vendredi 21 août 2015

Ressources inhumaines, de Frédéric Viguier

Quatrième de couv' : "La vie d'un hypermarché bat au rythme de l'humanité manipulée. Et cela fait vingt ans qu'elle participe à cette manipulation."

Un univers absurde, construit sur le vide et les faux-semblants. Un premier roman implacable, glaçant, dérangeant.

Mon avis : Ce livre m'a passionnée par sa première partie, puis m'a un peu lassée avec la seconde.
Dans la première partie, on découvre une femme de 22 ans qui entre en tant que stagiaire au rayon textile d'un hypermarché. Très vite, elle va comprendre comment agir pour gravir les échelons. Parce qu'elle se dit vide, elle absorbe tout du microcosme de cet hypermarché. Elle devient vite un requin, ambitieuse, prête à tout, et prétendant toujours que ses actes et ses paroles sont innocentes.
Dans la deuxième partie elle a une quarantaine d'années, elle a stagné, mais conserve un poste qui lui insuffle du prestige. Grâce à ce boulot, elle s'imagine remplir son existence. Elle calcule ses mots, ses phrases, ses actes. Demande conseil à son ancien chef de secteur. Puis entre dans sa vie un jeune loup, comme elle à 22 ans, qui veut révolutionner le rayon textile.

Il n'est pas tellement possible de s'identifier à cette femme. Sa vie est entièrement consacrée à son emploi dans cet hypermarché, à son statut de chef. Elle ne s'autorise aucune faiblesse, peut jouer les indifférentes, est paranoïaque et fourbe.
Autant le livre est intéressant puisqu'il dénonce les pratiques cruelles qu'on trouve dans les grandes surfaces commerciales. Le management et les ressources humaines apparaissent alors comme des secteurs qui ne font pas envie, tant ils sont dénués d'humanité, basés sur la pression et la compétition entre les employés. Toute structure commerciale immense efface et gomme les personnalités afin de modeler au mieux des employés modèles, qui peuvent à tout moment devenir des "exemples" au sens négatif du terme : une faute peut leur être attribuée et ainsi ils dégringolent dans l'échelle sociale.

Le style durant les premières pages ne m'a pas tellement plu. Puis ça s'est arrangé au fil du roman. Parfois j'avais l'impression qu'on tombait dans la caricature ou la moquerie. L'auteur crée des personnages dont il se moque, afin de montrer leur vanité, leur froideur ou d'autres traits de caractère. Je n'ai pas apprécié l'utilisation répétée du "Il" dans la deuxième partie, c'était lassant, je n'ai d'ailleurs pas aimé ce personnage qui débarque et croit tout connaître de la femme, alors qu'elle tend à ne rien laisser paraître d'une personnalité autre que celle qu'elle est au travail. J'ai eu l'impression de tomber dans une pseudo-romance et ça m'a gênée.
La fin peut nous sembler dramatique, mais là encore, un retournement de situation bourré de cynisme vient pimenter le récit, un peu comme si on disait "eh tu l'as bien mérité d'être rétrogradé !"

Bref, entre cynisme et dénonciation d'un univers particulier que l'on côtoie au quotidien, ce premier roman pourrait bien vous faire envisager un autre mode de consommation afin de ne pas cautionner un système cruel et inhumain qui se déroule dans les coulisses de nos hypermarchés.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

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