dimanche 29 avril 2018

Sindbad le marin

Quatrième de couv' : "C'est ici la demeure du seigneur Sindbad, qui a parcouru toutes les mers que le soleil éclaire."
Hindbad, pauvre livreur, fait une pause devant le somptueux palais d'un riche marchand. Alors qu'il se plaint à Allah des injustices d'un monde qui permet aux riches de vivre largement tandis qu'il doit travailler d'arrache-pied pour nourrir sa famille, le propriétaire des lieux l'entend.
Il s'agit du riche Sindbad, dont la fortune est légendaire. Il invite Hindbad à sa table, et lui conte les merveilleuses aventures qui ont fait sa fortune. Combien de dangers, de tempêtes et de monstres a-t-il su braver ? Combien de terres inconnues a-t-il parcourues ?


Mon avis : J'ai acheté ce livre sur un coup de tête avant-hier. Vu qu'il ne coûtait que 2€ et que je n'ai aucune connaissance des grands textes, je me suis dit que ça valait le coup de l'acheter. J'ai décidé de ne pas attendre, comme il est court (70 pages), sinon je ne retrouverais jamais l'envie de le découvrir.

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Pour résumer, un porteur fait halte devant une immense maison, dans laquelle vit Sindbad. Ce dernier entend le porteur se plaindre de son travail éreintant, supposant que Sindbad se prélasse grâce à sa fortune. (Ce qui n'est pas totalement faux). Pour le détromper, Sindbad invite Hindbad à entrer et à partager 7 repas avec lui, le temps de lui raconter ses voyages en mer afin de le convaincre qu'il a bien mérité sa place et sa fortune.
Chaque voyage le fait quitter Bagdad avec des marchands, sur un navire dans l'Océan Indien, mais en route il se passe forcément un (ou plusieurs) événement(s) l'empêchant de naviguer tranquillement.

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J'aime bien les livres où il y a de nombreuses aventures. MAIS j'aime mieux quand elles sont crédibles... ce qui n'est pas le cas avec Sindbad le marin.
Baleine tellement énorme qu'on la prend pour une île, serpents géants, oiseaux immenses capables de soulever des rochers, les porter et les lâcher sur un navire pour le faire couler, profusion de diamants, perles, émeraudes qui tombent forcément dans les mains de Sindbad, etc. tout est irréaliste !

Ce qui me déplait aussi, c'est la manière dont Sindbad mène sa vie : il fait tout pour survivre, même des choses totalement amorales. Malgré sa façon éhontée de se comporter pour en plus s'enrichir, il est toujours béni par son Dieu : de l'équipage, Sindbad est évidemment et toujours le seul à survivre aux mésaventures. Il est totalement favorisé par Dieu qui le sauve à de multiples reprises de situations impossibles. Pourtant Sindbad est un personnage rusé et vénal ! Il met à profit sa ruse pour tuer et il tue de sang-froid et avec intelligence.
Mais a contrario, on peut lui trouver de nombreuses qualités : brave et courageux, et quand il n'est pas en danger il est généreux et fait attention aux plus pauvres que lui. Il apparait donc très humain. D'autant que la morale qu'on peut en tirer c'est que "les efforts payent" (malheureusement au détriment d'autres humains, ce qui me dérange en un sens).

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Il y a énormément de longueurs et de répétitions : chaque voyage est conté de la même façon. La structure des aventures de Sindbad ne change jamais (et nous invite évidemment à douter de la véracité des propos). On aurait pu se contenter de 3 ou 4 voyages en mer, mais il en fallait 7 (chiffre sacrément récurrent dans l'Histoire du Monde).
Quant à la cohérence de certaines situations, n'en parlons pas !
Dans ce texte, le discours est régulièrement coupé, car il est mis dans le contexte des Mille et Une Nuits durant lesquelles Schéhérazade raconte un morceau d'histoire chaque nuit. Parfois la coupure est faite au bon moment (avec cliffhanger !), parfois c'est assez inégal quant à l'histoire contée (c'est soit trop long, soit trop court).

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Un récit intéressant, qu'on lira pour le côté aventure, plutôt que pour le style d'écriture (la traduction est un poil lourde).

4/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 24 avril 2018

Je ne t'aime pas Paulus, Agnès Desarthe

Quatrième de couv' : "Il y a Paulus Stern qui est amoureux de toi."

Voilà ce que s'entend dire Julia, un matin, de la bouche de sa meilleure amie Johanna.
Il faut préciser que Paulus Stern est le garçon le plus beau du monde et de ses environs, et que Julia est censée tomber raide morte, et verser des larmes de reconnaissance.
Mais sa réaction est plus nuancée. Et si c'était un de ces complots où l'on engage un type craquant pour séduire la mocheté du coin ? se dit Julia. Vrai ou pas vrai, comment faire pour ne pas y penser à longueur de journée ?

Avec une justesse proche de l'extralucidité et un humour acide, Agnès Desarthe nous porte au plus près de cette tornade des sentiments qui bouleverse tant d'adolescences. 
Télérama


Mon avis : J'ai acheté ce roman en début d'année, dans ma frénésie "je veux lire le plus de romans jeunesse de l'Ecole des Loisirs", et vraiment le résumé me plaisait, j'avais super envie de découvrir cette histoire !
Mais je sais pas, ça ne l'a pas fait.

Pour vous faire un bref résumé : Julia est une jeune fille de 14 ans, intelligente mais qui se trouve moche. Un jour, Johana sa meilleure amie, lui apprend que Paulus Stern, le plus beau mec de sa classe, est amoureux d'elle. Julia ne veut pas y croire. L'amour ce n'est pas pour elle, et puis elle a si peu d'estime pour elle-même qu'il est inconcevable que Paulus l'aime.
Et à la maison l'ambiance n'est pas des plus agréables : son père s'est fait licencier, sa mère qui ne travaillait pas ne sait plus où se situer. La famille prend un sacré coup de massue, c'est le début des grands bouleversements !

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Le style est assez sympa, plutôt original. Mais je trouvais les chapitres loooongs ! ça ne me dérange pas d'habitude, mais je crois que je n'ai pas réussi à entrer dans l'histoire, à éprouver de l'empathie pour Julia.

Je pense qu'il y a un truc qui m'a dérangé et qui est répété plusieurs fois : Julia est intelligente mais moche et sa meilleure amie Johana est belle mais stupide. Déjà, partant comme ça, j'étais désolée pour ces deux jeunes filles qui ont si peu d'estime pour elles-mêmes et l'une pour l'autre... Ce que je trouve "pire" c'est qu'à la fin du roman elles continuent de penser ainsi. C'est plutôt nul de ne pas apporter plus de nuances surtout sur un tel point.

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Les personnages n'étaient pas spécialement attachants. On se demande un peu pourquoi Julia côtoie Johana qui est son opposée en tous points et qui ne s'intéresse pas à grand chose. Surtout que les deux filles ne passent pas tant que ça de temps ensemble et elles finissent toujours par raccrocher après s'être disputées au téléphone.

Julia est aussi une personne à part, peu sûre d'elle, détestant son corps, elle est néanmoins très franche avec tout le monde. Elle n'a pas vraiment de limites et fait parfois des gaffes avec ses parents.
Personnellement je ne l'ai pas trop aimée, j'ai un peu de mal à cibler ses qualités.

Certains personnages comme Nadine ou Judith ont un côté marrant et elles apportent un peu de fraîcheur, permettant aussi à Julia d'exercer son cynisme.
Les parents de Julia ne sont pas très intéressants, j'ai trouvé dommage qu'on n'aille pas plus loin dans l'histoire avec eux.
Quant à Paulus, eh bien, à part sa beauté, on ne sait pas grand chose de lui. Est-il brun ? Blond ? Pourquoi fait-il chavirer le coeur de tout le monde ? Est-il sympathique ? Intelligent ? Doux ? Drôle ? On n'en saura rien.
Cela dit, quand on y pense, les amourettes du collège c'était un peu pareil : on fantasmait sur un beau garçon sans le connaître, on le regardait de loin des jours et des jours et subitement on prenait notre courage à deux mains pour lui proposer de sortir avec nous. (Et la plupart du temps ça se finissait bien vite, parce qu'en fait on n'avait strictement rien à se dire...). Du coup, en tenant compte de ça, alors oui l'amourette entre Paulus et Julia est plutôt crédible.

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Je pense que le problème vient de moi qui n'ait pas lu le roman au bon moment. Ce qui est dommage c'est que je n'ai plus envie de découvrir la suite. C'est assez bizarre que j'ai ce ressenti, parce que c'est typiquement le genre de roman qui me plait d'habitude sur l'adolescence, et là, je sais pas pourquoi ça n'a pas pris.

Mais peut-être que ce roman vous plaira, c'est une chronique de la vie d'une adolescente qui découvre peu à peu qu'elle éprouve des sentiments. Un roman sur la naissance de l'amour, entre deux adolescents.

5/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

samedi 21 avril 2018

Train d'enfer pour ange rouge, Franck Thilliez

Quatrième de couv' : Un cadavre en morceaux est retrouvé aux environs de Paris. La victime a été décapitée et son corps martyrisé a fait l’objet d’une mise en scène défiant l’imagination.
Le commissaire Franck Sharko est dépêché sur les lieux. Les ténèbres, il connaît : sa femme a disparu depuis six mois. Aucun signe de vie, aucune demande de rançon. Et cette nouvelle affaire, en réveillant le flic qui dormait en lui, va l’emmener au coeur de la nuit, loin, beaucoup trop loin…

« Les amateurs de polars piafferont sans doute d’impatience pour découvrir la suite des aventures concoctées par Franck Thilliez.»
Frédéric Camus – La Voix du Nord


Mon avis : J'ai entendu Franck Thilliez l'autre jour dans l'émission Boomerang d'Augustin Trapenard (sur France Inter), et il racontait comment il procédait à l'écriture de ses romans, quelles étaient ses thématiques préférées. En l'entendant si passionné, j'ai vraiment eu envie de lire ses romans, et de commencer par son premier.
Mon frère l'avait dans sa bibliothèque et j'ai pu lui emprunter. (Il faut savoir que j'ai lu Puzzle il y a quelques années et j'avais adoré).

Les polars, j'aime beaucoup ça, c'est la meilleure façon de me sortir d'une panne de lecture avec un livre qui se dévore, que je ne peux plus lâcher.

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Avec Train d'enfer pour ange rouge, je me suis directement demandé si j'allais continuer ma lecture car dès les premières pages, les scènes étaient beaucoup trop glauques. Je crois que de tous les polars que j'ai pu lire, je n'avais jamais lu de descriptions aussi atroces de meurtres. Spoiler alert : le roman est bourré de scènes de tortures. Donc clairement, si vous avez du mal avec ça, ce livre n'est pas fait pour vous !
Passées ces premières pages qui m'ont mises mal à l'aise, j'ai continué parce que l'enquête a démarré sur les chapeaux de roue.

Par contre, chaque fois que je posais le livre pour quelques heures, quand je le reprenais j'avais oublié les éléments précédents de l'intrigue (arf super mémoire...) donc j'aurais vraiment du mal à faire un résumé de ce roman et ce serait idiot parce que je ne compte pas vous le spoiler.

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Commençons par ce que je n'ai pas aimé : 

Je n'aime pas du tout le personnage de Sharko.
Sharko est le commissaire qu'on suit tout au long du roman (il est le narrateur).
Dans les dialogues il est toujours violent, dès qu'il parle c'est pour avoir une altercation. J'ai l'impression que l'auteur veut en faire un personnage fort, mais ça fait de lui un personnage agressif, trop intrusif et pas du tout à l'écoute de ce que lui disent les témoins. En gros, il insiste constamment, que ce soit avec des témoins ou ses collègues, il ne lâche pas le morceau tant qu'il n'a pas entendu ce qu'il a envie d'entendre. Et ça, ça me dérange.

Il manque de nuances, on dirait un personnage de mauvaise série policière. Alors que quand on le voit en tant que narrateur, il est beaucoup plus posé et calme. Il se sent aussi au-dessus des lois (alors qu'il est flic !) et il fait partie de ces flics qui suivent leur instinct, en se foutant allègrement de leur hiérarchie. Une enquête est censée se faire dans les règles, or il les outrepasse tout le temps, sans même se faire taper sur les doigts. (ça m'a outrée)

Ensuite je trouve dommage qu'il soit un personnage si stéréotypé. Bon je reconnais que ce roman a été écrit dans les années 2000 et que la plupart des polars que j'ai lu et qui ont ce même problème du flic je m'en foutiste et caractériel, ont été écrit après celui-ci, donc ça a l'air d'être une tendance qui s'est développée (malheureusement) et dont Thilliez est peut-être le précurseur ? (dites-moi si vous êtes expert en polar si cette figure de flic typique était déjà fortement représentée dans les polars publiés avant 2000 ?)

De plus, son caractère solitaire le pousse à tout faire dans son coin et il n'a aucune reconnaissance pour ses pairs, il a même tendance à être agressif avec ses collègues. Il les laisse en plan, sans jamais leur dire où il va, quel éclair de génie s'est présenté à lui. Bref, le type insupportable !

Les dialogues sont assez mauvais car peu crédibles. Certains ont de longues tirades pour expliquer en détails des moments passés (qui s'adressent plutôt aux lecteurs qu'à l'interlocuteur du personnage), certains ont des monologues vraiment pas crédibles... Personne ne parlerait comme ça dans la vraie vie ! 

Un autre point qui m'a dérangée : la volonté de rendre des scènes poétiques (surtout au début). Plus d'une fois ça m'a agacée et m'a fait perdre le fil de l'histoire, tout comme les métaphores imagées (à répétition) que mon cerveau très premier degré s'évertue à imaginer. Le style est malheureusement assez lourd, et c'est dommage, dans un thriller on n'a pas besoin de tout ça ! On veut juste aller à l'essentiel.


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Bon et pour ce que j'ai aimé ? 

Et bien l'intrigue ! Elle est très bien ficelée. Clairement l'auteur a fait un super travail pour ne pas se perdre dans les multiples voies qu'il emprunte. Par moments j'ai eu l'impression en tant que lectrice, qu'on se perdait dans des histoires qui n'avaient rien à voir, qui nous éloignaient de l'enquête de base, mais en fait tout se recoupe par la suite. Et d'ailleurs les explications étaient bien amenées.

Les thématiques sont originales bien que très, très glauques et je ne m'y attendais pas. Les scènes de torture, les pratiques BDSM, le côté religieux (qui au début me soûlait mais se justifiait par la suite), Internet et le darkweb, bref tout ça ce sont des thématiques abordées dans le roman. 

Le rythme aussi est bon, on n'a pas envie de lâcher le roman et le suspense est insoutenable.

J'avais deviné depuis un bout de temps qui était le fou caché derrière tout ça, mais c'est peut-être juste parce que j'ai eu l'habitude de lire des polars. Et même si ça enlève le côté surprenant, j'étais ravie d'avoir bien deviné.

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C'est le premier roman de l'auteur, je trouve que tout n'est pas maîtrisé, et je pense (j'espère) que ça s'améliore dans les livres publiés ensuite. Par contre je ne sais pas si je supporterai Sharko dans les prochains tomes...

Un roman sympa, si on supporte certaines scènes, qui se dévore. Des thématiques peu représentées en littérature mais un commissaire insupportable ! 

6/10


mardi 17 avril 2018

La Gloire de mon père, Marcel Pagnol

Quatrième de couv' : Un petit Marseillais d’il y a un siècle : l’école primaire ; le cocon familial ; les premières vacances dans les collines, à La Treille ; la première chasse avec son père…

Lorsqu’il commence à rédiger ses Souvenirs d’enfance, au milieu des années cinquante, Marcel Pagnol est en train de s’éloigner du cinéma, et le théâtre ne lui sourit plus.

La Gloire de mon père, dès sa parution, en 1957, est salué comme marquant l’avènement d’un grand prosateur. Joseph, le père instituteur, Augustine, la timide maman, l’oncle Jules, la tante Rose, le petit frère Paul, deviennent immédiatement aussi populaires que Marius, César ou Panisse. Et la scène de la chasse à la bartavelle se transforme immédiatement en dictée d’école primaire…

Les souvenirs de Pagnol sont un peu ceux de tous les enfants du monde. Plus tard, paraît-il, Pagnol aurait voulu qu’ils deviennent un film. C’est Yves Robert qui, longtemps après la mort de l’écrivain, le réalisera.

« Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers. »


Mon avis : Quand j'étais enfant, j'ai vu et revu Le Château de ma mère, adapté en film. Mais j'aimais moins La Gloire de mon père. Et pourtant c'est celui-ci qu'on avait en livre en double exemplaire à la maison. J'ai dû le lire quand j'étais toute jeune, peut-être vers 12-13 ans. J'ai dû le relire un peu plus tard, en gardant en souvenir que le roman ne parlait que de la chasse.
Après re-relecture aujourd'hui, je m'aperçois qu'il ne s'agit pas QUE de ça.

Dans ce roman, Marcel Pagnol décrit rapidement sa petite enfance.
Le passage où il raconte qu'il savait lire dès 3 ans, parce que sa mère le laissait dans la classe de son père quand elle allait faire ses courses, est très drôle !

Il raconte comment se sont organisées les premières vacances à la Bastide-Neuve, une maison que son oncle et son père loueront pendant des années. Il raconte la première montée jusqu'à la Bastide, la découverte du chemin qui lui (nous) semble interminable !

Il parle de son petit frère Paul, fidèle allié dans ses jeux et ses recherches entomologiques (d'ailleurs si vous aimez les insectes, certaines scènes bien trop imagées peuvent vous rebuter). Pour eux, les deux petits garçons de la ville, la nature est un immense terrain de jeux (d'Indien d'ailleurs) et de découvertes.

Ensuite, il raconte les journées de préparation par les adultes avant l'ouverture de la Chasse, à laquelle il n'aura pas le droit de participer, se faisant trahir par son oncle et son père. Mais le jeune Marcel, 8 ans et demi, passera outre l'avis de son père, et se lancera sur les traces des deux hommes afin de les aider secrètement à chasser. Cependant Marcel se perdra dans les vallons, sur les plateaux, au milieu des cades et des baoucos, avant de retrouver et sauver l'honneur de son père.

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Avec les Souvenirs d'enfance, écrits dans les années 50, Marcel Pagnol revient sur son histoire. Parfois avec beaucoup de précisions, ce qui m'amène à me demander jusqu'à quel point sommes-nous dans le vrai ? A-t-il construit de toutes pièces la "Gloire de [s]mon père" pour la beauté de l'histoire ?

Je trouve très drôle la façon dont il se moque, adulte, des petits travers de son père, de sa vanité, sous couvert de recherche scientifique par exemple.

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La langue est belle, bien que je n'ai pas compris certains mots (surtout ceux qui se rapportent à la nature...). Il y a un réel effort dans le style pour produire des images, mais des sons aussi (et plus particulièrement, celui des cigales qui sont mentionnées plusieurs fois).
C'est avant tout un roman d'ambiance, avec le cadre magnifique qu'est la Provence.

Quel plaisir aussi de se plonger dans une époque où on prenait son temps : pas de voiture, faire 9 km à pied pour se rendre à la Bastide, pas de salle de bain et une douche au tuyau d'arrosage !
Bref, on se plonge dans les vacances d'un autre siècle, profitant du temps et de la nature.

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Je savais qu'en lisant Pagnol, je passerai un bon moment, un moment où le soleil pénètre jusqu'au coeur (et rien de mieux que de lire ce roman, assise au soleil, dans le jardin, un 17 avril). Je vais même remonter ma note sur Livraddict, parce que c'est un roman qui a le charme du sud.

Citation : "Il n'est pas besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer." (p.195)

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

lundi 16 avril 2018

Mates, Dates & Sleepover Secrets, by Cathy Hopkins

Quatrième de couv' : Theresa Joanne (TJ to her mates) is having a difficult year. First her best friend moves away when classmate Wendy appears to have it in for her. TJ's never felt more alone. Plus there's the problem with boys. They treat her like a mate and never seem to notice that she's a girl. 

When Lucy befriends TJ things start to look up. But will Nesta and Izzie also accept her ? Will they let her into the world of sleepovers, secrets, laughter and advice ? Can they help TJ be herself and discover her real potential ? 

Mon avis : Et un de plus lu ! Finalement c'est une bonne idée d'essayer de lire un titre par mois de cette collection-là, je ne me lasse pas, je n'ai pas le temps d'oublier ce qu'il s'est passé dans le tome précédent. D'autant plus que comme j'ai lu les 7 premiers en français, le niveau de compréhension est vraiment simple.
Je vous remets un lien direct vers le troisième tome lu en mars.
Etrangement, en français j'aimais moins relire ce livre, et là en VO je l'ai trouvé agréable à lire.

L'autrice commence son histoire d'un tout autre point de vue que dans les précédents tomes. Là, avec TJ, (ou JT en français), nous ne suivons plus le groupe de base (Lucy / Lizzie / Tasha ou Izzie / Nesta en VO). TJ est une jeune fille qui est dans la même classe que les filles, mais sa meilleure amie est partie vivre en Afrique du Sud (avant même la fin de l'année), laissant TJ toute seule. Elle se rend compte qu'elle se sent mal dans sa peau sans sa meilleure amie, mais surtout elle n'aime pas que les autres voient sa solitude. Pas de chance pour elle, Lucy, Lizzie et Tasha se rendent vite compte que TJ n'a plus personne avec qui manger ou passer ses récrés. Doucement elles vont opérer un rapprochement.
TJ est au départ assez réticente, elle n'aime pas que les gens aient pitié d'elle. Et puis Tasha met les pieds dans le plat à plusieurs reprises, laissant TJ penser qu'elle est trop nulle pour être l'amie des 3 filles. Finalement un projet commun va les réunir et les rapprocher.

Je trouve ce tome sympa. Mais les personnages ne sont pas justement représentés. Par exemple Lizzie apparaît peu alors qu'en principe elle est considérée comme étant la personne la plus ouverte des trois, on pourrait penser que c'est elle qui va se rapprocher de TJ en premier.
Lucy est égale à elle-même : drôle et gentille, soucieuse du bien-être des autres. Quant à Tasha/Nesta elle ne peut s'empêcher de faire des bourdes, mais malgré tout, on sent qu'elle veut bien faire et devenir l'amie de TJ.
Les garçons sont aussi présents dans ce tome : Scott le voisin de TJ, Tony le tombeur et frère de Tasha, mais surtout Steve et Lal les frères de Lucy. On dirait un peu que tout ce petit monde vit en vase clos, mais bon à l'adolescence c'est souvent comme ça !

Ce tome n'aborde pas des questions très importantes. Le premier baiser, la réussite d'un projet grâce à l'entraide. Un peu la solitude au début, mais c'est vite effacé par de nouvelles amitiés qui vont rendre TJ heureuse. C'est un peu un tome de transition, présentant un nouveau personnage et montrant la petite bande sous un nouveau jour.

Dans ce tome, on trouve des mails à la fin de chaque chapitre. Ils sont un peu agaçants, car ils contiennent des fautes d'orthographe et des mots en français ou en espagnol ou une retranscription écrite d'un accent indien ou allemand, ce qui ne facilite pas la compréhension du texte.
On trouve aussi pas mal de références aux années 90-2000 (Buffy contre les vampires, Austin Powers).

7/10

vendredi 13 avril 2018

Lolito, Ben Brooks

Quatrième de couv' : Etgar a la vie devant lui mais ne veut rien en faire. Etgar a des problèmes d’ado
et des peurs adultes. Etgar veut seulement regarder des documentaires et des comédies, mais ne peut s’empêcher de cliquer sur les vidéos virales les plus sadiques. Etgar est encore un gamin, mais écrit déjà des lettres imaginaires à ses propres enfants à ne pas naître. Etgar n’aimerait boire que du thé, mais s’enfile bière sur bière. Les amis d’Etgar pleurent, comme lui, mais lorsqu’ils discutent, c’est toujours en rigolant. Il parcourt les rues grises de sa ville, mais c’est sur Internet qu’Etgar va découvrir l’amour chaleureux et étrange sous les traits d’une femme mûre, aussi impuissante face à la vie que lui.
Lolito c’est L’Attrape-coeurs avec connexion haut débit, c'est un Wes Anderson cauchemardesque, c'est un roman d’apprentissage 2.0.

Lolito est une merveille écrite par l’un des meilleurs chroniqueurs de sa génération. Loué par Nick Cave et acclamé par la critique britannique, personne n’écrit comme Ben Brooks, car Ben Brooks, comme Etgar, est unique. Même s'il partage tant d'angoisses avec nous.


Mon avis : J'avais repéré ce roman, comme la plupart des romans des éditions La Belle Colère (j'aimerais les avoir tous dans ma bibliothèque, même si ils ne sont pas tous bons), qui traite de l'adolescence, un de mes sujets favoris en littérature.
Je l'ai vu 2-3 fois en librairie et je tournais autour, le prenant, le reposant et puis finalement je me suis dit qu'il était sûrement mieux que d'autres romans de cette maison d'édition qui valaient plus cher.
Je l'ai rangé 2 mois dans ma PAL, avant de me décider à le sortir. J'en attendais rien, il n'y avait pas d'avis dessus sur Livraddict et je ne connaissais pas Ben Brooks. C'était une découverte totale.

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Comment résumer cette histoire ?
Les parents d'Etgar partent 4 jours en Russie pendant les vacances d'Avril. Il se retrouve seul à la maison, à devoir sortir le chien. Mais durant ces vacances, il apprend que sa copine est allée voir ailleurs. (Le texte est très cru je vais vous épargner les images). Etgar va commencer à péter un plomb, boire, se battre, vouloir être seul, déprimer et enfin tchatter sur internet avec une femme plus âgée.

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Je ne pensais pas que l'auteur prendrait sérieusement cette direction là. (Sans trop spoiler :) Je croyais qu'Etgar allait se défiler. Ou que la femme le rejetterait. Mais non, ça donne une toute autre portée à l'histoire que ce que j'imaginais. Et l'auteur n'a pas tellement su traiter correctement le sujet, il fait tout un tas d'ellipses et rend la situation assez ridicule à plusieurs reprises à la fin du roman.
Il m'a manqué une bonne exploitation du sujet, d'autant plus que le titre est Lolito, qui n'est pas sans rappeler la Lolita de Nabokov.

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Le style est cru, très très cru, c'est sacrément imagé. Je ne vous cacherais pas que c'est assez violent parfois.
En fait dès les premières pages j'ai eu l'impression de me retrouver dans la série Skins (vous vous souvenez comme ça paraissait trash ?)
Déjà parce que les personnages, âgés de 15 ans, boivent, prennent de la drogue et font l'amour depuis qu'ils ont 12 ans. Ils testent tout, ils n'ont pas de limites.
Je pense que l'influence de Ben Brooks se situe clairement dans la pop culture (les films, internet, etc.) et dans Skins plus particulièrement : les lieux, les situations, les personnages, tout me faisait penser à cette série. Pour moi Etgar était un mélange de Sid, Chris, Tony, tout dépendait des moments. Son pote Aslam c'était un mélange d'Anwar et de Cook. Alice me faisait penser à Michelle.
Bref, des jeunes à la dérive, des jeunes sans parents pour les encadrer.

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A travers cette histoire, on ressent totalement l'ennui d'Etgar, qui est un ado, mais s'excuse d'être encore un enfant alors qu'il voudrait déjà être un adulte. Etgar boit du thé au Nesquik (beurk) puis il écluse les bouteilles d'alcool de son père. Il fait des trucs d'ado. Se fait passer pour un adulte.
Ces vacances traduisent sa solitude, sa peur de l'avenir. Et internet va lui permettre de rencontrer quelqu'un qui vit la même angoisse.

Ben Brooks abolit les âges. Mais malheureusement j'ai eu du mal à y croire. Pour moi ça n'était pas suffisamment crédible, surtout quand j'ai réussi à savoir l'âge des 2 protagonistes. Le personnage de la femme, tout en contrastes, acceptait certaines situations qu'une femme de son âge n'aurait sûrement pas accepter (à mon avis).

La relation parents-enfant est très belle, les parents d'Etgar sont très compréhensifs et tendres. J'ai beaucoup aimé leur inquiétude pour leur fils, les relations qu'ils entretiennent au quotidien. C'était bien que ce ne soit pas une histoire d'affrontement entre les deux parties.

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C'est un roman qui se lit très vite, on suit Etgar durant ces 4 jours de désenchantement, puis un peu après, quand il retrouve la chaleur d'un foyer composé de tous ses membres.
C'est un bon roman, mais certains aspects auraient mérité un meilleur développement.
Le fait que le roman s'inspire beaucoup de l'ambiance de Skins m'a un peu troublée.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 11 avril 2018

Convaincre en moins de 2 minutes, Nicolas Boothman

Quatrième de couv' : On choisit rarement ses collègues, ses supérieurs ou ses clients. Alors comment communiquer efficacement lorsque votre interlocuteur vous déstabilise ?

Grâce à une technique ayant fait ses preuves, l'auteur explique, étape par étape, toutes les clés d'une communication réussie :
∙ adapter son mode de communication à la personnalité de son interlocuteur afin d'établir instantanément crédibilité et autorité;
∙ transmettre clairement et en 10 secondes chrono l'idée directrice de son exposé et capter l'attention de son auditoire;
∙ optimiser chaque opportunité professionnelle.


Mon avis : Je possède ce livre depuis 5 ans environ. Il me semble que je l'ai acheté juste avant mes premiers entretiens en librairies, et je l'avais pas mal feuilleté, sans jamais le lire entièrement. C'est désormais chose faite !

Je ne suis pas une amatrice de livres de développement personnel, il y a toujours des choses qui ont tendance à me faire tiquer. Dans ce livre, par exemple, j'ai l'impression que l'auteur s'adresse à des gens qui bossent ou veulent bosser dans des grandes entreprises en tant que communicant ou dans des services marketing, ou production. Bref, pas du tout en rapport avec mon métier.
Il utilise aussi souvent des anecdotes qui semblent montées de toutes pièces, j'ai personnellement du mal à les trouver crédibles...

Mais j'y ai trouvé de bons conseils, j'ai appris des choses sur le fonctionnement du cerveau quand on utilise une phrase négative par exemple. Ou encore quelles attitudes adopter face à un recruteur (bien que je sache instinctivement que c'est mieux de sourire !) mais l'auteur propose de mémoriser la couleur des yeux de chacun de nos interlocuteurs, ce qui nous oblige à les regarder dans les yeux quand on discute avec.

En fait ça peut être un livre intéressant pour n'importe qui, mais je trouve que parfois c'est un peu too much (notamment les exercices, proposant d'imiter l'attitude d'un animal un jour puis celle d'un autre animal le lendemain afin de voir comment l'entourage professionnel réagit... Pas une très bonne idée ça !).

C'est un livre utile, mais il y a du bon comme du mauvais.  Il faut piocher parmi les conseils qui s'adaptent à notre personnalité, plutôt que d'essayer de tout appliquer bêtement.

6/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 10 avril 2018

Lumikko, Pasi Ilmari Jääskeläinen

Quatrième de couv' : Au sein d’un petit village finlandais prospère une étrange société littéraire secrète composée de neuf écrivains réunis autour de la figure tutélaire de Laura Lumikko, auteur à succès d’une série de livres fantastiques pour la jeunesse.
En pénétrant peu à peu dans l’intimité de cette société, Ella, une jeune professeur de finlandais aux ovaires déficients, découvre que l’essentiel de l’inspiration des membres semble provenir d’un mystérieux carnet.
Pendant ce temps, Laura Lumikko disparaît, tandis qu’une étrange peste semble s’être abattue sur les livres de la bibliothèque, qui voient leur fin subtilement altérée...


Mon avis : En Octobre dernier, avant de quitter Bayonne, j'ai fait le tour de mes librairies préférées pour acheter des livres, histoire d'alourdir mes cartons (mais noooon), histoire d'avoir quelques livres "souvenirs" de cette période où je vivais là-bas.
A l'époque, je n'avais encore jamais entendu parler de Lumikko, c'est d'abord la couverture, superbe, qui m'a interpellée, puis le résumé intrigant.
Je n'ai pas pour habitude de lire des romans nordiques, d'ailleurs en dehors des polars nordiques je ne connais pas du tout la littérature de ces pays.
Bref, celui-ci m'a intéressée parce qu'on y trouve des amateurs de littérature, des écrivains.

Pour une fois j'ai pris mon temps pour le lire. Vraiment. Je n'ai rien lu d'autre en parallèle, je me suis accordée des temps de lecture quand j'y étais disposée et je n'ai pas pensé à ce que serait ma prochaine lecture pendant que je lisais celui-ci.
Et ça a été une très bonne lecture !

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L'histoire se déroule en Finlande, où se réunit la société littéraire secrète de Jäniksenselkä, créée par Laura Lumikko, une autrice d'ouvrages jeunesse renommée. Cette société littéraire a permis à 9 enfants de développer leur capacité à écrire, mais aussi à bien se connaître. Ces 9 personnes sont devenus des écrivain(e)s reconnu(e)s, s'assurant chacun une petite fortune.
Pour la première fois en 30 ans, Laura Lumikko croit reconnaître un futur talent en la personne de Ella Milana, professeure de finnois vacataire dans une école de la ville.
Flattée, Ella se rend à une soirée organisée par Laura Lumikko, qui souhaite présenter le 10è membre de sa Société, à la communauté. Mais étrangement une tempête de neige chamboule le déroulement de la soirée et Laura Lumikko disparaît.

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Commençons par les points négatifs qui ont rendu ma lecture un peu désagréable : l'auteur (ou le traducteur) utilise à chaque page (ou presque) la formule suivante "la société littéraire de Jäniksenselkä" et autant vous dire que même si vous voulez sauter ce mot compliqué, votre cerveau essaie quand même de lire ce nom finlandais ! J'imagine que c'est un trait d'humour, une répétition un poil sarcastique, mais c'est trop redondant et fatigant pour la lecture.
Pareil avec le prénom ELLA. On a l'habitude de commencer les phrases par le pronom "elle" et là, de devoir lire constamment Ella, j'étais obligée de me reprendre à chaque fois parce que je faisais la confusion. Je ne sais pas si ce prénom est un choix de l'auteur ou du traducteur.
En tout cas ces deux points ont certainement ralenti ma lecture.

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Pour le positif, eh bien je dirais que c'était une bonne lecture parce que c'est une chasse aux secrets ! Le roman soulève des questions chez le lecteur, questions auxquelles il ne trouve parfois pas de réponses, mais parfois après de multiples pages, on comprend mieux les tenants et les aboutissants (d'où l'intérêt de lire ce roman jusqu'au bout).

L'histoire est bien ficelée, elle est intrigante.
Il n'y a pas trop de personnages : l'auteur a fait le choix de ne mettre en avant que quelques-uns des membres de la Société littéraire, comme ça on ne se sent pas submergé par les différentes histoires.
Par contre, si vous vous attendez à une histoire suivant Laura Lumikko, passez votre chemin, car ce sont les autres membres qui sont mis à l'honneur dans ce roman. Finalement on ne saura d'elle que ce que certains savaient de son passé.
Les personnages sont peu attachants, on voit clairement en eux les hommes et femmes imparfaits qu'ils sont. Ella m'a déçue, car elle n'est pas très commode avec sa mère. Je crois que la Société littéraire fait écran avec ce qu'elle peut ressentir. Elle s'isole et n'est pas du tout présente pour aider sa mère à traverser une épreuve difficile.
J'ai d'ailleurs un peu de mal à cerner ce personnage, bien que ce soit le personnage central !

L'histoire est teintée de fantastique : des passages de livres changent complètement et l'auteur justifie ça par une sorte de peste qui contamine les livres.
Il y a aussi toute une mythologie, à base de gnomes et trolls qui envahissent les cours et jardins des habitants du village. Il ne faut pas être trop réticent à ce genre de choses, même si ça n'occupe pas une grande place dans le roman, ça soulève quand même des questions auxquelles on n'aura pas de réponses.

Certains passages sont très forts, notamment lorsque les personnages "déversent" lors du Jeu. C'est un "Jeu" soumis à 21 règles, qui se veut assez malsain. Chaque membre peut entre 22h et 6h du matin, entrer par effraction chez le membre qu'il souhaite défier, pour lui poser une question à laquelle le défié ne pourra se soumettre. Il n'aura pas le droit de mentir ni de "raconter" mais sera contraint à "déverser" ses pensées, s'aidant parfois de "jaune", une sorte de sérum de vérité.
Un élément m'a un peu dérangé à ce moment-là : on ne sait jamais ce qu'Ella raconte quand elle déverse. On sait qu'elle déverse sur tel sujet, pour répondre à telle question, mais l'auteur ne nous permet pas de savoir ce qu'elle dit, et du coup, sa psychologie nous est un peu inaccessible, alors qu'on a les pensées complètes des autres personnages qui déversent.
Une des histoires racontée pendant un déversement m'a vraiment frappée et j'ai dû poser le livre quelques secondes avant de reprendre ma lecture, tellement c'était imagé et triste.

Il y a tout un pan psychologique dans cette histoire, qui se révèle à travers le Jeu, mais aussi dans l'élaboration de certains personnages (Ella, Martti, ou encore Laura), ça rend le roman très intéressant car il nous montre de véritables personnalités, qu'on trouvera plus ou moins attachantes...

Le dénouement de l'histoire m'a d'abord paru long (30 pages pour un épilogue...!), mais en fait la véritable chute arrive sur les 3 dernières pages et on réalise beaucoup de choses sur ces écrivains, leurs histoires et leur passé.

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Je ne dirais pas que c'est un roman indispensable à connaître, mais c'est une bonne lecture divertissante, qui mêle un peu de fantastique à une histoire intrigante dans un cadre nordique.
Un roman original et inclassable.

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 4 avril 2018

Relire "comme avant" ?

Pour une fois je vais ouvrir une discussion avec vous.
J'ai vu la vidéo de Cassandra Croque les Mots sur ce sujet (d'ailleurs je lui emprunte le titre) et plutôt que de lui laisser un long message en commentaire, je vais vous parler de mon rapport à la lecture aujourd'hui. Mais avant ça, je vous invite à cliquer sur sa vidéo et à la regarder jusqu'au bout.


Je me reconnais tellement dans ce qu'elle dit. 


Quand j'étais ado et même durant mes premières années de fac, je lisais assez peu (en comparaison avec aujourd'hui). Je choisissais soigneusement mes livres en librairie ou à la bibliothèque, pas parce que j'en avais entendu parler, mais parce que les résumés me plaisaient ou parce que je suivais une série de livres ou une collection.
Je devais aussi lire des livres pour les cours, ce qui n'était pas toujours une partie de plaisir.

Mais mon rapport à la lecture était simple, serein et décomplexé. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui et je vais vous expliquer pourquoi.



1. La Pile à Lire

J'évite de me faire des PAL de saison, j'évite les challenges (à mille, readathon, etc.).
Je n'aime pas du tout planifier des PAL mensuelles, ça me met trop la pression et la plupart du temps je ne lis pas ce que j'ai prévu.

Mais je me mets une super pression pour lire les livres que j'ai achetés au cours des dix dernières années !
Chaque fois que j'ai fini un livre, je me rends compte que malgré les 140 livres présents dans ma PAL, je n'ai pas vraiment envie d'en lire. Passé l'excitation de l'achat, (et parfois il s'agit de livres que j'ai depuis 2013 ou plus) eh bien je n'ai plus envie de les découvrir... Peut-être que finalement une bibliothèque, ça doit se renouveler ? Comme une garde-robe !

J'ai un problème de réduction de la PAL. Par exemple, depuis que j'ai commencé à la lister (en 2015 je crois) j'ai toujours été au dessus des 100 livres à lire. Actuellement je suis aux alentours de 140. Le mieux que j'ai pu faire, ça a été de la descendre à 120. Cependant, très vite j'ai racheté des livres...
En fait, même si je la descends, il suffit d'un tour en librairie pour qu'elle remonte à nouveau 😕



2. Les achats

Ma PAL a pris un sacré coup depuis que je suis sur la blogo et que je suis libraire, parce que j'ai beaucoup acheté "en prévision". Ma technique c'était d'emprunter au boulot ce que je n'aurais pas forcément acheté, et ce que j'achetais c'était les livres qui sont peu connus en me disant "je lirais ça plus tard", et pour éviter de les retourner aussi (c'est une sale manie de libraire qui n'aime pas voir les livres repartir 😅).

Comme je le disais, il y a dedans des livres que je n'ai plus vraiment envie de lire. Disons, les 3/4 de ma PAL ne me tentent plus. Et pourtant quand je la trie, je suis incapable de les virer.
Il faut que je les ai lus. C'est comme ça que fonctionne mon cerveau à propos des livres : si je les ai achetés, c'est que je voulais savoir ce qu'ils renferment, alors il faudra que je les lise.

Il y a évidemment des livres que j'ai achetés en me disant "ça il faut que je le lise un jour, mais pas tout de suite, quand j'aurai le temps, quand je serai plus vieille, plus mature" (ex : Belle du Seigneur). Sauf que je ne retrouve plus le petit truc qui m'a donné envie de m'intéresser à ce roman en premier lieu.

Il y a aussi ces livres que j'ai dû acheter parce que je m'étais abonnée à un équivalent de France Loisirs, à savoir Le club Le Grand Livre du Mois, et il est arrivé qu'ils m'envoient un livre sans que je ne le veuille. Ou que je sois obligée d'acheter un livre par trimestre, donc j'ai pris des livres à contre-coeur. (et en plus, ceux-là on ne peut pas les revendre sur Gibert Joseph...).

Je n'arrive pas à m'empêcher d'acheter. Heureusement, je ne suis pas une adepte de l'achat en ligne sinon ma PAL doublerait ! Mais quand je sors, les lieux où je me rends le plus spontanément, ce sont les librairies et je suis incapable d'en ressortir sans rien avoir acheté.
Ou si il m'arrive un truc négatif dans la journée (genre si la conduite a été complexe sur la route), je vais m'offrir un livre pour "annuler" ce mauvais moment.

J'ai déjà essayé les No Buy Challenge, mais ça créait trop de frustration et dès que je retournais en librairie je me "récompensais" en achetant encore plus...

En revanche à certaines périodes de dégoût, de trop-plein, j'en viens à ne plus avoir envie d'acheter de livres. Ça arrive rarement, mais c'est comme une petite déprime passagère. Je n'ai plus envie d'acheter, je pense à ma PAL qui est déjà bien assez grande, je traîne mon spleen en librairie en ne trouvant rien qui me plaise.

J'ai aussi perdu le plaisir de choisir un livre en librairie et de le dévorer de suite, un peu comme en vacances quand j'étais ado et que je réclamais un nouveau livre quand j'en avais fini un.
Vous aussi vous connaissez cette période où on n'avait aucun livre en attente, pas de PAL, on se rendait en bibliothèque ou en librairie pour choisir sa prochaine lecture et on s'en tenait à l'achat d'un seul livre. C'était tellement simple !



3. Le plaisir du travail bien fait

Chaque fois que je finis un livre je sais que j'ai un mini-travail à faire : une chronique sur mon blog parce que je ne veux pas oublier ce que j'ai ressenti à la lecture. La plupart du temps je la rédige directement après ma lecture, comme ça ça me permet de clore un chapitre, avant d'en commencer un nouveau. (c'est une métaphore, je clos ma lecture d'un roman en faisant la chronique)

Je me suis rendue compte qu'avant Booktube/la blogosphère, je lisais des classiques, mais 10 ans plus tard je ne me souviens pas du tout de mes ressentis, ni de l'histoire. C'est absolument nécessaire pour moi de faire une chronique. Je regrette même parfois en relisant des vieilles chroniques de ne pas les avoir détaillées un peu plus. J'ai une très mauvaise mémoire.

En finissant un livre, j'ai aussi le plaisir de le barrer de mes (trop) nombreuses listes. Ainsi que de voir le décompte de ma PAL descendre. Mais j'ai multiplié les listes de livres "suivi de lecture" sur fichier, sur Livraddict, et je sens que je me suis mis la pression...
Pour vous donner une idée du problème :

90% de chance que je ne fasse pas les TAG enregistrés parce que FLEMME

J'ai 3 listes "PAL" sur mon ordi, que j'ai aussi imprimées sur papier, et je raye et surligne les livres lus (mon petit plaisir).
Ma PAL est aussi disponible sur Livraddict et sur mon blog dans la rubrique éponyme.
Je l'ai même recopiée dans mon bujo avec des petites cases à remplir dès que j'ai fini un livre.
Mon amour des listes est complètement barjo 🤪



4. L'influence des réseaux sociaux

Instagram, Booktube et les blogs m'ont aussi poussée à acheter des livres vers lesquels je ne me serais jamais tournée. De base, il y a deux genres que j'aime assez : le contemporain et les thrillers, qui sont (finalement heureusement) assez peu représentés sur Booktube, au moins ça me donne moins d'envie de tous les lire.
Je me suis vue acheter des livres jeunesse, ce qui n'était pas mon genre de prédilection. (Mais on m'a souvent mise au rayon jeunesse au boulot, donc il fallait de toute façon que j'en lise).

L'influence de ces réseaux est telle que parfois je ne sais plus quoi lire. Il y a des livres qui ne me plairont pas, ou pas trop et je le sais d'avance. Comme Phobos ou Hunger Games par exemple, qu'on a vus partout. Ça ne m'attirait pas tellement, j'ai lu le premier tome et je n'ai pas continué. Même si j'ai trouvé ça potable, ça n'a pas du tout été des coups de coeur pour moi.
D'un côté je suis contente de les avoir lus et de savoir de quoi ça parle et ce que ça vaut, et puis je peux les conseiller.
Mais d'un autre côté, c'est un peu une perte de temps, j'aurais pu lire autre chose à la place, et pour les conseiller j'aurais pu me contenter de répéter ce que les Booktubeurs en avaient dit (mais souvent ça s'entend quand on n'a pas lu un livre et qu'on essaie de le vendre aux clients).

Parfois j'hésite à lire des livres de ma PAL parce que justement ils n'ont jamais ou très peu été présentés sur les réseaux et je me demande si il faut lire ce que j'ai dans ma PAL, ou acheter et lire ce que tout le monde a lu ? Est-ce que j'ai envie de faire partie de la communauté de ceux qui ont lu tels livres pour pouvoir comparer mon avis au leur ? Ou est-ce que je vais trouver des pépites parmi les romans que j'ai acheté sans être influencée ? (je ne sais pas si c'est très clair)

Parfois je ne sais plus quels sont mes goûts, j'ai l'impression d'avoir lu certains livres juste pour lire ce que d'autres ont lu et ont aimés. Et ça a aussi donné lieu à de nombreuses déceptions !
Il ne faut pas oublier qu'on n'a pas les mêmes goûts, et ce qui a été un coup de coeur pour quelqu'un peut être une énorme déception pour un autre. Et à partir de là, bizarrement on fait moins confiance à l'avis de ce blogueur/booktubeur, on déchante un peu, on se dit que ses conseils ne nous conviennent pas tellement.

Au final, quand je vais en librairie, en regardant les tables ou les rayons, je me dis souvent "ça je connais" (même sans avoir lu, juste parce que j'en ai entendu parler) et je repars blasée parce qu'il n'y a plus de découverte, de surprise, d'émerveillement.

Les seuls genres qui ne sont que peu représentés sur les réseaux et que j'achète juste parce que le sujet m'intéresse vraiment sont les essais, les BD et les livres de cuisine ou les beaux livres, et ça me fait réellement plaisir de les découvrir par moi-même.



5. La wishlist

Ma wishlist est remplie de livres, je dirais une bonne centaine. Pour constituer cette wishlist je m'inspire des autres blogueurs, de Livraddict, ou encore de listes du type "Ce qu'il faut avoir lu dans sa vie". Ce sont des mines d'or pour découvrir des livres qui nous sont jusque là inconnus.

Régulièrement, en librairie je repère des livres qui sont sur ma wishlist et avant de les acheter, (parce que je pourrais très bien faire une razzia et tous les prendre d'un coup), je relis le résumé. Souvent j'ai remarqué que je ne veux plus lire le livre en question. L'envie est passée, ou je sens que le style ne va pas me convenir.

Parfois je me rends compte que ce n'est pas tellement mon envie de lire un livre qui prime mais plutôt l'idée qu'untel l'a lu et que moi aussi peut-être je pourrais accéder à tout ce qui lui a plu. Je vois la chose comme une sorte de fanatisme, on adore une personne et on veut lire tout ce qu'elle a lu, apprécier les mêmes choses qu'elle. Voyez ?

Pourtant le rapport à la wishlist ça devrait être le truc le plus décomplexant : on marque des livres sur une liste, on n'est pas obligés de les acheter ni de les lire, c'est le degré 0 de l'engagement ! 

Mais quand j'emporte ma wishlist pour une sortie en librairie, je me sens parfois oppressée par le désir de posséder ces livres inscrits sur mon carnet. C'est comme si il fallait que j'achète en priorité les livres inscrits sur ce carnet plutôt que de partir à la découverte de nouveautés. Comme si ils étaient une priorité. Mais avec le renouvellement constant des livres en librairie, c'est impossible de se cantonner seulement à sa wishlist, on passerait à côté de trop de bonnes découvertes.



6. La performance et le rythme de lecture

Lire plus.
Lire plus vite.
Présenter encore plus de livres sur Youtube, sur Instagram, sur le blog.
C'est aliénant !

Aujourd'hui le temps que je passe sur un livre est très court. Ça va de une après-midi à une semaine grand max. Si je dépasse la semaine, alors c'est que le livre ne me plait pas et je le mets en pause.
Attention je ne l'abandonne pas ! Il y a pour moi une subtilité entre l'abandon et la pause.
L'abandon m'est totalement impossible, je ne peux pas ne pas lire un livre jusqu'au bout, si je l'ai acheté.
Le mettre en pause, un an, deux ans ou juste quelques semaines, ça je peux le faire. Je le reprendrais plus tard, quand je serais en état de le découvrir.
Mais voyez on est dans cette idée de la performance : lire à tout prix.

Livraddict n'aide en rien avec ça : j'adore marquer à quelle page je suis rendue et découvrir le pourcentage qu'il me reste à lire. C'est un petit plaisir mais je sens aussi que c'est une pression supplémentaire. (Genre quand t'es à 12% alors que t'as lu 50 pages d'un livre ça fiche un coup au moral)

La volonté de lire vite vient de l'idée que plus je lis vite, plus je peux lire de livres. Or c'est faux, parce qu'il y a des livres qui demandent du temps, parce qu'il y a des périodes où j'ai plutôt envie de regarder des séries ou des films plutôt que de lire.

Parfois je rêve de ne pas avoir de télé, de films, de séries à voir sur Netflix, ou d'abonnements sur Youtube, parce que ça prend une grande partie de mon temps, que je pourrais dédier à la lecture.
Je sais qu'il y a des lecteurs/trices qui vivent sans tout ça et qui lisent énormément. Mais je me rends compte que pour moi ça ne serait pas possible.
Si je n'avais pas ces choses à regarder, je n'aurais pas forcément plus envie de lire. J'ai vécu 4 mois sans internet il y a 2 ans, on pourrait penser que j'ai énormément lu à cette période, eh bien pas du tout ! Ce temps libre, je l'utilisais à dormir plus, me déplacer plus, sortir plus. Mais pas à lire.
Donc ce n'est pas parce qu'on a plus de temps libre, qu'on va plus lire. Il faut aussi en avoir envie. Et l'envie est fluctuante...

Et il y a aussi le nombre de lectures par an : je ne suis pas inscrite sur Goodreads parce que je n'aime pas du tout la plateforme, donc je n'ai pas de reading goals. Mais je note chacune de mes lectures sur Babelio, Sens Critique, Livraddict, et je tiens mes listes de lectures mensuelles puis annuelles.
Ces dernières années je suis toujours à plus de 100 lectures par an, parfois 200 en comptant les albums jeunesses, BD et livres pour enfants.
Souvent en fin d'année je me mets un petit coup de pression en essayant d'atteindre un chiffre rond. En 2017 c'était 200. Culte de la performance, lire le plus de livres possible...

Il est loin le temps où je ne lisais que 15-20 livres par an... Alors certes, mon métier me pousse aussi à lire plus que la moyenne, mais quand même. Parfois on frôle l'overdose et c'est se mettre en compétition avec d'autres gros/ses lecteurs/trices. (et personnellement je n'aime pas l'esprit de compétition.)

En plus ce n'est pas forcément bon, à force de lire autant, je me suis aperçue que j'oubliais beaucoup les histoires que j'avais lues au cours de l'année. Toutes les histoires ne sont pas marquantes mais parfois je retombe sur des titres et je me demande bien de quoi ça parlait...




Conclusion

En ce moment, je n'aime pas mon rapport à la lecture. Il faut que je fasse le tri entre ce qui me fait du bien, ce qui me permet de faire de belles découvertes. Je ressens aussi un besoin de m'éloigner des réseaux sociaux ou de mieux les encadrer (par exemple pas le soir). J'aimerais retrouver cette pratique libre que j'avais autrefois, où je lisais pour le plaisir, pas pour la performance, ni pour lire ce que tout le monde lit, ni pour descendre à tout prix ma pile à lire.


Et vous ?
N'hésitez pas à me dire ce que vous ressentez par rapport à la vidéo de Cassandra et à mon article. Je suis curieuse de savoir comment vous vivez votre rapport à la lecture.

lundi 2 avril 2018

Dispersez-vous, ralliez-vous ! Philippe Djian

Quatrième de couv' : Tout commence alors que Myriam est encore adolescente.
Extrêmement introvertie, elle vit chez son père qui l’a élevée seul. La mort de leur voisine fait débarquer dans le quartier un homme d’une quarantaine d’années, Yann, qui très vite devient son premier amant.

Chronique d’une émancipation borderline, ce roman raconte une vie hors des codes, entièrement construite à la faveur de rencontres et de situations. On croit tout savoir de Myriam, mais peut-être nous a-t-on caché l’essentiel ?


Mon avis : Il y'a une petite histoire autour de l'achat de ce livre, rien d'extraordinaire hein mais ça m'amuse de vous la raconter. En janvier dernier, je vais au supermarché, je passe par le rayon livres comme à chaque fois, et je vois UN SEUL Philippe Djian, perdu au milieu de tous ces livres un peu faciles (Agnès Abécassis, Mark Lévy, Victoria Hislop, Harlan Coben - attention je ne dis pas qu'ils sont mauvais !), et je me dis : "mais c'est pas possible, je peux pas le laisser là, personne ne l'achètera jamais, enfin ! il va pas trouver son public ici". Du coup après avoir hésité un petit moment (quand même), je l'ai acheté.
J'avoue que parfois, il m'arrive d'acheter certains livres parce que ça me fait de la peine de les voir seuls dans les rayons, je sais qu'ils ne trouveront pas leur public, alors je les achète, en espérant qu'ils ne seront pas recommandés et à nouveau tout seuls. Vous pourriez me dire "Quand même ! Philippe Djian il a son public, même eux ils font des courses en supermarché" C'est pas faux, mais je ne suis pas certaine que ces gens passent par ce rayon au supermarché.
Mais voyez, si j'avais vu ce roman sur une table en librairie, en pile, je ne l'aurais pas acheté. Pas qu'il ne m'intéressait pas, la quatrième de couv' est plutôt intrigante. Mais le fait de le voir seul au milieu du reste, je me suis dit que ce n'était pas sa place, qu'il valait mieux qu'il rentre avec moi, et qu'il trouve des compagnons du même acabit. (Rassurez-moi, vous raisonnez comme ça vous aussi ?)

Comme vous le savez peut-être, j'ai lu 37°2 le matin en fin d'année dernière et j'ai beaucoup aimé.
Là, même si on retrouve des éléments qui font penser à ce roman, la narration y est totalement différente. Elle est même complexe, parce que c'est un style dépouillé, dépourvu de marqueurs de temps. C'est plutôt difficile de savoir de qui ou de quoi la narratrice parle, elle fait des ellipses (parfois de plusieurs années), passe du coq à l'âne. Des événements lui arrivent sans qu'on le sache et quand on vient à le savoir, on a très peu d'explications, donnant l'impression qu'on a raté des pages. A la longue c'est plutôt agaçant.
Les dialogues sont aussi présentés de façon atypique : pas de guillemets, pas de tirets, par moments on sait à peine qui s'exprime.
La narratrice est difficile à suivre et même si le roman ne fait que 216 pages, j'ai failli décrocher plusieurs fois.

Je ne me suis pas attachée à Myriam. Les personnages qui évoluent à ses côtés ne sont pas attachants du tout et on se demande pourquoi elle reste avec eux, alors que certains lui font clairement du mal.
On comprend à demi-mots que son mari travaille dans le cinéma, que son frère deale, que elle, Myriam, se tape d'autres hommes que son mari.

Malheureusement, en plus de cette narration particulière, le roman n'est pas très intéressant.
C'est l'histoire d'une femme qui traverse sa vie, sans vraiment prendre de décisions.
Il lui arrive parfois des choses importantes, des rebondissements qui pourraient donner du relief à l'histoire, mais dans sa façon de les raconter, elle les amoindrit, elle les rend distants en n'entrant jamais dans le détail ni de ses émotions vis-à-vis des événements, ni dans le déroulement de ceux-ci. On nous glisse des éléments et à nous de les imaginer, d'essayer de comprendre pourquoi et comment. En fait, c'est peut-être ça le plus dérangeant : être tenu à distance.

Bien qu'il y ait des sujets ô combien fifous dans la littérature et le cinéma, à savoir la drogue et l'adultère, ici le roman est raconté de telle façon que ça n'a rien d'impressionnant. Ça fait partie de la vie du personnage, okay, qu'il en soit ainsi. Mais ça ne lui donne ni profondeur, ni intérêt.

Je suis plutôt perplexe parce que je cherche encore l'intérêt de cette histoire. Je ne sais pas du tout où l'auteur a voulu en venir. Je pense que ce n'est vraiment pas son meilleur roman et je vous recommande plutôt 37°2 le matin.

4/10 (pour l'effort)

La fiche du livre sur le site de l'éditeur