samedi 6 janvier 2018

Eleanor Oliphant va très bien, Gail Honeyman

Quatrième de couv' : Eleanor Oliphant est un peu spéciale.
Dotée d’une culture générale supérieure à la moyenne, peu soucieuse des bonnes manières et du vernis social, elle dit les choses telles qu’elle les pense, sans fard, sans ambages.
Fidèle à sa devise « Mieux vaut être seule que mal accompagnée », Eleanor évite ses semblables et préfère passer ses samedis soir en compagnie d’une bouteille de vodka.
Rien ne manque à sa vie minutieusement réglée et rythmée par ses conversations téléphoniques hebdomadaires avec « maman ».

Mais tout change le jour où elle s’éprend du chanteur d’un groupe de rock à la mode. Décidée à conquérir de l’objet de son désir, Eleanor se lance dans un véritable marathon de transformations. Sur son chemin, elle croise aussi Raymond, un collègue qui sous des airs négligés, va lui faire repousser ses limites.
Car en naviguant sur les eaux tumultueuses de son obsession amoureuse et de sa relation à distance avec « maman », Eleanor découvre que, parfois, même une entité autosuffisante a besoin d’un ami…


Mon avis : Je ne m'attendais pas à découvrir une pépite pareille dès début janvier ! Ma première lecture de l'année (après une BD) est une super lecture ! Honnêtement ça ne m'arrive pas souvent et je n'aurais pas parié que j'aimerais autant ce livre.

L'histoire est celle d'Eleanor Oliphant, jeune femme d'une trentaine d'années, comptable dans une boîte de design. Eleanor est "différente", elle m'a beaucoup fait penser à Sheldon Cooper. Elle prend tout au premier degré et a beaucoup de mal à comprendre le cynisme, les petites piques de ses collègues qui se moquent souvent d'elle. Elle a un problème assez important avec les relations sociales et la façon de se comporter en société : pour elle ce sont les autres qui ne sont pas polis alors qu'elle, a de bonnes manières.
Bref, pendant une grande partie du roman l'autrice nous dépeint un personnage qui a des avis bien tranchés sur ses contemporains, parce qu'elle ne comprend pas toujours leurs agissements.
Elle est très figée dans ses habitudes et dans sa façon de voir le monde, grandement influencée par les avis de "maman".

Un peu sorti de nul part, Eleanor tombe amoureuse d'un chanteur du coin, le type absolument pas fait pour elle, qui ne se prend pas pour de la merde... Elle va chercher à le rencontrer de la meilleure façon qui soit. Et ce "projet" va la porter pendant une partie du roman. Elle va commencer à se sentir femme : en achetant de nouveaux vêtements, en se faisant couper les cheveux, en apprenant à se maquiller, en testant une manucure ou une épilation (des passages hilarants d'ailleurs !).

Mais tout ceci n'arriverait pas sans l'intervention de Raymond, un collègue de travail informaticien, dont elle va faire la rencontre. Tous les deux vont venir en aide à un vieux monsieur qui s'est effondré sur le trottoir un vendredi soir. A partir de là, la vie d'Eleanor va s'enrichir de plus en plus socialement.

La suite je ne vous la raconte pas, mais on est face au quotidien d'un personnage, un peu comme dans un journal intime.

On oscille très souvent entre le rire et la compassion. Ce roman est parfois très drôle, mais c'est aux dépends d'Eleanor, et parfois il adopte un ton plus grave, voire dramatique, puisqu'elle va peu à peu en découvrir plus sur son passé. Un passé qu'on devine très difficile, et qui l'a poussée à se forger une carapace afin de ne pas être débordée par ses émotions.

L'autrice a un style simple, on se sent vraiment plongé dans l'histoire d'Eleanor, dans sa tête même. Personnellement je comprends certaines de ses interrogations sur les bonnes manières notamment. Tout comme la quête de sens qui va rendre Eleanor plus proche de ses émotions. Petit à petit c'est une femme qui baisse la garde, qui fait tomber les barrières, et qui se révèle à nous. On l'accompagne, d'abord en riant d'elle, puis en ayant beaucoup plus de compassion et finalement d'attachement pour ce personnage qui pourtant si atypique, nous semble de plus en plus proche de nous.

Son histoire nous est livrée complète à la fin du roman, et même si certaines révélations auraient mérité de plus amples développements, j'ai tout de même adoré que l'autrice prenne le temps de distiller des indices çà et là et de maintenir un léger suspense jusqu'au bout.

J'ai beaucoup aimé la façon dont se développe son amitié avec Raymond. On en sait peu sur lui, mais le peu que l'on découvre nous invite à penser qu'il est un bon ami, un type gentil, protecteur et attentionné. Contrairement à d'autres personnages du roman, il ne juge pas Eleanor.
On évoque rarement dans la littérature les railleries et les moqueries dont sont victimes certains adultes, souvent dans le cadre du travail, pourtant ça arrive encore malheureusement, créant une ambiance néfaste, et poussant ces personnes à se replier de plus en plus sur elles-mêmes.
Et finalement il suffit d'une personne pour aider à retrouver (ou trouver) sa force et s'accepter tel qu'on est. C'est dans ce contexte que Raymond va intervenir, et va faire preuve de patience et de compassion pour Eleanor.

On est très loin des clichés des feel-good books, c'est un livre sérieux qui ne cherche pas à tout prix à faire du positif pour qu'on se sente mieux. Non, avec Eleanor on traverse des émotions qui nous touchent, nous bouleversent mais c'est surtout pour elle, pour ce personnage qu'on éprouve de la tendresse. C'est elle le sujet et pas le lecteur qui devrait à tout prix s'identifier pour se sentir mieux. Là on ressent de nombreuses émotions qui sont dédiées à Eleanor (pas à nous-mêmes, je ne sais pas si c'est très clair).

Ce roman sur la résilience m'a énormément plu. Autant par son aspect dramatique que par son côté comique. Tout est justement dosé, parfaitement équilibré. C'est émouvant, authentique.
C'est à regret que je quitte Eleanor et Raymond.

9/10

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

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