jeudi 29 juin 2017

e=mc2 mon amour, de Patrick Cauvin

Quatrième de couv' : « Lui un peu voyou, elle un peu bêcheuse, ces deux bambins qui totalisent moins de vingt-trois printemps vont se rencontrer, se flairer, se reconnaître et vivre dans l'incompréhension générale ce qu'il est légitime d'appeler un grand amour.
J'aime dans le roman de Patrick Cauvin - outre toutes les qualités de fraîcheur, de légèreté, d'invention qu'il faut pour faire l'enfant sans faire la bête - j'aime ce qu'il dit sans avoir l'air d'y toucher et qui va beaucoup plus loin que son joli récit. »
François Nourissier.


Mon avis : Trouvé dans la bibliothèque familiale, carrément jauni, j'ai sorti ce livre dont le titre m'intriguait depuis des années. Assez court, il se dévore rapidement.

Ce roman raconte l'histoire d'amour entre deux pré-ado, à l'époque où il n'existait ni téléphone portable ni internet.
Ils se rencontrent lors de vacances dans une ville thermale. Heureusement pour eux, ils pourront continuer à se voir à la rentrée puisqu'ils vivent tous deux non loin de la capitale, dans le 16è pour l'une, à La Garenne pour l'autre.
Ils ont 11 ans, sont surdoués, et sont tombés amoureux l'un de l'autre au premier regard.
Lui grand amateur de cinéma américain, connaît tous les acteurs et actrices hollywoodiens qui le font sortir de son quotidien de misère, ses parents n'étant pas très riches.
Quant à elle, c'est une jeune fille surdouée, d'origine américaine, passionnée par Racine, et dont le père dirige une grande entreprise.
Ces deux-là, c'est un peu Roméo et Juliette... mais plus jeunes et moins emmerdés par leurs familles respectives ! Leur rencontre improbable, leur ressemblance, renforce l'idée qu'ils sont faits l'un pour l'autre.

Daniel et Lauren ont cette chance de pouvoir se balader à Paris comme ils le veulent, bien souvent en racontant des mensonges à leurs parents. Mais ils s'occupent, se baladent, se font quelques bisous cachés derrière les buissons, et décident d'écrire un roman qui sera forcément le prochain Goncourt !

Le style est intéressant, quand c'est Daniel qui raconte l'histoire, on pense à Salinger et à son personnage très franc Holden Caulfield. Quand c'est Lauren qui parle, le ton est un peu plus distingué puis Daniel déteint sur elle et elle commence à élargir son vocabulaire à l'argot parisien.
L'alternance des points de vue allège aussi le récit, et permet des ellipses narratives, ce qui est nécessaire, puisqu'on s'ennuierait vite de ne lire que leurs escapades secrètes dans Paris.

J'ai bien aimé, car c'est simple, c'est frais et agréable à lire. Ils sont pétris d'envies et de bons sentiments. On éprouve beaucoup de tendresse pour ces deux enfants qui se sentent différents des autres, qui ont une certaine maturité, mais aussi besoin de s'amuser, de vivre la vie à fond.
Bref, je suis satisfaite de cette lecture, bien qu'il y ait quelques bémols à apporter (notamment les multiples références cinématographiques qui me sont inconnues et quelques expressions un peu datées... "Bingo !")

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samedi 24 juin 2017

La confusion des sentiments, de Stefan Zweig

Quatrième de couv' : Au soir de sa vie, un vieux professeur se souvient de l’aventure qui, plus que les honneurs et la réussite de sa carrière, a marqué sa vie.
A dix-neuf ans, il a été fasciné par la personnalité d’un de ses professeurs ; l’admiration et la recherche inconsciente d’un Père font alors naître en lui un sentiment mêlé d’idolâtrie, de soumission et d’un amour presque morbide.
Freud a salué la finesse et la vérité avec lesquelles l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs restituait le trouble d’une passion et le malaise qu’elle engendre chez celui qui en est l’objet.
Paru en 1927, ce récit bref et profond connut un succès fulgurant, en raison de la nouveauté audacieuse du sujet. Il demeure assurément l’un des chefs-d’œuvre du grand écrivain autrichien.

Mon avis : J'ai placé la barre assez haute avec les oeuvres de Zweig. J'avais été conquise par Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, et je l'avais découvert avec Lettre d'une inconnue, que je relirais bien.

Celui-ci m'a moins plu. Je lui mets la moyenne, mais l'histoire est un peu trop dense et prévisible, le style est trop ampoulé pour que j'apprécie ce texte. Je me suis un peu ennuyée à la lecture.

Zweig dissèque une fois encore les sentiments humains. Il sonde le coeur des hommes, évoque leur difficulté à s'assumer.

La dépendance affective qui est décrite m'a laissée sceptique : l'adoration qu'éprouve le jeune homme pour son maître est sans bornes et je trouve ça très particulier. Peut-être qu'aujourd'hui, nous sommes moins proches de nos professeurs que nos ancêtres, mais je ne sais pas, j'ai trouvé que cette intimité, cette relation étroite était dérangeante : ils vivent sous le même toit, partagent tous les repas, passent une heure par jour à discuter de textes.
Le jeune homme, Roland, a tant besoin de la validation de son maître, c'en est très dérangeant et j'imagine qu'il y a une complexité déjà présente au coeur de ce jeune homme. Il est très enflammé, très ardent, et a besoin d'intensité dans son quotidien. Son maître a lui aussi des moments d'intensité, notamment quand il parle de textes de Shakespeare, mais en dehors de ces moments où il se révèle comme un personnage digne d'intérêt, il est acariâtre, colérique et méchant avec son disciple. Ce caractère fluctuant est tout de même expliqué à la fin du roman, quand le secret de celui-ci sera révélé. (En revanche je ne sais pas si ça justifie vraiment le fait d'être si colérique...)

Je pense que ce qui n'a pas su me toucher c'est qu'il s'agit d'une histoire d'hommes, qui se déroule 100 ans plus tôt, difficile pour moi de m'identifier, surtout que le contexte est finalement peu décrit (les interdits et les humiliations de l'époque sont finalement peu expliqués).
Il y a aussi peu d'action et quelques longueurs, les passages avec la femme du maître, surtout la sortie au lac, ne sont pas vraiment nécessaires. D'ailleurs Zweig m'a paru assez misogyne, la femme est constamment laissée à la porte du bureau, elle n'a pas accès aux heures d'études des deux hommes et elle a le rôle de la tentatrice un peu sévère, à cause de qui la relation va profondément changer entre les deux hommes, qui trouveront alors le moment de s'expliquer.

En bref, un roman très bien écrit, mais qui ne m'a pas touchée. Mais je sais que Zweig est un très bon auteur et qu'une autre de ses histoires parviendra à plus me toucher ou me surprendre.


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mercredi 21 juin 2017

Charlotte, de David Foenkinos

Quatrième de couv' : Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C'est toute ma vie.»
Portrait saisissant d'une femme exceptionnelle, évocation d'un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d'une quête. Celle d'un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

Mon avis : Je me demande encore d'où vient tout cet engouement pour ce livre.
Je n'ai pas été convaincue, ni bouleversée.
J'ai même été assez agacée par l'auteur, qui a besoin de s'introduire au milieu de son histoire. Foenkinos raconte la vie de Charlotte Salomon, il évoque sa famille dysfonctionnelle, hantée par différents suicides, il raconte dans quelle ambiance elle a grandi, qui est son père, sa belle-mère, quelles ont été ses passions, puis enfin l'influence de la guerre sur son quotidien.
Et au milieu de tout ça, il s'incruste pour dire "alors j'ai été là, où a vécu Charlotte, j'ai frappé à la porte pour voir", il se met en avant, comme si sa fascination pour Charlotte l'autorisait à interrompre son récit. J'aurais préféré que tous ces apartés soient en préface ou en postface, mais pas au milieu du texte. A mon avis il ne devrait pas entrer dans le passé pour se mettre en avant, voilà.

Ensuite, le style n'a rien de bien folichon : il utilise la prose sous prétexte qu'il ne savait pas comment raconter l'histoire de Charlotte autrement. Mais bon, c'est simple, ça se lit vite.
C'est assez peu poignant je trouve, mais ça doit dépendre de la sensibilité de chacun. Pour moi je n'y ai trouvé aucune ambiance, aucun ton particulier, qui le différencierait d'autres romans.

Je trouve ça bien de mettre en lumière des artistes qui ont disparu durant la guerre. Mais je n'ai pas aimé la forme de ce roman, ni le fait qu'il parle si peu de l'oeuvre de l'artiste. (D'où peut-être l'édition spéciale avec les peintures de Charlotte Salomon).

Ensuite je dois avouer que je ne comprends pas son obsession pour les lieux ou les objets qui ont été en rapport avec ses sujets de fascination. Est-ce que c'est pour justifier ses déplacements ?! Pour nous faire croire qu'il y a un vrai travail de recherches derrière ce texte ?

Ce roman est une déception. Il manque de profondeur et Foenkinos peine à me faire ressentir des émotions, probablement à cause de ses interventions incessantes dans le récit.

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mardi 20 juin 2017

Natural Enemies, Julius Horwitz

Quatrième de couv' : « Tous les hommes songent un jour ou l’autre à tuer leur famille. Certains le font. Les uns par vengeance. Les autres parce qu’ils n’ont pas le choix. »

Éditeur à succès, Paul Steward étouffe dans sa vie en apparence parfaite. Il a décidé que ce soir, en rentrant chez lui, il tuerait sa femme Miriam et leurs enfants, avant de se suicider. Ceci est le récit, heure par heure, de cette dernière journée...

Mon avis : J'ai acheté ce livre en octobre 2013. Il traînait dans ma PAL depuis tout ce temps ! J'avais pourtant été super intriguée par le résumé, et puis je l'ai oublié jusqu'à dimanche dernier, où je me suis décidé à le sortir. Bien qu'il ne soit pas très long (environ 300 pages), j'ai mis du temps à le lire, parce qu'il est plutôt dense, entre réflexions sur l'existence, dialogues entre personnages (qui se transforment souvent en monologues) et description d'un quotidien, il y a beaucoup à assimiler !

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Natural Enemies n'est pas un roman policier, il s'agit d'un drame, se déroulant sur une seule journée (dans les années 70) dans un New York flippant, où même prendre un ascenseur avec un inconnu n'est pas recommandé. Il a été publié aux Etats-Unis en 1975, 30 ans après la destruction des camps d'extermination et pas loin de la fin de la guerre du Vietnam.


Ce roman retrace une journée, celle où Paul compte tuer sa famille, mais avant de (peut-être) procéder à ces meurtres, il va vivre son quotidien comme d'habitude.
Il a une journée chargée : 2h de train pour quitter Danbury dans le Connecticut pour arriver à New York, où se trouve le siège de son magazine. Il dirige le Scientific Man, une revue, qu'il a créée.
Il va rencontrer l'un des premiers hommes à avoir marché sur la lune, et ce témoignage est poignant : "je n'avais pas peur de la mort mais de la solitude dans ce vide {...} J'étais là où personne n'avait jamais posé le pied et où, probablement, aucune vie n'avait jamais existé." (p.74-75) et malgré tout, Paul refuse de publier un article de cet homme dans sa revue. Il voit son ami, Rosenthal, qui a survécu aux camps d'extermination et celui-ci devine assez vite les intentions de Paul.
Puis il saute le repas pour prendre du plaisir avec 5 femmes, mais même ce moment est un prétexte à parler, à affiner sa réflexion autour de sa volonté de quitter la vie. Cette scène est très imagée, autant dans le présent de narration (scène très crue de sexe), que dans les souvenirs que livre Paul aux prostituées.
Il retourne au boulot, où il voit un autre de ses amis, qui lui aussi devine ses intentions et tente de l'en empêcher. Vers 16h, il est temps pour lui de retrouver Rosenthal pour prendre un verre, avant de prendre son train. Son train restera immobilisé durant 2h dans les tunnels new-yorkais. Là il fera une rencontre étonnante. Et enfin il rentrera tard chez lui, où toute sa famille l'attend.

Mais Paul Steward n'a qu'une idée en tête : tuer sa famille et se suicider. Depuis des semaines il est obsédé par ces pères de famille qui anéantissent leur entourage. Il en parle avec sa femme chaque fois qu'il tombe sur un article de journal relatant un tel fait divers. Elle se pose évidemment des questions sur cette obsession morbide.
Dépressive, elle constitue un poids pour Paul, qui n'a jamais su comment réagir afin d'aider sa femme à se sortir de cette maladie. Aucun n'aura su parler à l'autre de son mal-être dans leur relation.
Leur vie est en apparence parfaite : Paul a un boulot solide, il est son propre patron, décide si il publie un article ou non, est marié à une femme certes dépressive mais qui s'occupe de tout à la maison, a 3 enfants charmants qui ne font pas vraiment de vagues. Pourtant Paul est un étranger dans sa famille, dans sa vie, et ce fossé s'est creusé au fil des années.

Tout au long de cette journée à l'ambiance étouffante, nous espérons qu'une rencontre le fera changer d'avis. Et peut-être cela arrive-t-il...
Jusqu'à la dernière page, nous sommes tenus en haleine. Mais au-delà de l'intensité de ce suspense, c'est un roman dérangeant par ce qu'il dit de notre rapport à l'existence.
C'est un ouvrage qui pousse à la réflexion, un roman psychologique qui analyse une société déjà en manque de repères.

J'ai personnellement été plus touchée par ce que l'auteur veut nous dire de l'existence, que par les personnages de ce roman, et je comprends la déception de certains à la lecture de ce roman. C'est un roman noir par la philosophie de vie qu'il apporte.


Un tas de citations m'a touchée, et j'aimerais relire ce livre dans quelques années pour voir ce que j'en pense alors :

"Ma femme est possédée par la terreur d'être vivante." (p.46)

"Imaginer que peut-être notre raison de vivre nous échappe" (p.77)

"Je pense que le suicide solitaire découle de l'incapacité de vivre dans les conditions que la vie nous impose." (p.179)

"Les tueries massives sont plus compliquées. Nous ne savons rien d'elles. La motivation peut être n'importe quoi, depuis un coup de tête, jusqu'au désir de mettre fin à la souffrance réelle ou illusoire à laquelle un père imagine que sa famille doit faire face." (p.179)

"{...} la crainte que j'ai de ce genre d'hommes qui dirigent le monde aujourd'hui et qui semblent si peu à la hauteur de leurs tâches. Tout ça, ça s'additionne en une sensation agaçante d'impuissance que je ne devrais pas ressentir, mais que je ressens, et je ne peux m'ôter de la tête l'impression que des hommes beaucoup plus stupides que moi prennent des décisions que je ne peux supporter, et c'est à ce moment-là que mourir me semble plus souhaitable que vivre." (p.179)

"Nous vivons dans un siècle à la gloire de la mort. Nous avons suivi avec une conviction désespérée une vieille tradition qui dit que la mort est une solution à la vie. {...} Tu ne sauves pas les gens en les tuant." (p.181)

"Occupe-toi des questions globales, de sorte que les bribes et les morceaux de ton existence ne te semblent plus aussi fichtrement importants. Nous divaguons tous avec ce sens que nous avons de notre propre importance. C'est notre pire héritage du passé." (p.182)

"Personne, jusqu'à la fin des temps, ne saura jamais pourquoi nous sommes sur Terre." (p.233)

"Mais que supprimerais-je, alors que je ne connaissais pas sa vie ? Est-ce pour ça que nous tuons ? Pour effacer l'ignorance qui nous effraye. Le cadavre n'est plus une menace. Est-ce pour ça que tous les hommes croient être dans leur droit quand ils tuent ? " (p.292)

"Mais peut-être aucun d'entre nous ne dépasse-t-il jamais le stade de l'enfance ? {...} C'était un jeu de gamins. Pourquoi les Allemands, cette grande nation, ont-ils cru si passionnément qu'un homme pouvait les sortir de leur misère ? C'était un jeu de gamins. L'Histoire est un jeu de gamins. Nixon et ses collaborateurs n'étaient-ils pas des enfants s'amusant à la chasse au trésor quand ils étaient dans la Maison Blanche {...}" (p.296)

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jeudi 15 juin 2017

Maine, de J. Courtney Sullivan

Quatrième de couv' : Pourquoi la vie familiale est-elle si compliquée ? Combien de regrets, de secrets, de non-dits se cachent derrière l’ordinaire du quotidien ? Et comment faire quand la moindre conversation déclenche un drame ? Les femmes de la famille Kelleher se posent les mêmes questions, mais chacune y répond à sa façon. Dans leur maison de vacances du Maine, Alice, 80 ans (la grand-mère), Kathleen (sa fille), Maggie (sa petite-fille) et Ann Marie (sa belle-fille) passent un dernier été réunies. Ce sont trois générations qui se retrouvent… pleines de doutes, de culpabilités, de frustrations, mais d’envies aussi. Entre tensions et explications, ce séjour transformera les liens unissant les quatre femmes, et bouleversera leur existence.

Mon avis : Je n'ai pas été super convaincue et je crois que c'est souvent ce qui m'arrive avec les romans de l'autrice (que j'ai désormais tous lus)

Comme souvent dans ses romans, on suit plusieurs personnages à travers des portraits de femmes. Ici, ce sont 3 générations de femmes, avec un lieu commun : la maison de vacances familiale, située à Cape Neddick dans le Maine.

Ce roman est dense, et possède une atmosphère parfois lourde et étouffante. Il faut attendre la page 453 (du format poche) pour que les 4 femmes se retrouvent sous le même toit (ou presque puisqu'il y a le cottage et la maison, bâtis sur le même terrain).

Je n'ai pas apprécié ces femmes, sauf Maggie, la plus jeune, la plus tolérante et gentille.
Les autres femmes sont plutôt mauvaises. Ann Marie l'est peut-être moins que les femmes Kelleher, Alice, la mère, et Kathleen sa fille.
Alice, la doyenne, est une octogénaire qui a un très mauvais caractère, et bien qu'elle ait connu un drame dans sa jeunesse, j'ai trouvé que ça n'excusait en rien ses sautes d'humeur et ses piques. Elle est volontairement méchante et mauvaise, et elle espère tout de même finir au paradis. Elle est très rigide dans sa pratique de la religion, tout comme elle l'est avec les autres.
Sa fille, Kathleen, a eu une vie mouvementée, et avec une mère pareille, elle ne s'est jamais sentie à la hauteur.
Surtout qu'Ann Marie, sa belle-soeur, a conquis Alice dès son arrivée dans la famille, en étant toujours douce et d'accord avec celle-ci. Alice a donc considéré Ann Marie comme sa propre fille.
Ann Marie n'est pas du tout épanouie, bien qu'elle ait aimé son rôle de mère et femme au foyer, on sent qu'elle n'est pas devenue celle qu'elle aurait voulu être. Et elle passe son temps à se sacrifier pour les autres, que ce soit pour sa belle-mère, comme pour ses petits-enfants.
Kathleen en revanche a provoqué le courroux de sa mère en étant la préférée de son père, Daniel, malheureusement décédé 10 ans plus tôt. Il a toujours fait le plus possible pour que Kathleen s'en sorte dans la vie, ce qui n'a pas plu à Alice.
Maggie est la fille de Kathleen, elle a la trentaine, et attend son premier enfant. Après une dispute avec son compagnon, elle décide de garder l'enfant et espère réussir à l'élever correctement sans figure paternelle. J'ai aimé ce personnage parce qu'elle me parle, elle est un peu paumée, elle vit à des milliers de km de sa mère, et elle a une vie comme on en a de plus en plus aujourd'hui : une vie faite d'incertitudes, tant au niveau sentimental, que financier et professionnel.

Les relations entre ces personnages (ainsi que leur entourage) sont très friables, les petits-enfants qui jouaient dans la maison et sur la plage tous les étés, créant une certaine cohésion, sont désormais adultes et ne viennent plus très souvent. D'autant plus que Daniel, le mari d'Alice, plus doux et doté d'empathie, n'est plus là pour maintenir le lien entre les divers protagonistes.

En revanche j'ai aimé voir l'évolution des moeurs à travers ces 4 générations. Je trouve ça assez intéressant de voir comment chacune réagit à une situation, en fonction de son éducation, reçue à des époques différentes, ou pour être en opposition totale avec une mère, bref, il y a plein de raisons qui font que chacune a une opinion différente de l'autre. Cependant j'aurais aimé qu'elles arrivent plus à faire un pas les unes vers les autres.

La thématique principale de ce roman est bien évidemment la place des femmes dans la société ainsi que leur épanouissement, mais chacune est frustrée, soit par la religion et la culpabilité pour Alice, soit par une volonté de perfection absolue pour Ann Marie, ou encore par une relation toxique pour Maggie, reproduisant ainsi le schéma qu'a développé sa mère 30 ans auparavant, celle d'une relation néfaste, teintée d'alcool.

C'est un roman assez juste parce qu'il montre les difficultés de certaines familles à rester unies. Un bon roman mais que je ne qualifierai pas de divertissant.

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mercredi 7 juin 2017

Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé

Quatrième de couv' : La lignée des Scorta est née d'un viol et du péché. Maudite, méprisée, cette famille est guettée par la folie et la pauvreté. À Montepuccio, dans le sud de l'Italie, seul l'éclat de l'argent peut éclipser l'indignité d'une telle naissance. C'est en accédant à l'aisance matérielle que les Scorta pensent éloigner d'eux l'opprobre. Mais si le jugement des hommes finit par ne plus les atteindre, le destin, lui, peut encore les rattraper.

Le soleil des Scorta a reçu le prix Goncourt 2004.

Mon avis : Je vais pas vous mentir, je n'ai pas été emportée par ce roman. Pourtant j'aime bien quand un roman m'emmène en Italie, mais là, la magie n'a pas opéré.
Il est possible que le peu de marqueurs temporels m'aient cruellement manqué. J'aime situer l'histoire dans le temps, pour me faire une idée de l'âge des personnages, mais hormis quelques marqueurs temporels, j'ai eu beaucoup de mal à savoir en quelle année on était.

Le style est égal, très simple, presque brut, un peu comme la terre sèche des Pouilles où se déroule l'histoire. Pas de fioritures.

L'histoire est celle d'une famille sur plusieurs générations. Certains sont un peu plus mis en avant que d'autres, c'est dommage.
A l'origine (ou presque...) il y a Rocco, né d'un viol. Toute sa vie, il ne va cesser de voler les hommes et violer des femmes. Il aura 3 enfants avec une femme sourde et muette (pratique pour cacher ses crimes...). Domenico, Giuseppe et Carmela ont entre 12 et 18 ans quand leur père décède, et il ne leur laisse rien de sa fortune. Tous les trois vont devoir se battre pour vivre, et après un échec à New York, ils reviennent en Italie, à Montepuccio, pour faire leur vie, avec celui qu'ils considèrent comme leur frère, Raffaele.

Je n'ai trouvé aucun des personnages attachants, que ce soit les femmes comme les hommes j'ai eu l'impression qu'ils m'étaient tenus à distance. On ne connait presque rien de leur quotidien et de leurs sentiments. Je n'ai pas su identifier de trait de caractère chez aucun d'eux. Leur psychologie est assez peu approfondie. Par contre ils ont un sens de l'honneur et de la famille assez exacerbé.
Leur existence est assez plate et ils sont frustrés, sacrifiant des moments en famille pour travailler et "suer". Tout est assez plat et sans saveur dans leurs vies. Il n'y a pas d'humour, ni d'amour, le seul passage un peu lumineux de ce roman est le banquet.

Quant à la morale de ce livre, j'ai du mal à voir de quoi il s'agit : travailler jusqu'à en mourir ? L'argent salit tout ? Je sais vraiment pas, éclairez-moi.
Parce que si c'est pour m'apprendre que la vie est faite de malheurs, auxquels on survit grâce aux bons moments passés en famille, ou entre amis, merci je le sais déjà.

A l'encontre de l'avis général, ce roman n'a pas su me toucher et je n'en vois pas les qualités.

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