jeudi 29 mars 2018

Les Lettres de Rose, Clarisse Sabard

Quatrième de couv' : Lola a été adoptée à l'âge de trois mois. Près de trente ans plus tard, elle travaille dans le salon de thé de ses parents, en attendant de trouver enfin le métier de ses rêves : libraire.
Sa vie va basculer lorsqu'elle apprend que sa grand-mère biologique, qui vient de décéder, lui a légué un étrange héritage : une maison et son histoire dans le petit village d'Aubéry, à travers des lettres et des objets lui apprenant ses origines.
Mais tous les habitants ne voient pas d'un bon oeil cette étrangère, notamment Vincent, son cousin. Et il y a également le beau Jim, qui éveille en elle plus de sentiments qu'elle ne le voudrait…


Mon avis : Il y a quelques mois mon père m'a prêté ce roman, pensant que ça me plairait. Déjà j'étais surprise qu'il ait acheté une romance, mais bon, je me suis dit que si ça lui avait plu, peut-être que ce n'était pas si mal.
J'ai pris le livre, parce que le résumé promettait un mystère sur les origines d'une personne qui souhaite devenir libraire. Je me suis dit que j'y trouverais peut-être mon compte et que ce serait une lecture divertissante.

Je savais qu'en lisant un roman Charleston, j'allais avoir affaire à de la niaiserie en barre. Je ne suis pas super fan des romances, mais je voulais me changer les idées et changer d'avis sur le genre.

Si l'autrice essaie de créer des personnages féminins forts, il y'a malheureusement trop de clichés pour moi : ne serait-ce que le meilleur ami de Lola, qui est gay. S'il vous plait ! Le cliché du meilleur ami gay est éculé, il va sérieusement falloir arrêter de l'utiliser. (Et puis les "ma chérie", "ma chouquette" c'est un grand NON.) Je signale juste qu'un homme hétéro peut très bien être le meilleur ami d'une femme hétéro, sans qu'il n'y ait d'ambiguïtés.

Tout est trop simple, trop facile ! Par exemple, Lola habite dans un studio parisien juste à deux pas de son lieu de travail, qui est en fait un salon de thé-sandwicherie tenu par ses parents adoptifs. La fille n'a même pas fait l'effort de trouver du travail ailleurs ou dans une autre branche. Elle a choisi la facilité (et elle chouine dès qu'il faut prendre un train et un bus pour en savoir plus sur ses origines...)
Ou alors quand on découvre l'histoire de ses ancêtres, Louise, son arrière-grand-mère, s'intéresse à la mode et comme par hasard on met sur son chemin un jeune homme célibataire, qui possède un commerce de vêtements, qu'il ne parvient pas encore à faire fructifier.

En fait, chacune des épreuves qui se présente dans ce roman n'en est jamais une puisque en deux secondes, c'est résolu par l'autrice, qui aime trop ses personnages pour leur faire subir des choses trop  difficiles (ça se vérifie plusieurs fois, notamment quand les personnages meurent, leur décès et les causes sont très vite expédiées).

- ✖︎ - 

Un autre point qui m'a pas mal agacée : les trop longues descriptions. On sent que l'autrice en fait trop pour trouver son style. Elle veut certainement que le lecteur s'immerge, mais on se perd en détails visuels -> (p.116) : "Elle pouvait réfléchir uniquement lorsqu'elle s'accordait une pause à l'ombre d'un noyer pour se désaltérer d'un miget, spécialité à la fois nourrissante et désaltérante qui consistait à tremper du pain dans du vin frais légèrement sucré."
Super mais GET TO THE POINT !

Pour rappel, un éditeur est censé repasser derrière l'auteur/trice et lui dire quand son texte est trop lourd. Avec ce roman, on dirait que l'éditeur n'est pas intervenu une seule fois pour alléger l'histoire de tous ces détails superflus. (ça ne me suffisait pas de m'en prendre à l'autrice, j'ai aussi décidé d'en vouloir à l'éditeur/trice)

- ✖︎ - 

On notera aussi que Martin, le prétendant blessé à la guerre, qui boîte et possède une canne, ressemble étrangement à Grand Corps Malade (quelle imagination débordante !)
Il est qualifié d'ange les deux premières fois où Louise le voit, mais olala elle ne ressent pas de passion amoureuse pour lui, quelle tristesse.
Mais attention ! Quand Louise rencontre un autre homme alors qu'elle est fiancée, elle a un coup de foudre et elle se transforme complètement (p. 123) : "Maurice Ledoux posait ses yeux sur elle, semblant la déshabiller du regard et attendre d'elle d'autres faveurs qu'une boisson chaude. Jamais un homme ne l'avait encore regardée ainsi ! Ses reins ne demandaient qu'à se cambrer". WHAT ? Mais je lis quoi là ?!! De l'érotique ?!

- ✖︎ - 

Après réflexion je me rends compte d'un truc : le livre s'intitule Les Lettres de Rose, c'est donc qu'on devrait y trouver des lettres ! D'ailleurs Lola, la narratrice du présent, dit qu'elle reprend la lecture des lettres. Or, une fois qu'on plonge dans le passé, on ne plonge vraiment pas dans un roman épistolaire. En fait, un/e narrateur/trice intervient pour nous raconter l'histoire (je suppose que c'est en se basant sur ces fameuses lettres ou sur les journaux intimes de Rose). Mais ce n'est pas très clair ni logique... je ne vois pas l'intérêt d'intituler un livre Les lettres de Rose, si on n'y trouve aucune lettre ! (Je vais pas être de mauvaise foi, y'en a une ou deux dans le roman, mais ce n'est franchement pas grand chose.)

- ✖︎ -

J'en suis à présent à la partie où Lola effectue un rapprochement avec un garçon qui est évidemment bourru et tout droit sorti de sa campagne. Cette scène dans l'escalier est clichée au possible ! Sérieusement, mais épargnez-nous ce genre de scène qu'on a vue et revue ! 
Et plus j'avance dans l'histoire, plus je me dis que Lola est le genre de filles super énervante qui s'accroche à un mec comme si elle avait eu une relation avec, alors que ça ne fait que 5 jours qu'ils se connaissent et qu'ils ne se sont encore rien dit, même pas embrassés. 
En fait Lola est un personnage auquel je ne parviens pas à m'identifier, elle est bien trop sensible et sentimentale pour moi. Face à n'importe quelle situation ses sentiments sont exacerbés. Elle a constamment besoin de béquille sur laquelle s'appuyer (ses parents, Tristan, Frédérick, Jim), parce qu'elle n'a pas la force d'être indépendante. Je crois que c'est peut-être ça qui m'oppose le plus à elle...  

- ✖︎ - 

Vous devez penser que je m'inflige une lecture qui me déplait, qui ne correspond pas à mes goûts, qui me fait lever les yeux au ciel ou rire jaune. C'est vrai. Et c'est seulement la curiosité qui me pousse à poursuivre ma lecture, parce que tout (ou presque) m'énerve dans ce roman : les facilités empruntées par l'autrice, les clichés à foison, les "ma chouquette".
Si il n'y avait pas le mystère autour de la mère biologique de Lola, j'aurais arrêté ma lecture bien avant, mais je suis CURIEUSE.

Et je dois bien admettre que j'aime assez les histoires familiales, et celle-ci se tient bien. En tout cas, la structure de cette famille est crédible, bien qu'on s'attende à certaines choses (notamment les infidélités et les grossesses), ce qui est bien dommage.
Mais ce qui m'a le plus manqué c'est une chasse au trésor, je veux dire par là que Rose a laissé des lettres et des carnets à sa petite-fille, mais Lola les trouve TROP facilement, j'aurais aimé un parcours plus énigmatique, plus inventif, un jeu de piste !

Cependant les personnages sont bien travaillés, tout comme les dialogues. Le côté tragique de l'histoire est parfois trop "gros" mais une fois dedans, on se prend au jeu. C'est une lecture divertissante et dans laquelle on se plonge assez facilement.

Même si je trouve le style trop détaillé à certains moments, il est plutôt bon, on imagine assez bien les scènes et le déroulé des actions. Les différentes époques sont bien représentées (parfois même trop quand l'autrice veut à tout prix glisser ce que son personnage écoute comme musique).

Finalement si je n'aime pas tellement ce roman, c'est certainement parce que je ne suis pas le public cible, parce que je ne supporte pas les clichés et les choses trop prévisibles dans les romans.

- ✖︎ - 

Au delà de l'intrigue qui tient en haleine, de nombreux points obscurcissent ma lecture. Je prends ça à la rigolade, mais j'avoue que retrouver tous les clichés du genre, dans un livre publié en 2016, ça fait de la peine. Il est temps de casser les codes et de présenter des romances qui ne sont pas neuneuses ! Je sais que l'autrice a certainement mis tout son coeur et de nombreuses heures de travail pour rendre un livre qui lui plait. Mais soyons honnêtes, nous méritons mieux que des romances bourrées de clichés périmés. Beaucoup d'entre nous sommes des lecteurs/lectrices averti-es, qui même à travers le divertissement, cherchent à s'élever culturellement et intellectuellement.

Ma note prend clairement en compte les nombreux clichés et effets prévisibles du roman.
4/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

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