mardi 29 août 2017

Moins que zéro, de Bret Easton Ellis

Quatrième de couv' : D’une fête à l’autre, en équilibre sur une ligne de coke, Clay et ses amis errent dans Los Angeles, suspendus au-dessus de l’abîme. Mais dans ce monde factice où règne l’alcool, le sexe et l’argent, difficile de se sentir en vie et de trouver un sens. Le premier roman vertigineux de Bret Easton Ellis dresse l’état des lieux glacial d’une jeunesse en perdition.

Mon avis : J'ai détesté cette lecture. Je me suis ennuyée pendant un paquet de temps, puis j'ai été intriguée, puis je me suis à nouveau ennuyée.

Je déteste les romans qui ne nous mènent nulle part, qui ne font pas évoluer le personnage principal. De plus je n'ai pas aimé le style de l'auteur et sa façon de décrire la vie de Clay, dans un style très épuré, sans qu'on ne puisse s'attacher au personnage ni à la ville (Los Angeles et Palm Springs) dans lequel le personnage se trouve. C'est un roman oppressant.

Voilà tout ce qui m'a agacée :
- Apparemment tous les garçons dans ce roman sont bronzés et surtout blonds, cheveux coupés courts. OK, donc il y a pas un seul brun ? Y'a pas d'autres modèles en stock dans le roman de BEE ?
Les meufs en revanche ne sont jamais décrites, ni par leur couleur de cheveux ni par aucun autre élément physique (comme si elles n'avaient aucune importance), excepté quand elles ont un problème lié au poids : elles sont soit grosse (et lamentable, seule. cf. la nana qui essaie de parler avec un barman), soit boulimique-anorexique (cf. Muriel). Glorieux comme façon de présenter les femmes.

- Ils se droguent tous, et si il y a bien une chose que je déteste dans la vie comme dans les romans, ce sont les camés. Pire ! Les camés fils à papa qui dilapident la thune de leur famille dans la drogue, et qui osent être blasés de leur vie et n'ont aucun autre centre d'intérêt que la drogue. Bordel j'ai tellement envie de les frapper !

- L'incommunicabilité préside : les personnages ne vont jamais au bout de leur conversation. Il y a toujours des non-dits, des secrets, ils arrêtent de parler parce qu'ils n'ont rien d'intéressant à se dire. Bref, les dialogues ne font pas du tout avancer l'histoire.

- Si les amis sont des mannequins de papier (pour moi ils n'ont aucune consistance, je suis incapable de les différencier), la famille est tout aussi peu présente.
Quand le personnage de Clay est chez lui, il évite ses soeurs (qu'il n'est pas capable de différencier... sympa...), il ne parle jamais avec sa mère, et quand il va au resto avec son père, il ne fait aucun effort pour s'entretenir avec lui. On pourrait penser que c'est parce que la famille est peu présente que Clay se drogue, mais en vérité, je pense surtout que Clay n'aime pas son entourage et qu'il s'est détaché d'eux très jeune car il ne les aimait pas. La drogue n'est pas une conséquence d'un abandon par sa famille, à mon avis. (En fait je trouve ça un peu facile de rejeter la faute sur les parents)

- D'ailleurs le roman est un concentré de frustration pour le lecteur : on ne connaît rien des émotions du personnage que l'on suit, il n'a aucune pensée, aucun sentiment. On ne sait pas pourquoi il se prend la tête avec Blair, quels sont ses liens avec ses "amis".

- Clay n'est pas capable de vivre sans ses "amis". Quand il sort, car il sort beaucoup, il cherche toujours où se trouvent ses "amis". Je le marque entre guillemets parce que je me demande franchement ce qui motive leur amitié. Ils ne partagent rien, pas de traits d'humour, pas de moments agréables, ils ne font que partager le même dealer, et des ragots.

- Ce roman est une accumulation de moments, et si on peut penser que le narrateur est trop drogué pour raconter la fin de ses journées, personnellement j'en ressens une très grande frustration, parce que ce contenu dont il est capable de se souvenir est totalement inintéressant : il raconte ce qu'il décide de faire de sa journée, où aller, qui voir. Mais il n'y a aucun intérêt pour le lecteur car il n'a pas accès aux désirs et aux pensées du personnage.

Vers la page 160, le roman commence enfin à avoir un rythme plus soutenu, on sort de l'ennui, parce que Clay participe à des scènes plus choquantes (suggérées plus que montrées). Bien qu'observateur, il découvre enfin ce que fait son ami Julian, mais il se laisse aussi entraîner dans des endroits peu recommandés, où ses potes font visiblement des trucs dégueulasses. Là on touche au trash, au glauque, au violent. La drogue semble effacer toute notion de bien et de mal. Clay a l'air d'avoir ralenti sa consommation, et il est le seul à comprendre que ses potes sont en train de passer du mauvais côté de la barrière. Tout ça pourquoi ? parce qu'ils en ont le droit. Ils ont le fric, et surtout "rien à perdre". Ils sont complètement déshumanisés.

- En fait, si la forme épurée du roman nous montre cette jeunesse dorée désincarnée, ça m'a profondément ennuyée, et je sais que l'auteur le fait exprès (représenter l'ennui en suscitant l'ennui), je sais très bien qu'il écrit volontairement sous cette forme pour nous montrer la vacuité de l'existence de cette bande de petits cons. Mais je n'accroche pas du tout avec ça. J'ai envie de les secouer, de leur dire : "eh vous qui avez du fric, profitez-en pour faire des choses qui en valent vraiment la peine, plutôt que de vous droguer, boire et mater des films porno ! saisissez cette chance que vous avez de pouvoir voyager, faire des activités extraordinaires que le commun des mortels ne peut se payer". Pour moi, ils sont vides, ils sont creux et ils me dégoûtent. Pour eux rien n'a de valeur, même pas la vie, ou la virginité, ou le consentement. Cette narration mécanique les déshumanise totalement.Tout est sur le même plan, et ça se traduit dans cette forme d'écriture où tout est raconté de façon banale et simple.


Les éléments de ce roman sont donc : la jeunesse dorée, la drogue, l'alcool, le porno, la prostitution, le viol. En gros, des trucs peu recommandables. Le trash ne me fait pas peur dans un roman. Mais qu'un personnage passe son temps à se droguer ou chouine parce que ses mains tremblent à cause du manque, ça, ça m'enrage. Qu'il ne fasse rien et suive ses petits copains abrutis partout pour se donner l'impression de faire quelque chose, m'enrage tout autant.

Ce livre m'a énervée, j'ai eu envie de le déchirer, de le jeter par la fenêtre. Il me met dans un état de rage dans lequel je me retrouve rarement à la lecture d'un roman. Bref, un livre qui a du poids parce qu'il créé une émotion en moi, mais un roman sans rebondissement qui m'a ennuyée.

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samedi 26 août 2017

La sorcière rousse, de Francis Scott Fitzgerald

Quatrième de couv' : Un amant éconduit a offert à la ravissante Evie Piper "un présent aussi dur, aussi beau, aussi vide, aussi transparent" qu'elle, une coupe en cristal taillé. Mais quelle étrange malédiction pèse sur cette coupe ?

Merlin Grainger, un libraire new-yorkais, est envoûté par une jeune femme "aux cheveux roux ombrés de violet" qui semble toujours surgir aux moments importants de sa vie pour semer le trouble. Qui est-elle vraiment ? Le fantôme d'une vie rêvée ?

Deux nouvelles tendres et désenchantées dans l'Amérique des années folles.


Mon avis : J'ai acheté cet ouvrage au début de l'été, sous prétexte que c'est Fitzgerald et que je n'ai toujours pas lu Tendre est la nuit, et que je n'ai pas tellement aimé Gatsby. Du coup je souhaitais lire autre chose de lui, voir si j'aimais bien, et quoi de mieux que des nouvelles pour ça ?
Et puis j'aime bien cette collection à 2€ qui permet de découvrir des textes moins connus d'auteurs très connus.
Attention, SPOILERS. Ne lisez pas cet avis si vous comptez lire ces nouvelles.

Ce recueil contient deux nouvelles, la première intitulée La coupe de cristal taillé, est celle que j'ai préférée. Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre en découvrant ces textes, mon avis n'était pas biaisé.
Les deux nouvelles contiennent des éléments fantastiques, et personnellement j'ai toujours du mal avec ça. Peut-être aussi parce que ce que j'attends de Fitzgerald c'est de me montrer les Années Folles.

La première nouvelle raconte l'histoire d'Evie, une femme qui choisit d'épouser un prétendant riche, qu'elle n'aime pas, plutôt que son amant désargenté. Ce dernier lui offre une coupe en cristal, qui va devenir pour elle une obsession. Evie vieillit, connaît de grandes tragédies, qu'elle attribue toujours aux pouvoirs surnaturels de cette coupe en cristal.
Cette nouvelle est assez fine, tout en subtilité. On oscille entre réalité et fantastique.
J'ai aussi bien aimé le personnage d'Evie, qui supporte un homme qu'elle n'aime pas, alors qu'elle fait son possible pour maintenir un semblant d'amour dans sa famille. Elle met aussi ses espoirs au placard, accepte sa condition.

La deuxième nouvelle veut nous présenter des éléments qui tiennent du fantastique, alors qu'il n'y a finalement rien de fantastique là-dedans, il s'agit simplement d'un homme à l'imagination très développée, qui est tombé amoureux d'une femme envoûtante. Elle le réveille dans le quotidien de sa vie, cependant jamais il ne prendra les devants pour changer.
Mon avis là-dessus c'est surtout qu'elle apparaît 3 fois dans sa vie, et chaque fois il est persuadé qu'elle existe pour le pousser à changer mais ce n'est pas le cas. Il l'idéalise totalement, ce qui le replonge par la suite dans la mélancolie. Elle fait sa vie de son côté, et lui aussi. D'ailleurs il n'a pas l'air si malheureux : il épouse sa collègue, parvient à obtenir une promotion, vit de sa passion et sera même le gérant de la librairie dont il héritera. Il aura un fils qui exercera un métier qui rapporte, bref pas de quoi se plaindre, pourtant plus notre imagination est étendue, moins on se satisfait de notre quotidien.
J'ai trouvé que la chute tombait à plat et était peu crédible. Le personnage a-t-il vécu dans une grotte durant plus de 30 ans pour ne pas reconnaître celle qu'il nomme Caroline ?
Il manque cruellement quelque chose dans cette nouvelle : un attachement au personnage ? de l'émotion ? Une ambiance ?
Je me suis sentie assez exclue de ce texte, comme si je le voyais sur un écran mais que je n'y prenais pas part.

Le point commun de ces nouvelles est avant tout ces personnages, homme comme femme, qui ont fait le choix de vivre un amour sans passion. Ils sont désabusés en se penchant sur leur passé. Ils s'inventent alors des histoires au bord du fantastique pour justifier ce qui leur arrive.
Il se dégage énormément de pessimisme de ces deux nouvelles.

En bref un recueil sympathique car bien écrit, mais pas indispensable.

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dimanche 20 août 2017

Macha ou l'évasion, de Jérôme Leroy

Quatrième de couv' : Le monde de la Douceur vient d’entrer dans sa quatrième génération. Dans la Douceur, il n’y a plus de téléphones portables, plus de pollution, la course au profit a disparu. Macha-des-Oyats, qui a cent sept ans, est née au tout début du 21e siècle. Elle est l’une des dernières personnes à avoir connu le monde de la Fin. Alors, pour les jeunes qui le lui demandent, Macha accepte de raconter : sa jeunesse, cette époque ultraviolente, sa fuite vers un idéal…

Mon avis : Je ne vais pas écrire une critique très aboutie pour ce roman, parce que je l'ai commencé en mai, et l'ai fini seulement aujourd'hui. En fait, c'était un SP de la librairie où je bossais avant, que j'avais exceptionnellement gardé, après l'avoir emprunté en octobre dernier... Et au printemps je l'ai embarqué dans ma voiture, je ne le lisais que quand j'allais à la plage et comme l'été n'a pas été des plus ensoleillés et que j'ai souvent eu la flemme de finir dans les bouchons pour passer juste une heure là-bas, je n'ai pas beaucoup avancé dans ce roman. Mes souvenirs en sont donc assez partiels.

Nous sommes dans un roman d'anticipation, en 2100. Macha a 107 ans, elle est née en 1993 et a connu beaucoup de périodes qui ont marqué l'Histoire au cours de sa vie. Un jour, des jeunes gens vont lui demander de raconter comment elle a vécu les années avant le monde de la Douceur.

Malheureusement j'ai peu de souvenirs du début du livre, et donc du monde de la Douceur. Je ne sais pas si c'est parce que l'auteur a peu développé cet aspect ou si c'est juste moi qui ai oublié.
En revanche là où le roman est intéressant, c'est quand Macha raconte ses 17 ans : à cette époque elle vivait à Nantes, dans une famille très bourgeoise, de droite, voire d'extrême-droite. Elle allait dans un lycée privé, payé par son beau-père, tandis que sa mère dépérissait à la maison.

L'auteur a décidé d'ancrer ses personnages dans une époque que nous connaissons et que nous vivons : il évoque les attentats, les émeutes dans les banlieues, la "vidéoprotection", le fichage grâce à l'ADN, les ZAD (comme celle de Notre Dame des Landes). Il met un coup de projecteur sur des situations que nous connaissons : doit-on délaisser notre liberté au profit de la sécurité intérieure ?

Macha raconte donc son histoire : sa relation avec Karim, le lycée, sa mère dépressive, son beau-père qui est un vrai con, et puis plus tard la Résidence et sa fugue.
J'ai bien aimé Macha, c'est un personnage téméraire, fort, elle se lance vraiment dans le grand bain pour comprendre le monde qui l'entoure.

Le style est simple et l'histoire fluide, avec quelques retours dans le présent (qui même si ils sont rares, m'ont agacée car une fois plongée dans le passé d'un personnage j'aime y rester jusqu'au bout).

Le seul défaut que je trouve à ce livre c'est qu'on n'en sache pas plus sur la façon dont le monde de la Fin a pu passer au monde de la Douceur, parce que clairement c'était pas vraiment parti pour...
Peut-être y'aura-t-il un deuxième tome pour nous l'expliquer, avec le témoignage d'un autre personnage ?

J'ai lu sur Babelio quelques critiques qui parlaient du manque de crédibilité. Personnellement ça ne m'a pas choquée, je me suis plongée dans le roman sans remettre en question le fait que notre époque n'est pas encore prête pour un retour à la nature, sans portable, ordinateurs, usines, voitures et compagnie... D'autres parlent du cliché que représente la famille bourgeoise et raciste de Macha, effectivement c'est un point qu'on peut soulever, mais c'est un parti pris de l'auteur et bien que je n'aime pas trop les clichés, je crois qu'il a voulu montrer qu'il existe encore des familles rétrogrades et qu'elles ont plus d'influence sur notre société qu'on veut bien le croire (il n'y a qu'à voir aux USA comment ça se passe en ce moment...)

En tout cas c'est un roman qui devrait être conseillé aux élèves de collège (vers 14-15 ans) et aux lycéens, histoire de remuer un peu leur conscience de l'époque dans laquelle nous vivons actuellement.
C'est une utopie, et pas un monde dystopique comme on a l'habitude de le voir dans la littérature pour adolescents.

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jeudi 17 août 2017

Révélée, de Renee Knight

Quatrième de couv' : Catherine ne sait plus comment ce livre lui est parvenu, mais depuis qu’elle l’a commencé, elle ne dort plus. Angoissée, obsédée par cette lecture, elle ne parvient pourtant pas à la terminer, terrifiée par ce que la fin pourrait révéler. Car le personnage de ce livre, c’est elle. Elle en est convaincue. Et l’auteur, E.J Preston, y expose un secret qu’aucune personne vivante n’est censée connaître.

« Un superbe premier roman » The Times

« Un futur grand nom du thriller » Telegraph

« Un suspense psychologique exceptionnel…exactement ce qu’un grand thriller doit être. » Lee Child


Mon avis : J'avais acheté ce roman sur un coup de tête l'an dernier, parce que le résumé m'intriguait beaucoup.
Comme j'avais envie de rester dans les lectures addictives que sont les polars, j'ai pris celui-ci dans ma PAL.

Je ne serais pas aussi élogieuse que les critiques qui ont été faites sur ce roman, parce que je suis assez mitigée.

Catherine est une femme d'une cinquantaine d'années, journaliste d'investigation, mère d'un garçon de 25 ans, femme d'un avocat londonien. Un jour, elle reçoit un livre qui raconte son histoire, du moins qui raconte un passage de sa vie, qu'elle a toujours gardé caché. Elle se demande qui a bien pu écrire un tel roman. En tant que lecteur, nous le découvrons assez vite... Bien que le début du roman soit assez flou car les choses mettent du temps à se mettre en place, une fois qu'on a compris que nous suivons d'un côté Catherine en narration à la 3è personne, et un vieil homme, Stephen, en narration à la 1è personne, à différents moments, le récit parait plus fluide.

Cependant, au départ on prend un chemin (la pédophilie) qui n'est pas du tout expliqué ni exploité par la suite, et je n'ai pas compris pourquoi on nous le présentait. Pour brouiller les pistes peut-être ?
L'histoire est par moment très prenante et à d'autres s'étire en longueur. Le roman manque de rythme, surtout vers la fin, qui est beaucoup trop longue : je croyais qu'il y aurait un dernier retournement de situation dans les 20 dernières pages, mais c'était plutôt un long épilogue.

Je pense qu'il y a un manque de crédibilité dans cette histoire, je ne saurais pas dire quel élément du livre déclenche ce sentiment chez moi... Peut-être le manuscrit retrouvé par Stephen et sur lequel toute l'histoire se base ?

Le roman est plutôt fluide, on ne se perd pas en détails inutiles et on connaît les émotions de chaque personnage. Chacun nous propose une version de l'histoire dans une succession de points de vue. Pendant une grande partie du roman on navigue entre Stephen et Catherine, nous plongeant dans la confusion, jusqu'au dénouement. L'autrice balaye alors nos certitudes.
Personnellement je ne me suis pas trop investie, je sentais que chaque personnage avait quelque chose de dérangeant en lui, du coup je ne me sentais pas de prendre parti pour l'un ou l'autre. Malheureusement ces retournements de situation ne m'ont pas surprise au point d'en avoir la mâchoire qui se décroche !

J'ai bien aimé que ce secret fasse l'effet d'une tempête dans la vie des personnages. Si le cacher a demandé beaucoup de courage à Catherine, sa révélation va lui en demander encore plus.
Au delà du polar, c'est un roman qui nous montre qu'il est difficile de connaître l'autre, qu'il soit notre enfant, notre femme ou mari. Nos points de vue sont toujours influencés par notre vécu, les projections qu'on a sur une personne de notre entourage. Finalement ce roman montre la complexité des relations entre humains, et les conséquences que peuvent avoir les mensonges, sur une famille.

En bref, un thriller qui se voulait très prometteur mais qui ne m'a pas conquise à cause de la forme. Mais une "morale" intéressante.

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lundi 14 août 2017

Scène de crime virtuelle, de Peter May

Quatrième de couv' : Orange County, Californie. Michael Kapinsky a dû reprendre son travail de photographe pour la police scientifique. Veuf depuis quelques mois, il est criblé de dettes. Sur l'ordinateur d'un homme qu'on vient d'exécuter de trois balles, il remarque un curieux logo. Celui d'un univers virtuel où l'on peut échapper à ses soucis, tout recommencer sous un autre nom, choisir son apparence, tisser de nouveaux liens. Lorsqu'il se laisse tenter et rejoint à son tour ce monde idéal, Michael n'imagine pas le piège qui se referme sur lui. Car, si l'on y croise des créatures de rêve, on y retrouve aussi ses pires cauchemars, dont certains semblent connaître le passage vers la vie réelle...

Peter May, qui s'est fait détective sur Second Life pour écrire ce roman, élabore un vertigineux labyrinthe où nul n'est plus redoutable que celui que l'on croyait connaître.

Mon avis : J'ai acheté ce roman en septembre 2015, parce que l'intrigue m'avait plu. Mais je l'ai rangé sur mes étagères sans le lire, comme beaucoup d'ouvrages cet été-là.
Là, je me suis imposée une PAL pour le mois d'Août, suivant une sélection qui vous serait bien obscure, mais qui me plait et me rassure.
Depuis plusieurs mois je ne suis plus tellement branchée par les polars ou par les thrillers, du coup mon choix se porte rarement vers ces romans ces derniers temps.
Pourtant j'en ai mis 2 dans ma PAL d'Août, et après avoir mis un peu de temps à lire Tout peut arriver, j'ai eu envie d'une lecture qui me passionnerait. Je ne m'attendais pas du tout à ce que ce soit le cas avec Scène de crime virtuelle.

Ce roman est l'histoire de Michael, qui a perdu sa femme Mora quelques mois plus tôt. De plus il est pris à la gorge par d'importants problèmes financiers que lui a laissés Mora. Si il vit dans une magnifique maison en Californie, la réalité est toute autre : il doit à tout prix la vendre pour un montant de 3 millions de dollars minimum afin de rembourser ses dettes à la banque. Après avoir fait le tour du monde (ou presque) avec Mora et l'avoir vu mourir en moins de 10 jours, puis s'être renfermé sur lui-même pendant 6 mois, il reprend le travail pour se changer les idées mais aussi pour pouvoir vivre correctement. Michael est photographe pour la police scientifique, il voit donc des scènes de crime régulièrement, pas le meilleur moyen pour reprendre pied...
Il suit une thérapie, où il discute de sa difficulté à faire le deuil de Mora, mais pris par ses problèmes d'argent il préfère arrêter, jusqu'à ce que sa thérapeute lui propose de suivre la thérapie d'une façon originale : en groupe virtuellement sur le jeu Second Life. Elle lui installe le logiciel et l'invite à lui communiquer le nom de son avatar.

J'ai eu un peu de mal à rentrer dans le monde virtuel de Second Life, tout y est décrit avec précision : les lieux, les personnages, les actions de ceux-ci, mais c'est surtout le fonctionnement du jeu qui a eu du mal à me convaincre. Dans ce jeu, on s'invente un personnage, qui va travailler et gagner des sous. Si c'est dans un jeu, pourquoi le personnage s'emmerde à aller bosser ? C'est pas un peu absurde ? Bon, le personnage de Michael se nomme Chas et découvre très vite le monde de Second Life aux côtés de Twist, l'avatar de Janey, sa meilleure amie IRL.

J'ai été assez choquée que le jeu mette autant en avant le sexe. Les joueurs de Second Life passent leur temps à ça, et on sent que c'est un univers très décomplexé, sans limite ni tabou : les personnages du jeu ont de multiples choix pour faire l'amour, se munir de pénis de tailles différentes, vivre une relation échangiste, bref le sexe virtuel est extrêmement présent et représenté dans ce roman.

J'ai ressenti de l'ennui par moments, quand le personnage du jeu n'entre pas en interaction avec d'autres personnages, et ça m'a fait repenser à cet ennui que je pouvais éprouver en jouant à des jeux vidéos quand j'étais ado, ces moments où il ne se passe rien pour le personnage, pas de rebondissements, pas de rencontres et c'est là qu'on lâche la partie.
Mais je me suis accrochée à ma lecture, qui alterne entre monde réel et virtuel, et à partir de la 160è page j'ai ressenti un brusque changement : j'avais envie de savoir la suite. Il y a des rebondissements qui mêlent le réel et le virtuel, c'est finalement un milieu assez inattendu et original, dans lequel on enquête, en suivant Michael/Chas. J'étais vraiment à fond avec lui, on sent la différence quand il vit dans le jeu en tant que Chas et quand il revient à la vie réelle, qui demande plus de temps.

A mon avis Michael est un personnage très banal au départ, il n'a rien de spécial, il est dépressif, mais le fait de jouer à Second Life va lui redonner du courage et une vraie volonté de vivre alors qu'il pourrait baisser les bras face à tous ses problèmes. C'est quelqu'un qui s'adapte très vite, notamment au fonctionnement du jeu. Il est intelligent et ça se ressent dans le monde réel quand il comprend les pièges qu'on lui a tendus. Je l'ai bien aimé, il est intéressant.

J'avais vu juste dès le départ par rapport au meurtrier de l'histoire mais ça n'a pas été un problème parce que Peter May introduit pas mal de rebondissements et nous fait suspecter d'autres personnages tout au long du roman.

C'est aussi une découverte totale de l'auteur : Peter May est très connu pour sa Trilogie écossaise, et je serais curieuse de la découvrir. J'ai bien aimé son style, son ton.

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samedi 12 août 2017

Tout peut arriver, de Jonathan Tropper

Quatrième de couv' : Zach mène la belle vie. Trentenaire fiancé à une femme superbe, il habite un immense appart dans l’Upper West Side. Jusqu’à « ce jour où rien ne va plus ». Manhattan est réveillé par une secousse et Zach par un inquiétant problème de santé. Et puis il y a son père, de retour après sept ans d’absence. Pourtant il devrait savoir d’expérience que tout peut arriver !

« Subtilité des personnages, drôlerie des situations, que demander de plus ? » Brigitte Hernandez, Le Point

Mon avis : Je ne m'attendais pas à grand chose avec ce roman, je l'ai acheté en octobre 2015, sur un coup de tête, juste parce que j'avais déjà lu un livre de l'auteur et que j'avais plutôt bien aimé l'ambiance générale du roman.

Ici, le point de départ me plaisait pas mal : un élément perturbateur est le déclencheur de changements dans la vie d'un personnage.
Zach a 32 ans, et un matin il trouve du sang dans son urine. Alarmant, n'est-ce pas ? Il consulte très vite, cependant les résultats ne lui seront communiqués qu'à la fin de la semaine.
Durant cette semaine interminable vont avoir lieu de nombreux événements. L'un prévu de longue date : ses fiançailles officielles avec sa petite amie, une femme superbe, riche et belle, qu'il croit aimer. Cependant on s'aperçoit vite qu'il y a une autre femme dans sa vie. Perdu, Zach s'interdit de l'aimer pour diverses raisons hautement morales.
Zach a un job de merde, il en convient lui-même, cadre dans une grande société, il explique être "intermédiaire" entre diverses entreprises. Son téléphone sonne constamment et cette pression le bouffe. L'un de ses collègues a fait un burn-out et Zach se sent prendre le même chemin.
Se savoir à 32 ans peut-être porteur d'une maladie comme un cancer le terrorise et lui fait prendre un autre chemin que celui qui était "prévu" pour lui.
Une autre contradiction s'ajoute à cette semaine déjà bien compliquée : le retour de son père, infidèle mis à la porte par sa mère il y a 20 ans, Zach et ses 2 frères ont grandi sans lui et lui vouent une haine plus ou moins grande. Pourtant l'arrivée de ce père dans leur vie va bouleverser bien des choses, peut-être plus qu'une potentielle maladie.

J'ai bien aimé le roman, l'idée de base, et la mise en forme, qui est très cinématographique. Je l'imagine bien adapté en film, et d'ailleurs je prendrais sûrement plus de plaisir à voir un tel film qu'à lire ce roman.

Par contre, bien que les personnages soient suffisamment détaillés, autant dans leur aspect physique (même parfois leur odeur nous est contée) que dans leurs passés et émotions, je n'ai pas du tout accroché avec eux. Ils sont parfois loufoques, mais aussi banals. J'ai eu du mal à savoir où placer le curseur de folie avec eux... L'auteur voulait peut-être qu'on puisse s'identifier facilement à eux, mais ça n'a pas été le cas pour moi. Ils sont peut-être trop lisses finalement ?

J'ai mis la moyenne à ce roman, parce qu'il n'est pas mauvais, il est plutôt bon au niveau de l'écriture, mais il ne m'a pas vraiment embarquée. Dommage.

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mardi 1 août 2017

Le silence de la mer, Vercors

Quatrième de couv' : Vercors (Jean Bruller). Né à Paris en 1902. Renonce à une carrière d'ingénieur pour se consacrer au dessin. Publie des albums satiriques et des estampes sous le titre de Relevés Trimestriels, et illustre des ouvrages de bibliophilie.
Pendant l'occupation participe à la Résistance, écrit sous le nom de Vercors, Le Silence de la mer et La Marche à l'Etoile, et fonde Les Editions de Minuit clandestines. Poursuit après la Libération sa carrière d'illustrateur et d'écrivain avec des essais et des romans (Les Armes de la nuit, Plus ou Moins Hommes, Les Animaux Dénaturés, etc...)

Quand, au cours de l'été 1941, l'auteur clandestin du Silence de la Mer entreprit ce récit dans le secret, pensait-il écrire autre chose qu'une oeuvre de circonstance ? S'il pouvait bien imaginer que, jaillissant de la France occupée par l'ennemi, opprimée par la tyrannie policière de Vichy, cette oeuvre provoquerait, à l'étranger plus encore que sur son sol même, une surprise et un soulagement, peut-être une fierté, pouvait-il supposer qu'elle serait universellement tenue pour une oeuvre littéraire de première valeur, qu'elle serait traduite en vingt-cinq langues, et que dans les années qui suivraient la guerre et dans les seules éditions en langue française, elle serait tirée à plus d'un million d'exemplaires ?

Oeuvre de circonstance pourtant - puisque, écrite dans les premiers mois de l'occupation, à une époque où grande encore était, même pour des esprits avertis, la tentation de s'entendre avec un vainqueur au gant de velours, elle avait un but parfaitement précis : montrer aux hésitants que le meilleur des allemands possibles était lui-même une dupe ou une victime.
Si Le Silence de la mer a glorieusement survécu aux événements qui l'avaient rendu nécessaire, c'est sans doute qu'à travers la circonstance passagère, éphémère, l'auteur a su atteindre et réunir les qualités qui donnent à un sujet semblable sa valeur permanente : la pureté du style, la force de l'expression et le sentiment profond du pathétique, de l'émotion poignante qui a de tous temps accompagné un thème éternel - de Tristan et Yseult au Cid et à Andromaque : l'amour entre ennemis.

Mon avis : Jusqu'à 2012, mon année à l'IUT Métiers du Livre, je n'avais jamais entendu parler de Vercors, et son livre Le silence de la mer. Comme souvent à l'IUT, l'un des professeurs nous a recommandé chaudement de le lire.
Par la suite, j'ai souvent hésité à l'acheter en neuf, puis dernièrement j'ai été chez une bouquiniste, à qui j'ai revendu des livres, me faisant un bon d'achat en échange. Je suis tombée sur Le silence de la mer, dans une ancienne édition de poche à 90 cents. J'allais pas fermer les yeux sur une offre pareille !

Comment vous parler de ce livre ? C'est un recueil de nouvelles.

Le silence de la mer
C'est une claque littéraire. Chaque phrase est magnifiquement portée par une histoire lourde de silence, mais aussi d'adoration. C'est tellement bien écrit, on sent que chaque mot a son importance, possède une résonance quelques lignes plus loin. Il y a toute une symbolique. Et j'aurais tellement aimé l'étudier en cours de français au lycée !

L'histoire se déroule pendant la seconde guerre mondiale en France. Un soldat allemand doit loger chez une famille française, contrainte de l'accueillir. Tenue de lui offrir le gîte mais pas de converser... L'oncle et sa nièce décident par un "accord tacite" de ne jamais lui adresser la parole. Le soldat, peu gêné par ce silence qui marque leur désapprobation, va quant à lui leur parler tous les soirs, au coin du feu, leur raconter sa vie, mais surtout ses espoirs et son amour pour la France.

Cette nouvelle est très courte, mais sublime. Ça me fait penser aux récits introspectifs, plein de désillusion qu'on retrouve dans l'oeuvre de Stefan Zweig. C'est un huis clos véritablement dramatique que l'homme, comme l'Histoire, vont créer.

Citation :
"Le succès est peu de chose, auprès d'une conscience en repos" p.51 (j'ai une vieille édition donc la page ne sera certainement pas la même dans la nouvelle)


Je ne vais pas trop parler des autres nouvelles de ce livre, car elles ont eu moins d'impact sur moi.
Ce jour-là parle de la Résistance.
Le songe raconte atrocement les camps de la mort. (à en pleurer, une horreur)
L'impuissance est une nouvelle plus complexe à résumer... Que vaut l'Art quand l'Homme torture ses congénères ?
Le Cheval et la mort est très courte, a un ton plus humoristique, mais noir.
L'Imprimerie de Verdun parle ce qu'on doit faire au point de vue moral, quand on travaille avec un employé Juif, pendant la seconde guerre mondiale.

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