samedi 31 mars 2018

Soixante-douze heures, Marie-Sophie Vermot

Quatrième de couv' : Soixante-douze heures, c'est le temps dont dispose Irène pour revenir sur la décision qu'elle a prise un matin de septembre, pendant un devoir de maths : celle d'accoucher sous X.
Dans le silence de sa chambre d'hôpital, elle chasse l'air de ses poumons, puis reprend une inspiration et le chasse à nouveau, avec plus de vigueur cette fois. Par bribes, les souvenirs affleurent, qui reconstituent son histoire. Ces derniers mois, ces dernières années. Sa rencontre avec ce garçon, fasciné par son ultrafinesse, le lycée, sa mère, les secrets de famille. Malgré ses efforts, Irène est habitée par cette voix qui la poursuit et lui rappelle que ce bébé qu'elle vient d'expulser de son corps est le sien pour la vie. Tout se mêle, c'est le chaos dans son crâne. Et l'heure approche.
Mais cette décision lui appartient à elle, et à personne d'autre.
Un texte rare qui dit, sans fard et sans jugement, un combat aussi intime que personnel.


Mon avis : Aviez-vous entendu parler de ce roman sur la blogo ? Parce que moi non. Il est sorti en février et pourtant c'est un très bon livre qui mérite plus de visibilité !

J'aime beaucoup quand les romans racontent des choses crédibles, des choses de la vie.
Dans ce roman, Irène, 18 ans, doit donner naissance à un enfant. Elle a, dès le début de sa grossesse, choisit de le garder en elle plutôt que d'avorter. Mais cette décision l'oblige à en prendre une plus importante encore : garder cet enfant et l'élever ou le faire adopter. Elle y a réfléchi très tôt et même si sa décision est prise, après l'accouchement elle a encore le droit à un délai de 72 heures avant de signer les papiers pour faire adopter cet enfant.

Dans cette épreuve elle a été très seule : le garçon est reparti vivre aux Etats-Unis et elle ne se voyait pas lui dire qu'elle était enceinte... Elle ne préviendra sa famille de sa grossesse qu'au bout du 7ème mois. Mais de toute façon peut-elle vraiment trouver de l'aide auprès d'une mère qui ne lui témoigne jamais d'amour ?

A travers ce roman, Irène se souvient. Elle revient sur des passages de sa vie, de son passé, elle raconte son entourage : famille et amie, leurs réactions, leurs petits secrets révélés au grand jour...

Irène est une jeune fille sage, réfléchie, mais qui a longtemps cherché l'amour de sa mère. Elle a du recul à présent, et elle sait qu'elle seule peut prendre cette décision. Elle est lucide sur sa vie, sur ce que pourrait être celle de son enfant à venir. Irène est inébranlable, alors que durant ces 72 heures, sa mère va la déstabiliser psychologiquement. Irène tient bon malgré ses craintes et ses doutes.

Il y a de la froideur dans ce roman, je l'ai lu avec une voix intérieure très mécanique. Irène n'a pas reçu l'amour d'une mère, elle a grandi sans, alors elle s'est forgée une carapace froide, dure. Irène éprouve les émotions intérieurement, mais ne les exprime jamais frontalement.
Pourtant elle éprouve de l'amour pour certaines personnes et elle nous le montre clairement à la fin du roman. C'est beau et émouvant, parce que c'est cet amour qui porte sa décision.

C'est un roman troublant, émouvant, qui remue des choses à propos de la maternité et du changement de vie que ça impose.
Je suis ravie d'être tombée sur ce roman atypique, avec un sujet qu'on voit rarement passer dans les livres.

8/10

Le site de l'éditeur

jeudi 29 mars 2018

Les Lettres de Rose, Clarisse Sabard

Quatrième de couv' : Lola a été adoptée à l'âge de trois mois. Près de trente ans plus tard, elle travaille dans le salon de thé de ses parents, en attendant de trouver enfin le métier de ses rêves : libraire.
Sa vie va basculer lorsqu'elle apprend que sa grand-mère biologique, qui vient de décéder, lui a légué un étrange héritage : une maison et son histoire dans le petit village d'Aubéry, à travers des lettres et des objets lui apprenant ses origines.
Mais tous les habitants ne voient pas d'un bon oeil cette étrangère, notamment Vincent, son cousin. Et il y a également le beau Jim, qui éveille en elle plus de sentiments qu'elle ne le voudrait…


Mon avis : Il y a quelques mois mon père m'a prêté ce roman, pensant que ça me plairait. Déjà j'étais surprise qu'il ait acheté une romance, mais bon, je me suis dit que si ça lui avait plu, peut-être que ce n'était pas si mal.
J'ai pris le livre, parce que le résumé promettait un mystère sur les origines d'une personne qui souhaite devenir libraire. Je me suis dit que j'y trouverais peut-être mon compte et que ce serait une lecture divertissante.

Je savais qu'en lisant un roman Charleston, j'allais avoir affaire à de la niaiserie en barre. Je ne suis pas super fan des romances, mais je voulais me changer les idées et changer d'avis sur le genre.

Si l'autrice essaie de créer des personnages féminins forts, il y'a malheureusement trop de clichés pour moi : ne serait-ce que le meilleur ami de Lola, qui est gay. S'il vous plait ! Le cliché du meilleur ami gay est éculé, il va sérieusement falloir arrêter de l'utiliser. (Et puis les "ma chérie", "ma chouquette" c'est un grand NON.) Je signale juste qu'un homme hétéro peut très bien être le meilleur ami d'une femme hétéro, sans qu'il n'y ait d'ambiguïtés.

Tout est trop simple, trop facile ! Par exemple, Lola habite dans un studio parisien juste à deux pas de son lieu de travail, qui est en fait un salon de thé-sandwicherie tenu par ses parents adoptifs. La fille n'a même pas fait l'effort de trouver du travail ailleurs ou dans une autre branche. Elle a choisi la facilité (et elle chouine dès qu'il faut prendre un train et un bus pour en savoir plus sur ses origines...)
Ou alors quand on découvre l'histoire de ses ancêtres, Louise, son arrière-grand-mère, s'intéresse à la mode et comme par hasard on met sur son chemin un jeune homme célibataire, qui possède un commerce de vêtements, qu'il ne parvient pas encore à faire fructifier.

En fait, chacune des épreuves qui se présente dans ce roman n'en est jamais une puisque en deux secondes, c'est résolu par l'autrice, qui aime trop ses personnages pour leur faire subir des choses trop  difficiles (ça se vérifie plusieurs fois, notamment quand les personnages meurent, leur décès et les causes sont très vite expédiées).

- ✖︎ - 

Un autre point qui m'a pas mal agacée : les trop longues descriptions. On sent que l'autrice en fait trop pour trouver son style. Elle veut certainement que le lecteur s'immerge, mais on se perd en détails visuels -> (p.116) : "Elle pouvait réfléchir uniquement lorsqu'elle s'accordait une pause à l'ombre d'un noyer pour se désaltérer d'un miget, spécialité à la fois nourrissante et désaltérante qui consistait à tremper du pain dans du vin frais légèrement sucré."
Super mais GET TO THE POINT !

Pour rappel, un éditeur est censé repasser derrière l'auteur/trice et lui dire quand son texte est trop lourd. Avec ce roman, on dirait que l'éditeur n'est pas intervenu une seule fois pour alléger l'histoire de tous ces détails superflus. (ça ne me suffisait pas de m'en prendre à l'autrice, j'ai aussi décidé d'en vouloir à l'éditeur/trice)

- ✖︎ - 

On notera aussi que Martin, le prétendant blessé à la guerre, qui boîte et possède une canne, ressemble étrangement à Grand Corps Malade (quelle imagination débordante !)
Il est qualifié d'ange les deux premières fois où Louise le voit, mais olala elle ne ressent pas de passion amoureuse pour lui, quelle tristesse.
Mais attention ! Quand Louise rencontre un autre homme alors qu'elle est fiancée, elle a un coup de foudre et elle se transforme complètement (p. 123) : "Maurice Ledoux posait ses yeux sur elle, semblant la déshabiller du regard et attendre d'elle d'autres faveurs qu'une boisson chaude. Jamais un homme ne l'avait encore regardée ainsi ! Ses reins ne demandaient qu'à se cambrer". WHAT ? Mais je lis quoi là ?!! De l'érotique ?!

- ✖︎ - 

Après réflexion je me rends compte d'un truc : le livre s'intitule Les Lettres de Rose, c'est donc qu'on devrait y trouver des lettres ! D'ailleurs Lola, la narratrice du présent, dit qu'elle reprend la lecture des lettres. Or, une fois qu'on plonge dans le passé, on ne plonge vraiment pas dans un roman épistolaire. En fait, un/e narrateur/trice intervient pour nous raconter l'histoire (je suppose que c'est en se basant sur ces fameuses lettres ou sur les journaux intimes de Rose). Mais ce n'est pas très clair ni logique... je ne vois pas l'intérêt d'intituler un livre Les lettres de Rose, si on n'y trouve aucune lettre ! (Je vais pas être de mauvaise foi, y'en a une ou deux dans le roman, mais ce n'est franchement pas grand chose.)

- ✖︎ -

J'en suis à présent à la partie où Lola effectue un rapprochement avec un garçon qui est évidemment bourru et tout droit sorti de sa campagne. Cette scène dans l'escalier est clichée au possible ! Sérieusement, mais épargnez-nous ce genre de scène qu'on a vue et revue ! 
Et plus j'avance dans l'histoire, plus je me dis que Lola est le genre de filles super énervante qui s'accroche à un mec comme si elle avait eu une relation avec, alors que ça ne fait que 5 jours qu'ils se connaissent et qu'ils ne se sont encore rien dit, même pas embrassés. 
En fait Lola est un personnage auquel je ne parviens pas à m'identifier, elle est bien trop sensible et sentimentale pour moi. Face à n'importe quelle situation ses sentiments sont exacerbés. Elle a constamment besoin de béquille sur laquelle s'appuyer (ses parents, Tristan, Frédérick, Jim), parce qu'elle n'a pas la force d'être indépendante. Je crois que c'est peut-être ça qui m'oppose le plus à elle...  

- ✖︎ - 

Vous devez penser que je m'inflige une lecture qui me déplait, qui ne correspond pas à mes goûts, qui me fait lever les yeux au ciel ou rire jaune. C'est vrai. Et c'est seulement la curiosité qui me pousse à poursuivre ma lecture, parce que tout (ou presque) m'énerve dans ce roman : les facilités empruntées par l'autrice, les clichés à foison, les "ma chouquette".
Si il n'y avait pas le mystère autour de la mère biologique de Lola, j'aurais arrêté ma lecture bien avant, mais je suis CURIEUSE.

Et je dois bien admettre que j'aime assez les histoires familiales, et celle-ci se tient bien. En tout cas, la structure de cette famille est crédible, bien qu'on s'attende à certaines choses (notamment les infidélités et les grossesses), ce qui est bien dommage.
Mais ce qui m'a le plus manqué c'est une chasse au trésor, je veux dire par là que Rose a laissé des lettres et des carnets à sa petite-fille, mais Lola les trouve TROP facilement, j'aurais aimé un parcours plus énigmatique, plus inventif, un jeu de piste !

Cependant les personnages sont bien travaillés, tout comme les dialogues. Le côté tragique de l'histoire est parfois trop "gros" mais une fois dedans, on se prend au jeu. C'est une lecture divertissante et dans laquelle on se plonge assez facilement.

Même si je trouve le style trop détaillé à certains moments, il est plutôt bon, on imagine assez bien les scènes et le déroulé des actions. Les différentes époques sont bien représentées (parfois même trop quand l'autrice veut à tout prix glisser ce que son personnage écoute comme musique).

Finalement si je n'aime pas tellement ce roman, c'est certainement parce que je ne suis pas le public cible, parce que je ne supporte pas les clichés et les choses trop prévisibles dans les romans.

- ✖︎ - 

Au delà de l'intrigue qui tient en haleine, de nombreux points obscurcissent ma lecture. Je prends ça à la rigolade, mais j'avoue que retrouver tous les clichés du genre, dans un livre publié en 2016, ça fait de la peine. Il est temps de casser les codes et de présenter des romances qui ne sont pas neuneuses ! Je sais que l'autrice a certainement mis tout son coeur et de nombreuses heures de travail pour rendre un livre qui lui plait. Mais soyons honnêtes, nous méritons mieux que des romances bourrées de clichés périmés. Beaucoup d'entre nous sommes des lecteurs/lectrices averti-es, qui même à travers le divertissement, cherchent à s'élever culturellement et intellectuellement.

Ma note prend clairement en compte les nombreux clichés et effets prévisibles du roman.
4/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 28 mars 2018

Le meilleur des mondes, Aldous Huxley

Quatrième de couv' : Voici près d’un siècle, dans d’étourdissantes visions, Aldous Huxley imagine une civilisation future jusque dans ses rouages les plus surprenants : un État Mondial, parfaitement hiérarchisé, a cantonné les derniers humains « sauvages » dans des réserves. La culture in vitro des foetus a engendré le règne des
« Alphas », génétiquement déterminés à être l’élite dirigeante.
Les castes inférieures, elles, sont conditionnées pour se satisfaire pleinement de leur sort. Dans cette société où le bonheur est loi, famille, monogamie, sentiments sont bannis. Le meilleur des mondes est possible. Aujourd’hui, il nous paraît même familier…

Mon avis : J'ai déjà lu ce roman d'anticipation en 2006 ou 2007 probablement, du temps où j'étais au lycée. Mais je n'en avais gardé aucun souvenir. Visiblement j'avais dû l'apprécier puisque je l'avais noté 7/10 sur Sens Critique.

Malheureusement mon avis une douzaine d'années plus tard n'est plus le même. Ça a été une lecture laborieuse et ennuyeuse avec des thématiques qui ne m'ont pas embarquée.

Comme vous le savez peut-être, on se trouve dans une société dystopique, en 632 après N.F = Notre Ford. On suppose donc que Jésus Christ est remplacé par Ford. Bon c'est cohérent avec l'idée que la société fonctionne sur un modèle industriel de productivité et de consommation. Les citoyens travaillent puis se délassent au Cinéma Sentant. Ils ne doivent jamais être seuls. La solitude est complètement bannie de leur société et elle est très mal vue.
La reproduction sexuée n'existe plus et a été remplacée par une reproduction entièrement contrôlée, avec des embryons soumis à des injections qui modifient la structure de leur cerveau en fonction de ce qu'on attendra d'eux.
Les enfants subissent pendant leur sommeil des sortes d'incantations qui vont aussi conditionner leur façon de penser et de réagir.
Chaque humain est génétiquement modifié pour l'incorporer à une caste, qui sera déterminante quand cet humain devra travailler. Chacun a une fonction et des qualités intellectuelles de niveau différent. Ils ne doivent pas côtoyer ceux qui leur sont inférieurs, chacun dans sa case.
Rien ne doit troubler le calme et la stabilité de ce monde.

Cependant, Bernard Marx, un personnage mal-aimé de ces congénères, souhaite faire une excursion dans une "réserve" où vivent des sauvages, des gens qui n'ont pas intégré "la civilisation". Ils sont vus comme sales et bêtes, ils se reproduisent de façon traditionnelle, ont des parents, leurs corps vieillissent et se flétrissent.
De ce voyage, Marx va ramener un sauvage blanc (qui a toute une histoire un peu longue à résumer ici) et sa mère (mot qui n'existe plus dans le meilleur des mondes et qui est très connoté).
A partir de ce moment-là, la société si parfaite va aborder un tournant. Mais un tournant pour seulement une poignée de personnages !

- ✖︎ - 

Bon. J'ai trouvé de sacrées longueurs. Pourtant le roman ne fait que 300 pages mais beaucoup de passages sont techniquement détaillés.
Même quand on s'échappe de ce monde aseptisé, l'ambiance créée autour de la réserve a un côté angoissant, glauque... en tout cas, on est contents de ne pas y rester plus longtemps.
Pourtant je n'étais pas particulièrement heureuse de retourner dans le meilleur des mondes, si lisse, si contrôlé. J'imagine que c'est exactement ce que désirait Aldous Huxley, que le lecteur ne se sente bien nulle part.

Mais je dois avouer que je me suis forcée à lire ce roman jusqu'au bout. Je l'ai trouvé trop dense et plutôt mal écrit, le style est décousu et il y a un vrai problème de narration.
La description du processus de conditionnement et de décantation est trop lourde par exemple. Dans la première partie, on dirait que l'auteur se cherche au niveau du style, un peu comme si il imaginait son roman comme un scénario de film, où on passerait d'une scène à l'autre, avec beaucoup de "cut". (voir le chapitre 3)
La dernière partie est tout aussi lourde, avec des pseudo-réflexions philosophiques et métaphysiques, voire religieuses. J'ai lu en diagonale, même si je sais pertinemment que c'est là que se trouvent les éléments les plus importants du roman permettant une réflexion plus poussée.
En fait, ce roman manque surtout de fluidité !

Il y a une volonté de produire une satire de notre société ou de ce qu'elle pourrait devenir. Mais malgré cet humour noir, qu'on retrouve dans certaines situations du roman, tout est lourd et limite indigeste.

Les personnages n'aident en rien, car aucun d'eux n'est appréciable. Ils manquent cruellement de sentiments et de profondeur. Même John, le "Sauvage" constitue à lui-seul une parodie quand il cite des vers de Shakespeare. Il aurait pu apporter de la nouveauté, une profondeur puisque lui connaît la force des sentiments et pourtant il vit sa vie au travers des paroles de Shakespeare, ce qui ne manque pas de lasser le lecteur. Sa révolte est bien trop faible en comparaison de ce qu'on attend de lui.

Il y a le problème de la contraception qui m'a semblé être mal réfléchi... Les humains de cette société doivent éviter à tout prix la reproduction, tout en s'adonnant à la sexualité. Les hommes utilisent des préservatifs et les femmes font des "exercices malthusiens". Je ne comprends pas pourquoi Aldous Huxley, avec toutes ses idées sur les modifications génétiques, n'a pas eu l'idée d'une contraception dès le niveau embryonnaire ? Ou pourquoi il n'a pas inventé une méthode définitive telle que la stérilisation ?

Un autre point m'a gênée et d'ailleurs j'ai failli ne pas le mentionner tellement j'ai lu la fin en diagonale mais bref, il semblerait pour l'auteur qu'il ne puisse exister de société sans dieu ! Alors, okay on est dans les années 30 quand il écrit ça mais quand même... Toute personne devrait vénérer un dieu, et ici il s'agit de Ford. Pour John le Sauvage, il existe aussi des divinités à qui il faut rendre des comptes en se fouettant. (Scènes d'autoflagellation, pas merci...). La morale est franchement datée.

Je ne parlerais même pas de la vision de la femme. De toute façon, ça a été écrit à une autre époque, et j'ose espérer que si l'auteur écrivait ce roman de nos jours il en ferait un traitement bien différent.


- ✖︎ - 

Le monde dystopique créé par Huxley est intéressant, et nous permet certainement d'éviter des erreurs concernant les manipulations génétiques et autres idées fantasques qu'on pourrait nommer "progrès".
La force de ce roman se situe dans son côté visionnaire, puisqu'il a été rédigé en 1931. Le concept est bon et intéressant à traiter, mais malheureusement, narrativement et stylistiquement ce n'est pas bon. L'auteur n'est pas parvenu à me rendre son histoire captivante.

4/10

Une citation qui m'a plu (p.40) : "Et c'est là {...} qu'est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu'on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper."

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

jeudi 22 mars 2018

Rien ne va plus, Le journal d'Aurore 3, Marie Desplechin

Quatrième de couv' : 11 octobre : Areski a trouvé un nom pour le groupe. Blanche-Neige et les sept nains. Ce n’est pas que ça m’ennuie de faire Blanche-Neige, mais les garçons ne sont que cinq. Donc, inutile d’y penser plus longtemps, voilà ce que j’ai dit. Mais justement, a répondu Areski, c’est comme pour les trois mousquetaires. Un clin d’oeil. Un clin d’oeil ?
– Je ne vois même pas de quoi tu parles.
– Des trois mousquetaires.
– Et alors ?
– Ils étaient quatre.
– Comment tu le sais ?
– Tu n’as pas lu le livre ?
– Quel livre ?
Les Trois Mousquetaires, bien sûr.
– C’est le titre ?
– Ben oui, c’est le titre. Qu’est-ce que tu veux
que ce soit ?
– Je ne sais pas, moi… Les auteurs ?
J’en ai plein le dos, de tous ces bouquins que je ne
connais pas. Areski était mort de rire. Il a raconté l’histoire
aux autres nains au fur et à mesure qu’ils arrivaient
de la mine. Et tous les nains de se gausser joyeusement.

Dans ce troisième tome très attendu de son journal, Aurore se met à l’écriture de chansons
de rock et à la rédaction de fiches de lecture pour le cours de français. Avec l’humour qui
la caractérise, Marie Desplechin a laissé libre cours à la verve créatrice de son héroïne. Elle qui a toujours été une excellente élève, s’est beaucoup amusée à imaginer les commentaires d’Aurore sur des classiques de la littérature comme La Princesse de Clèves ou Tristan et Yseult.

Mon avis : Et voilà, je viens de finir la trilogie Le Journal d'Aurore, que je suis contente d'avoir découverte. Je pense que c'est une très bonne série à offrir à une ado qui aurait pas mal d'humour pour saisir le second degré et l'autodérision dont fait preuve Aurore tout au long de ses journaux intimes.

Durant cette dernière année, Aurore entre au lycée, en seconde, où comme d'habitude, elle n'excelle pas. Elève paresseuse, elle ne fait d'efforts qu'en maths. Cependant un prof de français va l'ouvrir à la littérature, et Aurore va découvrir la puissance des mots. Cette découverte la pousse aussi à écrire ses propres textes de chansons. Sa vie se remplit de plein d'activités, et de nouvelles personnes.
C'est un tome dans lequel Aurore est moins négative, elle s'investit plus auprès des autres et un changement s'opère dans sa personnalité. Alors oui elle râle toujours mais c'est vraiment pour la forme !

Même si Aurore ne deviendra jamais "adorable", elle parvient quand même à se faire aimer d'un grand nombre de personnes et sa vie s'améliore à plusieurs niveaux. Je l'ai même trouvé touchante, notamment quand elle découvre de nouveaux sentiments vis à vis d'un garçon mais aussi vis à vis d'un livre.
Elle n'aime pas "nommer" les choses et j'ai trouvé ça assez juste concernant les adolescents. Enfin il me semble qu'à cet âge-là, j'aurais eu du mal à justifier mes positions sociales en parlant "de discours politique" par exemple. C'est une forme de détachement et je trouvais plutôt juste qu'Aurore ne se mouille pas trop sur des sujets si importants, un peu comme si elle ne voulait pas reconnaître leur importance, parce qu'elle a d'autres préoccupations, qui sont celles d'une adolescente qui ne veut pas grandir trop vite.

J'ai beaucoup aimé découvrir l'avis d'Aurore sur des classiques de la littérature, c'était très drôle. Elle confond auteur et titre, puis elle va sur internet, récupère des résumés, les arrange à sa sauce... mais on ne la fait pas à son prof ! Il veut SON avis personnel sur les lectures. Alors Aurore s'y met, avec sa prose et ses critiques désopilantes.

Même si j'ai bien aimé ce tome où Aurore mûrit et est plus tempérée avec sa famille, je lui attribue un 7, parce que la thématique de la musique ne me plait pas dans les romans et elle prend quand même beaucoup de place dans la vie d'Aurore dans ce tome.

C'est un moment de lecture plaisant et je le recommande si vous aimez les lectures légères (et l'impertinence alliée à la naïveté d'Aurore).

7/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 20 mars 2018

L'enfer de Church Street, Jake Hinkson

Quatrième de couv' : Geoffrey Webb est en train de se faire braquer sur un parking. Et cette situation lui convient bien, il en redemanderait même. À son agresseur, il propose un marché : empocher les trois mille dollars qui se trouvent dans son portefeuille, le dépouiller de tout s’il le faut, en échange de cinq heures de voiture jusqu’à Little Rock, Arkansas. Webb a besoin de se confesser. Ce braquage et ce pistolet pointé sur lui, il les mérite. Et il est prêt à expliquer pourquoi.


Mon avis : Ce livre était sur ma wishlist depuis juin 2017 et ma mère me l'a offert récemment pour mon anniversaire. Je ne pensais pas le commencer si vite, mais finalement comme j'ai envie de descendre ma PAL récente (parce qu'à mon grand désespoir j'ai déjà acheté 35 livres depuis le début de l'année, c'est vraiment n'importe quoi...), il a subi un sort.

Et quel sort ! Lu en un après-midi... 205 pages qui se lisent super rapidement tellement j'ai été happée par cette histoire.

Pour vous expliquer un peu l'histoire (sans rien vous spoiler cette fois) : un homme en braque un autre sur le parking d'une station service. Geoffrey Webb remonte dans sa voiture, un flingue sur le crâne. Son braqueur s'installe derrière lui, surveillant ses faits et gestes. Mais au lieu de se faire tout petit, Geoffrey va répondre au braqueur, faisant fi de ses menaces tel un homme qui se sait prêt à mourir. Il lui raconte son histoire durant les 5 heures qui suivent, tout en continuant de rouler à travers l'état d'Oklahoma pour finir enfin en Arkansas.

On est pendus aux lèvres de Geoffrey. Son histoire est dingue. Le personnage qu'il incarne est tellement à l'opposé de l'image qu'il donne...

C'est drôle, c'est fou, on a du mal à y croire, tout en imaginant à la perfection chaque scène, car Geoffrey est un très bon conteur. Le mal vient crescendo dans son histoire et quand on s'imagine que c'est fini, il y en a encore !

L'histoire est bien ficelée, on est tenu en haleine et le style n'est pas désagréable du tout, on sent même une grosse pointe d'humour. L'auteur nous fait découvrir une histoire noire, sans pour autant nous horrifier et nous donner envie d'abandonner le roman.
Il parvient aussi à dénoncer la religion, en créant de toutes parts un personnage pasteur en quête de pouvoir, car il a bien compris comment manipuler les foules.

Un bon roman noir que j'ai pris plaisir à dévorer !

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

lundi 19 mars 2018

Mes parents sont dans ma classe, Luc Blanvillain

Quatrième de couv' : Hier soir encore, je disposais de parents normaux, tous deux âgés de 36 ans. Ce matin, à mon réveil, ils en avaient 11. Bien sûr, quand j’ai vu ces deux enfants à mon chevet, dans des pyjamas trop grands, je n’ai pas tout de suite compris.
D’ailleurs, c’était l’heure de se préparer pour le collège… Le collège ! J’ai deviné que tout partait de là. Depuis le début de l’année scolaire, je détestais la sixième. Et mes parents, au lieu de me comprendre et de trouver une solution simple – m’offrir un tour du monde, par exemple –, répétaient à l’envi qu’ils adoreraient avoir mon âge.
Moi, je répondais invariablement : « J’aimerais vous voir à ma place. » Apparemment, mon voeu vient d’être exaucé…

Mon avis : J'avais repéré ce livre lors de mon dernier job à la Fnac, au rayon jeunesse. Depuis je ne l'avais pas vu dans d'autres librairies, alors quand j'ai fait un commande auprès de la librairie Mollat, j'ai aussi pris celui-ci qui était en stock.

Il fait partie de la collection Neuf à l'Ecole des Loisirs, donc s'adresse à un public de pré-ado. Mais même adulte, ce roman, raconté avec beaucoup d'humour, peut vous ravir !

Fanny est en 6è et ça ne se passe pas super bien pour elle. Un matin, au réveil, ses parents ont "rétréci" ! Ils ont eux aussi 11 ans ! Certes, il faut accepter cet état de fait pour continuer l'histoire. Oui c'est fantaisiste, mais c'est savoureux ! Ça laisse place à l'imagination de l'auteur, et pour ça, il ne m'aura pas déçue. Fanny va donc devoir supporter ses "cousins" (= parents) qui se démarquent au collège. Elle va aussi devoir vivre chez ses grands-parents car sans parents dans leur peau d'adulte, pas de carte bancaire, pas de voiture ! Heureusement personne ne s'étonne trop de la situation, et chacun s'en amuse au bout du compte. (On adore le décalage entre la taille enfant et la petite bière bue après les cours !)

Chaque chapitre porte le nom d'un livre, ce que les adultes reconnaîtront, mais peut-être pas les plus jeunes par contre.

Les personnages sont attachants, et on est plongé au collège aux côtés de Fanny et de tous ses petits camarades de classe aux prénoms originaux. On ne s'ennuie jamais, l'auteur créé des situations qui donnent du rythme à l'histoire.

J'aime beaucoup l'idée qu'il y ait un échange entre les parents et Fanny, elle a beau leur dire que le collège c'est dur, il va falloir que ses parents rétrécissent et aillent eux-mêmes au collège avec elle pour se rendre compte de son quotidien. Je pense que ça peut inviter les jeunes lecteurs à discuter avec leurs parents de ce qu'ils vivent au collège.
De plus leur présence va l'aider à s'affirmer, à se faire des amis au collège, donc même si c'est fantaisiste, le simple fait que ses parents puissent se rendre compte de ses "soucis", a un véritable impact sur sa vie.

J'ai lu ce roman avec beaucoup de plaisir. L'idée de départ m'intéressait beaucoup par son originalité et l'auteur réussit à rendre l'histoire intrigante, tout en abordant des thématiques un peu moins légères (le milieu social, le premier amour).

8/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur 

Lettres à l'ado que j'ai été, sous la direction de Jack Parker

Quatrième de couv' : Dans ces 28 lettres, les auteurs s'écrivent à eux-mêmes, se confient et donnent des conseils à ceux qu’ils ont été.
Tour à tour drôles, émouvantes, sérieuses, complices, elles ont toutes le même effet (et le même but) : s’accepter tels que nous sommes, avec nos qualités et nos défauts.
Et surtout avec bienveillance.

Lettres de : Dedo - Titiou Lecoq - Rokhaya Diallo - Adrien Ménielle - Florence Porcel - Navie - Sophie Riche - FloBer - Océanerosemarie - Marion Seclin - Anne-Sophie Girard - Boulet - Ovidie - Sophie-Marie Larrouy - Patrick Baud - Bérengere Krief - ioudgine - Julien Ménielle - Mirion Malle - Thomas Hercouet - Lauren Bastide - Marine Baousson - Nicolas Berno - Diglee - Gabrielle Deydier - Lucien Maine - Nadia Daam


Mon avis : J'ai cédé aux sirènes de la tentation... Jack Parker, que je suis fidèlement depuis des années, a publié ce recueil de lettres, auquel chacun de ses amis comédien/nes, auteurs/trices, humoristes, réalisateurs/trices, dessinateur/trice, etc. a participé, en écrivant à l'ado qu'il/elle a été. Tous sont des figures du web, et vous les connaissez très certainement si comme moi, vous passez beaucoup de votre temps sur les réseaux sociaux, ou si il vous arrive de regarder La Nuit Originale.

Le titre est on ne peut plus clair : le but est d'écrire une lettre à l'ado qu'on a été, avec son regard d'adulte. On oscille entre le rire et les larmes... On y trouve beaucoup de tendresse et de bons conseils. On en apprend plus sur l'ado qu'ils/elles ont été, avec leurs déboires, leurs doutes qui accompagnent cette période qui est souvent plus sombre qu'on ne le croit.

J'imagine que ça n'a pas été facile pour les auteurs/trices de ces lettres de se remémorer certains souvenirs. Même si beaucoup ont vécu les mêmes choses, ils/elles l'abordent de façon différente et c'est très varié.

Ce livre ne s'adresse pas qu'aux (presque) trentenaires qui retrouveront dans les lettres des éléments similaires à leur vie passée, mais aussi aux ados d'aujourd'hui, qui peuvent puiser dans ces lettres quantité de conseils et surtout beaucoup d'amour et d'encouragements.

Ce recueil de lettres apporte réconfort, bienveillance et de l'amour envers soi-même.
Un livre que je vais certainement relire plusieurs fois pour y trouver la motivation nécessaire de faire les choses qui me plaisent.

9/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 18 mars 2018

Un secret, Philippe Grimbert

Quatrième de couv' : Souvent les enfants s’inventent une famille, une autre origine, d’autres parents.
Le narrateur de ce livre, lui, s’est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu’il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas…
Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c’est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu’il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l’Holocauste, et des millions de disparus sur qui s’est abattue une chape de silence.
Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec La Petite Robe de Paul.
Avec ce nouveau livre, couronné en 2004 par le prix Goncourt des lycéens et en 2005 par le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle, il démontre avec autant de rigueur que d’émotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l’exploration des secrets à l’œuvre dans nos vies.


Mon avis : J'ai entendu Philippe Grimbert l'été dernier dans un podcast, où il parlait justement du secret que sa famille entière lui avait caché une partie de sa vie et quels effets ça avait eu sur son corps. J'avais eu envie de connaître ce secret, qui une fois révélé, l'avait aidé à grandir. Ce roman j'en ai souvent vendu, il est très apprécié des profs, les élèves sont généralement heureux que ce soit un "petit" livre. 185 pages, écrit gros, qui se lit en 2h, ça va. Je l'ai acheté y'a un mois et je l'ai vite sorti de ma PAL.

J'ai un peu de mal à noter ce livre parce qu'il ne s'agit pas d'une fiction, mais d'une autobiographie quelque peu romancée. L'auteur, depuis sa petite enfance, s'invente une histoire familiale, jusqu'au jour où il va découvrir la vérité sur cette histoire qui est la sienne.
Avec ce livre, il décide de la partager avec des lecteurs. Peut-être souhaite-t-il inviter d'autres gens à s'interroger sur leur propre histoire ?

Il n'y pas de qualités littéraires particulières, c'est un récit au style assez banal, mais fluide. Malgré le grand nombre de personnages qui gravitent autour de lui, on imagine facilement qui sont les plus proches de l'enfant qu'est Philippe.

Mais ce roman est touchant par ce qu'il raconte : la façon dont les non-dits modèlent une famille et l'imaginaire des enfants. C'est un secret tellement complexe et qui a causé tant de douleurs... Le découvrir à l'adolescence était peut-être dur, mais finalement il a permis à l'auteur de se révéler, de se découvrir et d'aborder la vie avec du recul et une envie de comprendre l'âme humaine.

C'est un livre émouvant, où se mêle tragédie familiale et Holocauste.

7/10

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Les Hauts de Hurle-Vent, Emily Brontë

Quatrième de couv' : Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste.
Ce roman anglais, le plus célèbre du XIXe siècle à nos jours, a été écrit par une jeune fille qui vivait avec ses soeurs au milieu des landes de bruyère. Elle ne connut jamais cette passion violente ni cette haine destructrice. Elle imagina tout, même le fantôme de la femme aimée revenant tourmenter l'orgueilleux qui l'a tuée.


Mon avis : Il s'agit pour moi d'une relecture. J'ai découvert ce roman en 2007, et bien que je l'ai dévoré à l'époque, il ne m'a pas plus marquée, mais je me souvenais avoir bien aimé.
Ce roman a beaucoup été lu et présenté sur des blogs et sur Booktube au cours des 2 ou 3 dernières années. Alors je me suis dit qu'il était temps de le relire.

Ce serait bien trop long et complexe à résumer, finalement la quatrième de couverture le fait assez bien, même si elle spoile allègrement. D'ailleurs je vais moi-aussi spoiler certains passages de ce roman, puisque je pense que beaucoup l'ont déjà lu... Si vous souhaitez découvrir ce roman, évitez de lire mon article.

—📚—

J'ai bien aimé la façon de présenter l'histoire de ces familles. Le roman commence avec Mr. Lockwood qui prend ses quartiers à Thrushcross Grange. Là il fait la rencontre de Mrs Dean qui va lui raconter toute l'histoire des familles Earnshaw, Linton et Heathcliff, dont il a pu voir un avant-goût, haut en couleur, lors d'une soirée passée aux Hauts de Hurle-Vent.

L'écriture est belle, mais pas extraordinaire. C'est surtout un travail qui est fait sur l'ambiance sombre, teintée de romantisme. Les landes, la bruyère, la nature sauvage viennent en réponse aux sentiments des personnages, qui sont bien décrits et très parlants. La violence des sentiments est bien retranscrite, même à travers les propos de Mrs Dean qui ne les a pourtant pas vécus elle-même.

Le rythme est bon, sauf peut-être au début, avec un démarrage un peu long. La dernière moitié du livre est presque haletante, on est intrigué par le dénouement ! On a envie de savoir si et comment la paix va enfin arriver dans cette famille.

Les personnages sont pour la plupart marquants, et je remercie le traducteur d'avoir placé un arbre généalogique juste avant le premier chapitre !
Je n'ai pas aimé Joseph et ses interventions pénibles à déchiffrer (il a un parlé de paysan et ce n'est pas simple à lire). Son personnage n'est pas très recherché, il est une caricature mais il est marquant.
Tout comme l'est Hareton Earnshaw, surtout sur la fin. Son évolution est bien amenée, de brute épaisse soumise à son maître il devient un homme sensible, qui cherche à développer les qualités intellectuelles qu'il n'a pu développer plus jeune.
Les Linton sont plus en retrait que les Earnshaw ou qu'Heathcliff, ils sont plus discrets, plus normaux aussi... Edgar et sa fille ont une belle relation, tendre et agréable à lire au milieu de la noirceur des événements. Catherine Linton se démarquera peu à peu par son caractère et elle aussi son évolution se fera dans plusieurs sens.
Mrs Dean/Nelly/Hélène, la conteuse, est un personnage fidèle, traditionnel mais intelligent et qui nous sert l'histoire de façon très crédible (presque trop, puisqu'il n'y a aucune altération de ses souvenirs, même ceux qui datent franchement !)
Quant à Catherine Earnshaw, je crois que son personnage, sauvage et colérique, ne m'aura pas autant marqué que sa fille. En revanche je dois avouer que j'ai dû relire deux fois le passage où Catherine perd la vie en donnant naissance à sa fille, car l'autrice pose ça là, tranquillement et j'ai été assez surprise, malgré les signes annonciateurs de sa folie, cependant il ne me semble pas que sa grossesse ait été mentionnée auparavant.

C'est une oeuvre originale sur le ressentiment, la vengeance et la folie. Elle montre la noirceur des sentiments humains, en tout cas, ceux de Heathcliff, qui pour moi restera le personnage que j'ai le plus détesté. Il est angoissant, manipulateur, vengeur, fou. Même son amour pour Catherine ne l'autorise pas à mes yeux à se comporter tel qu'il le fait envers les humains qui l'entourent : la violence qui le caractérise, qu'elle soit physique ou morale, est inacceptable.
D'ailleurs cet amour entre eux me parait artificiel, peut-être parce qu'il est raconté d'un point de vue externe... Mais j'ai du mal à concevoir cet amour. Il nous est raconté comme passionné, violent mais peut-être que si ces deux personnages avaient vécu plus entourés qu'en huis-clos, peut-être n'auraient-ils pas eu cette attirance l'un pour l'autre ?
Même si on connaît l'enfance d'Heathcliff, si on sait qu'il a été haï d'Hindley toute sa vie, mais follement aimé de Catherine, qui a finalement accepté d'en épouser un autre, rien ne justifie qu'il mette en place cette vengeance sur la descendance de ceux-ci. Il créé lui-même son malheur et son désespoir. Sa fin n'est qu'un juste retour de karma.

C'est un roman que j'ai aimé relire, bien que le début soit laborieux, mais l'atmosphère sombre m'a plu, ainsi que cette histoire de saga familiale, dans laquelle les personnages subissent la folie d'Heathcliff.

8/10

Si jamais ça vous intéresse de lire d'autres critiques, il y en a une excellente qui analyse bien l'oeuvre sur Sens Critique : ici.

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mercredi 14 mars 2018

Mates, Dates & Portobello Princesses, by Cathy Hopkins


Quatrième de couv' : Nesta has met the perfect boy : good-looking, fun, sweet. But there are problems too. Simon's from a rich, upper-class background - with a lifestyle to match - and it's difficult for Nesta to keep up. And then there's Simon's friend Cressida. The ice queen. The Portobello Princess. 
Not one to give in, Nesta determines to impress the new crowd, but finds herself out of her depth. Luckily she has Lucy and Izzie to help her reassess what really matters...

Mon avis : Troisième tome de la saga "Mates, Dates &..." lu ! Je suis contente de m'y tenir et vous pouvez retrouver les articles sur le premier et le deuxième tome.

Ce tome présente l'histoire du point de vue de Nesta. Nesta est une jeune fille très privilégiée : elle est belle (métisse, sa mère est jamaïcaine et son père italien), riche (sa mère est présentatrice télé et son père réalisateur de films), et toujours de bonne humeur.
Quand elle rencontre Simon dans le train, elle découvre par là qu'il existe des gens encore plus riches que sa famille. Et si leur relation se passe bien, l'argent devient un réel souci pour Nesta qui va tenter par ses petits moyens d'en obtenir afin de "supporter" sa famille.

Ce tome peut paraître superficiel, mais finalement il est nécessaire et met en lumière ce que "pauvreté" veut dire pour certains (le terme est souvent galvaudé par ceux qui ne la connaissent pas d'ailleurs...). Nesta s'imagine que ses parents vont se retrouver sans emploi, car ils connaissent des difficultés dans leurs métiers, liées à la précarité de leur poste, du coup entendant parler de ces difficultés, elle est persuadée d'être pauvre. Ses parents, peu présents, ne font rien pour lui expliquer la situation, vu qu'ils n'ont pas vus ses angoisses. Finalement, au-delà de cette thématique sur l'argent, on peut voir le manque de communication entre Nesta et ses parents, ainsi qu'entre Nesta et Simon. Tout cela entraîne Nesta dans des situations de plus en plus dangereuses pour une adolescente : problème de jeux, découverte d'alcool, sortie le soir en solo. Bref, Nesta enchaîne les expériences et se met en danger.

J'ai souvent moins aimé ce livre parce que je n'aime pas tellement Nesta. Mais à l'aube de la trentaine, je me rends compte qu'il comporte de nombreux messages sur les risques que prennent les ados quand ils ne comprennent pas ou se sentent angoissés par certaines situations familiales.
Nesta n'est toujours pas mon personnage préféré et ne le sera sûrement jamais. Elle est l'un des personnages les moins réfléchis et ses centres d'intérêt ne me correspondent pas. Mais ce tome est sympathique à lire et toujours en VO, il ne comporte que très peu de mots compliqués.

Dans ce tome-ci, on trouve des extraits du journal intime de Nesta, avec quelques passages écrits en langage sms, ce qui n'était vraiment pas facile à comprendre.

6/10

lundi 12 mars 2018

Les lunes de Jupiter, Alice Munro

Quatrième de couv' : Comment vider des dindes peut marquer à jamais une jeune fille de 14 ans…
Comment un cadeau simple et doux comme un sac de petites algues peut réchauffer un cœur désespéré…
Douze nouvelles composent des portraits de femmes qui, sous une apparence fragile, cachent souvent un caractère étonnant et courageux. Avec lucidité, elles affrontent la vie, ses joies et ses peines, ses luttes et ses déceptions.

« Dans l’œuvre de Munro, les émotions explosent. Les préjugés se délitent. Les surprises se multiplient. » The Guardian


Mon avis : En 2013 Alice Munro recevait le Prix Nobel de la Littérature. Face à tant d'inculture (surtout devant les clients), j'ai voulu découvrir cette autrice, j'ai donc acheté Les lunes de Jupiter,  au printemps 2014, probablement parce que le titre sonnait bien.
Il est resté 4 années (4 !) dans ma PAL. Récemment je me suis décidée à le sortir, trouvant pratique que ce soit un recueil de nouvelles. Je pouvais en lire une tous les soirs, jusqu'à cet après-midi où j'ai accéléré le rythme pour finir le livre.

Initialement paru en 1989 en France (mais une dizaine d'années plus tôt au Canada), j'ai eu du mal à dater la plupart des nouvelles, d'autant plus que souvent celles-ci nous plongent dans un passé antérieur au temps du récit. Du coup j'avais du mal à m'identifier à ces femmes d'un autre siècle (et d'un autre continent, à savoir le Canada).
Si chaque nouvelle fait entendre la voix d'une femme, c'est avant tout la voix humaine qu'on perçoit dans ces textes : l'ennui, la solitude, le désespoir, les doutes, sont propres à chacun mais également universellement connus.

Chacune des nouvelles a sa particularité, une thématique, plus ou moins. Elles mettent toutes en scène des femmes, qui souvent se remémorent des évènements du passé. La plupart des nouvelles parlent de la famille, de notre rapport à l'entourage proche, de ce qu'on a partagé avec eux. Ces femmes s'inscrivent toutes dans leur époque et dans le cadre familial qui les a façonnées.

La plume est parfaite, il n'y a rien à redire à propos du style. On sent que l'autrice a travaillé chacune de ses nouvelles pour y apporter une grande crédibilité, avec un souci du détail sans que ça n'envahisse l'histoire : le décor est planté, l'ambiance créée.
Cependant il n'y a pas de chutes si certains s'attendaient à cela. Ici les nouvelles se finissent quand l'autrice en a décidé, un peu comme la vie. Ce sont des moments de vie qu'elle capte, nous montre, et c'est à nous d'imaginer la suite.

J'ai beaucoup aimé la nouvelle Mme Cross et Mme Kidd qui était touchante et pleine d'humanité.

Ce n'est pas un livre qui se dévore, qui divertit, c'est plutôt un livre qu'on découvre pour le style de l'autrice et pour la finesse de ses analyses. Alice Munro ne juge pas ses personnages, elle les révèle au monde.

6/10

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dimanche 11 mars 2018

30 ans (10 ans de thérapie), Journal d'une éternelle insatisfaite, Nora Hamzawi

Quatrième de couv' : Obsessionnelle, parano et hypocondriaque, Nora Hamzawi partage ses petites angoisses ordinaires avec humour et autodérision.

À mi-chemin entre séances chez le psy et journal intime, elle décortique des scènes de nos vies pour mieux y trouver sa place.
Comment fait-on pour avoir l'air à l'aise en soirée ? Qui sont ces gens qui fréquentent les stations de skis ? Y a-t-il un âge pour arrêter de regarder La Boum ? Pourquoi est-ce qu'on est obligé de se tutoyer dans les magasins bios ?
Son regard sur le monde, sa perception des situations et son désarroi, amusé et sensible, révèlent l'absurdité et la folie du quotidien.

En bref, si vous vous demandez régulièrement si vous êtes normal ou à côté de la plaque, cette introspection sans filtre devrait vous aider à relativiser !


Mon avis : Mercredi dernier, je suis passée à la Fnac pour acheter des cadeaux et dans la file, en attente de caisse, j'ai repéré ce livre, que j'avais déjà vu plusieurs fois auparavant. Mais à l'époque je n'avais pas encore vu le spectacle de Nora Hamzawi (merci à TMC pour la diffusion en direct le 10 janvier dernier). Du coup je la connaissais assez peu, mais son spectacle m'a plu, je me suis retrouvée dans pas mal de choses qu'elle osait critiquer. Quand j'ai vu le livre, à 8,50€ avec une couverture rose (j'aime le rose), je me suis pas posée de questions (oui ma PAL est déjà immense) et je l'ai pris, en me promettant de le commencer de suite.

Ce sont des chroniques mises les unes à la suite des autres, avec un certain fil conducteur quand même ; quand on finit une chronique, la suivante reprend souvent un élément de la précédente, les textes s'enchaînent très bien et on a envie de poursuivre la lecture.

Nora raconte ses séances de psy, avec un psy totalement mutique, qu'elle tente de faire rire grâce à ses mésaventures quotidiennes. Elle propose aussi des réflexions sur sa vie, sur des thématiques particulières. Elle parle de ce qui l'angoisse, de ce qui l'agace, en nous prenant à part, pour que l'on puisse éventuellement se retrouver dans ses râleries.

C'est drôle, il y a beaucoup d'autodérision quand elle aborde les "problèmes" des trentenaires.
Elle clashe les amateurs de ski, de pique-nique, bronzer à la plage, les week-ends entre amis. Il faut dire que Nora n'aime rien plus que de rester chez elle, en pyjama à regarder la télé. Du coup l'hiver est sa saison préférée, parce que cette saison justifie à elle-seule le fait de rester chez soi. Bon sauf quand il faut se rendre à des repas de famille, qui la font grossir (quelques passages grossophobes, dommage) et la rendent nerveuse (à cause de sa soeur, de sa mère, de son oncle, bref le cliché des repas de famille.) C'est surtout un défouloir, plus qu'un journal intime.

Personnellement ce que j'aime dans ce genre de livre c'est que la narratrice ne cherche pas à être parfaite et à se montrer sous son meilleur jour, c'est assez décomplexant.

C'est un livre qui fait du bien à lire entre deux livres plus sérieux et qui demandent plus de concentration. Les illustrations d'Anna Wanda Gogusey sont très sympa !

7/10

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vendredi 2 mars 2018

Toujours fâchée, Le journal d'Aurore tome 2, Marie Desplechin

Quatrième de couv' : - Je n'ai jamais rien entendu de plus laid, de plus ennuyeux et de plus nuisible que ce que tu joues avec ton groupe.
Il vient de tomber par terre. Il se roule dans le sable en se tenant le ventre. C'est le soldat Ryan. Peut-être qu'il va mourir sur la plage. Je vais lui flanquer un coup de pied pour abréger ses souffrances. Je suis malheureusement interrompue par l'arrivée de Samira et d'Hélène qui s'approchent de nous avec des airs légèrement envieux.
- De quoi vous parlez ? demande Samira. Vous avez l'air de bien vous marrer.
Il se relève, il essuie ses yeux et il montre du doigt.
- C'est elle, gémit-il. Elle n'arrête pas de m'agresser, elle est trop marrante.
Bon. Je me suis fait un nouvel ami masochiste. Il me regarde avec des yeux émerveillés. Il m'adore, c'est clair.

Mon avis : Deuxième tome de la trilogie du Journal d'Aurore, et je crois que j'ai mieux aimé ce tome-ci.

Dans celui-ci Aurore va passer l'année chez ses grands-parents, elle est plus détachée de sa famille et se prend moins la tête avec eux. Elle fait des efforts au collège, s'attire la sympathie d'une de ses profs.
Bon évidemment à côté de ça, elle a toujours des problèmes : sa copine Lola qui sort avec un mec. Alors qu'Aurore, elle n'a pas du tout envie de tomber amoureuse de quelqu'un.
Ou un voyage scolaire en Angleterre dont on nous fera qu'un bref résumé (dommage ça aurait pu être l'occasion de rendre Aurore encore plus râleuse), ou une semaine de vacances en camping, qui ouvrira de nouvelles perspectives à Aurore.

Le style est toujours aussi drôle, et peut-être plus léger. Le cynisme (ou le premier degré ?) d'Aurore la rend de plus en plus drôle, elle a toujours autant d'autodérision.

Bien qu'il se passe peu de choses (j'avoue ne pas avoir imprimé tout ce qui arrivait à Aurore), cette saga est réaliste et crédible.
L'autrice aborde l'adolescence avec un point de vue qui me semble assez juste : une ado râleuse, qui en attend beaucoup de la vie et est impatiente que les choses bougent.
On sent qu'Aurore se découvre peu à peu, elle réalise qu'elle ne peut pas toujours être mécontente de sa vie et elle fait les efforts nécessaires pour avancer, pour grandir et adopter une attitude plus positive envers la vie et son entourage.

Impatiente de découvrir Aurore qui fait son entrée au lycée.

8/10

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