, c'est noir, c'est brut. Mais ça fait du bien !

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

vendredi 22 mai 2020

Carry On, Rainbow Rowell

Quatrième de couv' : Simon Snow déteste cette rentrée. Sa petite amie rompt avec lui ; son professeur préféré l’évite ; et Baz, son insupportable colocataire et ennemi juré, a disparu. Qu’il se trouve à l’école de magie de Watford ne change pas grand-chose. Simon n’a rien, mais vraiment rien de l’Élu. Et pourtant, il faut avancer, car la vie continue…



Mon avis : Je ne pensais pas lire encore un ouvrage de cette autrice cette année, étant donné que j'en ai lu pas mal ces derniers temps. Pourtant Carry On me faisait envie depuis quelques mois, l'envie de retrouver l'univers d'Harry Potter peut-être.
C'est un sacré pavé, alors autant le sortir de ma PAL tant que j'ai le temps de lire.
Pour info, Carry On est la fanfiction que Cath, personnage d'étudiante du roman Fangirl, rédige et dont on lit des extraits dans le dit-livre. Carry On s'inspire totalement de la saga Harry Potter.

Attention spoilers ! 

□◬■

Je ne trouve pas le résumé de la maison d'édition très bien fait à vrai dire...
Simon Snow est un élève de l'école Watford. Longtemps considéré comme "Normal", il a été trouvé par le Mage, lors de ses 11 ans, car Simon serait le Mage Suprême, l'Elu des prophéties, qui sauverait le monde des magiciens. Il a donc intégré Watford pour apprendre à maîtriser son pouvoir.
Entouré de sa petite amie Agatha et de son amie Pénélope, Simon Snow entame sa Huitième année. Cependant après un été loin de la magie, encore une fois laissé sur le carreau par la société des magiciens, Simon réalise que son colocataire, Basilton Grimm-Pitch n'est pas revenu pour sa dernière année d'études.

□◬■

Si dans la saga Harry Potter, nous découvrions Poudlard avec l'arrivée en première année d'Harry, dans Carry On, on nous envoie directement en Huitième Année avec Simon Snow et ses comparses, qui ont déjà vécu un tas d'aventures, dont on ne connaîtra que quelques éléments.

□◬■

Dès le départ, je suis gênée par un point essentiel de l'histoire : l'obsession de Simon Snow pour Baz. Je ne comprends pas pourquoi il a autant besoin de savoir où se trouve Baz ?
Basilton est son coloc, et son ennemi juré. Quand Simon comprend que Baz n'est pas revenu à l'école de Watford à la rentrée, il le cherche néanmoins partout, plutôt que de profiter de ce temps libre sans son ennemi. Une fois que Baz est revenu, il passe son temps à le surveiller, sous prétexte qu'il craint que Baz ait inventé un plan machiavélique pour le détruire. Bref, Simon Snow est parano et obsessionnel.

□◬■

Je trouve que la romance entre les deux est mal amenée, car trop évidente pour le lecteur. Dès le départ, Simon est odieux avec sa copine, Agatha. On sent qu'ils ne vont pas ensemble, et pourtant ça fait plus de 3 ans qu'ils sont en couple. Quand on les découvre, ils n'ont pas l'air de se connaître, ils ne se parlent jamais, bref, c'est évident que leur couple ne va pas tenir longtemps.

Quant à Baz, je trouve que c'est maladroit de le faire détester Simon, dans l'idée que la haine mène à l'amour. On dirait que Baz se force à détester Simon, pour éviter d'affronter ses réels sentiments pour lui, et je trouve que c'est assez puéril.

□◬■

Par ailleurs je trouve que ça manque de magie. Dans Harry Potter, on ne trouvait pas d'ordinateur, ni de téléphones portables, ni de séries issues de la pop culture. Dans Carry On, les sports collectifs sont les mêmes que pour nous, à savoir le football, alors que le Quidditch est un élément super important du monde des sorciers !

Selon moi l'autrice s'appuie beaucoup sur nos souvenirs de la saga Harry Potter, mais elle ne développe pas assez son univers à elle. Ce qui est savoureux dans HP, c'est l'univers magique, les sorts, les cours à Poudlard, c'est l'ambiance, c'est le fait que HP coupe totalement avec notre monde, pour nous en proposer un autre.

□◬■

L'autrice invente des noms de sorts, qui sont des titres de chansons, de comptines ou font penser à des voeux. C'est plutôt ridicule et décevant sur ce point. Simon Snow est d'ailleurs partisan du moindre effort magique, à plusieurs reprises il dit : "Gâchis de magie" comme si il fallait l'économiser.
Il a des pouvoirs mais on ne comprend pas vraiment comment ça marche, apparemment Simon possède un pouvoir genre nucléaire, il explose, mais est-ce de la magie ? Et puis pourquoi est-il le mage qui va sauver tout le monde ?
En tant que lecteur on n'a pas cette réponse. Dans le cas d'Harry Potter, on savait pourquoi il devait combattre Voldemort, mais Simon Snow, né dans le monde des Normaux, serait le Mage suprême ? Pourquoi ???
Même après avoir fini le livre, je suis plutôt perplexe quant aux ébauches d'explications données par l'autrice.

□◬■

Et puis soyons honnête, le "Humdrum", l'équivalent de Voldemort, ne fait pas peur une seule seconde. Quand Simon et Penelope le découvrent, il revêt l'apparence de Simon à 11 ans. A quel moment ça fait peur ??? Quand il apparaît, on ne ressent pas le frisson d'angoisse que nous procurait Voldemort. Pas une seule fois je n'ai eu peur que Simon Snow ne s'en sorte pas. Les aventures qui lui arrivent ne sont pas d'un niveau qui le met réellement en danger (sauf peut-être à la fin, mais là encore, c'était mal amené, sans réelle tension dramatique). Tout est résolu tellement facilement, on n'a pas le temps de s'inquiéter que l'action est déjà finie.

□◬■

J'ai plutôt aimé l'intrigue. Je ne me soucie pas de la romance dans ce livre, par contre j'aime beaucoup les rebondissements, les découvertes des personnages qui rendent l'intrigue palpitante. J'aime l'aventure ! Et si dans HP c'est rédigé selon un schéma assez classique (surtout dans les 2-3 premiers tomes), dans Carry On, j'ai l'impression que ça n'a pas trop de logique, que ce n'est pas très abouti et que ça ne prend pas forme. Je trouve qu'il n'y en a pas eu assez, ou alors ça se présente sous forme de flashbacks, et ça n'est pas suffisant !

□◬■

J'ai adoré le personnage de Pénélope, c'était la parfaite Hermione Granger. Je n'ai pas aimé Agatha, que j'ai trouvé superficielle, mais qui montre tout de même qu'on peut posséder des pouvoirs magiques et ne pas être douée pour les utiliser, voire ne pas avoir envie de les utiliser.

Je n'ai ni aimé, ni détesté Baz, il est d'abord présenté comme un monstre assoiffé de sang, mais globalement c'est juste un mec snob, amoureux de son coloc', et dont la mère a été tuée.

Quant à Simon, je dirais qu'il a tous les défauts d'Harry Potter. Je le voyais un peu comme une petite frappe de banlieue londonienne, j'avais du mal à l'imaginer aussi beau qu'il est décrit. Et puis il ne réfléchit pas, il agit. Il est exaspérant tout le temps. Il est insupportablement obsédé par Baz, avant de comprendre que c'est parce qu'il l'aime, euh duh ! Il est vraiment débile de ne pas l'avoir compris lui-même plus tôt, on est d'accord ?!

Le Mage est une pâle copie du Dumbledore qui ignore Harry pendant toute l'année. Là, le Mage est une sorte de président du conseil suprême des mages, en plus d'être directeur de Watford, donc il est tout le temps ailleurs qu'à l'école. (D'ailleurs on voit très peu les cours et les profs dans cette histoire). Il est habillé à la Che Guevara, car c'est un Révolutionnaire, qui veut tout réformer. Il a une petite moustache de dictateur... Bref, les clichés sont bien présents. Et on ne s'attache pas du tout à lui. Difficile de voir le lien entre lui et Simon en fait.

Les personnages sont assez peu développés, n'ont pas tellement de profondeur. J'aurais aimé que l'intrigue tourne moins autour de la romance et qu'on puisse les découvrir dans ce qu'ils sont vraiment.
Dans leurs dialogues, les personnages passent souvent d'un sujet à l'autre et en tant que lectrice, j'étais perdue de les voir sauter du coq à l'âne comme ça.

□◬■

Le roman se lit très, très vite. C'est écrit selon une alternance de point de vue : un coup Simon, un coup Baz, un coup Pénélope, bref ça permet d'avancer vite dans l'histoire.
Et puis c'est écrit quasiment uniquement sous la forme de dialogues, donc il n'y a pas grand chose à dire du style, ou du vocabulaire, qui est franchement très pauvre.

□◬■

A la fin, Rainbow Rowell laisse tout de même de nombreuses questions en suspens : les parents de Simon l'ont abandonné, mais pourquoi ? Et pourquoi le Mage dit "avoir trouvé Simon" alors qu'à la fin du roman on a bien compris quel était leur lien de parenté ? Où est Lucy ? Où est passé Nicodemus qui était censé accompagner Baz à Watford ? Pourquoi les trous de magie ne se sont pas refermés ? Pourquoi personne n'avait compris que les trous de magie avaient un rapport avec toutes les fois où Simon usait de sa magie à lui ? Quel était le problème avec les familles Anciennes ? Pourquoi on nous fait entrevoir un climat social compliqué sans nous l'expliquer en profondeur ? Pourquoi Simon a toujours sa queue de dragon et ses ailes ? (on est d'accord que c'est une métaphore de son homosexualité, hein ?)

□◬■

Peut-être que pour apprécier ce livre à sa juste valeur, il faudrait ne pas avoir lu Harry Potter, ni même vu les films. Parce que si on a grandi avec cette saga, on ne peut pas s'empêcher de faire des parallèles avec HP et désirer que Carry On soit plus profond, plus complexe et abouti.

Quant à la romance, eh bien, ça fera plaisir à celles et ceux qui ont imaginé Harry sortant avec Drago. Moi ça ne m'a jamais effleuré l'esprit, mais si c'est le genre de fanfiction qui vous branche, j'imagine que Carry On pourrait être pour vous.

Après cet article où je démonte le roman, je peux tout de même admettre que j'ai bien aimé cette lecture, que j'ai trouvé divertissante, facile à lire. Mais si on veut un univers complexe et sombre de sorciers, autant relire Harry Potter.
Ma note est élevée (en comparaison de ce que je viens de dire dans l'article), parce que j'ai tout de même passé un bon moment de lecture.
Ce n'est pas du tout le meilleur livre de Rainbow Rowell, mais ce n'est pas catastrophique non plus. Encore une fois, je pense que si je ne l'avais pas comparé à HP, j'aurais sûrement trouvé que c'était un très bon roman.

5/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur