mercredi 27 novembre 2019

Nanofictions, Patrick Baud

Quatrième de couv' : « Il avait un sablier à la place du cœur, qui égrenait doucement le temps qu’il lui restait. À la fin de sa vie, il commença à marcher sur les mains pour inverser le processus. Et il put tout recommencer, la tête en bas. »

Patrick Baud s’est lancé dans un étonnant défi littéraire : raconter des histoires complètes en quelques phrases.
Teintées de fantastique, de poésie et d’humour, ces micronouvelles vous invitent à plonger dans un imaginaire riche et foisonnant.



Mon avis : Vous ne connaissez pas encore ma passion pour Patrick Baud ? J'aime beaucoup tout ce que fait cet homme, qu'il s'agisse de beaux livres, de BD, d'émissions sur les curiosités du monde, d'anecdotes insolites ou encore de La Veillée, Patrick Baud a selon moi ouvert des portes à tous les curieux du monde. J'aime beaucoup sa personnalité : il est humble, modeste et bienveillant. Bref, c'est quelqu'un à suivre. Je m'étais d'ailleurs abonnée à son compte Twitter où il avait publié ces fameuses "Nanofictions". Je n'envisageais pas forcément d'acheter le livre et puis finalement hier je me suis dit "pourquoi pas ?" Evidemment ça se dévore très vite.

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Les nanofictions sont de très courtes histoires. En quelques lignes, il arrive à nous proposer un début, un rebondissement et une chute ou un dénouement. Souvent orientées vers la science-fiction (dystopie), ou vers l'humour ou même philosophiques (on sent souvent un questionnement sur l'intérêt de l'existence humaine), ces histoires nous invitent à réfléchir et à imaginer le développement de celles-ci à notre guise.
Certaines sont excellentes, d'autres un peu moins.
C'est typiquement le genre de livre qu'on peut lire et relire, picorer de temps en temps. On y trouve également des illustrations qui répondent très bien au texte. J'ai trouvé ça joli.

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Un bon livre, court évidemment. Mais qui peut se relire à plusieurs reprises et invite le lecteur à s'imaginer des histoires plus longues.

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 24 novembre 2019

Une certaine idée du bonheur, Rachel Kadish

Quatrième de couv' : Seule, en pyjama, sur son canapé, Tracy lit, Tracy écoute.
Jeune universitaire new-yorkaise, elle lit des chefs-d'œuvre pour prouver que non, le bonheur n'est pas fade et sans intérêt, comme voudraient le faire croire la plupart des grands écrivains.
Bonne amie, elle écoute Yolanda et les autres lui confier leurs peines de cœur dues à des hommes de 15 ans de plus, 15 cm de moins, sans cheveux mais pourvus d'une épouse – preuve pour elle que non, une femme de 30 ans ne doit pas se caser à tout prix.
Jusqu'à sa rencontre avec George... qui va la forcer à quitter son poste douillet d'observatrice.


« Fin, intelligent et léger. Si, si, on peut être les trois à la fois. » Glamour

« Un écrivain béni, avec un sens de la nuance et de la narration qui n'a d'égal que son penchant pour la passion. » Toni Morrison



Mon avis : J'ai acheté ce roman en 2014. J'avais déjà essayé de le lire il y a quelques années, mais j'avais dû renoncer parce qu'il ne correspondait pas à mes attentes du moment. A vrai dire, c'est sûrement à cause de la couverture qui m'a induite en erreur : je m'attendais à lire un roman de chick-litt' alors qu'il s'agit d'un roman exigeant. A l'époque j'en avais donc abandonné la lecture, mais là, il se retrouvait souvent isolé dans mes listes de PAL, donc il était grand temps que je l'en sorte.
J'ai mis pas mal de temps à le lire (contrairement à mon rythme habituel). Il compte 535 pages et c'est plus ardu qu'il n'y parait.

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Le résumé proposé par l'éditeur est cohérent, bien qu'on se focalise surtout sur Tracy et pas tellement sur ses amitiés. Tracy est donc prof de littérature américaine en université. Compétente, intelligente et un poil pédante, elle ne vit que pour la littérature. Jusqu'au jour où George entre dans sa vie. Très vite, ils deviennent amants et George précipite les choses, ce qui va déstabiliser Tracy.
Dans un autre domaine, elle compte bien être titularisée et obtenir un poste à vie dans son université, cependant les choses ne vont pas se passer comme prévu.

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J'ai trouvé ce roman fin et bien écrit, mais trop exigeant. En tout cas, pour la période à laquelle je l'ai lu (je suis assez distraite), ce roman me demandait bien trop de concentration.
J'ai savouré quelques belles phrases, j'ai réfléchi au sens de l'amour, du mariage et de la vie avec Tracy.
Cependant je n'ai pas cru une seconde à son histoire d'amour, du coup j'ai eu un peu de mal à saisir les tenants et les aboutissants de son problème. L'autrice ne sait pas raconter les sentiments, elle est meilleure quant il s'agit d'exprimer des réflexions sur des concepts.

Par ailleurs la fin m'a déçue. Si j'étais satisfaite de la tournure qu'avait pris le roman à cause d'une décision de George, j'ai été déçue de le voir refaire son apparition à la fin du roman. L'autrice a voulu d'un happy end dont on aurait pu se passer.

On est aussi plongé dans l'univers d'une fac américaine et les querelles entre universitaires m'ont semblé bien puériles... J'imagine que ça servait à illustrer le fait que dans le monde du travail, même parmi des gens passionnés et cultivés, on trouve des caractères difficiles à supporter. Le climat de cette fac est assez malsain et lourd de non-dits.

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On ne rit pas beaucoup avec ce roman. Volontairement sérieux, faisant étalage d'une grande culture littéraire, l'autrice ne parvient pas à toucher son lecteur, dans le sens où Tracy n'est pas très appréciable, guindée et pas très fun, je me demande encore comment elle fait pour être amie avec Yolanda, une fille vraiment ouverte et qui prend la vie moins au sérieux. Selon moi, Tracy est une personne qui peine à comprendre vos joies et vos peines, parce qu'elle semble pleine de préjugés et qu'il lui manque un petit grain de folie. Dur de suivre ce personnage sur 535 pages...

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Ce n'est pas un mauvais livre, on y trouve des réflexions intéressantes. Mais le résumé de l'éditeur et la couverture font penser à un roman de chick litt' alors qu'on est vraiment sur du roman d'ambiance universitaire, un roman qui aborde avec sérieux la décision de se marier ou non.
J'ai fini ce livre en début de semaine et j'ai déjà oublié les 3/4 de l'histoire...

4/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 17 novembre 2019

Minuit ou presque, Rainbow Rowell

Quatrième de couv' : Mags et Noel se sont rencontrés à une soirée du nouvel an. Depuis, ils tombent chaque année un peu plus amoureux…

Grande fan de Star Wars, Elena décide de camper devant le cinéma pour la sortie du nouveau film. Mais l’expérience s’avère décevante… du moins, jusqu’à sa rencontre avec Gabe…

Par l'auteur culte de l'inoubliable Eleanor & Park, deux histoires de copains, de geeks, de fans, où l'amitié pourrait bien évoluer de façon étonnante...



Mon avis : C'est en passant dans le rayon jeunesse que j'ai vu qu'il y avait un nouveau livre de Rainbow Rowell. Sans être une fan, j'aime bien les livres de cette autrice. J'ai pris celui-ci parce qu'il est très court, ce sont juste deux nouvelles, et la couverture est très belle.

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La première nouvelle raconte la rencontre de Mags et Noel, un 31 décembre. Chaque année, ils passent la soirée chez une amie commune, Alicia. Et chaque année Noel embrasse une autre fille.

Cette nouvelle n'est pas très longue, et assez prévisible. Mais j'ai bien aimé l'ambiance, on sent vraiment la fin d'année et puis surtout on réalise assez vite que Mags en pince pour Noel.

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La seconde nouvelle est un peu plus longue. Elena, fan de Star Wars décide de faire la queue pour l'épisode VII, bien avant que la séance ne commence (elle va passer 4 jours à attendre devant un cinéma). Là elle fait la rencontre de Troy et de Gabe, les deux seuls autres personnes à attendre le film, à Omaha.

J'ai aussi apprécié cette nouvelle, bien que je ne comprenne pas le principe d'attendre 4 jours dehors, à l'extérieur d'un cinéma pour voir un film. Enfin, j'imagine que c'est quelque chose qui se fait plus aux USA qu'en France.

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Dans l'ensemble ce sont des nouvelles mignonnes, c'est assez agréable à lire. C'est bien écrit mais ça aurait pu être plus développé. Là on referme le livre en se disant "Et c'est tout ?" Les personnages sont assez peu développés, on ne connaît vraiment pas grand chose d'eux. Et puis les nouvelles sont très prévisibles, on sait dès le début ce qu'il va se passer. De plus c'est très enfantin, ça pourrait être lu dès 12 ans.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 6 novembre 2019

Avoue que t'en meurs d'envie, Kristen Roupenian

Quatrième de couv' : Un couple bien sous tous rapports héberge un ami qui tente d'échapper à une relation toxique - pour mieux sombrer dans une autre que personne n'avait vue venir et qui le détruira.
Une célibataire sceptique qui suit la recette d'un vieux grimoire pour trouver l'amour est dépassée par l'apparition d'un homme parfait dans sa cave.
L'anniversaire d'une petite fille inquiétante prend une tournure dramatique après qu'elle a "souhaité" le mal.
Une jeune femme se retrouve au lit avec un homme qu'elle a rencontré peu de temps auparavant et se demande s'il ne s'agit par d'un psychopathe déguisé en "mec à chats"...

Kristen Roupenian plonge dans nos fantasmes et délires à travers douze nouvelles qui explorent avec une écriture très réaliste et un humour impitoyable et souvent sombre les relations humaines. Une voix impétueuse et mortelle.


Mon avis : J'ai pris ce livre parmi les SP de la rentrée littéraire, après avoir lu la première nouvelle, qui m'a juste laissée sur le c*l. Je me suis dit que je ne voulais pas passer à côté de ce recueil de nouvelles.

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L'ensemble est constitué de textes bien écrits, explorant la psychologie de personnages que nous suivons sur quelques pages.
Les nouvelles sont absolument parfaites : l'écriture est maîtrisée, le ton volontairement malaisant, et le style fluide et moderne.
J'adore les textes à la Laura Kasischke où l'on sait que quelque chose dérange, mais sans trop savoir quoi.

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Dans ce recueil l'autrice parle de notre société, de comment une relation avec des textos excitants peut s'avérer être nulle en vrai (dans "Un mec à chats"), ça m'a tellement parlé ! Rien que de lire les questions de cette fille, genre "on en est là, je ne peux plus faire demi-tour maintenant, allé je me force".

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Bon, il y a 2-3 nouvelles que je n'ai pas comprises : "Les sardines", "Le miroir, le seau et le vieux fémur". C'était bien écrit mais quand tu finis en te disant "ouais et ?" c'est que quelque chose cloche. Après, toutes les nouvelles ne peuvent pas être du même niveau et aussi bonnes les unes que les autres.

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La nouvelle "Sacrifice" m'a semblé assez originale parce qu'on entre directement dans le vif du sujet : une personne trouve un grimoire dans une bibliothèque et s'entraîne à réaliser chaque sort du livre. Cette nouvelle est très courte et peu étoffée, pourtant on sent le basculement intérieur du personnage vers la folie.

C'est un peu pareil avec la nouvelle "Le signe de la boîte d'allumettes". On bascule du jour au lendemain dans la folie. C'est avec le second personnage qu'on peut se demander si tout est réel ou si le basculement est contagieux.

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J'ai aimé l'ambiance poisseuse et flippante de "Fais gaffe à ce petit jeu, ma belle". Je n'étais vraiment pas bien en la lisant. Ça a dû faire renaître des situations malaisantes que j'ai vécues par le passé.

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La nouvelle "Pulsion de mort" est très intéressante quant à son sens. On a l'habitude de penser que les gens qui se sortent d'une dépression le font parce que quelque chose ou quelqu'un de positif s'est présenté à eux. Avec cette nouvelle, le personnage, Ryan, fait une rencontre déterminante. Une femme encore plus amochée, plus tordue que lui, va lui demander quelque chose de terrible qui va l'amener à se remettre profondément en question.

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Ma nouvelle préférée (et qui est peut-être la plus longue) est "Un mec bien". J'ai eu l'impression que l'autrice décortiquait à la perfection les mécanismes de la pensée du personnage. J'ai adoré le retour dans le passé pour découvrir comment il est devenu cet homme, qui cache finalement ses désirs derrière la façade du mec bien.

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Quant à la toute dernière nouvelle "A pleines dents", certainement écrite après le mouvement #MeToo, me laisse sceptique... Ellie adore mordre, mais elle arrête à 4 ans, honteuse. 20 ans plus tard, dans son entreprise, arrive un jeune homme très beau. Elle a tellement envie de le mordre ! Elle s'interdit de le faire. Peu à peu, elle voit les allers et venues du jeune homme auprès des autres femmes. Un soir de fête, il la suit, l'embrasse contre son gré et elle saisit alors l'occasion de le mordre. Une autre femme les a vus, et s'approche d'Ellie pour lui apprendre qu'elle est une victime de cet homme, qu'il n'arrête pas d'agresser les femmes de l'entreprise.
Mais Ellie l'a mordu pour son plaisir personnel, pas pour se défendre... L'épilogue de l'histoire nous apprend qu'elle changera régulièrement d'entreprise après avoir saisi des occasions comme celle-ci.
Alors quel message ça nous donne ? Qu'une femme peut être calculatrice et attendre le bon moment pour agir dans son propre intérêt ?

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C'est clairement un recueil de nouvelles qui m'a beaucoup plu, j'ai adoré la construction des histoires, l'ambiance poisseuse ou ambiguë de certains textes. J'ai aimé les scènes imaginées par l'autrice, c'était assez réaliste, concret, audacieux et doté d'un aspect psychologique bien développé.
Si vous n'avez pas l'habitude de lire des nouvelles, ce recueil est très bon : les textes sont suffisamment longs et bien développés pour nous proposer une petite histoire qui se tient parfaitement.

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur 

On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps, Les derniers jours des grands hommes, Patrick Pelloux

Quatrième de couv' : Délaissant momentanément nos maux contemporains, qui forment son quotidien de médecin urgentiste, Patrick Pelloux se penche ici sur de curieux patients : d’illustres mourants. Et si leur agonie en disait plus sur l’époque que l’époque elle-même ? Partant de cette intuition, l’auteur s’est lancé dans une recherche inédite, à la fois médicale et historique : retracer les derniers moments de ces personnalités qui ont fait l’Histoire. Le résultat en est une trentaine de chroniques, de Jésus à Churchill, écrites d’une plume aussi précise qu’un bistouri. Au gré des époques, une promenade passionnante au chevet des grands hommes.


Mon avis : J'ai pris ce livre au boulot parmi les livres gratuits. C'était surtout pour le lire sur ma pause dèj', d'autant plus que des chapitres courts, pas de continuité dans une histoire, je trouvais ça super pratique pour le midi, quand mes collègues vont et viennent autour de moi. En fait, je me suis carrément prise de passion pour ce livre, qui est hyper intéressant ! J'avoue qu'il faut tout de même avoir un léger attrait pour la mort et la médecine, mais aussi pour l'Histoire.

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J'ai trouvé ce livre super intéressant. Surtout la première partie, qui raconte la mort de personnages historiques ayant vécu pendant la Renaissance ou au siècle des Lumières. Ça permet de voir comment ils vivaient à cette époque et quels risques plutôt communs ils encouraient à batifoler avec tout le monde. A cette époque, les médecins ne connaissaient pas encore grand chose du corps humain et pouvaient difficilement sauver leurs contemporains. Toutefois, les rois ou les personnes plutôt aisées vivaient assez longtemps (je trouve) malgré toutes les maladies qui leur arrivaient.

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La partie plus contemporaine m'a moins plu, mais c'est peut-être parce que j'ai quasiment tout lu d'une traite. J'aurais peut-être mieux fait de continuer à picorer les textes.

Cependant j'ai découvert des choses dont je n'avais pas connaissance, notamment sur le régime de Vichy, qui sous influence nazie, a considérablement réduit les budgets alloués aux asiles, faisant ainsi de nombreux morts parmi les hommes et femmes internés (parfois à tort).

J'ai adoré découvrir la mort de Staline, savoir qu'à cause de ses propres ordres, les soldats ne sont pas entrés dans sa chambre durant presque une journée, alors qu'il souffrait lamentablement sur le sol. Les médecins ensuite, trop effrayés par le sort réservé à leurs collègues quelques mois plus tôt, n'ont pas osé réellement soigner Staline et se sont contentés de le laisser mourir. C'est quand même sacrément ironique, non ?

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Ce genre de livre me montre à quel point je suis ignorante. J'ai très peu de mémoire concernant les faits historiques, donc j'ai tout le temps l'impression de découvrir des choses. Par exemple, je me suis informée sur l'Affaire Dreyfus, dont on m'a sûrement parlé très rapidement en cours d'histoire en terminale, mais sans entrer dans les détails.
Je ne sais pas vous, mais j'ai un mal fou à me souvenir des dates ou à situer des événements.

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En bref, c'est un livre intéressant, il nous apprend plein de choses sans être pompeux. Le style est accessible, fluide et on sent même la patte de l'auteur à travers ces récits de mort.
Par ailleurs saurez-vous trouver la vraie-fausse mort qui se cache dans ce livre ? 

8/10 


mardi 5 novembre 2019

Je suis ton soleil, Marie Pavlenko

Quatrième de couv' : « Jamal s’incruste dans mon champ de vision. Il s’accroupit au milieu du hall, lui aussi. Ses grandes incisives sont comme des antennes qui lui sortent de la bouche. Je colle mes genoux contre ma poitrine.

Le monde est flou. Soudain, je suis certaine que c’est la raison pour laquelle on pleure : s’extraire du monde qui nous fait souffrir. Les larmes brouillent les visages, les gens, elles protègent des méchants et de la réalité. »


Mon avis : Ce roman avait fait pas mal parler de lui au moment de sa sortie en grand format, et malgré cela je n'avais pas envie de le découvrir. Mais quand je l'ai vu en poche à 11,50€, je me suis dit que c'était l'occasion de s'y intéresser. (Et puis je résiste difficilement aux couvertures brillantes...)

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C'est pendant l'année de terminale de Déborah que nous allons découvrir son petit monde : séparée de sa meilleure amie, Eloïse, pour leur ultime année de lycée, Déborah fait la rencontre de deux garçons : Victor et Jamal.
Mais tout ne va pas bien dans la vie de Déborah : son père a une nouvelle occupation..., sa mère est dans son propre monde, Eloïse est collée non-stop à un garçon et les notes de notre héroïne sont en chute libre. Et si il n'y avait que ça ! Déborah n'a pas une vie tranquille et paisible, au cours de cette année, l'adolescente va en apprendre beaucoup sur les relations entre les humains.

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Pas un coup de coeur pour moi mais une très bonne lecture, très agréable. Même si on aborde des thématiques fortes : l'amitié, la séparation parentale, la dépression, le suicide, l'avortement, le premier chagrin d'amour, l'homosexualité, la scolarité, le tout est présenté avec l'humour et la sensibilité de Déborah.

J'ai retrouvé dans ce roman le ton de Louise Rennison, l'autrice du "Journal intime de Georgia Nicholson", une série de livres à la mode quand j'étais ado. On y découvre un humour décapant, que j'ai retrouvé ici avec les expressions inventées par Déborah et son amie ou certaines situations absolument truculentes.

Au delà de l'humour, il y a une vraie profondeur dans les thématiques abordées, peut-être que la plus importante est le lien mère-fille. La mère de Déborah est un personnage un peu évanescent, le genre de femme qu'on ne parvient pas à saisir parce qu'elle est nimbée de mystère. Si Déborah l'a toujours connue ainsi, elle ne s'attendait pas à ce qui va se passer dans la vie de sa mère. Il faut alors reconstruire un lien, qui ne peut d'abord pas avoir lieu dans un quotidien partagé, mais à distance. L'inquiétude va peu à peu laisser place à l'espoir, et à un nouveau lien de confiance et de fierté.

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Le point fort de ce livre tient à ses personnages : bien campés, crédibles et touchants, j'ai adoré leurs dialogues, qui sonnent vrais. Dans les paroles échangées entre les parents et Déborah, j'y ai trouvé des réflexions sur la vie qu'on ne développe pas encore à l'adolescence mais plus tard et ça m'a plu.

Les parents, qui pour une fois ne sont pas les grands absents d'un roman pour ado, sont des personnages justes ; par petites touches, on découvre leurs failles. Ils tombent de leur piédestal, mais sans jamais se rendre détestables aux yeux du lecteur.

Déborah est parfois dramatique, mais j'ai bien aimé son caractère, elle est entière et même si elle se soucie de ce qu'on peut penser d'elle, elle trouve la force de s'opposer à ceux qui lui font du mal.

Quant à Victor et Jamal, j'ai eu le sentiment que Victor restait en retrait, on ne le connaît pas si bien que ça, mais peut-être qu'il évolue avec plus de pudeur dans la vie que Jamal, qui lui est un personnage grandiose, qui prend toute la place.

Par ailleurs, le traitement du personnage d'Eloïse est très bien fait : jolie fille peu réfléchie, elle devient mature, posée et déterminée à réussir son année. Même si on la voit à travers le regard de Déborah, j'ai beaucoup aimé son évolution. Je m'attendais à ce qu'elle disparaisse vite du tableau puisqu'au début du roman elle ne se consacre plus qu'à son Jules, et pourtant elle tient sa place tout au long du roman, maintenant avec force son amitié avec Déborah.

Quant à la professeure de philosophie et à la libraire de Déborah, j'ai trouvé ces deux femmes particulièrement à l'écoute et pleine d'empathie. Ça faisait du bien d'avoir des passages lumineux et positifs.

Selon moi, les personnages sont tous attachants, même le chien qui pue, Isidore.

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Bon, j'ai essayé de ne pas trop dévoiler l'histoire, mais en même temps je la trouve très riche, sans être dense par ailleurs. L'autrice raconte la vraie vie : mêlant des moments de solitude désirés à de beaux moments d'amitié voire d'amour.
Au premier abord, c'est un roman simple, racontant la vie d'une adolescente et de sa famille, mais le ton, l'humour et la sensibilité mis dans ce texte en font un très beau roman, fort et tendre.

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

vendredi 1 novembre 2019

Le livre de Perle, Timothée de Fombelle

Quatrième de couv' : Tombé dans notre monde une nuit d'orage, un homme emprunte le nom de Joshua Perle. Commence alors pour lui une vie fugitive, une quête mystérieuse. Mais ceux qui l'ont banni et le traquent le laisseront-ils trouver le chemin du retour? Perle a-t-il raison de penser que la fille qu'il aime l'attend toujours là-bas?
Entre réel et féerie, un grand roman d'aventures par l'auteur de Tobie Lolness et Vango.


Mon avis : J'ai acheté ce livre en Novembre 2017, déjà en poche, alors que j'en avais entendu parler pendant des mois, dès sa sortie en grand format. Mais comme tout le monde le présentait en disant "il faut le lire mais je ne peux pas vous dire de quoi ça parle !", ça me refroidissait un peu de ne pas savoir dans quoi je me lancerais.

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Je n'avais jamais lu de livre si original, mêlant réalisme et monde féérique. C'est un peu comme si notre monde entrait en collision avec les contes, les histoires que des générations se sont transmises depuis des siècles.
L'auteur invente une histoire féérique d'un côté et une histoire qui intègre l'Histoire de notre monde (à savoir la 2nde guerre mondiale).

Au début, on est perdu, il y a plusieurs storylines qui se chevauchent, puis les choses se dévoilent, les pièces du puzzle s'enclenchent.
Quelqu'un a écrit une chronique sur Sens Critique, dévoilant le résumé de l'histoire, mais je préfère ne pas lever le mystère sur ce roman, parce qu'il vaut mieux le découvrir sans trop en connaître.

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L'accent est toutefois mis sur l'intrigue, plus que sur les personnages. Je les ai trouvés un peu ternes et faiblards. En repensant à Joshua Perle par exemple, je ne me dis pas qu'il est courageux et aventureux, mais qu'il vit des aventures à travers deux mondes.
En fait, les personnages n'ont pas tellement un caractère, une personnalité avec une psychologie développée, mais on les voit surtout vivre des moments intenses.
Peut-être que le narrateur a plus de consistance, puisqu'il vit dans notre réalité et nous raconte l'histoire après s'être posé des tas de questions sur Joshua/Ilian, depuis son adolescence.

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La construction de ce roman est intéressante, il faut s'accrocher et être patient, mais ça en vaut la peine. Timothée de Fombelle a un talent fou pour raconter des histoires tendres et pleines de suspense, sans jamais nous perdre complètement.

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C'est plein de finesse et de subtilité quant à l'amour entre deux personnages, à la façon des deux amants maudits qu'on retrouve depuis toujours dans la littérature.

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J'ai beaucoup aimé ce roman, au point de l'emmener avec moi au boulot pour le lire sur ma pause dèj' lundi. J'admire vraiment l'imagination de l'auteur et son talent pour monter une histoire si intense en 325 pages. Il n'y a rien de mieux que ce roman pour se déconnecter de notre vie actuelle.

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur