mardi 29 août 2017

Moins que zéro, de Bret Easton Ellis

Quatrième de couv' : D’une fête à l’autre, en équilibre sur une ligne de coke, Clay et ses amis errent dans Los Angeles, suspendus au-dessus de l’abîme. Mais dans ce monde factice où règne l’alcool, le sexe et l’argent, difficile de se sentir en vie et de trouver un sens. Le premier roman vertigineux de Bret Easton Ellis dresse l’état des lieux glacial d’une jeunesse en perdition.

Mon avis : J'ai détesté cette lecture. Je me suis ennuyée pendant un paquet de temps, puis j'ai été intriguée, puis je me suis à nouveau ennuyée.

Je déteste les romans qui ne nous mènent nulle part, qui ne font pas évoluer le personnage principal. De plus je n'ai pas aimé le style de l'auteur et sa façon de décrire la vie de Clay, dans un style très épuré, sans qu'on ne puisse s'attacher au personnage ni à la ville (Los Angeles et Palm Springs) dans lequel le personnage se trouve. C'est un roman oppressant.

Voilà tout ce qui m'a agacée :
- Apparemment tous les garçons dans ce roman sont bronzés et surtout blonds, cheveux coupés courts. OK, donc il y a pas un seul brun ? Y'a pas d'autres modèles en stock dans le roman de BEE ?
Les meufs en revanche ne sont jamais décrites, ni par leur couleur de cheveux ni par aucun autre élément physique (comme si elles n'avaient aucune importance), excepté quand elles ont un problème lié au poids : elles sont soit grosse (et lamentable, seule. cf. la nana qui essaie de parler avec un barman), soit boulimique-anorexique (cf. Muriel). Glorieux comme façon de présenter les femmes.

- Ils se droguent tous, et si il y a bien une chose que je déteste dans la vie comme dans les romans, ce sont les camés. Pire ! Les camés fils à papa qui dilapident la thune de leur famille dans la drogue, et qui osent être blasés de leur vie et n'ont aucun autre centre d'intérêt que la drogue. Bordel j'ai tellement envie de les frapper !

- L'incommunicabilité préside : les personnages ne vont jamais au bout de leur conversation. Il y a toujours des non-dits, des secrets, ils arrêtent de parler parce qu'ils n'ont rien d'intéressant à se dire. Bref, les dialogues ne font pas du tout avancer l'histoire.

- Si les amis sont des mannequins de papier (pour moi ils n'ont aucune consistance, je suis incapable de les différencier), la famille est tout aussi peu présente.
Quand le personnage de Clay est chez lui, il évite ses soeurs (qu'il n'est pas capable de différencier... sympa...), il ne parle jamais avec sa mère, et quand il va au resto avec son père, il ne fait aucun effort pour s'entretenir avec lui. On pourrait penser que c'est parce que la famille est peu présente que Clay se drogue, mais en vérité, je pense surtout que Clay n'aime pas son entourage et qu'il s'est détaché d'eux très jeune car il ne les aimait pas. La drogue n'est pas une conséquence d'un abandon par sa famille, à mon avis. (En fait je trouve ça un peu facile de rejeter la faute sur les parents)

- D'ailleurs le roman est un concentré de frustration pour le lecteur : on ne connaît rien des émotions du personnage que l'on suit, il n'a aucune pensée, aucun sentiment. On ne sait pas pourquoi il se prend la tête avec Blair, quels sont ses liens avec ses "amis".

- Clay n'est pas capable de vivre sans ses "amis". Quand il sort, car il sort beaucoup, il cherche toujours où se trouvent ses "amis". Je le marque entre guillemets parce que je me demande franchement ce qui motive leur amitié. Ils ne partagent rien, pas de traits d'humour, pas de moments agréables, ils ne font que partager le même dealer, et des ragots.

- Ce roman est une accumulation de moments, et si on peut penser que le narrateur est trop drogué pour raconter la fin de ses journées, personnellement j'en ressens une très grande frustration, parce que ce contenu dont il est capable de se souvenir est totalement inintéressant : il raconte ce qu'il décide de faire de sa journée, où aller, qui voir. Mais il n'y a aucun intérêt pour le lecteur car il n'a pas accès aux désirs et aux pensées du personnage.

Vers la page 160, le roman commence enfin à avoir un rythme plus soutenu, on sort de l'ennui, parce que Clay participe à des scènes plus choquantes (suggérées plus que montrées). Bien qu'observateur, il découvre enfin ce que fait son ami Julian, mais il se laisse aussi entraîner dans des endroits peu recommandés, où ses potes font visiblement des trucs dégueulasses. Là on touche au trash, au glauque, au violent. La drogue semble effacer toute notion de bien et de mal. Clay a l'air d'avoir ralenti sa consommation, et il est le seul à comprendre que ses potes sont en train de passer du mauvais côté de la barrière. Tout ça pourquoi ? parce qu'ils en ont le droit. Ils ont le fric, et surtout "rien à perdre". Ils sont complètement déshumanisés.

- En fait, si la forme épurée du roman nous montre cette jeunesse dorée désincarnée, ça m'a profondément ennuyée, et je sais que l'auteur le fait exprès (représenter l'ennui en suscitant l'ennui), je sais très bien qu'il écrit volontairement sous cette forme pour nous montrer la vacuité de l'existence de cette bande de petits cons. Mais je n'accroche pas du tout avec ça. J'ai envie de les secouer, de leur dire : "eh vous qui avez du fric, profitez-en pour faire des choses qui en valent vraiment la peine, plutôt que de vous droguer, boire et mater des films porno ! saisissez cette chance que vous avez de pouvoir voyager, faire des activités extraordinaires que le commun des mortels ne peut se payer". Pour moi, ils sont vides, ils sont creux et ils me dégoûtent. Pour eux rien n'a de valeur, même pas la vie, ou la virginité, ou le consentement. Cette narration mécanique les déshumanise totalement.Tout est sur le même plan, et ça se traduit dans cette forme d'écriture où tout est raconté de façon banale et simple.


Les éléments de ce roman sont donc : la jeunesse dorée, la drogue, l'alcool, le porno, la prostitution, le viol. En gros, des trucs peu recommandables. Le trash ne me fait pas peur dans un roman. Mais qu'un personnage passe son temps à se droguer ou chouine parce que ses mains tremblent à cause du manque, ça, ça m'enrage. Qu'il ne fasse rien et suive ses petits copains abrutis partout pour se donner l'impression de faire quelque chose, m'enrage tout autant.

Ce livre m'a énervée, j'ai eu envie de le déchirer, de le jeter par la fenêtre. Il me met dans un état de rage dans lequel je me retrouve rarement à la lecture d'un roman. Bref, un livre qui a du poids parce qu'il créé une émotion en moi, mais un roman sans rebondissement qui m'a ennuyée.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

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