samedi 16 juin 2018

L'oreille interne, Robert Silverberg

Quatrième de couv' : David Selig, Juif new-yorkais d'une quarantaine d'années, se considère comme
un raté. Il est pourtant télépathe et pourrait profiter de ce don pour faire fortune, conquérir – et garder ! – les plus belles femmes… Mais non, rien à faire, il estime être un monstre tout juste bon à faire le nègre sur des devoirs d'étudiants, incapable de réussir sa vie. La dernière preuve en date : ce talent qu'il déteste tant, mais qui est finalement son seul lien avec le reste de l'humanité, est en train de le quitter ! Apeuré à l'idée de se retrouver seul avec lui-même, Selig nous conte sa misérable existence.

Grand roman psychologique, plein d'humour et de mélancolie, L'oreille interne est peut-être le plus beau livre de Robert Silverberg et à coup sûr un chef-d'œuvre de la science-fiction.


Mon avis : Le mois dernier j'ai été dans une petite librairie de la côte bretonne que j'aime bien. Je n'avais pas emportée ma wishlist, du coup j'ai décidé de choisir un livre, comme ça, juste pour le plaisir d'en acheter un dont je n'avais jamais entendu parler.
C'est le rayon SF qui m'a étrangement attirée, moi qui n'en lis quasiment jamais. Comme souvent, c'est la collection de Folio SF qui m'a fait de l'oeil, j'adore ce parme métallisé, que malheureusement Folio SF s'évertue à changer, sûrement parce que ça coûte trop cher à fabriquer.
Bref, je suis tombée par hasard sur L'oreille interne. J'ai lu le résumé qui m'a bien plu. J'avais vraiment super envie de le lire et de le découvrir.

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Malheureusement, Folio SF en fait un poil trop en parlant de chef d'oeuvre de la science-fiction.
Déjà, ce n'est pas tant de la science-fiction... le protagoniste est télépathe, il peut plonger son esprit dans votre âme et tout savoir de vous, mais il ne peut pas échanger avec vous.
Hormis cet aspect, on n'est pas du tout dans un monde différent du nôtre, avec des progrès scientifiques et techniques. Il s'agit essentiellement d'un roman psychologique, centré sur un personnage médiocre et désagréable qui n'a jamais rien fait pour exploiter son pouvoir et vivre la belle vie.

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La narration est erratique, parfois à la première personne, parfois à la troisième. Avec des retours dans le passé, des moments dans le présent, ce qui rend le tout assez désagréable à lire.

Le problème de ce livre c'est qu'on attend qu'il se passe quelque chose. Au début, l'auteur pose son cadre, il explique qui est David Selig, comment son "pouvoir" s'est développé dans son enfance, comment il l'utilise, si d'autres personnes possèdent ce pouvoir.
Mais dès le départ on sait que David perd son pouvoir. En fait, j'aurais préféré une narration plus linéaire, grâce à laquelle j'aurais pu voir comment David utilisait son pouvoir depuis sa petite enfance, comment ce pouvoir se traduisait à son paroxysme. Puis doucement on aurait vu qu'il perdait peu à peu ce pouvoir... ça aurait été plus crédible, ça m'aurait permis d'avoir plus d'empathie pour lui aussi. Mais là, cette façon de directement nous dire que David perd un super pouvoir et qu'il n'en a jamais rien fait d'utile, ça met de la distance entre le lecteur et David.

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Le problème c'est que David vit son pouvoir comme un handicap, s'en plaint constamment plutôt que de l'exploiter et d'en faire un atout extraordinaire.
Il passe son temps à pleurnicher, surtout quand il comprend que la seule chose qui le rendait différent des autres commence à le quitter.

Alors oui les passages où David lit dans l'âme des autres ou quand Toni et lui partagent un bad trip à l'acide, sont très intéressants, ils sont bien construits et on se dit que ça doit être formidable d'avoir une tel pouvoir, ça suppose de pouvoir se sortir de plein de situations sans égratignure, mais tout ça est gâché par le personnage apathique de David.

Finalement c'est le traitement de la solitude, engendrée par ce pouvoir, qui est mal fait, parce que David est un personnage névrosé qui passe son temps à se lamenter sur son sort, qu'il ait ou non ce pouvoir ne change rien, David est LE personnage-type qui se victimise sans cesse.

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Il y a aussi des passages très problématiques : de racisme en particulier. David est un minable qui gagne sa vie en rédigeant des dissertations pour des élèves de l'université. Il leur fait payer 3$ la page et le plus souvent il puise dans ses anciennes dissertations... Bref, un jour un type vient le voir, et ce mec, Yayah, est noir, joueur de basket-ball. Ensuite c'est un festival de phrases racistes et ça m'a mise mal à l'aise.
Ce livre a été écrit dans les années 70, mais ça n'empêche ! D'autant plus que plus tard dans le roman, David se fait tabasser par la bande de copains de Yayah et il est persuadé que c'est du racisme antijuif. Je veux bien croire que ça existe, mais c'est la façon dont c'est mis en oeuvre qui m'a dérangée. David se croit supérieur depuis le début à cet élève noir. Et il a vu dans la tête de Yayah que celui-ci se sentait supérieur à David. Bref, un combat de coq sur fond de racisme. Malaisant.

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En fait, j'ai eu l'impression de lire un roman dont l'idée de départ était super, avec du potentiel, mais que l'auteur l'avait mal exploitée (ou du moins pas comme je l'aurais souhaité).
Je pense que si je n'ai pas aimé ce roman c'est parce que je ne l'ai pas pris pour ce qu'il était, à savoir un roman psychologique sur la solitude de l'être.
J'en attendais beaucoup plus. Je voulais lire un roman passionnant, je n'ai eu qu'une histoire sans point culminant, sans heurt, sans extraordinaire.

4/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

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